Cabale (2)

Le pacifiste Emile Bauchet (fondateur du journal “La Voie de la Paix”) fut un ami fidèle de Rassinier. Quoi qu’il lui en ait coûté, il demeura son ami jusqu’à sa mort et prononcera son éloge funèbre.

Lettre de Bauchet à Fabrègues, 18 février 1964

« Mon cher Fabrègues,

                (…) Je sais que Rassinier est très attaqué par les juifs et les résistants. C’est la conséquence de la position qu’il a prise sur le plan historique. Dans ce débat, j’avoue mon incompétence. Je suis, comme toi, comme tous, en présence de deux thèses…. Et j’attends que la vérité apparaisse. Comme je ne puis préjuger de ce qu’elle sera, je ne puis dire d’avantage si Rassinier a tort ou raison d’affirmer ce qu’il soutient. Je sais seulement que, dans ces sortes de débats, les passions entrent en jeu et qu’il est bien facile à qui veut tuer son chien de dire qu’il a la rage. Jusqu’à preuve du contraire, mon impression, d’après ce que j’ai lu (de la thèse des résistants et de celle de Rassinier) est qu’il a marqué des points. A ma connaissance, contrairement à ce qui est affirmé, R. n’a jamais « renié ses camarades de souffrance et de misères » pas plus qu’il n’a nié «  qu’il n’y a eu aucune chambre à gaz dans un camp de concentration allemand ». Il a seulement dit à ceux qui soutenaient qu’il y en avait eu ici ou là de le prouver, ce qu’ils n’ont pu faire. Sa thèse est que s’il n’est que trop vrai que la guerre engendre les pires crimes il n’est cependant pas nécessaire d’en rajouter. Les haines, produites par les violences, sont assez vives comme cela. L’accusation qu’il serait un fasciste, ou l’auxiliaire, ou patronné par eux me fait penser à l’accusation identique qu’on formulait contre notre vieux et honnête Challaye quand on lui reprochait de soutenir Hitler alors qu’il se bornait à dire qu’il était pour la paix à tout prix, même en face d’Hitler. Je sais enfin, par Rassinier lui-même, qu’il vient d’avoir tout de même un témoignage formel que des chambres à gaz ont existé en Allemagne. Il en fera état dans son livre qui est sur le point de paraître. En conclusion je crois que, pour l’instant, nous ne pouvons que marquer les points avant de prendre position. Il se peut que R. soit parfois maladroit, qu’il ne précise pas suffisamment ses intentions et, par là, prête le flanc aux insinuations calomnieuses, mais nous ne devons pas oublier qu’il lutte seul, comme ont lutté seuls les Demartial, les Michon, etc… contre une meute aux abois dont le but n’est que trop clair : rejeter sur l’Allemagne tout entière les crimes nazis. Ne pas aider à ce que la vérité éclate n’est pas du rôle des pacifistes. Voilà mon opinion. Je ne crois pas devoir transmettre ta lettre à Rassinier, mais je puis le faire si tu le désires. Je pense d’ailleurs que c’est à lui que tu aurais dû t’ouvrir de ces choses et non à moi. Lui seul est en cause et il est mieux placé que quiconque pour répondre aux accusations qu’on lui porte.

                En ce qui concerne « Le Vicaire » ma position est la même. Cette affaire est considérablement exploitée. Les passions sont déchaînées ; comment distinguer le vrai du faux ? J’essaie de me faire une opinion avant de conclure.

                Enfin, à propos des adresses, je te confie très franchement que j’ai fait un jeu d’enveloppes à la demande de Rassinier pour qu’un prospectus annonçant son livre soit envoyé. Je l’ai fait en toute bonne foi, convaincu que les écrits de R. entrent dans la ligne de notre action pacifiste et peuvent être soumis au jugement de tous. Je regrette que l’éditeur de son ouvrage ait pris la liberté de faire une publicité, par la même occasion, pour d’autres ouvrages ; cela, je l’ignorais et je m’en expliquerai avec R. Peut-être lui-même ne savait pas que l’éditeur prendrait la liberté de faire cela. Quoi qu’il en soit, s’il m’arrive à nouveau de me montrer obligeant dans l’intérêt de la cause commune, j’exigerai des garanties. On ne me berne pas deux fois de suite. Si tu estimes que je mérite un blâme il te sera facile de le demander à la réunion du Secrétariat.

                J’envoie une copie de cette réponse (en y joignant ta lettre) seulement à Gauchon. En vous recommandant, à l’un et à l’autre, de ne pas ouvrir de polémiques inutiles… voire dangereuses pour l’avenir de l’U.P.F.

                Heureux tous deux que vous ayez, toi et les tiens, passé de bonnes vacances en Suisse, et bien affectueusement.
 
P.S. Inutile de m’envoyer tes coupures. R. m’en a montré tout un dossier, dont celles dont tu fais état. »

__________________________
Bauchet à Gauchon, 17 mars 1964 :

« UNION PACIFISTE DE FRANCE (U. P. F.)
Président d’honneur : Félicien CHALLAYE
       Organe de la Fédération
       « LA VOIE DE LA PAIX »
  Tout ce qui concerne le Centre Administratif
JOURNAL – SECRÉTARIAT – TRÉSORERIE
       est à adresser à
                   Emile BAUCHET
      AUBERVILLE-SUR-MER (Calvados)
             C. C. P. 1277-90 A ROUEN
Téléphone : 87.00.95 à Villers-sur-Mer
 
Le 17 Mars 1964

Mon cher Gauchon,

Si je comprends ton ressentiment personnel à l’égard de Rassinier je m’étonne, par contre, de l’acharnement de Fabrègues à son égard. Les “documents” qu’il possède sont, à mon avis, très contestables et émanent de résistants et de juifs aigris par la souffrance. Sur le fond, la vérité totale n’est pas encore apparue; on n’en est qu’aux fragments et l’Histoire – je l’espère – la révélera, toute nue. L’objectivité la plus élémentaire oblige à rester sur la réserve quant à ce qui a été affirmé par les uns et qui est contesté par Rassinier. Je viens de relire ses deux premiers livres, à tête reposée : ils sont à son honneur. Ces jours-ci je relirai la suite, en attendant celui qui est à l’impression. Mon sentiment est que les attaques qu’il subit sont calomnieuses. En jugeant ainsi, je ne cède pas à l’amitié, crois-le bien. Je serre seulement les réalités de près, telles qu’elles apparaissent à la lecture des deux thèses.

Fabrègues n’a pas à démissionner. Il peut, c’est son droit et son devoir, chercher à faire la lumière. S’il pense que les accusations portées contre Rassinier sont vraies, il lui appartiendra d’en faire la preuve. Mais il n’est pas possible de les retenir sans entendre contradictoirement l’accusé. Nous n’avons pas à nous ériger en tribunal et essayer de faire ce que la justice bourgeoise n’a pu faire, en dépit de tous les aboiements de la meute qui se dit antinaziste. Mais s’il ne peut faire cette preuve et qu’il agite publiquement cette question c’est lui qui aura fait du mal à l’U.P.F. Il m’est apparu intolérable qu’une telle question qui ne figurait pas à l’ordre du jour, soit brusquement mise en discussion au cours d’une réunion officielle. Fabrègues – je le lui avais écrit -, pouvait demander à Rassinier les explications nécessaires. Si je n’étais intervenu, c’est bien à un « déballage » unilatéral que nous aurions assisté. Il était de mon devoir de défendre un ami attaqué hors de sa présence, et de refuser qu’un débat soit ouvert sans qu’une convocation régulière n’ait été adressée à l’accusé.

Contrairement à ce que tu m’écris, je n’ai jamais pris « pour des attaques dirigées contre toi des polémiques… ». Si j’avais cru cela, je ne me serai pas opposé au débat et me serai défendu. C’est précisément parce que ces attaques visaient Rassinier que je suis intervenu. Si vous espérez – en fait c’est ce que ta lettre demande après ton entrevue avec Fabrègues -, que la question soit reprise officiellement et publiquement, assumez-en seuls la responsabilité. Je ne ferai rien pour m’y opposer sauf, ici et une fois pour toutes, attirer ton attention et celle de Fabrègues sur les conséquences qu’un tel débat peut avoir au sein de l’U.P.F. Songez qu’à son issue nous n’aurons qu’une alternative : exclure l’accusé ou l’accusateur, exclusion entraînant le départ de ceux qui auraient pris parti pour l’un ou l’autre, ou, dans la meilleure des hypothèses, les effets de désunion consécutifs à leurs prises de position. Bien entendu, cette crainte que je manifeste et qui n’est que trop réelle, ne doit plus être un obstacle à la lumière. Mais il faut être bien sûr de soi pour prendre un tel risque ! Je vous en prie, tous deux, réfléchissez bien, documentez-vous, je ne vous pardonnerai jamais d’avoir agi à la légère…

Dissipons maintenant un malentendu.

J’aurais dit «  Rassinier est mon ami, vous êtes ses ennemis ». Je sais bien que les paroles dépassent parfois les pensées, sous le feu de la colère et de la passion. Toutefois je crois n’avoir dit que : Rassinier est mon ami, on l’attaque ici en son absence, mon devoir est de le défendre. C’est, en tout cas, ce que j’ai pensé et voulu dire. Si je vous ai qualifié « d’ennemi s » je m’en excuse et le regrette, sachant que cela n’est pas vrai.

Je n’ai jamais non plus songé à t’inviter à t’abstenir de venir à une réunion où Rassinier serait convoqué pour s’expliquer contradictoirement avec ses accusateurs. J’ai seulement émis une hypothèse en disant : « Si une telle réunion devait avoir lieu, il faudrait convoquer expressément Rassinier. S’il répondait qu’il ne pourrait y assister parce que Gauchon y serait, on serait alors amené à demander à Gauchon s’il consentirait à ce que cette réunion ait lieu hors sa présence, ce que certainement il refuserait. La réunion aurait lieu alors, étant entendu que Gauchon y serait présent, et Rassinier devrait prendre ses responsabilités ou d’y venir ou de n’y pas venir ». Si ce n’est pas exactement ce que j’ai dit, c’est exactement ce que j’ai pensé et voulu dire.

J’essayais de voir la procédure à suivre, simplement, en supposant ce qui pourrait se produire ou non.

C’est au moment ou j’ajoutais « ce que certainement il refuserait » car je pensais bien qu’une telle prétention si elle était mise en avant par R. ne pourrait être que rejetée par G. que Fabrègues, Naxara et peut-être d’autres ont protesté avant même que je n’aie achevé.

Mon cher Gauchon, je t’aime autant que tu peux m’aimer. Que tu aies pu te méprendre ainsi sur mes propos prouve que tu as ressenti avant de comprendre.

Conclusion : Tu ne méritais pas ce que tu as cru comprendre dans mon propos, certes non. Mais crois-tu que je mérite tes doutes quant à mon comportement vis-à-vis/comme toi ?

Nous voila donc quittes.

En regrettant d’avoir pu te faire, bien involontairement, de la peine, je t’embrasse aussi très affectueusement ainsi que cette brave Maggy. »
 

Auto-interview dans Rivarol

Un entretien fabriqué par Rassinier seul puisque lui et Jean-Pierre Bermont ne faisaient qu’une seule et même personne, comme le prouvera lors d’un procès une basse manigance de Laisant et Gauchon, aidés et soutenus par une partie des pacifistes abonnés à la “Voie de la Paix”.

La maladresse du procédé fera beaucoup rire, surtout ceux qui se sont acharnés à empêcher la diffusion des thèses de Rassinier dans son milieu politique d’origine.

RIVAROL n° 692, du 16 avril 1964

Le procès des gardiens d’Auschwitz

Interview de Paul Rassinier

Notre collaborateur Jean-Pierre Bermont ayant été pris à partie par M. Louis Martin-Chauffier, dans le FIGARO LITTERAIRE (2 avril), et par M. Rémy Roure, dans le FIGARO tout court (4-5 avril) au sujet de ses comptes rendus du procès de Francfort, plutôt que d’ouvrir une polémique sur ses droits à parler des problèmes posés par les camps de concentration allemands au regard des crimes de guerre, nous avons préféré répondre à sa place en faisant appel au témoignage d’un Français qui est à la fois un témoin et un historien, c’est-à-dire un homme dont la qualification est indiscutable. Nous nous sommes donc adressés à M. Paul Rassinier – « ancien » de Buchenwald et de Dora – dont les travaux en la matière font, aujourd’hui, autorité et ont été traduits dans plusieurs langues. Interrogé par nous, voici comment, documents en main, il a répondu aux questions que nous lui avons posées :

– Avez-vous, M. Rassinier, lu les comptes rendus des audiences du procès de Francfort que nous avons publiés et acceptez-vous de nous dire ce que vous en pensez?

– Comment refuser de vous répondre ? Je fais de l’histoire, pas de la politique et, chaque fois qu’on est venu m’interviewer, j’ai toujours accepté d’exprimer très franchement ma pensée, pourvu, que mon interlocuteur me promette de ne pas la travestir.

– Nous vous le promettons formellement…

– Bien… En effet, j’ai lu les articles de M. Jean-Pierre Bermont et Je puis vous dire que je les ai trouvés très objectifs et bien documentés, peut-être aurais-je pu faire quelque chose de plus complet, sûrement pas de plus pertinent. Cependant, je n’ai pas été étonné de le voir prendre à partie par MM. Martin-Chauffier et Rémy Roure : je le fus moi-même pour les mêmes raisons. Avec le R.P. Riquet nous avons là les trois plus farouches gardiens du sanctuaire français des vérités historiques officialisées : par autorité de justice à Nuremberg, Varsovie, Jérusalem et autres hauts-lieux de la germanophobie, qui s’exprime aujourd’hui en millions de morts à porter au compte des camps de concentration allemands…

– M. Martin-Chauffier parle, en effet, de « quatre millions» pour le seul camp d’Auschwitz…

– M. Rémy Roure est plus modeste : des centaines de milliers, dit-il, et ceci est plus proche de la vérité et aussi plus honnête. Je crois qu’effectivement des centaines de milliers de détenus sont morts a Auschwitz.

– Exterminés par les gaz?

– C’est une autre question. Parlons d’abord chiffres. Sur ce point, les témoins ne sont pas d’accord. M. Broszat, directeur de l’Institut (résistantialiste) de Munich dit « entre un million et un million et demi » (FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, 26-2-64). M. Henri Michel, secrétaire général du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, dit « quatre millions», et c’est vraisemblablement à lui que M. Martin-Chauffier a emprunté le renseignement. Mais l’Institute of Jewish Affairs du World Jewish Congress dit « 900.000 »… Si l’on tient compte que Hoess, premier-commandant de ce camp, a déclaré, dans ses mémoires, que 1.130.000 personnes, en tout, avaient été internées dans ce camp, 900.000 me paraît un maximum. Déjà très suffisant !

A LA RECHERCHE DE TEMOINS

– Je repose ma question : dans des chambres à gaz?

– A dire vrai, depuis que j’ai contraint l’Institut d’histoire contemporaine de Munich à convenir, le 19 août 1960, qu’il n’y avait eu aucune chambre à gaz dans aucun camp de concentration situé sur le territoire allemand, depuis surtout qu’on m’a interdit d’assister au procès de Francfort —qui m’auraient permis de savoir ce qu’il en était exactement de celles d Auschwitz, seules encore en question je ne crois guère à ces histoires de chambres à gaz.

– Mais les témoins ?

– Pourquoi des chambres à gaz, puisque le Dr Kubovy, directeur du centre de documentation juive contemporaine de Tel Aviv, a lui-même, selon la TERRE RETROUVÉE du 15-12-1960, reconnu qu’il n’existait aucun document portant la signature de Hitler, Himmler, ou Heydrich parlant d’exterminer les Juifs et que le mot « extermination » n’apparaît pas dans la lettre de Goering à Heydrich concernant la «solution finale de la question juive»?
Les témoins ? A ce jour, on n’en connaît qu’un seul qui ait avoué avoir participé à une opération de ce genre, mais son co-accusé, qui aurait – effectué la même terrible besogne, soutient, lui, qu’il s’agissait d’une désinfection de vêtements, non d’une extermination d’hommes… Les autres ont « entendu dire… vu partir pour la chambre à gaz (1)…, etc.», mais aucun n’a ni assisté, ni participé. C’est ce qu’établissent les débats de Francfort et votre collaborateur J.-P. Bermont a entièrement raison sur ce point…

– Alors, ces centaines de milliers de morts ?

– Justement… ce « self government » des camps auquel M. Martin-Chauffier trouve tant de vertus. Avec leurs amis et protégés, les détenus chargés d’administrer le camp représentaient environ 25 % de la population de tous les-camps, a dit, à Francfort, un témoin de l’accusation, le Dr Münch, ancien médecin S.S. du camp d’Auschwitz. Si, au lieu des 1.800 calories attribuées a chaque détenu par le règlement des camps de concentration — et qui étaient, effectivement, bien peu —, ces 25 % s’en attribuaient le double, les 75 % qui restaient ne disposaient plus que des deux tiers d’une ration déjà très maigre, et point n’est besoin de sortir de l’Ecole des Chartes comme M. Martin-Chauffier pour comprendre que, pour eux, c’était alors la condamnation à la mort lente par inanition… En fait, dans tous les camps, les détenus du «self government» s’attribuaient beaucoup plus que le double de leur droit, et, dans la pauvre masse, beaucoup ne disposaient plus que de la moitié, et souvent moins, du leur. D’où l’effroyable taux de mortalité.

– Si je ne m’abuse, M. André Frossard a, lui aussi, découvert ce « self government » des camps ?

– Oui. Et dans le même journal, mais il ne lui trouve pas de vertus. Au contraire… Le mieux est donc de renvoyer M. Martin-Chauffier à Mr Frossard en leur demandant de s’expliquer entre eux…

LES CONTRADICTIONS DE RUDOLF HOESS

– Et de l’argument de M. Rémy Roure, que pensez-vous?

– L’argument de M. Rémy Roure. c’est le témoignage de Rudolf Hoess, premier commandant du camp d’Auschwitz,- publié sous le titre Le commandant d’Auschwitz parle… Il ignore malheureusement un autre témoignage du même Rudolf Hoess devant le Tribunal de Nuremberg, le 26 avril 1946, sans quoi il saurait qu’après avoir prétendu à Nüremberg (compte rendu du procès, tome XI, pp.410 et suivantes) qu’environ 3 millions de Juifs avaient été exterminés (dont 2.500.000 par les gaz), il écrit, dans le livre en question (p. 239), qu’au maximum 1.130.000 personnes ont été internées dans ce camp. Et M; Rémy Roure ignore aussi que ce n’est pas la seule contradiction que la comparaison des deux témoignages successifs du même homme met en évidence ; ainsi les convois de juifs qui «ne comportaient jamais plus de 1.000 personnes » (p.229), mais qui, à raison de « cinq convois par jour (p. .236), amenaient au camp 15.000 personnes par jour » (p. 239) ; Sur les chambres à gaz que Himmler lui donne l’ordre de construire pour exterminer physiquement les Juifs (p. 227), mais au sujet desquelles « on n’a jamais pu obtenir de Himmler , une décision claire et nette » ( p. 233) ; sur le cyclon B, qui est tantôt un liquide et tantôt se présente sous la forme de tablettes dégageant un gaz au contact de l’air ; l’opération d’extermination elle-même, qui «dure en moyenne une demi-heure» (p. 174),<après quoi « on ouvre les portes et le sonderkommando commence aussitôt son travail de déblaiement des cadavres » (p. 230) ; mais « le maniement du cyclon B est si dangereux qu'il faut aérer la chambre à gaz pendant deux jours avant d’y pénétrer » (p. 229), etc.

Pour tout dire, un document apocryphe : Hoess a été pendu a Auschwitz, le 4 avril 1947, et il ne viendra sûrement pas protester contre ce qu'on lui fait dire aujourd'hui D'ailleurs, le Dr Broszat, directeur de l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, a déclaré, le 26 février dernier, devant le tribunal de Francfort, qu'« on ne pouvait pas faire confiance aux déclarations de Rudolf Hoess » (FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, 27-2-64). S'il plaît à M.Rémy Roure d'être plus royaliste que le roi, c'est son affaire…

800 PROCES EN PREPARATION… 15 000 ACCUSES DEJA…

– Une dernière question : comment expliquez-vous ce procès qui, vingt ans après, semble fait pour ranimer toutes les haines ?

– Ce procès?… Ces procès, devriez-vous dire : pour les cinq années qui viennent, 800 procès du même genre sont prévus ou en cours de préparation. Environ 15.000 personnes sont déjà sous les verrous et elles, y peuvent être encore rejointes par beaucoup d'autres au cours de ces cinq années. C'est dire qu'on n'a pas fini de nous démontrer et redémontrer que l'Allemagne est un pays de barbares, indignes d'être intégrés dans la communauté des peuples européens, pour le plus grand plaisir de M. Krouchtchev, car c'est là tout le problème.

Ou bien se créera une Europe dans laquelle l'Allemagne tiendra sa place à égalité de droits avec les autres peuples européens et, dans ce cas, le bolchevisme commencera à reculer ; ou bien on refusera d'intégrer l'Allemagne dans la communauté des peuples européens, et il n'y aura jamais d'Europe.

A cet argument d'ordre politique s'en ajoute un autre d'ordre économique : déclarée seule responsable de la seconde guerre mondiale, l'Allemagne doit, à elle seule, supporter la réparation des dégâts et, en premier-lieu, le préjudice que l'Etat d’Israël dit avoir subi. Or, à 5.000 D.M. par victime, 6 millions de victimes cela «fait du bruit». Indépendamment de ce qui est réclamé au même titre par la Yougoslavie et les satellites de la Russie, qui vient d'être chiffré aux environs de 70 milliards de' dollars (EXPRESS, 20-2-64). Je précise bien : milliards… Autant dire qu'on veut faire de l'Allemagne actuelle une nouvelle république de Weimar, et c'est encore une autre façon de tuer l’Europe.

Nous nous sommes quittés sur ces paroles. Mais, à l'appui de son argumentation, M. Rassinier nous-a remis deux déclarations extraites de L'ENFER ORGANNISE, de M. Eugen Kogon, et qui – n'en déplaise à MM. Martin-Chauffier et Rémy Roure — confirment les propos de J.P. Bermont, avalisés par notre interlocuteur. Nous les publions ci-contre (page 9).

NOTE (1) : FRANKFURTER ALLGEMEINE – ZEITUNG (27-2-64) et FIGARO (28-2-64).

Cabale (1)

Lettre de Lecoin à Gauchon, 21 janvier 1963

« Cher Gauchon,

Entendu pour le gala. Ce sera pour une autre fois. Comptez sur mon aide.

Merci pour votre P.S. J’avais déjà remarqué que le même dans la « Voie de la Paix » n’en était pas à une contre vérité près ni à une fausse interprétation concernant l’action que je poursuis.

Il est clair que lorsque j’écris cette phrase : « Heureusement pour nous et pour les objecteurs, c’est toujours Mr Pompidou qui, aujourd’hui, préside le Gouvernement. Une chance. » Ca ne peut dire que ceci : C’est Mr Pompidou qui en juin dernier me fit les promesses que l’on sait et il ne me déplaît pas qu’en ce moment il soit toujours en face de moi alors que je m’apprête à « exiger » du gouvernement qu’il respecte les engagements pris.

Car si l’auteur de cette gratuite vacherie a lu jusqu’à la fin mon article il a deviné que j’étais prêt à entrer de nouveau en lice. Quoi donc de plus naturel, puisque ce m’est une chance de plus de gagner, qu’il me plaise de constater que le Pompidou qui me fit les promesses l’an dernier se trouve là au même poste cette fois encore.

Oui, c’est une chance pour moi à la veille de m’engager dans une rude épreuve. Car Pompidou ayant promis hier s’en sortira demain moins facilement qu’un autre.

Je ne polémiquerai pas avec cet auteur de la V.P., je l’aurais trop belle contre lui. Tout de même il appert que c’est un méchant garçon et passablement fielleux.

Je n’irai pas à votre réunion jeudi, je n’en ai pas le goût. (…) »
__________________________

Lettre de Gauchon à Lecoin, 27 janvier 1963

« Mon cher Lecoin,

Merci d’avoir songé à moi pour la signature de ce texte, que je vous retourne avec ma pleine approbation.

J’ai envoyé votre lettre du 21 janvier aux amis Bauchet, en leur disant ce que je pensais de l’auteur des fielleuses lignes vous concernant. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je les mets en garde contre lui, toujours à votre propos, et aussi à propos d’autres sujets qui me déplaisent fort. (…) »

La Voie de la Paix

La Voie de la Paix

Un article de Paul Rassinier qui clarifie les rôles respectifs de ce dernier et de Gauchon (ainsi que Laisant) dans la création de la Voie de la Paix.

La coupure en notre possession n’est pas datée, mais il est possible d’en situer la rédaction : la mention du « rapport Fechteller », célèbre faux publié comme authentique par le Monde de Beuve-Méry au mois de mai 1952 délimite la date de publication a minima. De plus, Rassinier évoque clairement des événements datant de la fin de l’année 1951 auxquels il fut associé, les « journées d’études et d’action » des Forces Libres de la Paix, en septembre-octobre 1951, alors que l’Assemblée générale des Nations Unies est encore réunie au Palais de Chaillot. La mention dans le texte des « huit mois » écoulés depuis ces événements confirme une rédaction en mai ou juin 1952.

Nous possédons par ailleurs une courte note introductive signée « P.R. » à la rubrique ‘Sur le front de Résistance à la Guerre et à l’Oppression’, datée par Rosarito Gauchon de mai 1952 également, mais qui laisse penser que Rassinier tenait déjà cette rubrique auparavant.

Le texte que nous reproduisons ici décrit un moment de l’histoire du mouvement pacifiste après-guerre en France et dans le monde et met en évidence deux faits qui concernent plus directement le dossier Gauchon :

A la fin du premier semestre 1952, « Me Jean Gauchon » n’est encore cité que parmi d’autres sympathisants ayant fait part de leur intérêt pour l’appel de Bauchet. Il ne peut donc prétendre en rien avoir participé à la fondation du CNRGO et de « la Voie de la Paix », malgré l’importance croissante qu’il prendra par la suite dans leurs instances.

Nulle trace non plus à cette date de Maurice Laisant dont le nom est pourtant généralement associé au mouvement des Forces Libres de la Paix. Selon un site anarchiste sur Internet, « Maurice Laisant devient secrétaire adjoint de l’association Les Forces libres de la paix en 1952. » Il fut, en tant que secrétaire à la propagande, inculpé en octobre 1954 après la publication d’affiches ne comportant pas les mentions légales. Il fut condamné en février 1955, après un procès qui mobilisa jusqu’à Albert Camus pour la défense de Laisant. (cf. annexes, ci-dessous)

Bien que sympathisant et adhérent probable dès le mois de mai 1952, c’est certainement durant le second semestre de cette année que Jean Gauchon se rapproche du CNRGO pour très rapidement en intégrer le Comité Directeur.

Laisant, lui, est sans doute considéré comme partie prenante de l’initiative des Forces Libres de la Paix, ce qui explique qu’il ne soit pas cité. Il ne figurera jamais à notre connaissance au comité directeur du C.N.R.G.O, mais les deux organisations participent à des actions communes tout au long des années 50.

Au point de vue doctrinal, le texte de Rassinier met aussi en évidence une préoccupation fondamentale, clairement affirmée dès l’origine du mouvement (voir aussi les « Résolutions du Congrès des 11 et 12 avril 1953 ») : l’indépendance vis-à-vis des mouvements pacifistes communistes. Or, les excès d’un certain « anti-communisme » seront, dans ses correspondances, souvent reprochés par Gauchon à Rassinier qui était intransigeant sur ce point.

Bien que portant sur une époque ultérieure (1960) on peut se référer au chapitre XVIII, « Le poids des responsabilités » de l’hagiographie publiée par Albert Ratz (Jean Gauchon, le roman d’un pacifiste) pour se convaincre que ce dernier n’hésitait pas à jouer les idiots utiles, au moins à titre individuel, auprès des Comités Pleyel et à justifier cette attitude dans la Voie de la Paix. C’est même, pour partie, le ralliement d’une majorité d’adhérents et de membres du Conseil d’Administration du CNRGO à ces « écarts doctrinaux » qui conduiront à la création de l’U.P.F., visant à ratisser plus large, plus jeune, moins évidemment Munichois aussi, sans doute.

Pour la Paix par le DESARMEMENT : FRONT UNIVERSEL !

Par Paul RASSINIER

Au risque de paraître quelque peu vain, je me permettrai d’abord de rappeler qu’Emile Bauchet, Félicien Challaye, Louis Lecoin et, dans une certaine mesure moi-même, avons déjà été à l’origine de ces journées d’études et d’action contre la guerre qui, en septembre dernier, ont abouti à la création des Forces Libres des la Paix. A l’époque, nous avons eu à vaincre beaucoup de scepticisme. Bien des sectarismes aussi. Et même il nous a fallu faire quelques concessions. Bref : après une année d’efforts obstinés (note 1) dans une atmosphère déprimante le résultat était là. En France, il y a maintenant un mouvement pacifiste qui ne relève ni des Américains par l’intermédiaire de M. Jean-Paul David, ni de Moscou par celui du Parti communiste, de M. Joliot-Curie, de Mme Cotton and Cie.

Que les Forces Libres des la Paix n’aient point encore l’audience qu’elles ambitionnent est indiscutable. Entrer dans le détail des raisons de cet état de fait n’est pas l’objet de ce propos : elles sont multiples et la moindre n’est pas un certain défaut d’organisation que, nous l’espérons, un prochain congrès du mouvement surmontera aisément. S’il en était autrement, les 37 ou 38 mouvements qui ont signé la charte de septembre retourneraient à la division, au désarroi, aux luttes intestines et la récente publication des rapports Fechteler et Jessup dit assez combien ce serait grave.

Au sujet des Forces Libres des la Paix, on me permettra encore une courte rétrospective. Je crois bien ne point trahir la pensée de Bauchet, de Lecoin et de Challaye, en écrivant qu’il s’agissait, dans notre esprit, de placer les problèmes de la guerre et de la paix au centre de toutes les discussions publiques et de frapper un coup qui égalât en importance et en solennité l’Assemblée Générale des Nations-Unies laquelle se tenait précisément au Palais de Chaillot dans le même temps. C’est dire que nous ambitionnions de donner aux journées de septembre un caractère international. Le bon sens même militait en faveur de nos ambitions : à une manifestation comme celle du Palais de Chaillot qui se situait sur le plan mondial, la seule réponse susceptible d’être efficace ne pouvait être qu’une manifestation de la même ampleur en sens inverse.

Huit mois après, notre point de vue n’a pas varié et c’est ce qui justifie l’Appel publié en quatre langues dans le dernier numéro de la Voie de la Paix : la Paix a pour symbole, comme la joie du poète « une plante brisée humide encore de rosée et couverte de fleurs » mais aussi les millions de mains, des gens de bonne volonté qui se tendent les unes vers les autres par-dessus les frontières.

A vrai dire j’eusse préféré que cet appel fût le résultat d’une initiative collective et, tout en participant à sa mise au point, j’appréhendais beaucoup quant à son opportunité et à son succès. Sans doute est-ce pour dissiper ces appréhensions que Bauchet m’a transmis le dossier des réponses et confié le soin de les dépouiller publiquement. Dans ce cas, il a réussi : le rassemblement pour la constitution du Front Universel aura lieu, sinon à la date, du moins à l’époque prévue et ceci est la preuve que les initiatives individuelles prises au pied levé sont encore capables de racheter les carences des collectivités.

Il est bien certain que le monde entier n’a pas rempli le questionnaire. Il ne l’est pas moins que certaines adhésions n’ont été données qu’avec réserves ou demandes d’explications supplémentaires. Mais ces réserves et ces demandes sont elles-mêmes encourageantes.

Au reste, on en va juger.

FRANCE

Les responsables d’à peu près tous les mouvements qui avaient signé la Charte des Forces Libres de la Paix ont donné leur adhésion de principe (note 2). Comme il n’est pas possible de commenter chaque adhésion, on en trouvera par ailleurs la liste par départements.

Il est cependant utile de faire quelques mentions spéciales, ne serait-ce que pour l’honnêteté de l’information.

C’est par exemple, Marceau Pivert, qui, nous disant sa sympathie, ajoute :

« C’est par les syndicats que ça doit partir, sinon, c’est l’impuissance habituelle… Lutter contre la guerre, c’est la même tâche que lutter contre la tyrannie, c’est-à-dire pour le Socialisme international. Et ceci implique une méthode, une philosophie, des forces sociales montantes que je ne vois pas ailleurs que dans la classe ouvrière internationale ».

Nous sommes bien d’avis que le rôle des syndicats est important, sinon primordial en matière de lutte contre la guerre. Justement, au même courrier, nous avions une lettre de Germaine Thomas, du Syndicat National des Instituteurs de France laquelle fait des réserves sur le rôle que l’appel attribue à l’O.N.U. et pense que nous nous faisons des illusions si nous croyons encore à la grève générale. Ce pourrait être pour nous l’occasion de préciser que cinquante années de pratique de la grève partielle ne semblent pas avoir conduit la classe ouvrière à grand-chose et qu’en dehors de la grève générale avec mission gestionnaire, nous ne voyons pas beaucoup d’autres moyens d’actions susceptibles de quelque efficacité. De toutes façons, à moins de nous en remettre à la violence par laquelle nos adversaires justifient la guerre, nous n’avons pas le choix.

Notons encore le Profr Paul Rivet, Directeur du Musée de l’Homme, qui pense que « nous pourrions conjuguer nos efforts » et l’économiste bien connu Ch. Blanc-Gabert.

Notons enfin, Mme Grange (Maison de la Paix) Daudé-Bancel (qui nous dit son espoir d’une unité réelle de tous les mouvements pacifistes), Fernand Henry (de Faubourgs) ; L.Brochon (le tour des questions), Me Jean Gauchon, Louvet Maille, Aurèle Patorni (des objecteurs de conscience), L. Roth, Lacaze-Duthiers, Maurice Rostand Paul Reboux, L’Alliance Universelle (Chrétiens pacifistes d’Afrique du Nord), l’Union pour le Fédéralisme Universel, Y. M. Biget (des cercles d’études socialistes de l’Ouest), le Foyer de la Paix (Basses-Alpes), les Vietnamiens de Paris, Marianne Rauze (des Femmes Unies), R. Ganghoffert (des Pacifistes d’Alsace), etc…

ALLEMAGNE

On comprendra aisément que le courrier d’Allemagne nous soit particulièrement précieux.

Nous redoutions que les Allemands occupés comme nous l’avons été ou à peu près, divisés contre eux-mêmes, tous leurs horizons bouchés, ne prennent même pas la peine de lire notre appel, ne serait-ce que parce qu’il venait de France dont ils ont pas mal de raisons de désespérer. Il n’en a rien été, les réponses qui nous sont parvenues sont importantes en nombre et en qualité.

C’est d’abord le Deutsche Friedensgesellschaft, (Bund des Kriegsgegner ou Association des Résistants à la guerre) qui nous dit sa joie d’entrer enfin en relations avec nous et nous demande d’envoyer, nous aussi, un de nos représentants à son congrès national de la mi-été.

C’est le Pasteur Niemöller auquel on reprocha peut-être à tort des complaisances pour le mouvement stalinien dit pacifiste par antiphrase. On sait que, tout dernièrement le Pasteur Niemöller participa au Congrès de Zagreb. Il nous fait tenir son adhésion de principe à notre initiative.
C’est encore l’Abbé Otto Maria Saenger, du mouvement chrétien «  Aus Zeit und Ewigkeit » (Hors du Temps et de l’Eternité).

C’est enfin, la revue « FriedensRundchau », l’Union des Espérantistes allemands, les Espérantistes de Hanovre, l’Association des Etudiants de Francfort et de nombreuses adhésions de cercles espérantistes et mondialistes régionaux, ou individuelles qu’il n’est pas possible de citer toutes. Parmi ces dernières celle du guide touristique Karl Bartthel qui vécut de nombreuses années à Paris.

Une seule adhésion d’Autriche, celle du cercle espérantiste de Bregenz.

ANGLETERRE
L’Angleterre est le siège du War Resister’s international (Internationale des Résistants à la guerre, à Enfield, Middlesex). Depuis 1921, cet important organisme y fait une propagande sérieuse et soutenue en faveur du pacifisme intégral. Nous nous attendions donc à recevoir un nombre très important de réponses – plus important que d’Allemagne, en tout cas. C’est le contraire qui s’est produit.

Bien entendu, Grace Beaton, la dévouée secrétaire du War Resister’s international nous a envoyé une adhésion de principe en nous souhaitant le succès et en nous promettant une aide spirituelle que le Conseil de l’organisation définira en Juillet. En outre, Grace Beaton croit devoir préciser que la base de l’I.R.S. étant le pacifisme intégral, il y a plusieurs points de l’appel avec lesquels l’organisation sera en désaccord, notamment le point 4, concernant une police internationale qu’elle ne peut accepter sous aucune condition.

Parbleu : nous aussi ! Mais rappelons que l’appel en question se proposait de réaliser la plus large unanimité possible autour du pacifisme et que, d’autre part, tous les points qui y figurent ne sont que des repaires destinés seulement à orienter les débats.

D’Angleterre, nous avons encore reçu l’adhésion du « Général Welfare » (Mouvement Mondial pour la Paix ou World Friendship) et une douzaine d’autres, individuelles, émanant pour la plupart d’espérantistes.

AUTRES PAYS

Nous ne dirons rien de quelques adhésions qui nous viennent d’Espagne et du Portugal pour ne point compromettre les signataires. Ni du courrier d’Italie représenté par une seule adhésion : celle des mondialistes de la Province de Vercelli.

Mais nous devons signaler 5 adhésions d’espérantistes Finlandais, deux de Hollande et une collective de Belgique : celle du mouvement chrétien de la Paix.

De Hollande, le Mouvement Universel pour une confédération mondiale (siège à Amsterdam) nous signale son existence en manifestant le désir de travailler avec nous et dans le même sens que nous.

Et, de Belgique, en nous donnant son adhésion, le Mouvement chrétien de la Paix, précise qu’au lieu de « Politique rationnelle de la natalité et adaptation des populations aux ressources de chaque pays » il préférerait qu’on inversât la proposition et qu’on recherchât «  l’adaptation des ressources de chaque pays à sa population. »

***

C’est tout. On conviendra que, pour un premier résultat, c’est assez substantiel, – surtout si on tient compte que les moyens de propagande et d’investigation dont nous disposons sont assez réduits. (En confidence : l’expédition du numéro contenant l’appel s’achève en même temps que celui-ci s’imprime !).

Sans aucun doute, bien des réponses ne nous sont point encore parvenues, soit des négligents soit des hésitants, soit des retardataires, soit même des camarades qui viennent seulement d’être informés ou qui ne le sont pas encore.

Nous demandons à tous ceux-là de nous écrire bien vite. Certes, nous ne sommes pas encore en novembre mais nous avons besoin de savoir au plus tôt quelle sera l’importance exacte de la manifestation prévue.

Et surtout, nous voudrions bien pouvoir annoncer dans le prochain numéro, en même temps que les nouvelles adhésions la composition du Comité d’organisation du Congrès.

Paul RASSINIER
NOTES :
(1) Se reporter aux premiers numéros de La Voie de la Paix qui les ont relatés.
(2) Nous en comprenons d’autant moins qu’à titre personnel, le Pasteur Voge, secrétaire et F. Laugier, trésorier des F.L.P. aient cru devoir se désolidariser de l’entreprise.

Annexes :
I.
Durant l’été 1951, les Forces Libres de la Paix remplacent le Cartel de la Paix dans une tentative de fédérer les différentes organisations pacifistes de France. Emile Bauchet a écrit « Vers un Front mondial de toutes les forces libres de la Paix », La Voie de la Paix n° 7, septembre 1951, article qui est cité en anglais dans l’ouvrage suivant :

« The pacifist impulse in historical perspective, par Harvey Leonard Dyck,Peter Brock”

http://books.google.fr/books?id=eif-UoB0ArsC&pg=PA411&lpg=PA411&dq=%22forces+libres+de+la+paix%22&source=bl&ots=-VM1-QCsTK&sig=sHf_4AGx7x4a6pVdKJECKjoaDxg&hl=fr&ei=kd6hS7bEEJK04Qb_z8mdCg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=3&ved=0CA0Q6AEwAjgo#v=onepage&q=%22forces%20libres%20de%20la%20paix%22&f=false

II.

L’affaire Laisant (1954-55) dans le Libertaire

Il ne faut pas toujours suivre les annotations de Rosarito Gauchon qui sont parfois fautives. Une partie du dossier Gauchon réunit des preuves de la participation de ce dernier aux activités du CNRGO dès la création. Rosarito qui n’a pas connu cette époque commet des erreurs de datations des coupures de presse. Une annonce datée de 1952 par Rosarito Gauchon fait ainsi référence à la participation de Jean Gauchon à la défense de Laisant en 1954 :

[http://ml.federation-anarchiste.org/article73.html]

http://www.monde-libertaire.fr/antimilitarisme/8484-les-forces-libres-de-la-paix-poursuivies

Les Forces Libres de la Paix

mercredi 1er octobre 1954

les forces libres de la paix poursuivies

Notre République Quatrième du nom vient d’inculper les Forces Libres de la Paix pour une affiche ainsi présentée :

« Attendrez-vous pour vous remuer, la MOBILISATION GÉNÉRALE »

Comme légalement rien, dans le texte, ne pouvait être poursuivi, le chef d’accusation se réfère à une loi du 29 juillet 1881, tombée en désuétude, et par laquelle l’usage du papier blanc est interdit pour toute affiche, quelle que soit la couleur de l’encre employée.
Nous ne sommes pas de ceux qui, à tout propros et hors de propos, tentent de faire d’un quelconque procès-verbal un procès politique inavoué auquel on voudrait donner figure de simple contravention.

En effet, les affiches sur fond blanc sont innombrables : publicité, spectacles, mouvements politiques en font un usage constant sans que soit exhumée pour eux une loi caduque.

Par l’effet de quelle bienveillance particulière les Forces Libres de la Paix ont-elles l’exclusivité de ces faveurs ?

Est-ce parce qu’elles ont commis le crime de lèse-démocratie de prétendre intéresser le peuple aux questions sociales en général et à la Paix en particulier.

Est-ce parce qu’elles se sont, élévées contre la guerre d’Indochine, à Laquelle le gouvernement Mendès-France, après les ministères à politique d’autruche, a fini par mettre un terme ?

Est-ce parce que les mots « Mobilisation générale », en lettres capitales, frappaient un peu vivement les regards et les esprits ?
En ce dernier cas, osez parler ouvertement et poursuivre au grand jour.

D’autant mieux que nous tomberons d’accord avec vous pour que soient rayés à jamais ces deux mots accolés, qui nous ont tant couté dans le passé et nous font tant craindre pour l’avenir.

Maurice Laisant

Pour tous renseignements concernant les Forces Libres de la Paix, écrire au secrétariat de la propagande : M. Laisant, 5, rue Paul-Déroulède, Asnières (Seine). Trésorerie : Nicolas Faucier.

________________________________

[http://ml.federation-anarchiste.org/article2877.html]

http://www.monde-libertaire.fr/antimilitarisme/8522-maurice-laisant-condamne

Agression gouvernementale contre les Forces Libres de la Paix

Maurice Laisant condamné

mercredi 1er février 1955

La guerre d’Indochine a pris fin. L’indignation des populations, l’écœurement soulevé par le trafic des piastres, l’effroyable hémorragie d’hommes qui coulait dans les rizières a obligé la nouvelle équipe gouvernementale à mettre fin à ce scandale. Mais si les militaires, les politiciens véreux, les agioteurs de toutes sortes ont été obligés de lâcher ce morceau de chair sur lequel ils grouillaient sans pudeur, ils n’ont pas abandonné l’espoir de régler leur compte à tous ceux qui par leur action incessante ont contribué à réveiller une opinion publique qui les a contraints à céder.

Les Forces Libres de la Paix sont poursuivies et notre camarade Maurice Laisant, le dynamique secrétaire à la propagande de cette organisation, un des membres du comité de rédaction de notre journal, comparaît devant la 17e Chambre correctionnelle.
L’arrivée de Maurice Laisant, entouré de nombreux amis venus lui apporter le témoignage de leur sympathie, remplit le prétoire.
Que reproche-t-on à Laisant ?

1) D’avoir placardé une affiche virulente exigeant la cessation des hostilités en Indochine, sur laquelle le nom de l’éditeur n’était pas indiqué ;

2) D’avoir imprimé cette affiche sur de papier blanc ;

3) D’avoir donné à cette affiche de la paix, à cette affiche de la justice (la vraie), à cette affiche de la fraternité l’aspect de l’autre… de celle qui est dans toutes les mémoires… de l’affiche du sang, de l’affiche de la honte, de l’affiche de la « Mobilisation générale » que surplombent les drapeaux croisés à l’ombre desquels se parque le bétail promis aux abattoirs.

Inscrire « Mobilisation générale » en noir sur blanc, pour inviter les hommes à faire cesser la plus odieuse des guerres, il n’en faut pas davantage pour vous obliger à une promiscuité avilissante avec le personnel qui régit dame Justice surtout si, suivant la déclaration de l’ineffable commissaire de police d’Asnières, « cette affiche a provoqué une certaine émotion parmi les passants, surpris de l’en-tête et de sa présentation qui provoque la confusion incontestablement recherchée avec une affiche administrative ».

Le président donne la parole à l’accusé qui, très à l’aise, se reconnaît l’auteur du délit. Il ne semble pas que la « majesté des lieux » ait altéré la sérénité de notre ami.

Puis on appelle les témoins. De la foule d’amis qui l’entoure, une haute et mince silhouette se dresse ! Albert Camus gagne la barre. Un souffle d’air frais va enrober les chats fourrés confits dans leur certitude.

« j’ai connu Laisant, dit Camus, dans un meeting où nous réclamions ensemble la libération d’hommes condamnés à mort dans un pays voisin. Depuis, je l’ai parfois revu et j’ai pu admirer sa volonté de lutter contre le fléau qui menace le genre humain. Il me semble impossible que l’on puisse condamner un homme dont l’action s’identifie si complètement avec l’intérêt de tous les autres hommes. Trop rares sont ceux qui se lèvent contre un danger chaque jour plus terrible pour l’humanité. »

L’écrivain simplement reprend sa place parmi le public ami composé de militants ouvriers qui se pressent affectueusement autour de lui.
M. Savary, vice-président des Forces libres de la Paix, à son tour s’avance à la barre. Il fait l’historique de son mouvement “qui a pour objet d’œuvrer en faveur de la paix par tous les moyens ne comportant pas d’engagement inconditionnel envers un parti politique ou une nation”.

Enfin, notre ami Jean Gauchon, le défenseur des objecteurs de conscience, l’avocat des organisations pacifistes, l’adversaire de l’arbitraire des tribunaux militaires qu’il traque dans le pays, se lève.

« L’affaire est politique, proclame-t-il. On a voulu à tout prix poursuivre, bien que la guerre d’Indochine soit terminée depuis de nombreux mois. On cherche de misérables querelles. En réalité, c’est le mouvement pacifique que l’on veut atteindre. »

Il lit une note épinglée au dossier, émanant du ministère de la Guerre, et qui démontre l’acharnement de celui-ci.

« Une information judiciaire a été ouverte contre les responsables d’une affiche apposée en juin 1954 sur les murs d’Amiens. J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir me tenir informé, sous la présence du timbre, du déroulement de la procédure suivie par cette affaire. » Note à laquelle, ajoute M. Gauchon, on a inscrit à l’encre : « Aviser le ministère de la Guerre du renvoi de l’affaire en correctionnelle » ce qui, ajoute-t-il, en dit long sur l’ « indépendance de la Justice » [1].

On voulait poursuivre, ajoute l’avocat. On a trouvé un prétexte aujourd’hui tombé en désuétude. Et, au grand amusement du public, il exhibe une affiche sur fond blanc, sans adresse d’imprimeur et annonçant une fête placée sous le patronage de M. René Coty. Une affiche contre laquelle on pourrait procéder ! Allez-vous poursuivre le Président de la République ? interroge-t-il ironiquement. Il demande l’acquittement.

Malgré ses efforts, Maurice Laisant est condamné. Les Forces libres de la Paix devront payer une lourde amende.

Les ganaches qui occupent le devant de la scène au Théâtre Bourbon peuvent bien se réclamer de la paix. Les dessous d’un procès comme celui des Forces libres nous montrent leur vrai visage.

C’est une leçon que les hommes qui croient encore à leurs grimaces feraient bien de méditer.

Maurice Joyeux

[1] Nous nous refusons de prendre à notre compte le français des services du ministère de la Guerre.

Rivarol-Lecoin

QUELS DROLES D’ANARS !
RIVAROL, 1er janvier 1964, n° 677

CERTAINS anarchistes ont une façon d’écrire l’histoire qui ressemble bigrement à celle des communistes.

C’est ainsi qu’on peut lire dans le dernier numéro du MONDE LIBERTAIRE un article signé J.L. (il s’agit de Jean Rollin) et intitulé « RIVAROL et Lecoin ».

Sans connaître personnellement Lecoin, nous pensions que c’était un homme digne de respect et d’estime, et nous ne l’aurions jamais « attaqué » s’il n’avait attaqué, de la façon la plus basse, des hommes emprisonnés, sans défense, et qui sont, à leur manière, laquelle certes, n’est pas celle de Lecoin et de ses amis, des objecteurs de conscience.

Notre « attaque » a consisté à rappeler que, voilà près de vingt-trois ans, Lecoin, alors parfaitement inconnu, avait été sauvé d’une mort certaine par des interventions répétées, publiques. et privées, de « fascistes» comme Laubreaux, Lesca et quelques autres.

Ces démarches, dictées par la confraternité (qui pour une fois, n’était pas un vain mot), l’amitié qui peut naître dans les geôles, et la simple humanité, étaient autant d’actes purement gratuits car on ne voit guère ce qu’à l’époque Laubreaux, Lesca et les autres auraient pu en escompter à court ou à long terme. S’ils l’ont fait, c’est que les « fascistes » qu’ils étaient (ou, plus simplement, les révolutionnaires nationaux) estimaient qu’il était inique de conserver Lecoin en prison alors que tant de responsables de la défaite étaient encore libres.

C’est dans le même esprit que nous nous déclarions partisans d’une amnistie générale. Il est parfaitement inique de garder en prison quelques objecteurs de conscience alors que tant de responsables officiels ont manqué à leur parole, ont foulé aux pieds des engagements qu’ils déclaraient eux-mêmes sacrés ou solennels.

Il paraît que RIVAROL « appelle au secours, n’étant pas assez écouté pour pouvoir faire libérer ses troupes (sic) actuellement en prison », et, selon le Rollin en question, mes deux articles se résumeraient à ceci : « On voudrait bien que Lecoin s’occupe un peu de nous aussi. S’il ne le fait pas, c’est un salaud, voyez comme nous on lui a rendu service. »

Or, c’est exactement le contraire. Nous ne demandons rien à Lecoin et à ses amis. Nous voudrions simplement qu’ils ne couvrent pas de boue gratuitement des hommes qui sont tombés et qui n’ont aucun moyen de se défendre.

Nous: disons « gratuitement » car nous voulons encore croire que ces attaques n’étaient pas un élément de leur négociation au sommet du statut des objecteurs de conscience.

Ce qui est inqualifiable, c’est de laisser croire, comme les Lecoin et les Rollin, qu’il y a deux sortes de prison ; une pour les anarchos et une autre pour les « factieux », mais le Rollin tombe de l’odieux dans le grotesque quand il nous demande d’imaginer Lecoin intervenant « auprès des pouvoirs publics pour améliorer le sort de Salan, abominablement cloitré dans son appartement de la Santé ou d’ailleurs (sic), obligé de donner des ordres par téléphone ». (A qui et pourquoi ?)

Je ne sais quel est le sort réservé au général Salan (ce Rollin me parait bien mieux renseigné que moi à ce sujet), mais je n’ignore rien du sort réservé à des hommes dont nous savons bien qu’ils ne sont pas des bandits, même si leurs vues n’ont pas été toujours exactement les nôtre.
Cette mise au point méritera qu’on la fasse tant qu’il y aura dans les liens un seul condamné de la Cour de sûreté de l’Etat, mais, tous comptes faits, tant de mauvaise foi stupide m’aurait sans doute dispensé de la réitérer, si Jean Rollin, dans le même numéro du MONDE LIBERTAIRE ne terminait sa chronique consacrée au «Vicaire » par ces lignes qui sont tout de même un peu raides :

« A la lecture de la pièce, il ressort que, pour nous, le sujet traité n’était que de peu d’importance. Mais puisqu’il suscite une telle réaction de la part des milieux de droite, et puisqu’il semble rester des chrétiens pour soutenir un Pape ayant fait régner une terreur inquisitoriale au sein même de l’Eglise, prenons fait et cause pour « le Vicaire ». Et, pour une fois, la police qui garde la salle est avec nous. C’est une occasion de rosser quelques fascistes sans risquer de passer la nuit au car. Ce n’est pas si souvent, il faut en profiter !»

Ce Rollin joue sur le velours. Il sait très bien que ceux qu’ils appellent des « fascistes » n’appelleront jamais à leur secours les barbouzes du régime pour aller le rosser.

Tout de même, si le Rollin en question a tant soit peu de curiosité, je lui conseille vivement de relire dans les feuilles anarchistes d’il y a vingt-sept ou vingt-huit ans ce qu’écrivaient ses aînés quand les communistes lancèrent le mot d’ordre : « la police avec nous !»

Comment Boileau, qui appelait un chat un chat, aurait-il appelé ce Rollin-là ?

Mais, Dieu soit loué ! II n’y a pas au MONDE LIBERTAIRE uniquement de méchants imbéciles. Il y a aussi les rigolos pour qui la grande préoccupation est de savoir s’il faut détruire ou non l’Acropole.

Je pense, que notre ami Ben appréciera comme il convient ces lignes qui n’auraient, pas déparé les colonnes de feu L’OS A MOELLE :

« On est embarricadé (sic) dans l’art classique. Regardez ! On croit que le sol est plat (la Terre est ronde), nos murs sont horizontaux, nous avons les mêmes lits que les Grecs.

« L’Acropole rassemble tous ces critère» : la symétrie, la ligne droite, l’angle droit. A cause de l’Acropole, nous avons l’ordre que les Latins nous ont légué où plutôt l’Acropole a empêché nos parents de rechercher un ordre nouveau.

« Supprimer l’Acropole, c’est supprimer deux fléaux, le classicisme routinier et le droit romain. »

Tout de même, « elle n’est pas si laide que ça et c’est du travail sans ciment ».

Puis, heureusement pour elle, elle inspire de hautes pensées salvatrices :

« Qu’est-ce que l’anticonformisme conscient, pensé, préparé ? Sinon se conformer au conformisme négatif. Or, un véritable homme libre ne se conforme pas. Détruire l’Acropole, c’est se conformer à l’anticonformisme.

« Un anarchiste ne s’occupe pas de l’Acropole. »

Eh bien ! L’Acropole l’a échappé belle. Le général Franco n’a plus qu’à bien se tenir.

Etienne LARDENOY

Résistance(s)

« Il n’est pas un condamné politique – il n’est pas une de vos victimes – en qui je ne doive voir l’image effrayante de l’erreur judiciaire. » Jean Paulhan

” NRF 18.3.1952
Cher Monsieur
Merci de votre lettre. J’ai suivi (de loin) votre procès, et le jugement inique qui l’a terminé. Votre livre était beau et bon, et je voudrais l’avoir écrit. Peut-être est-ce à lui, et à l’évidente absurdité des querelles qu’on vous a cherchées, que je dois de n’avoir pas été poursuivi. Quant à Martin-Chauffier, qui s’entend en effet assez mal en grammaire, il s’occupait en 42-43 de procurer aux Allemands (en l’espèce*, au capitaine Schwenn à LYON) des métaux ferreux et non-ferreux. Voilà qui lui donne le droit de parler !
Je suis à vous, avec toute ma sympathie
Jean Paulhan

*auprès de la maison B***, métallurgie. 315 r. G***. Lyon.

Paris, 43, rue de Beaune – 5, rue Sébastien-Bottin (VIIe)”


Paulhan considère alors que les procès intentés à Rassinier ont pu faire diversion et lui éviter des problèmes suite à sa « Lettre aux directeurs de la Résistance », publiée aux Editions de Minuit en 1951 et qui traitait en particulier de l’ambiguïté des mouvements de résistance staliniens et de leur rôle dans l’épuration :

« Je disais tout à l’heure que l’on imaginait fort bien, pour juger un voleur quelque jury de volés ; un bourreau, quelque jury de victimes. Sans doute. Mais il est possible d’aller plus loin encore dans ce sens. (Et justement on y est allé.) De constituer de véritables jurys non point de victimes de la technique : de techniciens. (Et on les a constitués) Bref, de faire appel pour juger un voleur à un jury de voleurs ( patentés, chevronnés) ; un assassin, à un jury d’assasins (de préférence retirés des affaires) ; un collaborateur, à un jury de collaborateurs. (Justement, c’est ce qu’on a fait.) En voilà qui seraient au courant, qu’on n’arriverait pas à mettre dedans. De véritables spécialistes. J’en ai vu, de ces jurés ! Ils étaient beaux à voir. Ils se déplaçaient comme des colonnes. Souvent les plus honnêtes gens du monde, et les plus droits. Mais quoi, ils savaient qu’ils étaient là pour condamner. Le Parti le leur avait dit. La République semblait le leur répéter. Ils condamnaient. A tour de bras. Ils étaient inflexibles. Etaient-ils justes ?

Il se trouve que c’est facile à savoir. Presque trop facile. Il joue ici une sorte de grammaire des idées qui n’est ni moins prompte ni moins décisive que notre grammaire de mots (cette grammaire spontanée qui nous rebrousse, ou nous fait éclater de rire devant une phrase mal bâtie, un mot prononcé de travers). Et c’est, après tout, l’ensemble des réactions de cette autre grammaire qu’on appelle la justice. Donc, la Justice ou la grammaire en question porte qu’il est bon – qu’il est inévitable – de s’adresser à un technicien tant qu’il s’agit de savoir si la victime a bien été empoisonnée (et par quel poison), si les billets de banque étaient vrais ou faux, et si les plans de la forteresse ou de l’aérodrome étaient bien de véritables plans – si la collaboration était une véritable collaboration – et de quel article du Code relève le crime commis. Oui, mais quand il s’agit de savoir qui est l’empoisonneur, ou le faussaire, ou le collaborateur, et s’il mérite ou non la pitié, on pose le technicien de côté et l’on fait appel au contraire du technicien : à l’ignorant, à l’homme du commun – qui jusqu’ici n’a pas été empoisonné, et n’a non plus empoisonné personne ; qui n’a pas été victime des collaborateurs et ne se propose pas non plus de devenir collaborateur lui-même ; qui n’est prévenu ni pour ni contre. Bref, à l’homme qui n’a rien à y voir. Et c’est même la meilleure définition qu’on puisse donner de la démocratie – en ce sens où nous sommes tous démocrates. Tant qu’il s’agit d’actes un peu extraordinaires comme de fabriquer une montre, de rédiger un contrat de mariage ou de bâtir un Palais de Justice, un seul homme peut y arriver : l’architecte, le notaire, l’horloger. Oui, mais sitôt qu’il s’agit de simplement lire l’heure, d’être amoureux, ou de rendre la Justice qui est (ou qui devrait être) dans le Palais, eh bien, nous en sommes tous capables. Et même il arrive – en amour par exemple – que le plus ignorant s’en tire mieux que le professionnel.

Quelle étrange confiance (dira-t-on) se voit ainsi faite au premier venu, à n’importe qui ! Il se peut. Mais enfin, sous les noms de christianisme, d’humanité, de droits de l’homme, de liberté ou de démocratie, elle est la base de notre vieux monde. Bref, la Justice n’était pas moins trompée dans la circonstance que le Droit. Il n’est pas un condamné politique – il n’est pas une de vos victimes – en qui je ne doive voir l’image effrayante de l’erreur judiciaire. »

Extrait de la réédition de J.J. Pauvert, Liberté nouvelle n°11, 1968, pp. 35 à 38.

Résistance

“(…) puis la petite aventure de ce que l’on nomme la Résistance mais qui n’était pour moi que l’exercice actif de l’antifascisme.”

Lettre de Pierre Berger à Rassinier.

PARIS-PRESSE
100, Rue de Richelieu (2e)
S.A.R.L. Capital 50.000 francs
Téléph. RIC. 81-55 à 81-58 C. C. Postaux 4154-31 Paris
Reg. Com. Seine 295.581 B Adr. Télégr. Paripres – Paris
ADRESSER LES CORRESPONDANCES Paris, le 10 mars 1950
BOITE POSTALE N° 43.02

Mon cher Paul,

Sans doute seras-tu surpris de recevoir, avec quelques mois de retard, une réponse à ta lettre d’octobre dernier. J’avais tout simplement égaré cette lettre. De toute façon, j’avais retrouvé ta trace dans « Citoyen du monde » que je reçois régulièrement. Et voilà que ce soir, dans un dossier, je retrouve ton adresse. Tout est parfait et je m’empresse de te dire que je suis ravi d’avoir de tes nouvelles. Je ne t’ai jamais oublié et s’il t’advient de venir à Paris, je t’offre volontiers l’hospitalité d’un divan d’une personne dans mon salon.

A mon regret, je n’ai pas reçu ton livre « Passage de la ligne ». J’ai essayé de me le procurer mais, mi-négligeance [sic] mi-malchance, je n’ai pu mettre la main dessus. Il est bien évident que les histoires de déportation sont maintenant un peu usées [illisible, sur corde ?], sauf peut-être pour moi – encore que j’ai réussi depuis un an à m’affranchir de souvenirs un peu trop obstinés. Nous avons une excuse : on ne subit pas quelques années d’enfer sans qu’il en reste quelque chose.

Si mes souvenirs sont exacts, nous nous sommes quittés à Belfort le 7 ou 8 juin. Vignolle et moi avons fait partie d’un convoi descendant vers le midi. Nous arrivâmes à Antibes le jour même de la déclaration de guerre de l’Italie.[10 juin1940] Manque de pot, comme on dit du côté de chez Carco. Nous y restons quelques jours, puis on nous refoule à Vals-les-bains dans l’Ardèche. Après, mon Dieu, ce fut la démobilisation, la recherche d’une situation en zone « nono » [ ?] (sans résultat). Le retour à Paris, la grande aventure de la librairie (le journalisme pas question), puis la petite aventure de ce que l’on nomme la Résistance mais qui n’était pour moi que l’exercice actif de l’antifascisme. Je suis arrêté en septembre 42 par la Gestapo. Ensuite, c’est ce cycle que tu sais : 6 mois de secret à Fresnes, 6 mois à Romainville, 22 mois à Mauthausen. Rapatriement en fin mai 45. Malade pendant quelques semaines. La pénicilline me sauva et je refonce dans la vie en rouvrant ma librairie et en entrant à « Paris-Presse » comme reporter-bon-à-tout-faire. Depuis, le journalisme marchant assez bien, j’ai préféré vendre la librairie. Collaboration dans la moitié de la presse parisienne, dans des revues. Publication il y a six mois d’un livre sur Robert Desnos qui est considéré comme un des grands poètes d’aujourd’hui et que tu as peut-être rencontré à Buchenwald et à Dora. J’ajoute que j’ai divorcé en fin 41 et que je me suis remarié en 1947. Je pense maintenant que tu en sais aussi long que moi. J’ai cru comprendre qu’après l’armistice de 40 tu n’avais pu reprendre ton poste à Belfort et que tes aventures ont été aussi hautes en couleurs que les miennes. Es-tu toujours au P.S. ? Pour ma part j’ai revu quelques anciens camarades d’autrefois. Les uns sont chez de Gaulle, les autres chez Thorez, les troisièmes ont réintégré le père-pre[ ?]. Et moi, je ne suis nulle part. Mon seul idéal est la Paix. Pour le reste, je ne crois plus à grand-chose. C’est une position facile, sans doute. Eh bien non, elle n’est pas si facile. Le feu couve toujours sous la cendre. Je pense que nous parlerons minutieusement de toutes ces choses un jour. Je suis très souvent à Marseille et à Nice. Lors de mon prochain voyage je te promets formellement de m’arrêter quelques heures à Macon. Je t’en avertirai d’abord.

Il me semble que, de ton côté, tu n’as pas laissé tomber le militantisme. Peut-être as-tu raison. Peut-être ne doit-on jamais désespérer ni des hommes ni de soi-même. J’ai lu attentivement ton article et l’ensemble du numéro de « Citoyen du monde ». Sincèrement, il y a des choses qui m’ont peiné. Je suis d’accord avec toi, pleinement d’accord, lorsque tu dis qu’il faut rendre à l’Allemagne sa place. On s’attendait, lors de mon retour des camps, à ce que je sois devenu anti-allemand. Pas question. Je suis contre la saloperie sans distinction de nationalité. Les C.R.S. ne sont pas autre chose pour moi que des S.S. mal dégrossis. Mais où je ne te suis plus, c’est lorsque tu parles de la main tendue… sans rancune. Ce « sans rancune » m’a tout de même fait quelque chose. Je ne pense pas que la rancune soit un fier sentiment. Aussi bien n’ai-je pas la prétention d’être un saint. Et c’est peut-être à cause de cela que mon subconscient s’insurge contre le « sans rancune ». Dans ce même numéro et dans la même page, il y avait un court billet d’un ex-concentrationnaire comme nous demandant l’ouverture des prisons pour les miliciens. Cela me paraît un peu trop. Parce que, d’après des centaines de témoignages que j’ai, je sais que les dits miliciens ne demandent qu’à recommencer. Souviens-toi d’Alphonse Karr à qui l’on demandait s’il était contre la peine de mort et qui répondait :  « Que messieurs les assassins commencent. » En ma qualité de para-surréaliste, je suis pour l’abolition des prisons, mais je dois tout de même t’avouer que je ressens beaucoup moins d’enthousiasme pour le mauvais garçon que Carco a tenté de nous faire prendre pour un Humain. Alors je me dis qu’il faut tout de même qu’on trouve le moyen de limiter les dégas [sic] . Si j’avais l’absolue conviction que les miliciens ne demandent qu’à revenir parmi nous sans autre désir que celui de rester tranquille, je serais le premier à signer des pétitions en leur faveur. Hélas, chaque fois que, pour des raisons de reportage, j’ai été faire un tour à Fresnes, j’en suis sorti avec la tristesse de voir que ces gens-là n’avaient pas désarmé, qu’ils ne demandaient qu’une chose : se regrouper, recommencer à emmerder le monde.

Alors je pense que « Citoyen du monde » va un peu fort. Je suis d’ailleurs assez lié avec Hervé Bazin et je me propose de lui en dire deux mots bientôt. Je suis pour la non-violence mais pas contre la violence. Le rôle de mouton ne m’est pas encore réservé. Il y a deux ans, le mouvement Garry Davis avait suscité beaucoup d’espoirs. Des gens tels que Sartre, André Breton, Albert Camus et quelques autres avaient immédiatement adhéré. Depuis, ils ont fait des réserves. Et je suis, dans l’ensemble, d’accord avec eux.

Mon vieux, je crois bien que je n’ai tant parlé politique qu’aujourd’hui depuis bien longtemps.

Et [?] ! Il ne me reste plus qu’à te dire une nouvelle fois que je suis très content de t’avoir retrouvé, que j’espère rester en relation avec toi. Je te dis ces choses-là un peu simplement. Prends-les donc telles.

Et crois à ma vieille amitié. Pierre Berger

43, rue Cambronne Paris XVe

P.S Te souviens-tu de Vignolle ? Je le revois de très loin en très loin.

Coupure de Presse non référencée jointe à cette lettre :

Pierre Berger est mort
En la personne de Pierre Berger, qui s’est éteint l’autre nuit à l’hôpital de Meaux, la presse parisienne perd un de ses plus sûrs éléments. Cet ancien officier des Forces françaises libres ne s’était jamais remis des souffrances qu’il avait endurées en déportation.
Né le 5 février 1912 à Boulogne-sur-Mer, Pierre Berger avait une grande admiration pour les poètes. Critique littéraire et auteur radiophonique, il a consacré à des écrivains comme Mac Orlan, André Salmon et René Char des ouvrages parus chez Seghers dans la collection des « Poètes d’aujourd’hui ». Son essai le plus remarqué, paru dans cette même collection, lui avait été inspiré par celui dont il fut l’ami : Robert Desnos.
Les obsèques de Pierre Berger auront lieu à Saint-Cyr-sur-Morin.