Rivarol-Lecoin

QUELS DROLES D’ANARS !
RIVAROL, 1er janvier 1964, n° 677

CERTAINS anarchistes ont une façon d’écrire l’histoire qui ressemble bigrement à celle des communistes.

C’est ainsi qu’on peut lire dans le dernier numéro du MONDE LIBERTAIRE un article signé J.L. (il s’agit de Jean Rollin) et intitulé « RIVAROL et Lecoin ».

Sans connaître personnellement Lecoin, nous pensions que c’était un homme digne de respect et d’estime, et nous ne l’aurions jamais « attaqué » s’il n’avait attaqué, de la façon la plus basse, des hommes emprisonnés, sans défense, et qui sont, à leur manière, laquelle certes, n’est pas celle de Lecoin et de ses amis, des objecteurs de conscience.

Notre « attaque » a consisté à rappeler que, voilà près de vingt-trois ans, Lecoin, alors parfaitement inconnu, avait été sauvé d’une mort certaine par des interventions répétées, publiques. et privées, de « fascistes» comme Laubreaux, Lesca et quelques autres.

Ces démarches, dictées par la confraternité (qui pour une fois, n’était pas un vain mot), l’amitié qui peut naître dans les geôles, et la simple humanité, étaient autant d’actes purement gratuits car on ne voit guère ce qu’à l’époque Laubreaux, Lesca et les autres auraient pu en escompter à court ou à long terme. S’ils l’ont fait, c’est que les « fascistes » qu’ils étaient (ou, plus simplement, les révolutionnaires nationaux) estimaient qu’il était inique de conserver Lecoin en prison alors que tant de responsables de la défaite étaient encore libres.

C’est dans le même esprit que nous nous déclarions partisans d’une amnistie générale. Il est parfaitement inique de garder en prison quelques objecteurs de conscience alors que tant de responsables officiels ont manqué à leur parole, ont foulé aux pieds des engagements qu’ils déclaraient eux-mêmes sacrés ou solennels.

Il paraît que RIVAROL « appelle au secours, n’étant pas assez écouté pour pouvoir faire libérer ses troupes (sic) actuellement en prison », et, selon le Rollin en question, mes deux articles se résumeraient à ceci : « On voudrait bien que Lecoin s’occupe un peu de nous aussi. S’il ne le fait pas, c’est un salaud, voyez comme nous on lui a rendu service. »

Or, c’est exactement le contraire. Nous ne demandons rien à Lecoin et à ses amis. Nous voudrions simplement qu’ils ne couvrent pas de boue gratuitement des hommes qui sont tombés et qui n’ont aucun moyen de se défendre.

Nous: disons « gratuitement » car nous voulons encore croire que ces attaques n’étaient pas un élément de leur négociation au sommet du statut des objecteurs de conscience.

Ce qui est inqualifiable, c’est de laisser croire, comme les Lecoin et les Rollin, qu’il y a deux sortes de prison ; une pour les anarchos et une autre pour les « factieux », mais le Rollin tombe de l’odieux dans le grotesque quand il nous demande d’imaginer Lecoin intervenant « auprès des pouvoirs publics pour améliorer le sort de Salan, abominablement cloitré dans son appartement de la Santé ou d’ailleurs (sic), obligé de donner des ordres par téléphone ». (A qui et pourquoi ?)

Je ne sais quel est le sort réservé au général Salan (ce Rollin me parait bien mieux renseigné que moi à ce sujet), mais je n’ignore rien du sort réservé à des hommes dont nous savons bien qu’ils ne sont pas des bandits, même si leurs vues n’ont pas été toujours exactement les nôtre.
Cette mise au point méritera qu’on la fasse tant qu’il y aura dans les liens un seul condamné de la Cour de sûreté de l’Etat, mais, tous comptes faits, tant de mauvaise foi stupide m’aurait sans doute dispensé de la réitérer, si Jean Rollin, dans le même numéro du MONDE LIBERTAIRE ne terminait sa chronique consacrée au «Vicaire » par ces lignes qui sont tout de même un peu raides :

« A la lecture de la pièce, il ressort que, pour nous, le sujet traité n’était que de peu d’importance. Mais puisqu’il suscite une telle réaction de la part des milieux de droite, et puisqu’il semble rester des chrétiens pour soutenir un Pape ayant fait régner une terreur inquisitoriale au sein même de l’Eglise, prenons fait et cause pour « le Vicaire ». Et, pour une fois, la police qui garde la salle est avec nous. C’est une occasion de rosser quelques fascistes sans risquer de passer la nuit au car. Ce n’est pas si souvent, il faut en profiter !»

Ce Rollin joue sur le velours. Il sait très bien que ceux qu’ils appellent des « fascistes » n’appelleront jamais à leur secours les barbouzes du régime pour aller le rosser.

Tout de même, si le Rollin en question a tant soit peu de curiosité, je lui conseille vivement de relire dans les feuilles anarchistes d’il y a vingt-sept ou vingt-huit ans ce qu’écrivaient ses aînés quand les communistes lancèrent le mot d’ordre : « la police avec nous !»

Comment Boileau, qui appelait un chat un chat, aurait-il appelé ce Rollin-là ?

Mais, Dieu soit loué ! II n’y a pas au MONDE LIBERTAIRE uniquement de méchants imbéciles. Il y a aussi les rigolos pour qui la grande préoccupation est de savoir s’il faut détruire ou non l’Acropole.

Je pense, que notre ami Ben appréciera comme il convient ces lignes qui n’auraient, pas déparé les colonnes de feu L’OS A MOELLE :

« On est embarricadé (sic) dans l’art classique. Regardez ! On croit que le sol est plat (la Terre est ronde), nos murs sont horizontaux, nous avons les mêmes lits que les Grecs.

« L’Acropole rassemble tous ces critère» : la symétrie, la ligne droite, l’angle droit. A cause de l’Acropole, nous avons l’ordre que les Latins nous ont légué où plutôt l’Acropole a empêché nos parents de rechercher un ordre nouveau.

« Supprimer l’Acropole, c’est supprimer deux fléaux, le classicisme routinier et le droit romain. »

Tout de même, « elle n’est pas si laide que ça et c’est du travail sans ciment ».

Puis, heureusement pour elle, elle inspire de hautes pensées salvatrices :

« Qu’est-ce que l’anticonformisme conscient, pensé, préparé ? Sinon se conformer au conformisme négatif. Or, un véritable homme libre ne se conforme pas. Détruire l’Acropole, c’est se conformer à l’anticonformisme.

« Un anarchiste ne s’occupe pas de l’Acropole. »

Eh bien ! L’Acropole l’a échappé belle. Le général Franco n’a plus qu’à bien se tenir.

Etienne LARDENOY

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