“The Socialist who finds his children playing with soldiers is usually upset, but he is never able to think of a substitute for the tin soldiers; tin pacifists somehow won’t do.”

“Le socialiste découvrant que ses enfants jouent aux petits soldats en est habituellement très contrarié mais demeure incapable de concevoir une alternative aux soldats de plomb. Des pacifistes de plomb ne feraient probablement pas l’affaire.”

George Orwell, The Collected Essays, Journalism and Letters.

New English Weekly, 21 March 1940
Review. Mein Kampf by Adolf Hitler

On ne saurait trop recommander la lecture des Essais publiés de George Orwell complétés par ses Chroniques du temps de guerre. La partie de cette dernière compilation proprement consacrée aux “War Commentaries” (découverts tardivement et publiés en 1985 par la BBC) nous prouve combien, en dépit de sa grande lucidité, Orwell ne fut pas seulement le talentueux critique du mensonge totalitaire que tout un chacun se plaît à louer aujourd’hui. Il fut aussi, en tant que rédacteur occasionnel d’un programme intitulé “Through Eastern Eyes” et destiné particulièrement à l’audience des colonies britanniques,  un acteur de ce mensonge, un employé acceptant d’exécuter les basses œuvres de la propagande de guerre.

Une fois admise la réalité de cette guerre engagée contre les régimes totalitaires de l’Axe, il n’hésite pas à mettre ses compétences journalistiques au service des forces alliées, recourant aux artifices les plus vulgaires : une défaite devient une victoire, une rumeur devient un fait avéré…

Surtout, la lucidité politique qu’on lui reconnaît est provisoirement remisée : l’U.R.S.S. stalinienne n’est plus un danger. Il convient de se réjouir des traités signés avec elle.

La critique du totalitarisme effectuée par Orwell dans ses œuvres de fiction d’après-guerre ne doit donc pas seulement sa pertinence à une expérience de victime, mais à une vision de l’intérieur de la machine de propagande.

Le titre de ces chroniques de guerre fait-il allusion au roman de Conrad “Under Western Eyes”? Probablement.

Ce roman d’une implacable lucidité décrit les mouvements révolutionnaires russes vers la charnière des 19e et 20e siècles. Mais il explore surtout la psychologie d’une “balance” ordinaire que le destin et la police tsariste contraignent à devenir un infiltré dans les cercles révolutionnaires russes en exil.

“Le marxisme ne connaît ni “immortels” ni morts. Avec ceux que l’art oratoire vulgaire désigne ainsi, la vie dialogue.” Bordiga, Dialogue avec les morts.

Pierre Guillaume donne cette perspective au dialogue qu’il engage avec Guy Debord dans un long texte beaucoup raillé mais qui demeure incontournable au grand dam des sectateurs du situationnisme.

Nous voudrions encourager à notre tour un “dialogue” avec Paul Rassinier et les milieux pacifistes et anarchistes de l’après-guerre autour de documents peu accessibles et d’une interprétation parfois ardue que nous mettrons peu à peu à la disposition du public dans cet espace.

Même avec les morts, c’est bien la vie qui dialogue.