Cabale (2)

Le pacifiste Emile Bauchet (fondateur du journal “La Voie de la Paix”) fut un ami fidèle de Rassinier. Quoi qu’il lui en ait coûté, il demeura son ami jusqu’à sa mort et prononcera son éloge funèbre.

Lettre de Bauchet à Fabrègues, 18 février 1964

« Mon cher Fabrègues,

                (…) Je sais que Rassinier est très attaqué par les juifs et les résistants. C’est la conséquence de la position qu’il a prise sur le plan historique. Dans ce débat, j’avoue mon incompétence. Je suis, comme toi, comme tous, en présence de deux thèses…. Et j’attends que la vérité apparaisse. Comme je ne puis préjuger de ce qu’elle sera, je ne puis dire d’avantage si Rassinier a tort ou raison d’affirmer ce qu’il soutient. Je sais seulement que, dans ces sortes de débats, les passions entrent en jeu et qu’il est bien facile à qui veut tuer son chien de dire qu’il a la rage. Jusqu’à preuve du contraire, mon impression, d’après ce que j’ai lu (de la thèse des résistants et de celle de Rassinier) est qu’il a marqué des points. A ma connaissance, contrairement à ce qui est affirmé, R. n’a jamais « renié ses camarades de souffrance et de misères » pas plus qu’il n’a nié «  qu’il n’y a eu aucune chambre à gaz dans un camp de concentration allemand ». Il a seulement dit à ceux qui soutenaient qu’il y en avait eu ici ou là de le prouver, ce qu’ils n’ont pu faire. Sa thèse est que s’il n’est que trop vrai que la guerre engendre les pires crimes il n’est cependant pas nécessaire d’en rajouter. Les haines, produites par les violences, sont assez vives comme cela. L’accusation qu’il serait un fasciste, ou l’auxiliaire, ou patronné par eux me fait penser à l’accusation identique qu’on formulait contre notre vieux et honnête Challaye quand on lui reprochait de soutenir Hitler alors qu’il se bornait à dire qu’il était pour la paix à tout prix, même en face d’Hitler. Je sais enfin, par Rassinier lui-même, qu’il vient d’avoir tout de même un témoignage formel que des chambres à gaz ont existé en Allemagne. Il en fera état dans son livre qui est sur le point de paraître. En conclusion je crois que, pour l’instant, nous ne pouvons que marquer les points avant de prendre position. Il se peut que R. soit parfois maladroit, qu’il ne précise pas suffisamment ses intentions et, par là, prête le flanc aux insinuations calomnieuses, mais nous ne devons pas oublier qu’il lutte seul, comme ont lutté seuls les Demartial, les Michon, etc… contre une meute aux abois dont le but n’est que trop clair : rejeter sur l’Allemagne tout entière les crimes nazis. Ne pas aider à ce que la vérité éclate n’est pas du rôle des pacifistes. Voilà mon opinion. Je ne crois pas devoir transmettre ta lettre à Rassinier, mais je puis le faire si tu le désires. Je pense d’ailleurs que c’est à lui que tu aurais dû t’ouvrir de ces choses et non à moi. Lui seul est en cause et il est mieux placé que quiconque pour répondre aux accusations qu’on lui porte.

                En ce qui concerne « Le Vicaire » ma position est la même. Cette affaire est considérablement exploitée. Les passions sont déchaînées ; comment distinguer le vrai du faux ? J’essaie de me faire une opinion avant de conclure.

                Enfin, à propos des adresses, je te confie très franchement que j’ai fait un jeu d’enveloppes à la demande de Rassinier pour qu’un prospectus annonçant son livre soit envoyé. Je l’ai fait en toute bonne foi, convaincu que les écrits de R. entrent dans la ligne de notre action pacifiste et peuvent être soumis au jugement de tous. Je regrette que l’éditeur de son ouvrage ait pris la liberté de faire une publicité, par la même occasion, pour d’autres ouvrages ; cela, je l’ignorais et je m’en expliquerai avec R. Peut-être lui-même ne savait pas que l’éditeur prendrait la liberté de faire cela. Quoi qu’il en soit, s’il m’arrive à nouveau de me montrer obligeant dans l’intérêt de la cause commune, j’exigerai des garanties. On ne me berne pas deux fois de suite. Si tu estimes que je mérite un blâme il te sera facile de le demander à la réunion du Secrétariat.

                J’envoie une copie de cette réponse (en y joignant ta lettre) seulement à Gauchon. En vous recommandant, à l’un et à l’autre, de ne pas ouvrir de polémiques inutiles… voire dangereuses pour l’avenir de l’U.P.F.

                Heureux tous deux que vous ayez, toi et les tiens, passé de bonnes vacances en Suisse, et bien affectueusement.
 
P.S. Inutile de m’envoyer tes coupures. R. m’en a montré tout un dossier, dont celles dont tu fais état. »

__________________________
Bauchet à Gauchon, 17 mars 1964 :

« UNION PACIFISTE DE FRANCE (U. P. F.)
Président d’honneur : Félicien CHALLAYE
       Organe de la Fédération
       « LA VOIE DE LA PAIX »
  Tout ce qui concerne le Centre Administratif
JOURNAL – SECRÉTARIAT – TRÉSORERIE
       est à adresser à
                   Emile BAUCHET
      AUBERVILLE-SUR-MER (Calvados)
             C. C. P. 1277-90 A ROUEN
Téléphone : 87.00.95 à Villers-sur-Mer
 
Le 17 Mars 1964

Mon cher Gauchon,

Si je comprends ton ressentiment personnel à l’égard de Rassinier je m’étonne, par contre, de l’acharnement de Fabrègues à son égard. Les “documents” qu’il possède sont, à mon avis, très contestables et émanent de résistants et de juifs aigris par la souffrance. Sur le fond, la vérité totale n’est pas encore apparue; on n’en est qu’aux fragments et l’Histoire – je l’espère – la révélera, toute nue. L’objectivité la plus élémentaire oblige à rester sur la réserve quant à ce qui a été affirmé par les uns et qui est contesté par Rassinier. Je viens de relire ses deux premiers livres, à tête reposée : ils sont à son honneur. Ces jours-ci je relirai la suite, en attendant celui qui est à l’impression. Mon sentiment est que les attaques qu’il subit sont calomnieuses. En jugeant ainsi, je ne cède pas à l’amitié, crois-le bien. Je serre seulement les réalités de près, telles qu’elles apparaissent à la lecture des deux thèses.

Fabrègues n’a pas à démissionner. Il peut, c’est son droit et son devoir, chercher à faire la lumière. S’il pense que les accusations portées contre Rassinier sont vraies, il lui appartiendra d’en faire la preuve. Mais il n’est pas possible de les retenir sans entendre contradictoirement l’accusé. Nous n’avons pas à nous ériger en tribunal et essayer de faire ce que la justice bourgeoise n’a pu faire, en dépit de tous les aboiements de la meute qui se dit antinaziste. Mais s’il ne peut faire cette preuve et qu’il agite publiquement cette question c’est lui qui aura fait du mal à l’U.P.F. Il m’est apparu intolérable qu’une telle question qui ne figurait pas à l’ordre du jour, soit brusquement mise en discussion au cours d’une réunion officielle. Fabrègues – je le lui avais écrit -, pouvait demander à Rassinier les explications nécessaires. Si je n’étais intervenu, c’est bien à un « déballage » unilatéral que nous aurions assisté. Il était de mon devoir de défendre un ami attaqué hors de sa présence, et de refuser qu’un débat soit ouvert sans qu’une convocation régulière n’ait été adressée à l’accusé.

Contrairement à ce que tu m’écris, je n’ai jamais pris « pour des attaques dirigées contre toi des polémiques… ». Si j’avais cru cela, je ne me serai pas opposé au débat et me serai défendu. C’est précisément parce que ces attaques visaient Rassinier que je suis intervenu. Si vous espérez – en fait c’est ce que ta lettre demande après ton entrevue avec Fabrègues -, que la question soit reprise officiellement et publiquement, assumez-en seuls la responsabilité. Je ne ferai rien pour m’y opposer sauf, ici et une fois pour toutes, attirer ton attention et celle de Fabrègues sur les conséquences qu’un tel débat peut avoir au sein de l’U.P.F. Songez qu’à son issue nous n’aurons qu’une alternative : exclure l’accusé ou l’accusateur, exclusion entraînant le départ de ceux qui auraient pris parti pour l’un ou l’autre, ou, dans la meilleure des hypothèses, les effets de désunion consécutifs à leurs prises de position. Bien entendu, cette crainte que je manifeste et qui n’est que trop réelle, ne doit plus être un obstacle à la lumière. Mais il faut être bien sûr de soi pour prendre un tel risque ! Je vous en prie, tous deux, réfléchissez bien, documentez-vous, je ne vous pardonnerai jamais d’avoir agi à la légère…

Dissipons maintenant un malentendu.

J’aurais dit «  Rassinier est mon ami, vous êtes ses ennemis ». Je sais bien que les paroles dépassent parfois les pensées, sous le feu de la colère et de la passion. Toutefois je crois n’avoir dit que : Rassinier est mon ami, on l’attaque ici en son absence, mon devoir est de le défendre. C’est, en tout cas, ce que j’ai pensé et voulu dire. Si je vous ai qualifié « d’ennemi s » je m’en excuse et le regrette, sachant que cela n’est pas vrai.

Je n’ai jamais non plus songé à t’inviter à t’abstenir de venir à une réunion où Rassinier serait convoqué pour s’expliquer contradictoirement avec ses accusateurs. J’ai seulement émis une hypothèse en disant : « Si une telle réunion devait avoir lieu, il faudrait convoquer expressément Rassinier. S’il répondait qu’il ne pourrait y assister parce que Gauchon y serait, on serait alors amené à demander à Gauchon s’il consentirait à ce que cette réunion ait lieu hors sa présence, ce que certainement il refuserait. La réunion aurait lieu alors, étant entendu que Gauchon y serait présent, et Rassinier devrait prendre ses responsabilités ou d’y venir ou de n’y pas venir ». Si ce n’est pas exactement ce que j’ai dit, c’est exactement ce que j’ai pensé et voulu dire.

J’essayais de voir la procédure à suivre, simplement, en supposant ce qui pourrait se produire ou non.

C’est au moment ou j’ajoutais « ce que certainement il refuserait » car je pensais bien qu’une telle prétention si elle était mise en avant par R. ne pourrait être que rejetée par G. que Fabrègues, Naxara et peut-être d’autres ont protesté avant même que je n’aie achevé.

Mon cher Gauchon, je t’aime autant que tu peux m’aimer. Que tu aies pu te méprendre ainsi sur mes propos prouve que tu as ressenti avant de comprendre.

Conclusion : Tu ne méritais pas ce que tu as cru comprendre dans mon propos, certes non. Mais crois-tu que je mérite tes doutes quant à mon comportement vis-à-vis/comme toi ?

Nous voila donc quittes.

En regrettant d’avoir pu te faire, bien involontairement, de la peine, je t’embrasse aussi très affectueusement ainsi que cette brave Maggy. »
 

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