La Voie de la Paix

La Voie de la Paix

Un article de Paul Rassinier qui clarifie les rôles respectifs de ce dernier et de Gauchon (ainsi que Laisant) dans la création de la Voie de la Paix.

La coupure en notre possession n’est pas datée, mais il est possible d’en situer la rédaction : la mention du « rapport Fechteller », célèbre faux publié comme authentique par le Monde de Beuve-Méry au mois de mai 1952 délimite la date de publication a minima. De plus, Rassinier évoque clairement des événements datant de la fin de l’année 1951 auxquels il fut associé, les « journées d’études et d’action » des Forces Libres de la Paix, en septembre-octobre 1951, alors que l’Assemblée générale des Nations Unies est encore réunie au Palais de Chaillot. La mention dans le texte des « huit mois » écoulés depuis ces événements confirme une rédaction en mai ou juin 1952.

Nous possédons par ailleurs une courte note introductive signée « P.R. » à la rubrique ‘Sur le front de Résistance à la Guerre et à l’Oppression’, datée par Rosarito Gauchon de mai 1952 également, mais qui laisse penser que Rassinier tenait déjà cette rubrique auparavant.

Le texte que nous reproduisons ici décrit un moment de l’histoire du mouvement pacifiste après-guerre en France et dans le monde et met en évidence deux faits qui concernent plus directement le dossier Gauchon :

A la fin du premier semestre 1952, « Me Jean Gauchon » n’est encore cité que parmi d’autres sympathisants ayant fait part de leur intérêt pour l’appel de Bauchet. Il ne peut donc prétendre en rien avoir participé à la fondation du CNRGO et de « la Voie de la Paix », malgré l’importance croissante qu’il prendra par la suite dans leurs instances.

Nulle trace non plus à cette date de Maurice Laisant dont le nom est pourtant généralement associé au mouvement des Forces Libres de la Paix. Selon un site anarchiste sur Internet, « Maurice Laisant devient secrétaire adjoint de l’association Les Forces libres de la paix en 1952. » Il fut, en tant que secrétaire à la propagande, inculpé en octobre 1954 après la publication d’affiches ne comportant pas les mentions légales. Il fut condamné en février 1955, après un procès qui mobilisa jusqu’à Albert Camus pour la défense de Laisant. (cf. annexes, ci-dessous)

Bien que sympathisant et adhérent probable dès le mois de mai 1952, c’est certainement durant le second semestre de cette année que Jean Gauchon se rapproche du CNRGO pour très rapidement en intégrer le Comité Directeur.

Laisant, lui, est sans doute considéré comme partie prenante de l’initiative des Forces Libres de la Paix, ce qui explique qu’il ne soit pas cité. Il ne figurera jamais à notre connaissance au comité directeur du C.N.R.G.O, mais les deux organisations participent à des actions communes tout au long des années 50.

Au point de vue doctrinal, le texte de Rassinier met aussi en évidence une préoccupation fondamentale, clairement affirmée dès l’origine du mouvement (voir aussi les « Résolutions du Congrès des 11 et 12 avril 1953 ») : l’indépendance vis-à-vis des mouvements pacifistes communistes. Or, les excès d’un certain « anti-communisme » seront, dans ses correspondances, souvent reprochés par Gauchon à Rassinier qui était intransigeant sur ce point.

Bien que portant sur une époque ultérieure (1960) on peut se référer au chapitre XVIII, « Le poids des responsabilités » de l’hagiographie publiée par Albert Ratz (Jean Gauchon, le roman d’un pacifiste) pour se convaincre que ce dernier n’hésitait pas à jouer les idiots utiles, au moins à titre individuel, auprès des Comités Pleyel et à justifier cette attitude dans la Voie de la Paix. C’est même, pour partie, le ralliement d’une majorité d’adhérents et de membres du Conseil d’Administration du CNRGO à ces « écarts doctrinaux » qui conduiront à la création de l’U.P.F., visant à ratisser plus large, plus jeune, moins évidemment Munichois aussi, sans doute.

Pour la Paix par le DESARMEMENT : FRONT UNIVERSEL !

Par Paul RASSINIER

Au risque de paraître quelque peu vain, je me permettrai d’abord de rappeler qu’Emile Bauchet, Félicien Challaye, Louis Lecoin et, dans une certaine mesure moi-même, avons déjà été à l’origine de ces journées d’études et d’action contre la guerre qui, en septembre dernier, ont abouti à la création des Forces Libres des la Paix. A l’époque, nous avons eu à vaincre beaucoup de scepticisme. Bien des sectarismes aussi. Et même il nous a fallu faire quelques concessions. Bref : après une année d’efforts obstinés (note 1) dans une atmosphère déprimante le résultat était là. En France, il y a maintenant un mouvement pacifiste qui ne relève ni des Américains par l’intermédiaire de M. Jean-Paul David, ni de Moscou par celui du Parti communiste, de M. Joliot-Curie, de Mme Cotton and Cie.

Que les Forces Libres des la Paix n’aient point encore l’audience qu’elles ambitionnent est indiscutable. Entrer dans le détail des raisons de cet état de fait n’est pas l’objet de ce propos : elles sont multiples et la moindre n’est pas un certain défaut d’organisation que, nous l’espérons, un prochain congrès du mouvement surmontera aisément. S’il en était autrement, les 37 ou 38 mouvements qui ont signé la charte de septembre retourneraient à la division, au désarroi, aux luttes intestines et la récente publication des rapports Fechteler et Jessup dit assez combien ce serait grave.

Au sujet des Forces Libres des la Paix, on me permettra encore une courte rétrospective. Je crois bien ne point trahir la pensée de Bauchet, de Lecoin et de Challaye, en écrivant qu’il s’agissait, dans notre esprit, de placer les problèmes de la guerre et de la paix au centre de toutes les discussions publiques et de frapper un coup qui égalât en importance et en solennité l’Assemblée Générale des Nations-Unies laquelle se tenait précisément au Palais de Chaillot dans le même temps. C’est dire que nous ambitionnions de donner aux journées de septembre un caractère international. Le bon sens même militait en faveur de nos ambitions : à une manifestation comme celle du Palais de Chaillot qui se situait sur le plan mondial, la seule réponse susceptible d’être efficace ne pouvait être qu’une manifestation de la même ampleur en sens inverse.

Huit mois après, notre point de vue n’a pas varié et c’est ce qui justifie l’Appel publié en quatre langues dans le dernier numéro de la Voie de la Paix : la Paix a pour symbole, comme la joie du poète « une plante brisée humide encore de rosée et couverte de fleurs » mais aussi les millions de mains, des gens de bonne volonté qui se tendent les unes vers les autres par-dessus les frontières.

A vrai dire j’eusse préféré que cet appel fût le résultat d’une initiative collective et, tout en participant à sa mise au point, j’appréhendais beaucoup quant à son opportunité et à son succès. Sans doute est-ce pour dissiper ces appréhensions que Bauchet m’a transmis le dossier des réponses et confié le soin de les dépouiller publiquement. Dans ce cas, il a réussi : le rassemblement pour la constitution du Front Universel aura lieu, sinon à la date, du moins à l’époque prévue et ceci est la preuve que les initiatives individuelles prises au pied levé sont encore capables de racheter les carences des collectivités.

Il est bien certain que le monde entier n’a pas rempli le questionnaire. Il ne l’est pas moins que certaines adhésions n’ont été données qu’avec réserves ou demandes d’explications supplémentaires. Mais ces réserves et ces demandes sont elles-mêmes encourageantes.

Au reste, on en va juger.

FRANCE

Les responsables d’à peu près tous les mouvements qui avaient signé la Charte des Forces Libres de la Paix ont donné leur adhésion de principe (note 2). Comme il n’est pas possible de commenter chaque adhésion, on en trouvera par ailleurs la liste par départements.

Il est cependant utile de faire quelques mentions spéciales, ne serait-ce que pour l’honnêteté de l’information.

C’est par exemple, Marceau Pivert, qui, nous disant sa sympathie, ajoute :

« C’est par les syndicats que ça doit partir, sinon, c’est l’impuissance habituelle… Lutter contre la guerre, c’est la même tâche que lutter contre la tyrannie, c’est-à-dire pour le Socialisme international. Et ceci implique une méthode, une philosophie, des forces sociales montantes que je ne vois pas ailleurs que dans la classe ouvrière internationale ».

Nous sommes bien d’avis que le rôle des syndicats est important, sinon primordial en matière de lutte contre la guerre. Justement, au même courrier, nous avions une lettre de Germaine Thomas, du Syndicat National des Instituteurs de France laquelle fait des réserves sur le rôle que l’appel attribue à l’O.N.U. et pense que nous nous faisons des illusions si nous croyons encore à la grève générale. Ce pourrait être pour nous l’occasion de préciser que cinquante années de pratique de la grève partielle ne semblent pas avoir conduit la classe ouvrière à grand-chose et qu’en dehors de la grève générale avec mission gestionnaire, nous ne voyons pas beaucoup d’autres moyens d’actions susceptibles de quelque efficacité. De toutes façons, à moins de nous en remettre à la violence par laquelle nos adversaires justifient la guerre, nous n’avons pas le choix.

Notons encore le Profr Paul Rivet, Directeur du Musée de l’Homme, qui pense que « nous pourrions conjuguer nos efforts » et l’économiste bien connu Ch. Blanc-Gabert.

Notons enfin, Mme Grange (Maison de la Paix) Daudé-Bancel (qui nous dit son espoir d’une unité réelle de tous les mouvements pacifistes), Fernand Henry (de Faubourgs) ; L.Brochon (le tour des questions), Me Jean Gauchon, Louvet Maille, Aurèle Patorni (des objecteurs de conscience), L. Roth, Lacaze-Duthiers, Maurice Rostand Paul Reboux, L’Alliance Universelle (Chrétiens pacifistes d’Afrique du Nord), l’Union pour le Fédéralisme Universel, Y. M. Biget (des cercles d’études socialistes de l’Ouest), le Foyer de la Paix (Basses-Alpes), les Vietnamiens de Paris, Marianne Rauze (des Femmes Unies), R. Ganghoffert (des Pacifistes d’Alsace), etc…

ALLEMAGNE

On comprendra aisément que le courrier d’Allemagne nous soit particulièrement précieux.

Nous redoutions que les Allemands occupés comme nous l’avons été ou à peu près, divisés contre eux-mêmes, tous leurs horizons bouchés, ne prennent même pas la peine de lire notre appel, ne serait-ce que parce qu’il venait de France dont ils ont pas mal de raisons de désespérer. Il n’en a rien été, les réponses qui nous sont parvenues sont importantes en nombre et en qualité.

C’est d’abord le Deutsche Friedensgesellschaft, (Bund des Kriegsgegner ou Association des Résistants à la guerre) qui nous dit sa joie d’entrer enfin en relations avec nous et nous demande d’envoyer, nous aussi, un de nos représentants à son congrès national de la mi-été.

C’est le Pasteur Niemöller auquel on reprocha peut-être à tort des complaisances pour le mouvement stalinien dit pacifiste par antiphrase. On sait que, tout dernièrement le Pasteur Niemöller participa au Congrès de Zagreb. Il nous fait tenir son adhésion de principe à notre initiative.
C’est encore l’Abbé Otto Maria Saenger, du mouvement chrétien «  Aus Zeit und Ewigkeit » (Hors du Temps et de l’Eternité).

C’est enfin, la revue « FriedensRundchau », l’Union des Espérantistes allemands, les Espérantistes de Hanovre, l’Association des Etudiants de Francfort et de nombreuses adhésions de cercles espérantistes et mondialistes régionaux, ou individuelles qu’il n’est pas possible de citer toutes. Parmi ces dernières celle du guide touristique Karl Bartthel qui vécut de nombreuses années à Paris.

Une seule adhésion d’Autriche, celle du cercle espérantiste de Bregenz.

ANGLETERRE
L’Angleterre est le siège du War Resister’s international (Internationale des Résistants à la guerre, à Enfield, Middlesex). Depuis 1921, cet important organisme y fait une propagande sérieuse et soutenue en faveur du pacifisme intégral. Nous nous attendions donc à recevoir un nombre très important de réponses – plus important que d’Allemagne, en tout cas. C’est le contraire qui s’est produit.

Bien entendu, Grace Beaton, la dévouée secrétaire du War Resister’s international nous a envoyé une adhésion de principe en nous souhaitant le succès et en nous promettant une aide spirituelle que le Conseil de l’organisation définira en Juillet. En outre, Grace Beaton croit devoir préciser que la base de l’I.R.S. étant le pacifisme intégral, il y a plusieurs points de l’appel avec lesquels l’organisation sera en désaccord, notamment le point 4, concernant une police internationale qu’elle ne peut accepter sous aucune condition.

Parbleu : nous aussi ! Mais rappelons que l’appel en question se proposait de réaliser la plus large unanimité possible autour du pacifisme et que, d’autre part, tous les points qui y figurent ne sont que des repaires destinés seulement à orienter les débats.

D’Angleterre, nous avons encore reçu l’adhésion du « Général Welfare » (Mouvement Mondial pour la Paix ou World Friendship) et une douzaine d’autres, individuelles, émanant pour la plupart d’espérantistes.

AUTRES PAYS

Nous ne dirons rien de quelques adhésions qui nous viennent d’Espagne et du Portugal pour ne point compromettre les signataires. Ni du courrier d’Italie représenté par une seule adhésion : celle des mondialistes de la Province de Vercelli.

Mais nous devons signaler 5 adhésions d’espérantistes Finlandais, deux de Hollande et une collective de Belgique : celle du mouvement chrétien de la Paix.

De Hollande, le Mouvement Universel pour une confédération mondiale (siège à Amsterdam) nous signale son existence en manifestant le désir de travailler avec nous et dans le même sens que nous.

Et, de Belgique, en nous donnant son adhésion, le Mouvement chrétien de la Paix, précise qu’au lieu de « Politique rationnelle de la natalité et adaptation des populations aux ressources de chaque pays » il préférerait qu’on inversât la proposition et qu’on recherchât «  l’adaptation des ressources de chaque pays à sa population. »

***

C’est tout. On conviendra que, pour un premier résultat, c’est assez substantiel, – surtout si on tient compte que les moyens de propagande et d’investigation dont nous disposons sont assez réduits. (En confidence : l’expédition du numéro contenant l’appel s’achève en même temps que celui-ci s’imprime !).

Sans aucun doute, bien des réponses ne nous sont point encore parvenues, soit des négligents soit des hésitants, soit des retardataires, soit même des camarades qui viennent seulement d’être informés ou qui ne le sont pas encore.

Nous demandons à tous ceux-là de nous écrire bien vite. Certes, nous ne sommes pas encore en novembre mais nous avons besoin de savoir au plus tôt quelle sera l’importance exacte de la manifestation prévue.

Et surtout, nous voudrions bien pouvoir annoncer dans le prochain numéro, en même temps que les nouvelles adhésions la composition du Comité d’organisation du Congrès.

Paul RASSINIER
NOTES :
(1) Se reporter aux premiers numéros de La Voie de la Paix qui les ont relatés.
(2) Nous en comprenons d’autant moins qu’à titre personnel, le Pasteur Voge, secrétaire et F. Laugier, trésorier des F.L.P. aient cru devoir se désolidariser de l’entreprise.

Annexes :
I.
Durant l’été 1951, les Forces Libres de la Paix remplacent le Cartel de la Paix dans une tentative de fédérer les différentes organisations pacifistes de France. Emile Bauchet a écrit « Vers un Front mondial de toutes les forces libres de la Paix », La Voie de la Paix n° 7, septembre 1951, article qui est cité en anglais dans l’ouvrage suivant :

« The pacifist impulse in historical perspective, par Harvey Leonard Dyck,Peter Brock”

http://books.google.fr/books?id=eif-UoB0ArsC&pg=PA411&lpg=PA411&dq=%22forces+libres+de+la+paix%22&source=bl&ots=-VM1-QCsTK&sig=sHf_4AGx7x4a6pVdKJECKjoaDxg&hl=fr&ei=kd6hS7bEEJK04Qb_z8mdCg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=3&ved=0CA0Q6AEwAjgo#v=onepage&q=%22forces%20libres%20de%20la%20paix%22&f=false

II.

L’affaire Laisant (1954-55) dans le Libertaire

Il ne faut pas toujours suivre les annotations de Rosarito Gauchon qui sont parfois fautives. Une partie du dossier Gauchon réunit des preuves de la participation de ce dernier aux activités du CNRGO dès la création. Rosarito qui n’a pas connu cette époque commet des erreurs de datations des coupures de presse. Une annonce datée de 1952 par Rosarito Gauchon fait ainsi référence à la participation de Jean Gauchon à la défense de Laisant en 1954 :

[http://ml.federation-anarchiste.org/article73.html]

http://www.monde-libertaire.fr/antimilitarisme/8484-les-forces-libres-de-la-paix-poursuivies

Les Forces Libres de la Paix

mercredi 1er octobre 1954

les forces libres de la paix poursuivies

Notre République Quatrième du nom vient d’inculper les Forces Libres de la Paix pour une affiche ainsi présentée :

« Attendrez-vous pour vous remuer, la MOBILISATION GÉNÉRALE »

Comme légalement rien, dans le texte, ne pouvait être poursuivi, le chef d’accusation se réfère à une loi du 29 juillet 1881, tombée en désuétude, et par laquelle l’usage du papier blanc est interdit pour toute affiche, quelle que soit la couleur de l’encre employée.
Nous ne sommes pas de ceux qui, à tout propros et hors de propos, tentent de faire d’un quelconque procès-verbal un procès politique inavoué auquel on voudrait donner figure de simple contravention.

En effet, les affiches sur fond blanc sont innombrables : publicité, spectacles, mouvements politiques en font un usage constant sans que soit exhumée pour eux une loi caduque.

Par l’effet de quelle bienveillance particulière les Forces Libres de la Paix ont-elles l’exclusivité de ces faveurs ?

Est-ce parce qu’elles ont commis le crime de lèse-démocratie de prétendre intéresser le peuple aux questions sociales en général et à la Paix en particulier.

Est-ce parce qu’elles se sont, élévées contre la guerre d’Indochine, à Laquelle le gouvernement Mendès-France, après les ministères à politique d’autruche, a fini par mettre un terme ?

Est-ce parce que les mots « Mobilisation générale », en lettres capitales, frappaient un peu vivement les regards et les esprits ?
En ce dernier cas, osez parler ouvertement et poursuivre au grand jour.

D’autant mieux que nous tomberons d’accord avec vous pour que soient rayés à jamais ces deux mots accolés, qui nous ont tant couté dans le passé et nous font tant craindre pour l’avenir.

Maurice Laisant

Pour tous renseignements concernant les Forces Libres de la Paix, écrire au secrétariat de la propagande : M. Laisant, 5, rue Paul-Déroulède, Asnières (Seine). Trésorerie : Nicolas Faucier.

________________________________

[http://ml.federation-anarchiste.org/article2877.html]

http://www.monde-libertaire.fr/antimilitarisme/8522-maurice-laisant-condamne

Agression gouvernementale contre les Forces Libres de la Paix

Maurice Laisant condamné

mercredi 1er février 1955

La guerre d’Indochine a pris fin. L’indignation des populations, l’écœurement soulevé par le trafic des piastres, l’effroyable hémorragie d’hommes qui coulait dans les rizières a obligé la nouvelle équipe gouvernementale à mettre fin à ce scandale. Mais si les militaires, les politiciens véreux, les agioteurs de toutes sortes ont été obligés de lâcher ce morceau de chair sur lequel ils grouillaient sans pudeur, ils n’ont pas abandonné l’espoir de régler leur compte à tous ceux qui par leur action incessante ont contribué à réveiller une opinion publique qui les a contraints à céder.

Les Forces Libres de la Paix sont poursuivies et notre camarade Maurice Laisant, le dynamique secrétaire à la propagande de cette organisation, un des membres du comité de rédaction de notre journal, comparaît devant la 17e Chambre correctionnelle.
L’arrivée de Maurice Laisant, entouré de nombreux amis venus lui apporter le témoignage de leur sympathie, remplit le prétoire.
Que reproche-t-on à Laisant ?

1) D’avoir placardé une affiche virulente exigeant la cessation des hostilités en Indochine, sur laquelle le nom de l’éditeur n’était pas indiqué ;

2) D’avoir imprimé cette affiche sur de papier blanc ;

3) D’avoir donné à cette affiche de la paix, à cette affiche de la justice (la vraie), à cette affiche de la fraternité l’aspect de l’autre… de celle qui est dans toutes les mémoires… de l’affiche du sang, de l’affiche de la honte, de l’affiche de la « Mobilisation générale » que surplombent les drapeaux croisés à l’ombre desquels se parque le bétail promis aux abattoirs.

Inscrire « Mobilisation générale » en noir sur blanc, pour inviter les hommes à faire cesser la plus odieuse des guerres, il n’en faut pas davantage pour vous obliger à une promiscuité avilissante avec le personnel qui régit dame Justice surtout si, suivant la déclaration de l’ineffable commissaire de police d’Asnières, « cette affiche a provoqué une certaine émotion parmi les passants, surpris de l’en-tête et de sa présentation qui provoque la confusion incontestablement recherchée avec une affiche administrative ».

Le président donne la parole à l’accusé qui, très à l’aise, se reconnaît l’auteur du délit. Il ne semble pas que la « majesté des lieux » ait altéré la sérénité de notre ami.

Puis on appelle les témoins. De la foule d’amis qui l’entoure, une haute et mince silhouette se dresse ! Albert Camus gagne la barre. Un souffle d’air frais va enrober les chats fourrés confits dans leur certitude.

« j’ai connu Laisant, dit Camus, dans un meeting où nous réclamions ensemble la libération d’hommes condamnés à mort dans un pays voisin. Depuis, je l’ai parfois revu et j’ai pu admirer sa volonté de lutter contre le fléau qui menace le genre humain. Il me semble impossible que l’on puisse condamner un homme dont l’action s’identifie si complètement avec l’intérêt de tous les autres hommes. Trop rares sont ceux qui se lèvent contre un danger chaque jour plus terrible pour l’humanité. »

L’écrivain simplement reprend sa place parmi le public ami composé de militants ouvriers qui se pressent affectueusement autour de lui.
M. Savary, vice-président des Forces libres de la Paix, à son tour s’avance à la barre. Il fait l’historique de son mouvement “qui a pour objet d’œuvrer en faveur de la paix par tous les moyens ne comportant pas d’engagement inconditionnel envers un parti politique ou une nation”.

Enfin, notre ami Jean Gauchon, le défenseur des objecteurs de conscience, l’avocat des organisations pacifistes, l’adversaire de l’arbitraire des tribunaux militaires qu’il traque dans le pays, se lève.

« L’affaire est politique, proclame-t-il. On a voulu à tout prix poursuivre, bien que la guerre d’Indochine soit terminée depuis de nombreux mois. On cherche de misérables querelles. En réalité, c’est le mouvement pacifique que l’on veut atteindre. »

Il lit une note épinglée au dossier, émanant du ministère de la Guerre, et qui démontre l’acharnement de celui-ci.

« Une information judiciaire a été ouverte contre les responsables d’une affiche apposée en juin 1954 sur les murs d’Amiens. J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir me tenir informé, sous la présence du timbre, du déroulement de la procédure suivie par cette affaire. » Note à laquelle, ajoute M. Gauchon, on a inscrit à l’encre : « Aviser le ministère de la Guerre du renvoi de l’affaire en correctionnelle » ce qui, ajoute-t-il, en dit long sur l’ « indépendance de la Justice » [1].

On voulait poursuivre, ajoute l’avocat. On a trouvé un prétexte aujourd’hui tombé en désuétude. Et, au grand amusement du public, il exhibe une affiche sur fond blanc, sans adresse d’imprimeur et annonçant une fête placée sous le patronage de M. René Coty. Une affiche contre laquelle on pourrait procéder ! Allez-vous poursuivre le Président de la République ? interroge-t-il ironiquement. Il demande l’acquittement.

Malgré ses efforts, Maurice Laisant est condamné. Les Forces libres de la Paix devront payer une lourde amende.

Les ganaches qui occupent le devant de la scène au Théâtre Bourbon peuvent bien se réclamer de la paix. Les dessous d’un procès comme celui des Forces libres nous montrent leur vrai visage.

C’est une leçon que les hommes qui croient encore à leurs grimaces feraient bien de méditer.

Maurice Joyeux

[1] Nous nous refusons de prendre à notre compte le français des services du ministère de la Guerre.

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