Récit de Ratz

Extrait du livre d’Albert Ratz (écrit avec l’aide de Rosarito Gauchon) « JEAN GAUCHON, Le Roman d’un pacifiste », chapitre XXII « L’affaire Rassinier » (les précisions entre crochets ont été rajoutées). Nous donnons, à la suite du texte, une lettre de Ratz à Paul Rassinier du 26 août 1962, au sujet du “Véritable procès Eichmann” On notera la différence de ton entre les deux documents (en 1962, commençait seulement à se mettre en place la cabale qui mènera à l’éviction de Paul Rassinier des milieux pacifistes. La lettre de Ratz avance des arguments défendables et ne cherche pas à diaboliser).

 

Extrait du livre de Ratz

 

Les « historiens révisionnistes » qui ont affirmé que le sort des Juifs, dans l’Europe sous domination nazie, avait été démesurément dramatisé, et qui sont allés jusqu’à nier l’existence des chambres à gaz, Robert Faurisson et quelques autres, sont en fait les émules d’un certain Paul Rassinier, un peu oublié aujourd’hui. Or, ce Rassinier, avant d’être connu pour ses positions révisionnistes, avait collaboré à La Voie de la Paix. Profondément admiré par Émile Bauchet pour son talent de polémiste et pour les titres universitaires flatteurs dont il se parait, il avait été admis dans le Conseil d’administration du mouvement en 1962. (note : 46)

Son exclusion, en 1964, ne s’opéra pas sans douleur. Elle occasionna un travail considérable et des tensions au sein du Conseil de l’UPF. Jean Gauchon a laissé, dans ses archives, un dossier extrêmement complet comme il était capable d’en constituer.

Paul Rassinier, que l’auteur a rencontré à diverses reprises, était un personnage qui laissait à toute personne un tant soit peu psychologue une impression pénible. La noblesse affectée de son port de tête, son regard, son comportement, tantôt hautains, tantôt condescendants, son extrême assurance intellectuelle plaçaient son interlocuteur en situation de médiocrité patente. On se sentait, en quelque sorte, contraint à l’humilité et à la gratitude puisqu’un savant et un esprit de l’envergure de Rassinier consentait à sacrifier pour vous quelques précieux instants de sa vie, quelques parcelles de son immense culture.

Pour qui ne le connaissait que par ses écrits, ses dons de pamphlétaire pouvaient le rendre plutôt sympathique. En tout cas, pendant une année entière, personne n’eut rien à lui reprocher parmi les pacifistes lecteurs de La Voie de la Paix. Il apportait de l’eau à leur moulin et, le naïf Bauchet, directeur du journal, s’émerveillait d’avoir rencontré un tel collaborateur.

Or, en septembre 1962, Jean Gauchon étant chargé de relire les textes proposés pour le journal et d’y apporter les corrections de détail qui s’imposaient, fut amené à changer un mot dans l’article de Rassinier qui avait écrit: «J’appelle un chat un chat, selon l’expression de Victor Hugo. » Jean avait remplacé Victor Hugo par Boileau, comme il se doit, sans en référer à l’auteur qu’il se serait bien gardé d’aller distraire de ses « importants travaux pour une broutille, un lapsus, sans plus. Or, la vindicte de Rassinier éclata : il prétendit que Hugo l’avait écrit après Boileau (ce qu’il ne put jamais démontrer) et, dans une correspondance vengeresse, il traita Jean Gauchon d’illettré… se mêlant de corriger sans rien comprendre.

Cette anecdote peut paraître futile mais elle campe le personnage et d’autant plus que les choses allèrent plus loin : il fit savoir qu’il ne mettrait plus les pieds au Conseil d’administration tant qu’il n’aurait pas reçu du secrétaire des excuses en bonne et due forme, précisant que c’était lui, Rassinier, qui avait raison. Jean, voyant Bauchet désemparé, écrivit une lettre de réconciliation sans toutefois s’humilier platement, à quoi Rassinier répondit : « Je ne veux rien avoir à faire avec des rustres. » Sur ce, Bauchet, toujours fasciné par son idole, lui confia la rédaction du journal en raison d’un voyage hors des frontières qui devait l’éloigner assez longtemps. A partir de ce moment les coquilles, mots oubliés, lignes tête en bas se multiplièrent dans les articles de Gauchon et seulement dans ceux-là… Puis, tout un passage fut censuré. Ce passage disait :

« Devait-on voter pour l’extrême-droite, dont le but incontestable est de doter la France d’un régime du type hitlérien, sous la houlette de Salan ou d’un autre prestigieux étoilé? C’était se prononcer pour la guerre à brève échéance, le seul point positif du programme de l’O.A.S. étant, dans l’immédiat, la cessation d’une paix estimée honteuse. »

En quoi une critique de l’extrême droite militariste pouvait-elle être répréhensible dans une publication pacifiste ?

Bauchet revenu, les choses rentrèrent dans l’ordre mais à la fin de l’année 1963, Rassinier voulut apporter son point de vue, dans le journal, sur une pièce de théâtre très controversée, Le Vicaire, jouée alors à Paris et qui présentait le pape Pie XII comme coupable de complaisance vis-à-vis d’Hitler. L’auteur avait expliqué à la presse qu’il s’était inspiré d’un document d’archives. Rassinier démolit la pièce, affirmant que le prétendu document n’était qu’un faux, un coup monté par les antinazis, soucieux de faire croire à l’extermination des Juifs dans les chambres à gaz, document qui n’avait pas été pris en considération par le Tribunal de Nuremberg.

Bauchet étant de passage à Trappes, Jean lui fit part de ses appréhensions et lui communiqua une coupure du journal Le Monde du 26 décembre 63, réfutant la thèse de Rassinier. Ce débat n’étant pas fondamental pour l’Union pacifiste, il suggéra la prudence. Lors d’un nouveau passage, Bauchet, triomphant, apporta une information nouvelle : le rédacteur du Monde, Jacques Fauvet, avait écrit à Rassinier en lui donnant enfin raison mais ajoutait qu’il n’avait pas l’intention de relancer la polémique dans les colonnes de son journal.

Quelque temps plus tard, Fauvet, mis au courant, s’insurge et fait savoir qu’il n’a jamais rien écrit de semblable. Le Conseil d’administration de l’UPF exige la présentation par Rassinier de la lettre en question et finit par l’obtenir. Effectivement cette lettre a été lourdement interprétée par son destinataire qui a rempli les marges d’annotations qui tentent de justifier son mensonge.

A ce moment, le secrétaire a la certitude que Rassinier, individu peu recommandable, doit quitter l’UPF et La Voie de la Paix. Mais il sait que l’affaire sera coriace. Ce présomptueux cynique a réponse à tout et il jouit du soutien aveugle de Bauchet qui l’a encouragé à se répandre dans plusieurs pages du journal sous divers pseudonymes (ainsi, les articles portant sur Le Vicaire sont-ils signés : « Ego, veni, vidi »). Dieu merci, il sait qu’il peut compter sur la clairvoyance de la majorité des pacifistes. Déjà, Fabrègues, habituellement chargé de la critique des spectacles dans le journal, menace de démissionner et Roland Pilou, chargé de chronique littéraire, alerte Jean : il a découvert que Rassinier a accordé une interview à Rivarol, feuille de réputation fasciste, qui l’a honoré d’un gros titre de première page, dans son numéro du 16 avril 64. Il y est présenté comme l’historien des camps de la mort…

Divers lecteurs ont fait part à Bauchet de leur étonnement, voire de leur indignation mais ces réactions ne produisent pas l’effet espéré.

Désormais, Jean est décidé à mettre rapidement tout cela au clair. Toujours scrupuleux et persuadé que la vérité est l’arme la meilleure, il commence par se plonger dans les anciens numéros de Rivarol. Le journaliste qui a posé des questions à Rassinier, un certain Jean-Pierre Bermont, semble un spécialiste de la réhabilitation des nazis : au cours de ses divers articles, il se réfère constamment au grand historien Rassinier qui est seul à avoir le courage de dire toute la vérité et à qui on a interdit l’entrée au procès des gardiens d’Auschwitz car il n’est pas vendu à la presse internationale. Jean constate par ailleurs que Rivarol mérite bien sa réputation fasciste : il relève de nombreuses citations à la gloire de Pétain, ou antijuives, antinègres. Martin Luther King est, pour Rivarol, «un prédicateur de la guerre aux Blancs et un promoteur d’émeutes raciales »; on y fait l’apologie du pas de l’oie et du militarisme sous toutes ses formes.

Puisque Rassinier, d’après Bermont, semble considérer les actes du tribunal de Nuremberg comme le produit mensonger d’une sinistre comédie, Jean profite des vacances pour se rendre tous les jours à la Bibliothèque nationale afin d’étudier les minutes du fameux procès. Cependant, Rassinier va lui offrir une occasion d’être confondu. Le « grand historien » des camps de concentration vient porter plainte pour diffamation contre Bernard Lecache, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme [LICA, à l’époque]. Voilà une affaire judiciaire excellente où Jean se trouve à son aise. Il prend contact avec l’avocat de Lecache.

Le 5 octobre, Lecache, l’accusé, et Rassinier, le plaignant, comparaissent devant la dix-septième chambre correctionnelle, à Paris. Tout semble aller assez bien pour le plaignant, sûr de lui comme à l’ordinaire et drapé dans son indignation, jusqu’au moment où la parole est donnée à l’avocat de la défense. Me Rosenthal :

-Monsieur Rassinier, vous avez accepté de vous laisser interviewer pour le compte de Rivarol par un certain Jean-Pierre Bermont?
-Oui.
– Connaissez-vous ce journaliste?
-Moi? Pas du tout!
– Savez-vous où il habite?
-Non.
– Je vais vous l’apprendre : il habite comme vous à Asnières.
– Ce n’est pas possible!
-Pourquoi affirmez-vous que ce n’est pas possible alors que vous venez de dire, il y a un instant, que vous ignoriez où il habitait?
– Après tout, pourquoi pas Asnières!
– Donc, vous ne connaissez pas Bermont… Où êtes-vous né, Monsieur Rassinier?
-… Bien… à Bermont Qu’est-ce que ça prouve?
– Ça prouve. Monsieur Rassinier, que Bermont c’est vous.
– C’est une infamie! C’est grotesque!
L’avocat de Rassinier :
-Comment voulez-vous que Rassinier soit Bermont, puisque c’est Bermont qui a interviewé Rassinier?
Rosenthal :
– Je le prouve par cette lettre, signée de Bermont, partie d’Asnières et dont l’écriture, examinée par un expert près le Tribunal, est incontestablement de Monsieur Rassinier. Je la dépose entre les mains de Monsieur le Président.

Rideau.

Les juges déboutèrent Rassinier en tant que collaborateur de Rivarol, feuille fasciste, comme l’avait dit le président de la LICRA. [LICA, à l’époque]

La lettre en question avait été obtenue par un ami de Jean Gauchon qui avait écrit à J.-P. Bermont, attirant ainsi une réponse écrite.

Bauchet estima, dans La Voie de la Paix, qu’on « n’était pas parvenu à établir la collusion de Rassinier avec la presse fasciste »… Cependant, d’autres journaux pacifistes, Liberté, Le Libertaire avaient éjecté Rassinier et ses pseudonymes, car il sévissait ailleurs.

Jean Gauchon convoqua le Conseil d’administration de l’Union pacifiste, le 15 novembre, pour entendre Rassinier et prendre une décision. L’accusé, quoique un peu pâle, avait retrouvé sa superbe. Il exprima son mépris pour les esprits mesquins incapables de comprendre qu’un chercheur libre, un historien d’esprit scientifique, était prêt à utiliser n’importe quel moyen pour faire percer la vérité contre tous les esprits obscurantistes, aussi allait-il là où on lui donnait la possibilité de s’exprimer.

L’UPF n’eut pas besoin de l’exclure, elle dut enregistrer sa démission qu’il avait envoyée quelques jours avant.

On discuta encore un certain temps du cas Rassinier, ancien socialiste, ancien communiste, ancien « anar » : pourquoi s’était-il introduit dans des organismes pacifistes ou anarchistes? Était-ce un indicateur? Jean Gauchon, quant à lui, ne pensait pas qu’il fut un authentique fasciste motivé par des visées politiques mais plutôt un mégalomane, infatué de lui-même et animé par la passion de se faire remarquer, en jouant de son talent, par des positions anticonformistes, voire scandaleuses. Peu lui importait le cadre à l’intérieur duquel il manœuvrait pourvu qu’on lui donne la parole, pourvu qu’il soit mis sur un piédestal. En cela, il avait probablement été sincère dans ses derniers propos au Conseil d’administration. Ce jeu, poussé à l’extrême, le conduisait à déformer la vérité pour mieux justifier ses thèses; c’est ainsi qu’il en était arrivé à écrire, dans le Rivarol du 23 janvier 1964 : «Il faut savoir que tous les camps de concentration (nazis) étaient conçus sous le régime du self-govemment par les détenus eux-mêmes… Les exterminations par les gaz auraient-elles été perpétrées par le self-govemment des détenus?…(note 47) ».

Ainsi Rassinier faisait-il le jeu des néo-fascistes. Mais, si parmi eux, il avait chance de perdurer avec ses élucubrations, par contre, chez les pacifistes, même s’il dénonçait alors les guerres et les armements, des fausses notes à la longue furent inévitables, fausses notes que des esprits soucieux de clarté et de vérité ne pouvaient laisser passer sans réagir.

Bauchet, quant à lui, ne s’en remit pas. Son autoritarisme, son entêtement battus en brèche, il finit par quitter l’UPF en emportant « son » journal, en 1966. Jean proposa immédiatement de se doter d’un autre organe de presse intitulé tout simplement Union pacifiste. Le numéro un fut préparé au mois d’avril (pour sortir le 1er mai), chez Jean, avec Thérèse Collet, Raymond Rageau et Jean Biojout, militants de la région parisienne qui allaient désormais assumer une part importante de la direction du mouvement. Ce dernier voyait le nombre de ses adhérents croître, lentement mais constamment L’épisode Rassinier n’avait été qu’un incident de parcours.

NOTES :

46. Dans une lettre à Jean Gauchon datée du 11 novembre 1964, Charles Despeyroux, professeur, indique qu’il a bien connu Rassinier « dans les années 30/35 », celui-ci était alors « instituteur à Belfort et bien qu’il aime à laisser entendre qu’il est agrégé d’histoire ou de philosophie, je ne sache pas qu’il ait occupé d’autres fonctions universitaires. »

47. Il faisait sans doute allusion à l’institution des « Kapos », ces malheureux généralement bilingues, qui acceptaient, pour une ration supplémentaire ou dans l’espoir d’échapper à la chambre à gaz, de servir de courroie de transmission entre les gardiens du camp et la masse des détenus. Le système de kapos était efficace comme système de dénonciation et il permettait de faire une économie de personnel militaire ou policier.

 

Lettre de Ratz à Paul Rassinier

Auneau le 26.8.62

Mon cher Rassinier

J’ai lu pendant ces vacances « Le vrai procès Eichmann » [sic] qui m’a intéressé à trois titres : comme pacifiste, comme professeur d’histoire (au C.E.G. d’Auneau), enfin parce que ma femme est israélite d’origine hongroise, et qu’elle a été déportée à Auschwitz en 1944 ; (je tiens à préciser qu’elle n’adhère à aucune association de déportés et qu’elle ne parle presque jamais de ces choses-là par pudeur pour elle-même et pour l’humanité. Nous nous sommes rencontrés sur un chantier du S.C.I. ; à noter que c’est grâce au S.C.I. qu’elle a réussi à parler et même à fraterniser avec des Allemands, chose qu’elle avait crue impossible à tout jamais…)

Devant ce livre important et courageux je reste perplexe et partagé. En effet j’apprécie beaucoup la manière par laquelle il est montré que le procès de Nuremberg fut une sinistre parodie de justice et pourquoi il en fut ainsi, j’approuve évidemment tout ce qui met en lumière les responsabilités des vainqueurs de 14-18 dans la montée du nazisme et l’acheminement vers la seconde guerre mondiale (encore que les questions économiques et les rivalités capitalistes dont l’Allemagne fut victime soient insuffisamment traitées à mon avis.) En revanche je reste sceptique ou déçu sur quatre points :

1) L’assassinat massif des juifs par les gaz, est-ce une légende ? Ma femme lorsqu’elle vivait encore dans une petite ville du nord de la Hongrie début 44 ne croyait pas aux rumeurs concernant les camps, mais du jour où elle fut déportée, elle, ses parents, ses frères et sœurs, et qu’elle est arrivée à Auschwitz, il a bien fallu qu’elle révise son opinion sur la question. Elle non plus n’a pas vu de chambres à gaz (heureusement car elle ne serait pas là pour en parler), mais elle trouve inepte qu’on ait discuté à Nuremberg et ailleurs sur leurs dimensions, la date de leur construction, etc… car selon sa conviction (qui était aussi la conviction des déportés qu’elle a connus, n’importe quelle installation de douches pouvait être utilisée comme chambre à gaz. (En Algérie il serait vain de discuter sur la construction et les dimensions des locaux destinés à la torture.) Cependant elle a vu quelque chose : à plusieurs reprises, vers la soirée, les S.S. sont venus chercher avec des camions des déportés parmi les plus faibles ou les plus âgés, après les avoir obligés à se déshabiller complètement. Un peu plus tard on apercevait inévitablement un grand panache de fumée à quelques centaines de mètres ; si le vent soufflait vers la partie du camp où elle se trouvait c’était une odeur affreuse. Par ailleurs, les personnes parties ainsi toutes nues en voyage n’ont jamais donné de nouvelles… Un petit détour par les douches paraissait très indiqué avant ces feux de plein vent auxquels tu fais une brève allusion, mais évidemment les preuves manquent ! Toujours est-il que ces départs donnaient lieu à des scènes d’adieux déchirantes car personne ne pouvait se faire d’illusions.

Mais à supposer que tout cela fût le fruit de l’imagination de personnes affaiblies et affolées, une question subsisterait quand même : si l’extermination massive et systématique des Juifs n’était pas organisée comme expliquer la disparition d’un million de Juifs en deux ou trois ans, chiffre minimum que tu admets ? Il est difficile d’admettre la mort naturelle d’adultes et d’enfants ; s’ils ont été libérés après un repli dans les camps de l’Ouest (ce qui a été le cas pour certains), comment se fait-il qu’ils aient négligé de donner de leurs nouvelles, étant donné surtout les liens qui unissent les familles juives ? Ma femme compte 16 disparus dans sa famille ; si l’on interroge n’importe quel Juif, on obtient un bilan du même genre. La question reste entière : si les « chambres à gaz » n’ont pas existé ou n’ont pas fonctionné, l’extermination se faisait par d’autres moyens ? Il doit être possible de déterminer quels étaient ces moyens.

2) Je note parfois des documents de valeur douteuse : une citation de Doenitz de seconde main, et quelle main ! Celle du fasciste Bardèche. De fréquentes références aux calculs ou aux affirmations de Geouffre de la Pradelle, collaborateur du Figaro, comme à un oracle. Pourquoi ? Quant au chiffre de 4 millions de Silésiens morts pendant leur transfert en Allemagne cité p.44 il relève, à mon avis de la plus macabre fantaisie anticommuniste de J. de la Pange.

3) Je pense aux jeunes de moins de 30 ans, pacifistes notamment, qui n’ont pas connu la guerre et qui ignorent à peu près la littérature concentrationnaire que plus personne ne lit. Dans un élan de générosité bien naturel en vont-ils pas conclure de cet ouvrage que les nazis ont été accusés de crimes imaginaires, qu’ils étaient beaucoup plus sages et plus humains qu’on veut bien nous le faire croire, que des fanatiques juifs voulaient exterminer la race allemande mais qu’avec magnanimité les nazis les installaient dans des cités où ils menaient une existence enviable (Theresienstadt), que les personnes de marque avaient droit au champagne quotidien, que les Français se sont opposés à une solution du problème juif : le transfert à Madagascar (argument en faveur des Allemands un peu difficile à avaler, celui-là n’est pas redoutable) ; quant aux Tziganes, ils sont complètement ridicules….

Ici je crains que le livre ne devienne dangereux. Je sais bien que ton propos n’était pas de mettre les nazis en accusation puisque ç’avait été fait et refait par des Historiens d’un zèle à toute épreuve, mais il aurait fallu au moins en introduction et en conclusion qu’aucune espèce d’équivoque ne puisse subsister, surtout en un temps où les fascistes eux-mêmes peuvent se servir d’un ouvrage de cette nature.

4) Enfin je n’arrive pas à comprendre de quelle menace slave tu veux parler. Depuis les Carolingiens, il y a beau temps que l’expansion slave est terminée, sauf erreur. Tu t’exprimes avec beaucoup d’indulgence sur la politique des Habsbourgs, opprimant les minorités slaves ou les mettant sous la coupe des Hongrois (p.179) « rempart contre les Slaves » ; je croyais que le « Nach der Osten » autrichien avait pour but de détourner l’opinion des revers de la politique des Habsbourgs en Allemagne et aussi d’abattre la république serbe, symbole de l’indépendance slave et de la démocratie vraiment gênant aux portes de l’Autriche-Hongrie. Rempart plutôt agressif !

Déjà dans l’introduction on semble confondre les révolutions marxistes du XXe siècle avec une sorte d’impérialisme slave ; cela fait penser à ceux qui au siècle dernier ne voulait voir dans la Révolution française qu’une aventure impérialiste et qui ne voyaient ainsi qu’un aspect mineur et passager d’une transformation profonde de la société qui, elle, leur échappait. J’ai d’ailleurs remarqué que, dans la Voie de la Paix, tu traites généralement les marxistes avec beaucoup de mépris, et je regrette parfois que tu ne sois pas plus nuancé, car on pourrait bien écrire un livre intitulé « Le vrai procès du stalinisme » et il serait facile de montrer comment la réaction capitaliste en menaçant les états socialistes les maintient sous un système de dictatures, cela rappelle aussi la Révolution française….

Excuse-moi d’accumuler toutes ces critiques (qui sont d’ailleurs en partie des questions), mais, comme toujours, il faut s’étendre largement sur les critiques pour les expliquer alors que pour les éloges c’est inutile.

Bien cordialement,

A.RATZ

Auneau E & L

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