Fauvet-Rassinier-Gauchon

INDEX

DOSSIER GAUCHON :

Autour de la correspondance Rassinier-Fauvet

Cette controverse mineure qui met en présence outre Rassinier et Gauchon, Jacques Fauvet du journal « Le Monde » et Emile Bauchet de « La Voie de la Paix » s’inscrit dans le cadre des remous soulevés par la pièce de théâtre « le Vicaire » de Rolf Hochhult, mettant en cause l’attitude de Pie XII à l’égard de la persécution des juifs par le régime Nazi.

Il importe de préciser que nous n’avons pu consulter les lettres de Rassinier à Jacques Fauvet et, qu’il nous faut donc reconstituer leur contenu d’après les réponses de Fauvet, des brouillons de lettres conservés par Gauchon et le récit que Rassinier fait lui-même de cet épisode dans le « Drame des juifs européens ». Il faut aussi tenir compte d’un article du chroniqueur théâtral Pierre-Gabriel Fabrègues dans le numéro 141 d’avril 1964 de la Voie de laPaix, qui, consacré au “Vicaire” mettait directement en cause Rassinier.

On verra au terme de l’exposé des pièces et des positions respectives que, loin d’accabler Rassinier, cette partie du dossier met surtout en évidence la mauvaise foi de Jacques Fauvet.

Pour ce qui est de Jean Gauchon, on ne sait trop s’il faut blâmer sa prétention à juger de questions qu’il ne maîtrise pas, ou si – considérant que par sa formation d’avocat il ne saurait être soupçonné d’une telle stupidité – nous devons admettre qu’il manipule habilement ce dossier trop complexe pour faire l’objet de débats éclairés au Conseil d’administration de la « Voie de la Paix ».

Pour mieux comprendre l’attitude de Gauchon, il convient d’insister sur le fait qu’il est un opposant de longue date à la présence et l’influence de Rassinier au sein de l’U.P.F. et de son organe, « La Voie de la paix ».

Ainsi, dans une lettre datée du 1er juillet 1964 et adressée à Maître Marc Nez qui venait de résilier son abonnement à la « Voie de la paix », Gauchon fait état de l’ancienneté de son opposition :

« 
Mon cher ex-confrère, (…)

Si je ne suis pas d’accord avec vos appréciations concernant Félicien Challaye, qui s’est conduit à mon sens en pacifiste et non en collaborateur, je ne puis, par contre, que déplorer, comme vous, les thèses tendancieuses de Rassinier. Il croit sans doute servir le pacifisme, mais en réalité il lui fait un tort énorme. Voila près de deux ans que je m’évertue à le dire, au sein de l’U.P.F., sans grand succès. Il faudrait beaucoup de lettres comme la vôtre pour que le coup de barre soit enfin donné.

Il est vraisemblable que la polémique engagée entre Rassinier et moi, dans le dernier n° de la « Voie de la Paix », aura des prolongements, et notamment à notre prochain conseil d’administration.(…) »

L’U.P.F. ayant été fondé en 1961, c’est peu après cette date que le conflit éclate. Dans une lettre du 19 septembre 1964, Emile Bauchet fait remonter la radicalisation des rapports entre Rassinier et Gauchon au mois d’août 1962 :

« Mon cher ami,

Si c’est « avec bien de la peine » que tu m’as écrit ta lettre du 18, c’est aussi avec bien de la peine que je l’ai lue.

Comme c’est triste de voir, au sein d’une Union Pacifiste, des querelles de personnes prendre le pas sur l’avenir et la vie d’un mouvement dont nul, plus que moi, sait ce qu’il a coûté d’efforts, de foi, de persévérance.

Depuis que Rassinier et toi vous êtes disputés à l’imprimerie en Août 62, pour des questions vraiment mineures, la haine que tu lui as voué n’a pas désarmé – en dépit de mes efforts et de ceux de Vara tendant à rétablir entre vous des relations normales.

A tel point que je doute sérieusement maintenant que la paix soit possible entre les hommes.

Ta longue série de griefs que tu énumères contre mon comportement « depuis le début de cette année » ressemble plutôt à un réquisitoire. (…)

Je viens de relire plusieurs de tes lettres visant Rassinier depuis votre dispute. Elles sont révélatrices d’une rancune tenace, devenue maladive. Tous les plus petits faits, les plus petits détails de nature à discréditer ton adversaire, sont soigneusement mis en évidence.

Je ne puis te blâmer car Rassinier fut très dur avec toi, mais comme je te plaints. (…) »

Tout au long de l’existence de l’U.P.F. telle que la concevait son fondateur, cette obsession de Gauchon va se poursuivre jusqu’à provoquer l’implosion finale du mouvement avec le départ d’Emile Bauchet en février 1966 (voir la feuille diffusée par ce dernier auprès des abonnés de la « Voie de la Paix » : « SCISSION AU SEIN DE L’U.P.F., ses principaux fondateurs, Emile et Valentine Bauchet, « La Voie de la Paix » et le Comité National de Résistance à la Guerre et à l’ Oppression, se retirent de l’organisation »).

Il faut garder à l’esprit qu’Emile Bauchet conserva son amitié à Rassinier intacte, puisque ce fut lui qui rédigea l’éloge funèbre de ce dernier.

De même, la « rancune tenace, devenue maladive » de Jean Gauchon ne doit pas être perdue de vue en lisant son dossier auquel nous revenons maintenant :

Rassinier avait écrit quelques lignes sur l’affaire du « Vicaire » dans le numéro de janvier 1964 de la « Voie de la Paix » et souhaitait développer ses thèses dans le numéro de février. Jean Gauchon qui s’était vu confier provisoirement la direction de la publication normalement dévolue à Bauchet, s’était opposé à un nouvel article de Rassinier en évoquant une correspondance publiée dans le Monde du 26 décembre 1963. Il avait transmis une copie de cette coupure de presse à Bauchet en précisant « qu’il serait imprudent de prendre position pour l’instant sur un sujet très controversé. »

Voici l’encart du Monde :

« Correspondance

A PROPOS DU « VICAIRE »

Nous avons reçu de nombreuses lettres au sujet du Vicaire et de la controverse sur les silences de Pie XII. La plupart soulignent le caractère, soit déplacé, soit limité, des manifestations du théâtre de l’Athénée.

Quelques correspondants regrettent que, dans son communiqué du 13 décembre, le cardinal Feltin n’ait pas condamné ces manifestations. M. R.L. Wagner, professeur à la faculté des lettres de Paris, estime même que l’archevêque de Paris les a « en quelque sorte » encouragées, et il ajoute :
« En acceptant d’être élu pape, celui qui fut Pie XII acceptait du même coup tous les risques que comporte un rôle d’homme public, même celui d’être porté à la scène en raison de son caractère symbolique et des circonstances auxquelles il se trouva confronté.

« Tant qu’il n’y aura pas une règle interdisant de prendre pour sujet un personnage historique – et qu’eût fait Shakespeare dans ce cas ? – tout homme politique et tout chef religieux doivent admettre d’être pris comme « sujets » quels qu’ils soient. Tant mieux si l’œuvre est bonne, tant pis si elle est médiocre ou mauvaise. »

M. Joseph Jaouen, de Paris, croit pouvoir écrire que « si les évêques et le pape ne pouvaient parler en 1939-1945, c’est faute d’avoir commencé en 1938, en 1933 ou… avant ». Il affirme, en effet, que si l’Eglise a condamné le racisme elle ne s’est pas élevée contre les persécutions dont les juifs étaient victimes dès l’avant guerre en Allemagne.

Un autre de nos lecteurs nous adresse, dans le même esprit, un texte de Bernanos tiré des Enfants humiliés (1940) :

« Au temps où des milliers d’Ethiopiens… cuisaient dans les gaz, je répète que le moindre petit murmure du souverain pontife eût instantanément recouvert le sifflement des bombes d’ypérite. Avouez que c’est tout de même ennuyeux de se dire qu’une armée bénie et rebénie par le clergé probablement le plus catholique de l’univers – puisque depuis des siècles il a le privilège de fournir de papes la Sainte Eglise – nous a donné le premier exemple de la guerre totale. L’occasion manquée se retrouvera-t-elle ? Je l’ignore. Du moins conviendrez-vous qu’à la deuxième expérience – celle de la croisade espagnole – le murmure n’eût déjà plus suffi, pas vrai ? Le monde avait l’oreille plus dure, vous ne croyez pas ?… Mais bientôt, mais demain…. »

D’un autre côté, M. Paul Rassinier, ancien déporté, observe, textes à l’appui, que jusqu’en 1937 le pasteur Niemöller, chef de l’Eglise protestante allemande, a soutenu Hitler, et il le rappelle à l’intention du protestant Hochhuth. Il affirme d’autre part que « l’argument sur lequel est bâti le Vicaire, le célèbre document dit Document Gerstein, présenté par le procureur français Dubost à Nuremberg le 30 janvier 1946, a été refusé par le tribunal lui-même comme « non probant », formule utilisée par les juristes pour désigner un document que les historiens plus catégoriques n’hésitent pas à qualifier de « faux ». Depuis 1946, une certaine presse s’évertue en vain à faire admettre que ce document est authentique : elle n’a trouvé, pour soutenir cette thèse, que des historiens qui avaient autant de choses à se reprocher que le pasteur Niemöller. (2)

note(2)
N.D.L.R. – Il est exact que pendant le procès de Nuremberg le président écarta cette pièce des preuves apportées par l’accusation française. Tirée des documents de la délégation américaine, elle n’avait pas encore été authentifiée sous serment. Cela se passait le 30 janvier 1946 à l’audience du matin. Lorsque les débats reprirent dans l’après-midi l’avocat général britannique, Sir Maxwell-Fyfe, expliqua que ce rapport ainsi que tous ceux de la série PS avaient été authentifiés par des officiers américains. La Cour décida alors de le prendre en considération. »
Le Monde, 26 décembre 1963

Or Bauchet, après avoir soumis cet argument à Rassinier, fut rassuré par ce dernier qui avait reçu une lettre de Fauvet reconnaissant son erreur mais refusant de « prolonger la polémique ». Jean Gauchon écrivit donc le 19 janvier 1964 au Monde pour se plaindre du traitement infligé à Rassinier (il n’a conservé que le brouillon de sa lettre) :

« Monsieur le Directeur,

Abonné à votre journal, dont j’avais apprécié jusqu’alors le sérieux et l’objectivité des informations, je suis peiné de constater que, sur certains sujets, vous n’hésitez pas cependant à répondre des nouvelles inexactes. Je m’explique.

Dans votre numéro du 26 décembre dernier, vous avez publié un extrait d’une lettre de Mr Paul Rassinier, ancien déporté, à propos de la pièce « Le Vicaire », où il était indiqué que ladite pièce reposait sur un faux, le document Gerstein, refusé par le tribunal de Nüremberg, le 30 janvier 1946, comme « non probant ». Vous faisiez suivre cet extrait d’une note contestant formellement cette assertion en indiquant que le document, repoussé par le tribunal à l’audience du matin, avait été admis au dossier l’après-midi du même jour.

Mr Rassinier m’a fait savoir qu’il vous avait alors écrit pour protester et prouver que vous faisiez erreur. Il lui a été répondu, par lettre de Mr Jacques Fauvet, qu’il avait raison mais que votre journal « hésitait » à prolonger la polémique ».

Ne trouvez-vous pas le procédé inadmissible ? Après avoir fait passer un historien de la valeur de Mr Rassinier pour un ignorant, ou, pire, pour un homme de mauvaise foi, aux yeux de vos nombreux lecteurs (lui portant ainsi un incontestable préjudice), vous refusez de lui accorder la juste rectification qu’il réclame ! Vous préférez laisser subsister une information fausse plutôt que de reconnaître votre erreur.

Le procédé est, pour le moins, inélégant, et m’étonne fort du « Monde », qui m’avait conquis par sa probité. Devrais-je modifier mon jugement sur votre journal ?

J’espère que vous consentirez à rétablir la vérité, ou, dans la négative, à m’indiquer les motifs de votre abstention.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments distingués. »

Le ton de cette lettre étonne quelque peu de la part d’un Gauchon qu’on sait en conflit ouvert avec Rassinier, et en particulier engagé à prouver que ce dernier s’égare dans ses analyses sur le « Vicaire ». Évoquer « un historien de la valeur de Mr Rassinier » n’était absolument pas indispensable pour sa démarche et surtout ne correspond évidemment pas à son opinion. On pourrait évoquer à sa décharge la déformation professionnelle de l’avocat qu’il était.

Mais, par ailleurs, Gauchon n’étant pas directeur de publication de la « Voie de la paix » (sinon à titre provisoire), il ne lui revenait pas de prendre cette initiative sans consulter Bauchet et nous n’avons aucune indication de sa part qu’il l’ait fait. Que cherche-t-il donc à prouver ? Se sachant à cette époque, de toute évidence, engagé dans la phase finale d’un processus visant à évincer Rassinier de l’U.P.F. et de la « Voie de la Paix », ne veut-il pas semer des preuves de sa bonne foi en cette affaire ?

Voici la réponse du Monde sous la plume de Jacques Fauvet, datée du 23 janvier 1964 :

« Monsieur et cher lecteur,

Nous avons bien reçu votre lettre du 19 janvier au sujet de la correspondance que nous avons publiée sur « Le Vicaire » et notamment l’extrait de la lettre de Mr Rassinier.

En ce domaine comme en d’autres, notre rôle est de soulever une controverse, de la nourrir éventuellement mais non de la conclure. Sans doute êtes-vous un peu historien et vous savez le mal que l’on éprouve à établir avec certitude la vérité d’un texte ou d’un fait. Les historiens eux-mêmes n’y parviennent pas alors qu’ils disposent de tous les éléments.

C’est pourquoi notre rôle est de stimuler la curiosité ou l’intérêt de nos lecteurs sur des points importants et particuliers. Il arrive toujours un moment à partir duquel nous ne pouvons aller plus loin sans risquer de nous livrer à une joute interminable entre nos correspondants.

C’est la raison et la seule pour laquelle nous avons cru devoir interrompre la controverse sur le document Gerstein.

Je vous prie, Monsieur et cher Lecteur, de croire à l’expression de mes sentiments les meilleurs. »

Notons qu’à ce stade, Jacques Fauvet évite soigneusement de s’expliquer sur les faits et ne prétend aucunement avoir donné ni tort, ni raison à Rassinier. Sans doute espérait-il que, la controverse s’épuisant, il puisse s’en sortir par ces belles et insipides roucoulades journalistiques.

Gauchon, ne voyant pas venir de démenti, permettra donc la publication de l’article » de Rassinier (sous son pseudonyme habituel d’Ego Veni Vidi) sur « Le Vicaire dans la « Voie de la Paix » de février. Gauchon ajoutera, signée “N.D.L.R.”, la note que lui communique Bauchet et dont il assurera par la suite que ce dernier avait attribué à Rassinier lui-même la rédaction :

« Le Monde (26-12-1963), répondant à Paul Rassinier, avait prétendu que ce document avait été pris en considération. A cette note que nous lui avions communiquée, Rassinier nous a répondu qu’en date du 30-I2-I963, Mr Jacques Fauvet lui avait écrit qu’en effet « ce document n’avait pas été pris en considération par le Tribunal de Nuremberg.»

Mais Mr Jacques Fauvet ne l’a pas écrit à ses lecteurs, sous prétexte qu’ “il hésitait à prolonger la controverse”. Ainsi, les lecteurs du « Monde » ne sauront jamais que c’était Rassinier qui avait raison contre « Le Monde ».

Gauchon fit parvenir à Jacques Fauvet le numéro de la « Voie de la paix » contenant ces lignes, accompagné d’un mot qui ne figure pas au dossier en notre possession. Fauvet en accuse réception le 23 juin 1964, et semble tout à coup s’étonner des propos qui lui sont prêtés :

«  Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre du 22 juin et le numéro de « La Voie de la paix »comportant votre article sur le « Vicaire ».

Je me suis référé au courrier échangé avec M. Rassinier et je ne vois pas de lettre où je lui aurais indiqué qu’il avait raison.

Voulez-vous être assez aimable de lui demander à quelle correspondance il a pu faire allusion.

Je ne doute pas qu’ensuite vous publierez sur ce point un rectificatif à votre article.

Je vous prie, Monsieur, de croire à l’expression de mes sentiments les meilleurs. »

En juin, Gauchon projette de publier dans la « Voie de la Paix » un article de sa plume s’opposant à la thèse de Rassinier sur « Le Vicaire » et le document Gerstein. Il a entre temps sommé Bauchet de fournir la lettre de Fauvet dans laquelle Fauvet aurait donné raison à Rassinier. Il finit par recevoir deux copies de cette lettre datée du 30 décembre 1963 : une de Fauvet (expédiée le 29 juin1964) et une autre de Rassinier avec ses commentaires manuscrits.

Reprenons ici la présentation et la reproduction de la lettre originale de Jacques Fauvet faite par Gauchon dans son dossier qu’il destinait au Conseil d’Administration de l’U.P.F. :

— Le mieux est que je vous lise cette lettre que Fauvet écrivait à Rassinier le 30 décembre 1963. Elle est courte, mais Rassinier, pris la mais dans le sac, l’a accompagnée d’un interminable commentaire pour tenter de faire dire ce qu’elle ne dit absolument pas (ce qui contraste avec l’attitude claire de Fauvet qui se borne à m’envoyer la copie, sans autres explications). Je vous lirai donc cette copie, sans vous faire l’injure d’y ajouter les commentaires de Rassinier. J’estime, moi, que vous êtes des adultes, non des enfants; des êtres sensés, non des imbéciles. Vous êtes donc capables de vous faire une opinion par vous-mêmes, sans qu’on vous la souffle :

” A Mr Paul Rassinier, 36, rue Bapst, Asnières (Seine).

Cher Monsieur,

Mr Beuve-Méry m’a transmis votre dernière lettre.

Sur le premier point, j’avoue hésiter à prolonger la controverse d’autant qu’un autre informateur m’affirme que seules les factures de gaz devaient être prises en considération parce qu’elles touchaient aux faits eux-mêmes alors que le rapport lui-même n’était considéré que comme un témoignage.

En revanche, nous utiliserons les renseignements que vous nous communiquez sur votre propre affaire.

Veuillez… Jacques Fauvet.” —

Pour Gauchon, il n’y a plus aucun doute : Rassinier l’a bien trompé par l’intermédiaire de Bauchet et il en prend acte auprès de Jacques Fauvet le 4 juillet 1964 :

« Monsieur,

Je vous remercie bien vivement de m’avoir transmis la copie de votre lettre du 30 décembre 1963.

Paul Rassinier interprète cette lettre dans un sens opposé au votre. J’estime, pour ma part, qu’il n’y a aucune confusion possible et que vous n’avez pas approuvé la thèse de Rassinier.

Il me paraît utile de nous nous rencontrions à ce sujet, afin notamment d’envisager les termes de la mise au point que vous désirez.(…) »

Le 7 juillet, Jacques Fauvet accusera réception et reportera un éventuel rendez-vous « à la rentrée ». Le dossier en notre possession ne donne pas d’indication sur les suites de cette correspondance et des relations entre Jacques Fauvet et Jean Gauchon.

Gauchon, cependant, s’est immédiatement plié à l’interprétation de Fauvet. Et effectivement, si l’on s’en réfère aux termes entre guillemets dans la note publiée dans la « Voie de la Paix », selon laquelle Fauvet admettait que « ce document n’avait pas été pris en considération par le Tribunal de Nuremberg.», il est patent qu’on ne les trouve pas dans sa lettre du 30 décembre 1963. Et Gauchon pourrait s’en tenir à ce point de vue formel : c’est une faute mineure, engageant certes la responsabilité de la revue, et nécessitant à ce titre à peine un correctif.

Mais il va plus loin, écrivant que Fauvet n’a pas «approuvé la thèse de Rassinier ».

Gauchon refuse de comprendre en quoi la réponse de Fauvet donne entièrement raison à Rassinier quant à la question de savoir si le document Gerstein avait ou non «  été pris en considération par le Tribunal de Nuremberg», qui était bien le cœur du débat.

Gauchon s’appuie sur une erreur formelle pour rejeter toute interprétation de la lettre de Fauvet et souhaite présenter – sans la citer – devant le Conseil d’Administration de l’U.P.F. l’analyse de Rassinier qu’il balaie comme un « interminable commentaire ».

Quelle est donc au moins la substance de cet « interminable commentaire » par lequel Rassinier aurait tenté de « lui faire dire ce qu’elle ne dit absolument pas » ? Nous prendrons, nous, la peine de le citer intégralement ci-dessous, et le lecteur pourra rapidement se faire une idée puisque cet « interminable commentaire » que Gauchon ne cite pas tient en… une phrase manuscrite ajoutée en marge de 26 mots, suivie d’une précision manuscrite elle-aussi de 20 mots.

Rassinier a souligné deux fois le premier paragraphe de la lettre de Fauvet du 30 décembre 1963 à partir de la deuxième ligne. Il a souligné deux fois en marge ce même paragraphe et écrit dans cette même marge droite une seule phrase de 26 mots !

« en faisant sienne cette opinion et en l’invoquant pour ne pas publier ma lettre qui soutenait ce point de vue , Jacques Fauvet me donne raison. »

Voici donc ce que Gauchon nomme un « interminable commentaire » ! Suffisamment interminable pour ne pas le soumettre à l’appréciation du Conseil d’Administration.

Qu’en est-il du fond ? Rassinier a prétendu dans la lettre publiée par le Monde que le « célèbre document dit Document Gerstein, présenté par le procureur français Dubost à Nuremberg le 30 janvier 1946, a été refusé par le tribunal lui-même comme « non probant ». Le Monde, confondant l’authentification de la pièce dans laquelle figurait le document Gerstein (authentification qui fut agréée l’après-midi même) et l’admission par le juge de ce document comme preuve, a donné tort à Rassinier. Or, il se trouve que le document Gerstein figurait dans un dossier qui contenait plusieurs pièces, dont des factures de Zyklon B et que le juge retint bien ces factures mais négligea le document Gerstein.

Ce n’est, dira-t-on, que l’interprétation de Rassinier à laquelle s’opposera Gauchon dans la polémique publiée sur quatre pages dans le numéro de juin 1964 de la Voie de la Paix. Mais, si Gauchon s’est plaint de n’avoir pu consulter la réponse de Rassinier avant publication définitive, on n’a pas connaissance qu’il ait jamais tenté de faire valoir d’autres arguments sur le statut du document Gerstein dans les comptes-rendus du tribunal de Nuremberg.

Voici comment Rassinier résumera l’épisode dans une note de son ouvrage « Le Drame des Juifs Européens » :

« J’écrivis à nouveau au Monde pour lui signaler qu’ «authentifié par des officiers américains et «pris en considération par la Cour» ne signifiait pas «retenu à charge». En précisant:

1. Qu’à la séance de l’après-midi en question il avait surtout été décidé (C.R. des débats p. 377) d’un commun accord par le Président du Tribunal et M. Dubost, que le Document P. S. 1553 se composait uniquement de 12 factures de Cyclon B et que la déclaration de Gerstein n’en faisait pas partie, – qu’elle n’y avait été introduite que par la phrase suivante de M. Dubost: «Au document P.S. 1553 est (sic) JOINTE la déposition de Gerstein et les explications du chef de service américain qui a recueilli ce document»…

2. Que tous les documents P.S. «authentifiés par des officiers américains» ne l’avaient pas été forcément – loin de là! – par le Tribunal, que tous ceux qui l’avaient été pour ce dernier figuraient, soit dans l’un des livres rendant compte des débats, soit dans la liste (volume 24) des documents retenus et dans l’un ou l’autre des 18 volumes de documents, ce qui n’était pas le cas de la déclaration de Gerstein. En effet, ce qui, du document P.S. 1553 a été retenu à charge par le Tribunal, figure au volume 27 pp. 340-42: on n’y trouve que deux factures de Cyclon B (sur 12) mais, de la déclaration de Gerstein, pas un mot.

En date du 30-12-1963, M. Jacques Fauvet me répondit qu’en effet la déclaration de Gerstein n’avait pas été prise en considération mais qu’il… «hésitait à prolonger la controverse».

En somme, j’avais raison mais les lecteurs du Monde ne devaient pas le savoir. La controverse resta ouverte dans ses colonnes, mais seulement à ceux qui soutenaient le bien-fondé de l’argument de la pièce.

Tel est le mécanisme de la mise en condition de l’opinion.

Sans autre commentaire. »

La phrase de Rassinier en marge de la réponse de Fauvet, loin de constituer un « interminable commentaire », résume parfaitement la situation, et c’est la mauvaise foi de Jacques Fauvet et celle de Gauchon qui crèvent les yeux !

Doutant de la capacité de Gauchon à bien appréhender le contexte, Rassinier ajoute au bas de la lettre de Fauvet, une phrase de vingt mots qu’il rattache d’une double ligne et d’une croix à la fin du premier paragraphe où Fauvet écrivait : « …le rapport lui-même n’était considéré que comme un témoignage. » :

« qui, ajoutais-je dans la lettre qui me valut cette réponse, était sans aucun rapport avec les factures de gaz. »

Pour résumer, si la citation : « ce document n’avait pas été pris en considération par le Tribunal de Nuremberg.» ne provient pas textuellement de la lettre de Fauvet à Rassinier, Fauvet n’en a pas moins platement donné raison à Rassinier en se couvrant derrière l’avis d’un informateur qu’il ne cite pas, mais en refusant malgré tout d’accorder un droit de réponse.

En rédigeant la note, sur les indications de Rassinier, Bauchet n’a probablement pas jugé utile de citer toute la correspondance Rassinier-Fauvet, et ce faisant, a semblé attribuer à Fauvet une phrase qui vient probablement de Rassinier lui-même.

Mais, Fauvet ayant bien avoué, en s’appuyant sur une troisième personne qui adopte le point de vue de Rassinier, qu’il ne pouvait (au mieux ne voulait) pas défendre sa position, et ayant de plus refusé à Rassinier la publication d’un droit de réponse, sa lettre constitue bien un aveu de déroute intellectuelle. Et Gauchon qui ne doit pas être stupide s’avère ici particulièrement roué dans sa manipulation.

Une question restera à jamais irrésolue mais mérite sans doute d’être posée en conclusion parce que la réponse influencerait considérablement le jugement qu’on peut porter sur tout le dossier : Jean Gauchon a-t-il joint la cabale contre Rassinier après s’être disputé avec lui en Août 1962, ou s’est-il disputé avec Rassinier après avoir joint la cabale ?

Source principale :
http://www.cedias.org/download/down/Archives%20Gauchon.pdf

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