Témoins (3)

Deux critiques d’ouvrages de Rassinier dans la revue Témoins :

Témoins n°8, printemps 1955

http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article717

André Prudhommeaux :

Paul Rassinier : « le Mensonge d’Ulysse » (édité par l’auteur)

Après une longue suite de procès, intentés à l’auteur par ses anciens collègues de détention et finalement gagnés par lui, voici reparaître un livre qui fit et fait scandale, car il ne nie rien de moins que la véracité des récits que tant de rescapés firent de l’usage nazi – non pas des crématoires, mais des chambres à gaz ! Paul Rassinier ne dit pas qu’il n’en ait pas existé, au moins comme locaux de désinfection ; il prétend seulement que les survivants n’ont pu les voir fonctionner comme instruments d’extermination ; avant tout, il soutient que leur légende pouvait suffire, et qu’elle a parfaitement suffi en nombre de cas, pour imposer aux habitants de l’univers concentrationnaire la lutte effrénée pour la survie qui se traduisit par l’épuisement physiologique de milliers de malheureux, assurés d’être supprimés dès qu’ils cesseraient de pouvoir se tenir debout. Il ne s’agit nullement ici d’atténuer les responsabilités qui incombent aux inventeurs plus ou moins conscients d’un tel système de déshumanisation, mais de montrer les résultats automatiques qu’entraîne la terrible promiscuité d’une masse vivant dans un lieu restreint, fermé et face à la mort. Comment des êtres civilisés retournent d’eux-mêmes à la barbarie, nous le savons théoriquement par certains récits de naufrages et de sièges ; mais il était profondément nécessaire de le rappeler à tous ceux qui n’ont pas vécu ce cauchemar totalitaire. Il y eut constitution de hiérarchies fondées sur la violence, la cruauté, la bassesse et la ruse ; féroces luttes de groupes pour le « pouvoir », devenu clairement celui de tuer pour ne pas mourir ; écrasement lent des faibles par les forts et des mourants par les faibles ; et, finalement, chienneries et gaspillage éhonté d’une part, famine et désespoir de l’autre. Ces tortures fratricides, cette bestialité et cette abjection des « sous-hommes » – lutte organisée de rats pris au piège dont les gardiens nazis n’étaient plus à distance que les spectateurs écœurés – tout cela ne dépasse-t-il pas en horreur véridique le crime « virtuel » (non prouvé, semble-t-il) de l’anéantissement par les gaz ? Tout cela n’est-il pas consubstantiel à un certain communisme qui emprisonne aujourd’hui des millions d’hommes ?

Dans la partie positive de son témoignage (« le Passage de la Ligne »), Rassinier fait un récit froid et objectif, presque médical, de sa propre expérience. Dans la partie négative, il discute, confronte et souvent ruine en quelques rectifications précises les récits trop complaisants d’anciens déportés, de la même façon que l’Américain Norton Cru, passant au crible les livres des soldats de 1914-1918, prouvait que la plupart d’entre eux n’avaient pas vu, ou avaient mal vu, les réalités techniques et objectives de la tuerie, qu’ils les reconstruisaient en fonction de la demande publique et de la légende reçue, qu’ils habillaient le réel des défroques de la fiction collective.

N’étant, pour notre part, ni ancien concentrationnaire ni ancien combattant, nous nous gardons bien d’intervenir dans le débat objectif – qui d’ailleurs paraît clos – et ce que nous chercherons dans « le Mensonge d’Ulysse » sera surtout la leçon morale et sociale que ce livre contient implicitement : l’homme n’est humain qu’en certaines conditions minimums de distance et d’espace libre entre lui et son semblable, et, sauf exceptions surhumaines, notre espèce ne maintient sa ressemblance à elle-même qu’en certaines circonstances culturelles de vie privée, de pudeur, de loisir, de travail créateur, d’espérance et de liberté. Les civilisations sont fragiles – et l’état de masse est le signe principal de leur déclin, de leur agonie, de leur disparition. Préservons-les en nous et autour de nous !

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Témoins n°30, été 1962

http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article1321

Lectures

Paul Rassinier, l’Équivoque révolutionnaire, Ed. de Défense de l’Homme, Golfe-Juan.

par Proix (Robert)

Le dessein de Paul Rassinier est de nous faire comprendre qu’il n’y a jamais eu au monde, depuis la naissance des « civilisations », la moindre révolution au sens propre du terme. S’appuyant, et presque faudrait-il [dire?] appuyant sur l’étymologie du mot, Rassinier écrit : « Avec le verbe volvere (rouler, faire rouler, tourner dans un sens), les Latins avaient fait revolvere (rouler, faire rouler, tourner en sens inverse revenir, se replier, rétrograder) dont une forme leur avait donné : révolutio (le retour ou le repli, la rétrogradation) ». Ainsi donc, une véritable révolution ne serait point, du moins à en croire notre auteur, un pas en avant mais un retour en arrière, c’est-à-dire en fin de compte un retour aux origines où « rien n’appartenant à personne, tout appartenait à tout le monde ». Et la révolution ne sera donc accomplie que le jour où « tout homme, du fait de sa naissance, sera considéré comme propriétaire, dans l’indivision, de tous les biens terrestres (voire désormais extra-terrestres !) découverts ou à découvrir » (formule diffusée naguère par le mouvement de Nouvel
Âge).

D’aucuns pourront répondre que les événements de Russie ou de Chine, par exemple, infirment les déclarations de Rassinier, puisque de ce côté-là du globe, la propriété privée serait apparemment abolie et les biens nationaux devenus ceux de tout le monde. Voire… Ce n’est pas ici que nous aurons à démontrer l’inexactitude de cette opinion : les lecteurs de Témoins savent à quoi s’en tenir sur les charmes du paradis soviétique et de ses succédanés…

Rassinier dit fort justement que « l’émeute, l’insurrection peuvent conduire au Pouvoir » mais après quoi la révolution reste à faire. Les minorités qui arrivent au Pouvoir, n’ayant aucun intérêt à faire la révolution, s’installent de leur mieux, se muent en nouvelles classes dirigeantes et remettent à plus tard le soin d’établir le régime où « tout serait à tout le monde » !

Se référant à l’exemple que la Hongrie nous a fourni entre 1953 et 1956, Rassinier estime qu’une « révolte » ne saurait en aucune manière être qualifiée de « révolution », erreur que l’on aurait toujours commise au cours des siècles.

Au terme de cette lecture, une question se pose : quelle peut être l’utilité d’un ouvrage de ce genre ? Si la révolution n’a jamais été faite, est-ce à dire qu’elle n’est pas possible ? Compte tenu des aptitudes innées de l’espèce humaine, nous pencherions volontiers pour cette hypothèse. L’ouvrage de Rassinier ne nous conduirait-il qu’à méditer là-dessus, il n’aurait pas été inutile.

R.P.

L’Humanité, encore

L’HUMANITE

SAMEDI 23 AVRIL 1932
29e ANNEE N° 12184

LES RENEGATS A LA PORTE!

Les ennemis du communisme essayent à nouveau d’employer leur vieux stock de brocards et de calomnies usé jusqu’à la corde parce que notre Parti vient de mettre à la porte quelques anciens parlementaires ou aspirants parlementaires qui ne voulaient pas se plier à la discipline de fer révolutionnaire.

Les Beron, Berthon, Desoblin, Doeblé, Jacob, Rassinier, s’imaginaient pouvoir mettre leur intérêt personnel au-dessus de l’intérêt du parti. Ils s’imaginaient que chez nous chacun peut en faire à sa tête, jouer au petit seigneur campé sur son fief et se servir du parti au lieu de le servir. Ils n’oubliaient qu’une chose, c’est que chez nous, il n’y, a pas de place pour de pareilles conceptions et que devant la claire politique communiste fixée par les congrès du Parti et de l’I.C., il faut se soumettre ou se démettre. Ils ont compris le souci que la Direction du Parti, avait de les convaincre comme étant de la faiblesse. Ils peuvent maintenant mesurer toute leur erreur. Car si notre Parti fait tout pour convaincre chaque militant qui se trompe, pour l’aider à corriger ses erreurs, il est impitoyable lorsque celui-ci brise la discipline du Parti.

Et parce que le Parti a procédé à cette opération de salubrité révolutionnaire en excluant Beron, Berthon, Desoblin, Doeblé, Jacob et Rassinier, bourgeois et socialistes affectent de rire et de se gausser. En réalité, nos ennemis rient jaune car ils savent bien que notre Parti se renforce en s’épurant des éléments rebelles à sa discipline, et que notre Parti est le seul qui soit capable d’imposer sa discipline révolutionnaire à tous ses membres, quels qu’ils soient et si haut placés soient-ils.

*

Il est bien naturel que le parti socialiste dont les cadres sont composés d’éléments corrompus, de politiciens de carrière et d’affairistes soudoyés, de patrons affameurs d’ouvriers, comme son sénateur Brenier, et d’éléments de l’appareil d’Etat Bourgeois, affecte de voir chez nous des éléments de crises lorsque nous mettons à la porte ceux qui cèdent devant la pression de la bourgeoisie.

La bourgeoisie fait les plus grands efforts pour corrompre nos cadres. C’est la raison d’être, c’est la fonction même des méthodes « démocratiques » et parlementaires de la « République française ». Lorsque les magnats de la finance qui gouvernent le pays voient grandir le mouvement révolutionnaire des masses, ils emploient parallèlement deux moyens : la répression violente et la corruption. De tout temps, ces grands capitalistes blasés et corrompus, ont pensé: Bah! quelques années de poignées de mains et de faveurs personnelles, du cher collègue, du très honorable confrère, et nous mettrons tous ces chefs révolutionnaires dans notre poche.

C’est, en partie, par ce moyen que fut corrompue la grande majorité de l’état-major socialiste et syndicaliste d’avant-guerre. C’est aussi, en partie, par ce moyen que la pourriture bourgeoise espérait « avoir » le parti communiste dès le lendemain de sa fondation.

Mais, ils s’y sont cassé les dents.

Où en serait le Parti si nous n’avions pas, avec l’appui de l’Internationale communiste, expulsé de nos rangs les Frossard, les Paul Louis, les Sellier et autres Garchery? Où serait-il? C’est bien simple, il en serait exactement là où ils sont tombés eux-mêmes les uns après les autres, il serait tombé dans les bras de la bourgeoisie, comme le parti socialiste.

C’est bien, ce que voudrait la bourgeoisie. C’est bien ce que voudrait la clique corrompue des chefs socialistes.

Qu’ils en fassent leur deuil. Ils n’y parviendront pas.

Si notre Parti a perdu, s’il peut perdre encore, certaines individualités chancelantes – petite écume malpropre sur le grand courant révolutionnaire des masses – il restera toujours dans son ensemble invulnérable à la corruption et à la répression de la bourgeoisie et de ses agents, parce qu’il est sous le contrôle du mouvement révolutionnaire international des masses, parce qu’il est un parti centralisé et rigoureusement discipliné, non seulement à l’échelle nationale, mais à l’échelle internationale, parce qu’il est composé de la fraction la plus consciente et la plus courageuse du prolétariat, parce qu’il devient chaque jour plus digne de son aîné, le glorieux parti bolchevik.

*

C’est pourquoi en regardant rouler jusqu’au bas de la pente les Beron, Jacob et consorts et que risquent fort de suivre demain les Le Griel et les Plard, les ouvriers révolutionnaires ne sauraient éprouver le moindre trouble. Bien au contraire, ils doivent voir s’accroître leur confiance absolue dans leur Parti et dans l’Internationale communiste.

En effet, cet exemple leur est une preuve de plus de la différence radicale de nature qu’il y a entre notre parti et le parti socialiste, parti de la bourgeoisie. C’est la garantie que notre parti ne faillira pas, ne trahira pas au moment décisif, comme ont trahi les partis social-démocrates d’avant-guerre(à l’exception, du parti bolchevik) parce que des années et des années durant ils s’étaient, sans réagir, laissés pénétrer par l’opportunisme, parce qu’au lieu d’amputer immédiatement et impitoyablement leurs membres pourris ils les avaient tolérés dans leur sein et laissé ainsi pourrir l’organisme tout entier.

Aujourd’hui, une poignée d’éléments corrompus voulaient briser la discipline du Parti. Dans l’ascension pleine d’embûches et acharnée vers le renversement de la bourgeoisie qu’effectue le prolétariat révolutionnaire suivant son guide éprouvé
l’Internationale communiste, quelques compagnons de route de la grande armée ont lâché la corde et passé à l’ennemi. Qu’ils roulent. Les ouvriers qu’ils espéraient abuser ne les suivront pas. Le parti, épuré de ces éléments carriéristes, continuera plus fort et plus résolu son chemin victorieux.

A. FERRAT.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327877302/date

L’Humanité, n° 12233, 11 juin 1932

Page 5

Après la commission exécutive confédérale

Vers un congrès des syndicats de la région de Belfort

« Le 19 mai, en présence de Jacob, Rassinier et Schmidt, le secrétaire confédéral eut à discuter de la situation dans la région de Belfort. (…) »

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L’Humanité n°12237, 15 juin 1932, page 1

A Montigny-en-Gohelle
La lutte contre la guerre au centre des travaux du VIIe Congrès des Jeunesses Communistes
Une délégation de conscrits est acclamée

« Dans l’après-midi une lettre de notre camarade Carré qui a tenu, de son bagne de Méchéria, à saluer le 7e Congrès, malgré les difficultés, a été lue par Soupé, qui préside. Chaque délégué suit avec une attention émouvante les appréciations et les conseils du jeune communiste exilé qui demande à tous les jeunes travailleurs de s’écarter des traîtres Jacob et Rassinier, d’engager une lutte plus accentuée contre la guerre impérialiste, de constituer une puissante Fédération des J.C. »

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n° 12288, 5 août 1932, page 5

Le congrès des groupe de jeunes et la conférence des professeurs

« Dans la discussion sont intervenus de nombreux trotskistes et confusionnistes qui ont tenté de faire dévier le débat, soit sur la question du traitement unique – formule utopique abandonnée au congrès de l’an dernier, parce qu’elle n’était pas susceptible de rallier la masse des jeunes – soit, comme le renégat du Parti Rassinier, sur des questions politiques ou personnelles. »

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L’Humanité, n°12311, 28 août 1932, page 5

« Vers le congrès de la région unitaire de Belfort

Définissons par des textes la position de Jacob et Rassinier

En 1929, au congrès de la C.G.T.U. Nous disions aux chefs minoritaires d’alors :Chambelland, Boville, Rambaud : « Vous êtes sur la voie qui vous conduit au réformisme. Votre plate-forme est une plate-forme de désagrégation, de scission dans les syndicats unitaires. En agissant ainsi vous facilitez la besogne néfaste des chefs réformistes au sein du mouvement ouvrier. Vous travaillez au renforcement de la position de l’ennemi, la bourgeoisie, dans la lutte de classes. »

Chambelland se démenait comme un beau diable à la C.E. Confédérale. Il proclamait son attachement durable à la tactique éprouvée de la lutte des classes. Il se prétendait adversaire acharné de la collaboration.

Peu de temps après, selon la formule du renégat Boville, il donnait un nouveau « coup de barre à droite » en s’acoquinant à l’aventurier Dumoulin pour la formation du Comité des « 22 ».

C’était, paraît-il, pour le plus grand bien de la classe ouvrière et le « redressement » de la C.G.T.U.

Le Comité des « 22 » lançait son fameux premier manifeste pour la « reconstitution de l’unité syndicale, par un congrès de fusion sur la base de la lutte des classes, du libre exercice du droit d’opinion, du respect de la démocratie syndicale. »

La C.G.T.U. Dénonça aussitôt le véritable rôle de ce comité des « 22 », rôle de scission dans la C.G.T.U. Au bénéfice de la C.G.T. Elle montrait l’orientation nette des chefs minoritaires vers la C.G.T.

A nouveau Chambelland éleva de véhémentes protestations au sein de la C.E. Confédérale. Il jurait que, même seul, il resterait à la C.G.T.U. « Rien ne me fera sortir de la C.G.T.U. » affirmait-il préremptoirement.

On sait ce qu’il en est advenu de lui et de ses amis. Le flirt avec Dumoulin s’est transformé en mariage légal par leur rentrée, qu’ils voulaient tapageuse, dans la « vieille maison » où l’on dispose de sursis d’appel. Toute peine mérite salaire.

*

Aujourd’hui, sous une série de formules, les mêmes quant au fond, qu’employa Chambelland, Jacob et Rassinier tentent de ressusciter la plate-forme du Comité des « 22 ».

Est-ce une nouvelle vague ? Il n’en faut point douter. Rassinier, rédacteur du rapport soumis aux syndicats de la région de Belfort, n’a-t-il pas voté au récent congrès de la Fédération de l’Enseignement pour la direction centriste, s’affirmant elle aussi pour le fameux congrès de fusion ?

Rappelons qu’à ce congrès, Hérard, membre du syndicat unitaire de l’Enseignement du Doubs et collaborateur actif de Jacob et Rassinier, déposa une résolution préconisant le passage à l’autonomie. Rassinier observa, comme d’ailleurs la direction fédérale, un silence fort compromettant.

J’admets qu’en fin de débats Hérard retira sa résolution pour se rallier à la position de la direction fédérale, qui fraternise avec celle développée par Rassinier dans son rapport. Mais le geste reste. Et ce geste signifie une orientation claire.

*

Jacob, Rassinier, Hérard, dirigent un journal, « Le Travailleur ». Parcourez ces numéros et dites-moi ce que vous y trouverez contre la politique de la C.G.T. ? Mais en revanche, la C.G.T.U. Et le Parti communiste sont bien servis. C’est la même ligne que celle suivie par feu « Le Cri du Peuple ».

Prenons par exemple le numéro du 30 juillet. Voici un article de Rassinier. Il a trait au congrès mondial contre la guerre impérialiste. Qu’écrit-il ? :

« Les manifestations intempestives par la parole et par l’écrit, des dirigeants du Parti communiste, qui se révèlent plutôt prêts à rentrer dans le chou des pacifistes bêlants que dans celui de la bourgeoisie, lui ont donné (au congrès) envers et contre Barbusse et Romain Rolland, un caractère qui a écarté les adhésions possibles d’un certain nombre d’organisations ouvrières. »

Donc, si le Parti socialiste et la C.G.T. ont refusé de parciper au congrès mondial, la faute en incombe au Parti communiste !

Mais, camarade Rassinier, le citoyen Fritz Adler, pour justifier la position de la Iie Internationale a servi l’argument de la « main-mise par l’I.C. Sur le congrès ». Il a répudié toute participation parce qu’il prétendait voir dans le congrès une réédition de la « manoeuvre du front unique ».

C’est là une constatation de laquelle les syndiqués de la région de Belfort tireront sans doute des déductions.

Que Rassinier me permette une autre remarque sur son argumentation spéciale : « Les manifestations intempestives des dirigeants du Parti Communiste » n’ont nullement empêché l’adhésion au congrès du syndicat national des instituteurs groupant 80.000 adhérents et affilié à la C.G.T.

D’autres organisations confédérées ainsi que des sections socialistes, ont également donné leur adhésion au congrès mondial.

Jacob et Rassinier, il faut donc rechercher ailleurs les causes de la non-participation au congrès mondial du parti socialiste et de la C.G.T.

Il faut se rappeler 1914-1918, la trahison des leaders socialo-réformistes d’alors. Il ne faut pas fermer les yeux sur la longue chaîne de faits et d’événements qui a surabondamment démontré la servilité des dirigeants réformistes envers l’impérialisme français.

Mais à la vérité, Jacob et Rassinier sont désormais engagés sur une voie différente de la nôtre. Ils s’éloignent de plus en plus de la pratique de la lutte des classes. Nous le montrerons encore.

GITTON »

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N° 12313, 30 août 1932

« Vers le congrès des syndicats unitaires de la région de Belfort

Avec qui Rassinier et Jacob veulent-ils faire l’unité ?

Nous avons vu que Chambelland, tout en poursuivant son travail de désagrégation et de scission, s’acharnait à crier sur tous les toits son attachement à la C.G.T.U. Et à la tactique de la lutte des classes.

Dès le début de son rapport, Rassinier, parlant de la C.G.T.U., affirme que « les principes fondamentaux sur lesquels elle repose représentent son idéal syndicaliste ». Mais dans son développement, il se garde bien de faire la moindre distinction entre la C.G.T. Et la C.G.T.U. Cela commence toujours de cette façon.

« Dans les sphères dirigeantes des deux centrales, en pratique et à ses yeux, on est opposé à la réalisation de l’unité. » Rappelant la résolution de Magic-City, il considère qu’elle ne vaut pas mieux que celle de Japy.

Reconnaissons que, là, il existe une légère nuance entre Rassinier et les dirigeants de feu le Comité des « 22 ». Ces derniers déclaraient nettement que la motion de Japy donnait une base, meilleure que la résolution de Paris-Etat-Rive Droite en 1937, pour la réalisation de l’unité syndicale, tandis que Magic-City avait fait oeuvre antiunitaire.

Ajoutons toutefois que, pour Rassinier et Jacob, la situation n’est pas aussi avancée qu’elle l’était en novembre 1931 pour le comité des « 22 ». De cela il faut tenir compte. Un tournant trop brutal risquerait de compromettre l’opération.

Et puis, qu’on nous permette ce rappel que nous ne voulons point cruel. Jacob et Rassinier ont voté la résolution de Magic-City. Ils la trouvaient excellente alors. Avec nous ils la jugeaient comme la seule plate-forme possible pour réaliser vraimeent l’unité syndicale sur la base de la lutte des classes.

*

Rassinier sent tellement la difficulté de son opération, après celle des « 22 », qu’il tente de parer les coups :

On essaiera de déformer notre pensée, dit-il, de dire que nous sommes pour une fusion sans conditions, que sais-je… pour la rentrée individuelle peut-être et même on nous représentera comme des agents de la bourgeoisie et des liquidateurs du mouvement ouvrier.

Pourquoi Rassinier persiste-t-il à professer sa théorie du congrès de fusion ? Pourquoi, après avoir esquissé cette défense, il conclut :  Peu nous importe ? C’est une conclusion qui signifie que Rassinier ira jusqu’au bout.

Avan toute discussion, il se dégage de toutes les démonstrations politiques prouvant la fausseté de sa conception. Il se refuse à être convaincu. L’opinion chez lui semble donc bien arrêtée.

Mais je rappelle que les « 22 », dans leurs deux premiers documents posaient, à la base du congrès de fusion, un programme minimum. Ce programme, sinon dans l’esprit de ses auteurs, tout au moins dans ses termes, réprouvait la collaboration des classes et proclamait la nécessité de la lutte pour les revendications essentielles. Il y était question de la défense de l’U.R.S.S., de lutte contre le fascisme.

Rassinier, lui, n’adopte même pas cette position initiale des « 22 ». au congrès de fusion, il y met seulement deux conditions : 1° Reconnaissance du droit de tendance ou de fraction ; 2° Démocratie syndicale à tous les échelons.

Le reste – tout le reste- écrit-il, est une question de majorité à l’intérieur de la C.G.T.U. Unique reconstituée.

Rassinier se rit des lois de la lutte des classes. Il oublie que la C.G.T n’est pas, en fait, dirigée par les syndiqués qui la composent, mais par la bourgeoisie qui tient dans ses mains les Jouhaux et les bonzes de la commission administrative.

*

La C.G.T. Unique – et Rassinier le sait bien – la C.G.T.U. La désire ardemment. Elle y travaille depuis sa constitution.

La résolution de Magic-City donne les directives dont la réalisation aboutira à la construction de la C.G.T. Unique sur la base de la lutte des classes.

En faisant cela, la C.G.T.U. oeuvre au renforcement de la capacité d’action des masses travailleuses. Elle travaille à un changement favorable à la classe ouvrière dans le rapport des forces antre les deux classes en présence.

La C.G.T.U. est pour l’unité syndicale, non par sentiment mais par raison de classe. Elle sait que la libération du prolétariat exige la conquête de la majorité de la classe ouvrière. Elle est par conséquent obligatoirement et profondément unitaire. Cette majorité de la classe ouvrière elle veut la rassembler dans une puissante et unique organisation syndicale pratiquant la lutte des classes.

Rassinier lui, aboutit au même objectif que le comité des « 22 » : sous prétexte d’unité syndicale tenter de disloquer la C.G.T.U. Au bénéfice de la C.G.T. Gouvernementale. De celle qui trahit les grèves, qui va à Genève défendre l’impérialisme français, le plus agressif et le plus militariste, mais refuse de participer au congrès mondial.

Les syndiqués de la région de Belfort resteront fidèles aux résolutions de Magic-City.

Dans leur congrès, ils se donneront une direction capable de les aider sérieusement à la mise en pratique de ces résolutions. Ils laisseront seuls Jacob et Rassinier poursuivre la route nouvelle sur laquelle ils se sont engagés.

GITTON

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N° 14837, 5 août 1939, page 2

« A Belfort

Le Populaire d’hier relatait en se félicitant du succès la tenue d’un meeting de protestation contre la prorogation, meeting qui s’est déroulé à Belfort.

A ce meeting, socialistes et communistes étaient au coude à coude. Aux côtés de Rassinier et Naegelen, secrétaires fédéraux du parti socialiste, notre camarade André Romain représentait le parti communiste.

Cet exemple, pris entre de nombreux autres, montre que les militants socialistes et communistes sont décidés à lutter, plus que jamais, en commun, pour obtenir le respect de la légalité républicaine et du suffrage universel. Sans aucun doute, bientôt, à l’échelle nationale, se réalisera, comme l’a proposé mercredi le Bureau politique du Parti communiste à la C.A.P.  du Parti socialiste, un « cartel de défense républicaine ».

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Albert Camus

INDEX

A propos d’une citation virale, ou, comment, abusé par une phrase citée hors contexte, le plus puriste des « libertaires » se joint à la meute et préserve ses arrières. D’où l’on conclut que ” l’esprit libertaire ” (… es-tu là?) parvenu à un certain degré de maturation post-moderne peut se permettre toutes les indulgences à l’égard de la falsification.
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“Droit” et “Liberté”

On ne saurait trop recommander la lecture des numéros de “Droit et Liberté” mis en ligne par le MRAP. Les numéros les plus anciens sont particulièrement édifiants…

http://archives.mrap.fr/images/0/00/Dl64_236opt.pdf

Droit et Liberté n°236, octobre-novembre 1964, p.5

C’est lui qui porte plainte

Le 5 octobre dernier, devant la 17e chambre du tribunal de grande instance de la Seine, M. Rassinier poursuivait pour « diffamations et injures » le journal « Le Droit de Vivre », organe de la L.I.C.A (Ligue Internationale contre l’Antisémitisme).

Des millions d’homme, de femmes, d’enfants assassinés par les nazis dans les camps de déportation, six millions de victimes à Auschwitz seulement, ces faits historiquement prouvés, seuls les plus grands responsables de l’hitlérisme ont tenté de les nier, du moins de les minimiser.

Cette tentative de « blanchiment » que la plus élémentaire honnêteté historique réprouve, a trouvé un « supporter » ardent en la personne de Rassinier, ex-déporté à Dora, exclu du Parti Socialiste en 1951, affilié selon le gouvernement de Bonn lui-même « à un groupe iternational de tendance nazie ». Cet « historien » pour qui les six millions de morts ne sont qu’ « une invention d’Israël désireux de faire payer les Allemands », qui nie l’existence des chambres à gaz sur le territoire allemand et le plan d’extermination des juifs, prétend aussi que les déportés eux-mêmes et non les S.S. Sont responsables de leur malheur, car ils géraient mal les camps et se volaient entre eux la nourriture suffisante octroyée par leur gardien.

Parce que « Le Droit de Vivre » l’avait qualifié d’ « agent de l’internationale néo-nazie », Rassinier s’est jugé « diffamé » et a réclamé 10.000 francs de dommages et intérêts.

C’est sur les deux plans que s’est déroulé le procès. Rassinier, qui était assisté de Mes Dejean de la Batie et de Geouffre de la Pradelle, s’est efforcé, pour sa part, de s’en tenir aux termes de son assignation.

La défense, assumée par Me Georges Izard, Gérard Rosenthal et Gaston Maurice a voulu, très justement, étendre les débats aux thèses professées par Rassinier dans ses livres : « Le Mensonge d’Ulysse », « Le Véritable procès d’Eichman ou les vainqueurs incorrigibles » et « Le Drame des Juifs européens », ainsi que dans les déclarations faites à des journaux fascistes dont « Rivarol ». Elle s’est attachée à montrer que le succès de Rassinier dans les cercles fascisants et même néo-nazis était pour le moins suspect, et que ses affirmations étaient en contradiction flagrante avec les témoignages les plus sérieux sir les camps nazis.

Aussi tous les témoins de la défense furent-ils des personnalités non seulement des lettres, de la politique et de la science mais encore de la Résistance.

Le bâtonnier Paul Arrighi, ancien déporté à Mauthausen, qui est membre du Comité d’honneur du M.R.A.P., vitn le premier à la barre et déclara :

« Les Allemands et seuls les Allemands qui dirigeaient le camp ordonnaient les tortures et commandaient les exécutions. Si nous avons eu l’horreur de voir des « kapos » tuer comme des S.S. À coups de pied et à coups de bâton, ces gens étaient des civils intoxiqués par les S.S. L’extermination des juifs a été organisée par Hitler et les nazis : elle n’est pas le fait de quelques S.S. Sadiques.

« L’existence des chambres à gaz a été historiquement prouvée : on détient la correspondance échangée entre les chefs des camps et les firmes allemandes qui on construit les chambres à gaz et les savants qui on découvert le Zyclon B. »

Le bâtonnier Arrighi conclut :

« Ma conviction, mon intime conviction : Rassinier est un agent néo-nazi. »

Les mêmes preuves sont apportées par une dizaine d’autres témoins parmi lesquels MM. Daniel Mayer, président de la ligue des Droits de l’Homme ; Jean Pierre-Bloch et Edmond Michelet, anciens ministres ; Louis Martin-Chauffier, membre de l’institut ; Léon Poliakov, Rémy Roure, Frédéric Pottecher, Claude Bourdet, le R.P. Riquet, qui, sur la base de leur expérience personnelle, ou en évoquant les activités de Rassinier, font apparaître les falsifications scandaleuses auxquelles se livre ce soi-disant « historien ».

En la faveur de celui-ci se prononcent quelques-uns de ses amis, venus témoigner de sa haute « moralité » et de son « amour de la vérité ».

Le jugement sera rendu le 26 octobre.

Signalons qu’un autre procès se prépare où Rassinier sera cette fois, comme il sa doit, au banc des accusés.

+

Le M.R.A.P. Soilidaire du « Droit de vivre »

Le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la paix (M.R.A.P.) a exprimé, dans un communiqué de presse, son émotion devant les poursuites scandaleuses engagées par le sieur Rassinier.

Se joignant à ses amis éminents qui ont apporté leur témoignage à la barre notre Mouvement a exprimé au journal poursuivi et à son directeur, Bernard Lecache, son entière solidarité.

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http://archives.mrap.fr/images/6/68/Dl64_237opt.pdf
Droit et Liberté N° 237, décembre 1964
Neo-Nazisme

L’imposteur démasqué

PAUL RASSINIER, qui le 5 octobre dernier, poursuivait devant la 17e Chambre Correctionnelle pour « diffamations et injures », le journal « Le Droit de Vivre », a été débouté de son action et condamné aux dépens.

Rassinier, on s’en souvient, c’est cet « historien » qui nie l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration, qui prétend que la mort des détenus était l’oeuvre de leurs propres compagnons et non des S.S., et se fait le porte-parole de la propagande néo-nazie par ses conférences et ses ouvrages.

Justement indigné, le « Droit de Vivre » l’avait qualifié d’ « agent de l’internationale néo-nazie », provoquant ainsi la colère de Rassinier.

La lecture des attendus permet d’apprécier en quelle estime le président Monzein a tenu les arguments de Rassinier :

« Attendu que… le simple examen de ce livre… montre qu’en de nombreux passages son auteur a essayé de restreindre la responsabilité des nazis… qu’il se dégage de la lecture de cet ouvrage l’impression qu’à diverses reprises, l’auteur s’est efforcé de restreindre, voire d’exonérer le régime national-socialiste et les S.S. De la responsabilité retenue contre eux tant par le Tribunal Militaire International des grands criminels de guerre que par l’histoire. (…)

«  Par ces motifs déclare nulle l’action intentée par Rassinier. Dit que le prévenu a rapporté la preuve que dans son ouvrage, Rassinier a fait chorus avec ses nouveaux amis, les néo-nazis, que l’accusation disant que Rassinier a voulu assister au procès des bourreaux d’Auschwitz sans doute pour démontrer que ceux-ci étaient de petits saints, a été rapporté de bonne foi…

«  En conséquence relaxe le sieur Lecache du chef de diffamation publique envers un particulier. Le tribunal se déclare incompétent pour connaître de la demande de dommages et intérêts de la partie civile, condamne le sieur Rassinier aux dépens. »

Le M.R.A.P., rappelons-le, avait exprimé sa solidarité au « Droit de Vivre » et plusieurs de nos amis figuraient parmi les témoins qui ont confondu Rassinier.

La décision du Tribunal réjouira tous les antiracistes. »

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Droit et Liberté n° 252, avril-mai 1966

http://archives.mrap.fr/images/9/94/Dl66_252opt.pdf

JUSTICE

L’affaire Rassinier

L’Affaire Malliavin – Rassinier, jugée à la fin de l’an dernier, a été portée en appel. La justice s’est montrée ferme : en première instance, on s’en souvient, Rassinier avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis et 3.000 francs d’amende ; Malliavin, directeur de « Rivarol », à deux mois de prison avec sursis de 5.000 francs d’amende. Or, après les plaidoiries de Mes Renée Mirande, Jean Schapira et du bâtonnier Arrighi, représentant l’Amicale d’Auschwitz et les personnes diffamées par Rassinier, les peines ont été aggravées en appel :

« Considérant qu’après avoir mis en doute l’existence des chambres à gaz et des exterminations systématiques et tenté d’expliquer les « sélections » et les disparitions de déportés par des transferts de malades dans d’autres camps, Rassinier a prétendu que le très grand nombre des malades et des morts dans les camps pouvait s’expliquer par une sous-alimentation créée par des vols de nourriture importants dont certains déportés se seraient rendus coupables au préjudice de leurs camarades…

«  Considérant que dans le but inavouable de contester les méthodes d’extermination employées par le régime hitlérien pourtant historiquement et judiciairement établies par le jugement du Tribunal International de Nüremberg du 30 septembre 1946, Rassinier, pourtant déporté lui-même, n’a pas craint de tenter de jeter le discrédit et le déshonneur sur deux femmes dont leurs camarades de déportation ont proclamé les qualités de cœur, le courage, l’abnégation et le comportement fraternels.

«  Considérant en ce qui concerne Maliavin que malgré les nombreuses condamnations pour des délits de même nature qu’il a encourues, il n’a pas hésité à publier un article dont le caractère bassement diffamatoire était évident… »

Les deux complices ont été condamnés chacun à quatre mois de prison avec sursis et à 5,000 francs d’amende. On ne peut que se réjouir d’une telle fermeté.

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Egalement, l’article d’Olga Wormser en réponse à “Ulysse trahi par les siens” :

http://archives.mrap.fr/images/a/ae/Dl61_202opt.pdf

Témoins (2)

http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article531

Témoins n° 3/4, Automne-hiver 1953/1954

Lectures

Frustrés et nantis

par  Proix (Robert), Prudhommeaux (André), Samson (Jean-Paul)

P. Rassinier – qui a décrit son expérience de déporté dans « Passage de la Ligne » et qui, dans « Le Mensonge d’Ulysse », a tenté de refaire sur le thème concentrationnaire le travail accompli par l’Américain Norton Cru au sujet des témoignages de guerre dans la littérature européenne de 1914 à 1930 – n’est pas un inconnu dans les milieux d’avant-garde. Ancien rédacteur en chef du « Travailleur de Belfort », passé à l’opposition communiste avec Souvarine et Rosmer, collaborateur à la presse socialiste SFIO, puis à divers organes libertaires et pacifistes, il est resté un franc-tireur du journalisme et de la politique, en marge de toutes les orthodoxies de parti et de secte.

L’idée centrale de « La Dernière chance » se trouve en germe dans l’exégèse de Lénine sur « L’Impérialisme, dernière étape ». C’est l’idée qu’il y a cause de guerre entre les États, parce qu’il y a entre eux inégal rythme de développement – et, par suite, inégale répartition des capitaux, des matières premières, des subsistances nécessaires ; devant la légitime revendication des nationalités déshéritées, réclamant leur place et leur part au soleil, Lénine admet le principe de la guerre nationale.

Plus tard, le slogan des nations prolétaires, luttant pour un espace vital, et celui de la croisade des frustrés contre les nantis ont été abondamment repris par certaines puissances victimes du traité de Versailles ou désavantagées dans le partage des dépouilles.

Enfin, la thèse du repartage mondial a pu trouver entre 1919 et 1939, un écho durable chez les pacifistes, les idéalistes, les non-violents épris de conciliation et d’équité. Elle est aujourd’hui reprise par P. Rassinier avec une sincérité et une éloquence qui font le charme de son livre, et qui le conduisent aux constatations que voici :

« Aujourd’hui (écrit-il), les accords de Yalta et de Potsdam mettent de nouveau à la disposition des démocraties bourgeoises, c’est-à-dire d’un peu moins de la moitié de la population du globe, les quatre cinquièmes à peu près des richesses disponibles, tandis que le cinquième restant est affecté aux États totalitaires, c’est-à-dire à l’autre moitié. On ne saurait soutenir que cette répartition soit équitable. Et il faudrait être totalement démuni de sens pour parler de coexistence pacifique des deux blocs dans ces conditions : la moitié frustrée ne cesse de monter à l’assaut de la moitié grassement nantie, et, si cette dernière s’obstine à garder ses avantages, immanquablement, nous aurons la guerre. »
La conclusion saute aux yeux : il faut que les nantis, sous la pression interne et externe, sacrifient leurs privilèges, en une nuit diplomatique du 4 août. Il faut fonder la paix entre les nations en lui donnant pour base la justice entre les nations.

Que vaut cette thèse ? Deux points de vue s’affrontent amicalement parmi les collaborateurs de « Témoins », et c’est au lecteur lui-même qu’il appartiendra de les départager.

I

Je ne crois pas à la justice entre nations, c’est-à-dire entre États souverains. Je crois à l’équilibre provisoire entre nations et à l’établissement contractuel de la justice entre les individus.

Le droit national étant fondé sur les rapports privilégiés de « propriété collective » entre un certain espace et une certaine population – il me semble que pour éviter les querelles de bornage entre ces brigands d’intention ou de fait qu’on nomme les États nationaux le plus sûr moyen serait de les priver le plus possible de la souveraineté et de la propriété en transférant celle-ci aux individus sans distinction de race ou de lieu d’origine, de façon à assurer de plus en plus à tous les vivants les mêmes droits d’accès personnel ou familial à la possession du sol et au bon usage de ce qui s’y trouve.
Les passeports Nansen, les crédits Marshall, le « point 4 », l’aide aux déplacés, sont de pâles esquisses de ce que pourrait et devrait être l’entente humaine par-dessus les frontières des nations. Par malheur, ces formes de solidarité sont repoussées avec violence par les nationalismes totalitaires.

Quelle est, en effet, l’attitude des gouvernements du bloc oriental à l’égard du cosmopolitisme dont se réclament les partisans d’une république supranationale et devant l’individualisme des libéraux qui demandent la circulation sans entraves des personnes, des idées et des richesses à travers l’univers humain ? Cette attitude peut être exprimée comme suit :

1. Le cosmopolitisme et l’individualisme, de même que leur résultante ou synthèse, le fédéralisme sont considérés par les États totalitaires comme une monstruosité abominable et un crime de lèse-nation digne des plus terribles châtiments. Leur politique la plus constante est de se refuser à toute détente, à toute fusion, à tout modus vivendi, pour se charger de potentiel militaire et pour « éclater ».

2. En dehors de la mondialisation des ressources et de la décomposition individualiste des États, la paix peut être sauvegardée provisoirement par l’équilibre entre les puissances ; mais cette sauvegarde suppose un « stabilisme », dont l’élément de base est volontairement battu en brèche par les tenants du « dynamisme » totalitaire. Au lieu de freiner la croissance démographique et de maintenir les possibilités de vie par la préservation du climat, du sol et des réserves naturelles, les nations appartenant au bloc des frustrés s’ingénient à multiplier les naissances et à anéantir les sources de subsistances, sous prétexte d’industrialisation. C’est ainsi que la Russie, pendant les trente-six années du « socialisme » que lui ont imposé les bolcheviks, a doublé sa population sans augmenter son cheptel et s’est territorialement agrandi sans multiplier ses emblavures. Les pays neutres semblent être aujourd’hui les seuls à se préoccuper, d’ailleurs insuffisamment, de remédier à l’érosion et à la surnatalité selon les saines conceptions des néophysiocrates et des néomalthusiens.

3. Dire que le bloc oriental a trop peu de subsistances, c’est dire qu’il a trop d’hommes : affirmation qui se heurte au monolithe des conceptions sociales et économiques sacro-saintes des États totalitaires. Pour Marx, Lénine, Staline, Mussolini, Hitler, Franco, Péron, Malenkov, Mao Tsé-toung et leurs disciples, l’homme est le capital par excellence – le travail est la richesse des nations – l’industrialisation et la centralisation à outrance sont la clef de tous les problèmes sociaux. Pour un État marxiste ou fasciste, il n’y a jamais trop d’hommes ; jamais trop de prolétaires, jamais trop de soldats. Il est « interdit » aux citoyens des États totalitaires de chercher fortune à l’étranger ; il leur est « interdit » de limiter les naissances d’une façon quelconque ; il leur est « imposé » de croire que l’optimum démographique coïncide théoriquement avec l’infini !

4. Dans ces conditions, tout supplément ou complément d’espace vital ou de richesses naturelles accordé aux États totalitaires serait sans effet modérateur quelconque sur leur politique et ne ferait qu’accélérer le caractère guerrier de leurs revendications. Il s’est avéré inutile de prétendre « déprolétariser, rekoulakiser » et « rembourgeoiser » (par des concessions de territoires fertiles et peu peuplés tels que la Mandchourie) un bloc de nations qui détruit systématiquement les sources de subsistance pour les remplacer par des industries d’armement ; sans compter que ce serait faire bon marché de la vie et de la liberté des habitants qui tout de même, ont bien voix au chapitre !… Quant à l’agriculture « socialiste », elle tend à dépasser la folie « capitaliste », par son caractère destructif des terres, des cheptels, des élites paysannes, et de tout ce qui peut mettre un peu de beurre dans les épinards d’une population impériale ou satellite.
5. Fournir au militarisme pansoviétique, pour « l’apaiser », ce qui peut lui manquer encore de pétrole, d’acier, d’uranium, etc. (ce sont là, avant tout ses exigences en « matières premières ») serait bien joli, comme geste… Mais je crois que cette façon d’égaliser les « richesses naturelles » priverait trop évidemment les hommes (soviétiques et occidentaux) de leur dernière chance de ne pas finir leurs jours par les soins du napalm, des tanks, des bombes H et autres armes modernes de la révolution mondiale totalitaire, dont l’URSS partage si glorieusement le secret avec les USA – ou par ceux du NKVD-MVD, dont l’efficacité est encore aujourd’hui sans concurrence.

André Prunier [Prudhommeaux]

II

Il n’est certainement pas dans les intentions de Rassinier de préconiser, de la part des « nantis » occidentaux, la fourniture sans mesure des produits et matières nécessaires aux armements des « frustrés » totalitaires. Il pense surtout aux produits de consommation, « au beurre plutôt qu’aux canons », et souhaite que les hommes, dans le monde entier, s’engagent dans la voie de l’élimination des engins destructeurs.

Mais rien ne nous prouve que le capitalisme occidental, en dépit de ses déclarations spectaculaires sur l’interdiction des « fournitures stratégiques » aux États soi-disant communistes, n’approvisionne pas ses adversaires comme il le fit jadis pour Hitler et Mussolini. Nous savons que l’économie basée sur le régime du profit ne peut malheureusement se maintenir sans recourir aux productions parasitaires et que le libéralisme occidental, en vertu même des principes sur lesquels il s’est établi, est absolument incapable d’interdire le trafic, sur les routes du globe, des matériels théoriquement prohibés, à plus forte raison des matières « libéralement exploitées ». Si M. de Rothschild se refuse à procurer du nickel à M. Malenkow, nous nous doutons bien que certains intermédiaires battant pavillon neutre se chargent de le faire. Et ainsi de toutes les « fournitures stratégiques ».

Nous ne croyons pas Rassinier assez naïf pour se faire illusion sur les possibilités d’une équitable répartition des biens en l’état présent des structures sociales et économiques du monde. Il ne doit pas ignorer, en outre, l’extraordinaire propension du système soviétique à dévorer la substance de ses satellites ni son inaptitude foncière à exploiter « rentablement », ses propres richesses, ce qui l’engage à étendre son parasitisme sur une aire de plus en plus vaste. Antistalinien, comme il se doit, Rassinier est aussi antioccidental dans la mesure où l’Occident fait le jeu du communisme moscoutaire en maintenant de ce côté-ci du « rideau de fer » les inégalités sociales les plus révoltantes. Cela le conduit nécessairement à faire figure d’utopiste, le premier devoir étant, aux yeux des Anglo-Saxons et de leurs supporters, la lutte sans condition contre le bolchevisme.

Se plaçant volontairement au-dessus de la mêlée, analysant l’État moderne sous ses aspects historique, économique, démographique et idéologique, Rassinier démontre avec logique le mécanisme de la guerre moderne, dont on peut dire qu’elle est une fois de plus au premier rang de nos préoccupations essentielles.

Il démontre que nous avons à lutter contre un système universel qui refuse aux hommes le pain et leur distribue à foison les outils de leur anéantissement ; à exiger la production des biens de consommation et la destruction des armes ; à aider les peuples opprimés, végétant sous la férule du parti bolchevik ou de la dictature des trusts capitalistes, à secouer leur joug pour obtenir du beurre et non plus des canons.

Quelques réserves que l’on veuille faire sur ses vues et ses propositions, il sied de reconnaître que « le Discours de la Dernière Chance » est un livre hautement significatif ; il sied de constater loyalement, chez son auteur, un esprit d’indépendance, de désintéressement et de non-conformisme assez inhabituel : n’est-ce pas le plus bel hommage que l’on puisse rendre aujourd’hui à tout bon ouvrier des lettres ?

Robert Proix

III

Il n’est pas question à propos du livre de P. Rassinier « Le Discours de la Dernière chance », que je m’avise d’exposer un troisième point de vue. Simplement, il m’apparaît que le lecteur est en droit d’être fixé, dans ce débat, sur la position qu’y croit devoir prendre le principal responsable de « Témoins ». Or, tout en ne pouvant qu’approuver l’humaine compréhension avec laquelle notre ami Robert Proix s’est astreint à rendre justice aux excellentes intentions de l’auteur du livre, et que tout mon passé « non-violent », me porte à apprécier, moi aussi, je dois à la simple vérité de dire qu’il m’est impossible de ne pas me rallier à la rigoureuse fin de non-recevoir opposée par André Prunier à la solution qu’en toute sincérité évidemment Paul Rassinier nous propose.

J’avoue même que je n’arrive pas à bien comprendre une actuelle résurrection de l’antithèse « frustrés et nantis » qui pouvait plus ou moins se défendre quand il s’agissait de l’Italie ou de l’Allemagne, pays coincés dans le cadre même de l’économie capitaliste du profit. J’entends bien que nos bons apôtres moscovites, en dépit de toutes les belles histoires qu’ils nous racontent sur l’abolition du profit en URSS auraient de très substantielles raisons d’en suivre cependant les lois, qui n’ont certainement pas cessé de jouer sous prétexte que le régime d’au-delà du rideau de fer étiquette « socialisme », son capitalisme d’État. Certes, on peut concevoir dans l’affreuse et perpétuelle angoisse qui est devenue l’état « normal » du monde, qu’un esprit méritoirement étranger aux préjugés nationaux et aux mystifications des idéologies officielles de l’un et de l’autre camp, cherche, par une détente de bon sens, à prévenir la catastrophe apocalyptique qui menace le genre humain tout entier.

Hélas, l’exemple hitlérien et mussolinien ne nous a que trop ouvert les yeux sur l’inutilité fondamentale de toutes les concessions consenties, à des régimes totalitaires.

Et puis, à quoi rimaient donc, jadis – première « justification », de la thèse du « socialisme dans un seul pays » – toutes les déclarations soviétiques sur l’état de Cocagne (au moins en puissance) de ce fameux sixième du globe, capable de se suffire à lui-même ? Or, entre-temps, ledit sixième du globe est devenu tout le bloc russo-chinois. Comment admettre, dans ces conditions, que la misère qui ne cesse d’y affliger les masses a son origine dans une insuffisance de territoire et de ressources de toute sorte ? Nous savons bien que la racine du mal est ailleurs, et s’il est tout naturel que la bureaucratie au pouvoir aime mieux parler d’autre chose, dénoncer par exemple à ceux qu’elle frustre les nantis d’en face, un homme comme Rassinier est vraiment trop bon de s’employer à lui fournir tous les meilleurs arguments qu’il croit avoir trouvés en la matière.

Bien sûr, c’est pour la bonne cause, la cause de la paix.

Du moins ce le serait-il si la position du problème n’était en elle-même illusoire.

Heureusement, en un sens – car nous avons au moins cette dernière chance que la paix ne peut pas s’acheter par un pourboire à l’esclavagisme moscoutaire.

Jean Paul Samson

Témoin n°5, printemps 1954

http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article556

À la suite de la triple présentation de son ouvrage « le Discours de la dernière chance », publiée dans le précédent numéro de « Témoins », Paul Rassinier nous a fait parvenir la lettre suivante :

Mâcon, le 31 mars 1954.

Mon cher Samson,

Je suppose qu’ayant donné, dans votre dernier numéro, un compte rendu de mon « Discours de la dernière chance », vous ne verrez aucun inconvénient à publier ces quelques observations amicales.

I. Il y a quelques années, j’ai écrit sous le titre « Le Mensonge d’Ulysse » un ouvrage qui a été porté à la connaissance du public par les trois quarts des journaux français, sous le titre « La légende des camps de concentration ».

Je ne m’en suis pas étonné : les journaux en question étaient dans le camp d’en face et, au lieu de citer objectivement, ils interprétaient. Or, quand on interprète…

L’an dernier, j’écris « le Discours de la dernière chance » précisément pour tenter de démontrer qu’aucune voie ne conduit au salut qui ne propose d’abord une transformation totale des structures du monde à partir d’autres impératifs. Chemin faisant, j’écris :

« Aujourd’hui les accords de Yalta et de Potsdam mettent de nouveau à la disposition des démocraties bourgeoises, c’est-à-dire d’un peu moins de la moitié de la population du globe, les quatre cinquièmes à peu près des richesses disponibles, tandis que le cinquième restant est affecté aux États totalitaires, c’est-à-dire à l’autre moitié. On ne saurait soutenir que cette répartition soit équitable. Et il faudrait être totalement démuni de sens pour parler de coexistence pacifique des deux blocs dans ces conditions : la moitié frustrée ne cesse de monter à l’assaut de la moitié grassement nantie, et, si cette dernière s’obstine à garder ses avantages, immanquablement, nous aurons la guerre ».

C’est la constatation d’un fait indiscutable qui se produit et ne peut cesser de se répéter, dans le cadre des structures nouvelles.

Là-dessus, vous écrivez que je reprends « la thèse du repartage mondial » et « ressuscite la vieille querelle des frustrés et des nantis ».

Votre interprétation est, certes, moins cavalière que celle des trois quarts des journaux français à propos du « Mensonge d’Ulysse », mais, venant d’un ami, elle m’est beaucoup plus sensible. J’ai peur que vous n’ayez lu un peu hâtivement « le Discours de la dernière chance » et ce qui me fait vous le dire, c’est que, quelques lignes plus haut, vous écrivez que, dans « L’Impérialisme dernière étape du capitalisme », Lénine « admet le principe de la guerre mondiale ». Or, rien non plus n’est si loin de la vérité.

II. Il est naturel que m’ayant prêté l’intention de ressusciter la querelle des « frustrés et des nantis », vous en déduisez que je propose aux seconds de faire des concessions aux premiers : sur un raisonnement qui est faux dès le départ, toutes les constructions de l’esprit sont permises et les plus invraisemblables.

Sur ce point, il est possible à André Prunier de me clouer au pilori et d’écrire ; « Dans ces conditions, tout supplément ou complément d’espace vital ou de richesses naturelles accordé aux États totalitaires serait sans effet modérateur quelconque sur leur politique et ne ferait qu’accélérer le caractère guerrier de leurs revendications. »
« Fournir au militarisme pansoviétique, pour l’apaiser », ce qui peut lui manquer encore de pétrole, d’acier, d’uranium, etc. (ce sont là, avant tout ses exigences en « matières premières ») serait bien joli, comme geste… Mais je crois que cette façon d’égaliser les « richesses naturelles » priverait trop évidemment les hommes (soviétiques et occidentaux) de leur dernière chance de ne pas finir leurs jours par les soins du napalm, des tanks, des bombes H et autres armes moderne de la révolution mondiale totalitaire, dont l’URSS partage si glorieusement le secret avec les USA – ou par ceux du NKVD-MVD, dont l’efficacité est encore aujourd’hui sans concurrence. »

Ou à vous :

« … ledit sixième du globe est devenu tout le bloc russo-chinois. Comment admettre, dans ces conditions, que la misère qui ne cesse d’y affliger les masses a son origine dans une insuffisance de territoire et de ressources de toute sorte ? Nous savons bien que la racine du mal est ailleurs, et s’il est tout naturel que la bureaucratie au pouvoir aime mieux parler d’autre chose, dénoncer par exemple à ceux qu’elle frustre les nantis d’en face, un homme comme Rassinier est vraiment trop bon de s’employer à lui fournir tous les meilleurs arguments qu’il croit avoir trouvés en la matière. »

Le malheur, c’est que je n’ai jamais proposé cela et que, par conséquent, ces observations ne s’adressent pas à moi.

Je vous dirai cependant que j’admire cette façon de raisonner qui postule un blocus effectif du bloc russo-chinois par les États atlantiques. Ici, c’est Robert Proix qui vous a répondu par avance :

« Le libéralisme occidental, en vertu même des principes sur lesquels il est établi, est absolument incapable d’interdire le trafic, sur les routes du globe, des matériels théoriquement prohibés, à plus forte raison des matières « libéralement exploitées ». Si M. de Rothschild se refuse à procurer du nickel à M. Malenkow, nous nous doutons bien que certains intermédiaires battant pavillon neutre se chargent de le faire. Et ainsi de toutes les « fournitures stratégiques ».

Dans le cas où cette réponse ne vous suffirait pas, je me permets de vous renvoyer à cette dépêche de l’AFP, en date du 6 mars dernier :

« Washington, 6 mars (AFP). – Le président Eisenhower a ordonné hier la continuation de l’aide américaine au Danemark, à la France, à l’Italie, à la Norvège et à la Grande-Bretagne, bien que ces pays aient exporté certains produits d’importance stratégique au-delà du rideau de fer. »

Aux concessions dont vous me prêtez gratuitement l’intention, vous ripostez par le blocus que vous supposez réalisé et vous tombez dans le piège : le blocus n’existe pas, n’a jamais existé et ne peut pas exister, – même pas pendant la guerre à laquelle il conduit et qui a pour mission de le parachever et de le faire respecter.

Je fournis aux Russes « les meilleurs arguments », dites-vous, et je suis « bien bon », mais Eisenhower est meilleur que moi qui leur fournit les choses.

Et que dire de vous qui lui permettez de continuer en lui faisant confiance ?

Ne croyez-vous pas qu’il serait plus indiqué de me suivre hors des structures actuelles comme je le fais dans « le Discours de la dernière chance » ? Cela vous éviterait au moins de ne pas faire des « concessions » aux Américains sous prétexte de refuser aux Russes, celles, qu’un peu légèrement vous m’accusez de vouloir faire aux Russes.

III. Je voudrais encore vous dire ceci : lorsque André Prunier écrit qu’« il ne croit pas à la justice entre nations, c’est-à-dire entre États souverains » , je suis d’accord avec lui, mais, s’il ajoute qu’« il croit à l’équilibre provisoire entre nations » je ne le suis plus, cet équilibre n’étant jamais que de façade. De toutes façons, c’est faire une singulière concession au capitalisme dans son ensemble que de ramener nos discussions sur le plan de cette grue métaphysique qu’est « le droit national » et de poursuivre sa recherche. Or, si on se donne pour mission de priver « les États nationaux le plus possible de la souveraineté et de la propriété en transférant celle-ci aux individus sans distinction de race ou de lieu d’origine, de façon à assurer de plus en plus à tous les vivants les mêmes droits d’accès personnel ou familial à la possession du sol et au bon usage de ce qui s’y trouve », on ne peut, en fin de course, manquer d’aboutir à une souveraineté étatique et, par voie de conséquence, à un droit national. La propriété n’est pas un problème de « transfert » mais un problème de « suppression » et c’est le thème central du « Discours de la dernière chance ».

Il est bien évident que, développant ce thème, je ne pouvais me dispenser d’analyser les structures actuelles et, dans le cadre de ces structures, le comportement des individus, des classes et des États. Votre erreur a été de prendre, dans cette analyse, des constatations de fait – l’une d’entre elles particulièrement – pour des justification et de me les imputer. Elle ne sera pas grave si vous voulez bien – ce dont d’ailleurs je ne doute pas – me permettre de la réparer dans vos colonnes.

Dans cet espoir, veuillez me croire bien fraternellement vôtre

Paul Rassinier

Tout en remerciant Paul Rassinier du ton si amical de sa réplique, et en laissant essentiellement au lecteur le soin de juger par lui-même le fond du débat, nous croyons pouvoir nous permettre de faire suivre la lettre de notre camarade de deux observations seulement, que voici :

1. Lorsque, de nos jours, on ouvre un livre traitant de la « dernière chance » de sauver la paix, l’on s’attend à une étude concrète du problème comme il se pose hic et nunc, dans le monde tel qu’il est. Il n’est pas impossible, dès lors, que nous ayons quelque peu mérité le reproche d’avoir lu trop vite l’ouvrage de Rassinier. Mais lui-même n’a-t-il pas, oserons-nous demander, choisi son titre… un peu vite ? S’il avait essentiellement dans l’idée de nous montrer que ce monde-ci ne peut être préservé de la guerre qu’à la condition de subir une transformation totale, donc de ne plus être ce qu’il est, ce n’est pas nous qui, sur le plan de l’absolu, en disconviendrions, – mais il fallait le dire ! S’il s’agit non de la paix, mais de la subversion générale qui en serait peut-être la condition (nous disons bien peut-être, car nous sommes payés pour savoir que les révolutions, même « sociales », ne sont pas nécessairement pacifiques), on aurait répondu à Rassinier : nous, on veut bien. Mais comment ? Faute de résoudre la question de ce comment, il y a toutes les probabilités que la dernière chance dont nous parle notre ami soit, par rapport à l’humanité tout entière, une chance… posthume.

2.Que d’autre part Rassinier prenne garde à ne pas suivre lui-même la méthode qu’il croit pouvoir nous reprocher, en nous prêtant des arguments qui n’ont jamais été les nôtres. Il se peut que nous ayons eu tort d’estimer qu’à ses yeux le problème de la sauvegarde de la paix résidait dans une nouvelle répartition des richesses du monde. Mais nous n’avons en aucune façon, quant à nous, proposé le « blocus ». Loin de tomber dans le piège en croyant à la réalité du blocus en question – ou plutôt pas en question – nous savons fort bien qu’il n’est jamais parfait, que, par exemple et heureusement, lorsque les Russes ont essayé de réaliser celui de Berlin, il fut bel et bien brisé par ces puissances « capitalistes » auxquelles, du reste, nous sommes loin de faire autant confiance que Rassinier l’imagine. Non sans toutefois nous féliciter que la plus grande puissance totalitaire actuelle, en dépit des fuites forcément inévitables de matériel stratégique, doive cependant éprouver quelques difficultés (relatives) à s’en procurer autant qu’il lui en faudrait pour transformer le reste du monde en une collection de Tchécoslovaquie et autres satellites.

Aimé Patri

Lettre non datée d’Aimé Patri. Probablement suite à la parution du « Passage de la ligne ». Si on déchiffre bien « P.D. » comme « Populaire Dimanche », on peut faire le lien avec une lettre de Georges Brutelle (alors secrétaire adjoint de la S.F.I.O) datée du 21 juillet 1949. Dans cette dernière, Brutelle indique à Rassinier qu’il a « (…) demandé à notre camarade ROSENFELD, Directeur du « Populaire Dimanche », d’insérer dans notre hebdomadaire, une note relative à la parution de ton livre ». La lettre d’Aimé Patri, postérieure à la parution de cette note ne peut donc être antérieure à la fin de l’année 1949, voire au début de 1950.

Sur Aimé Patri qui était impliqué dans le mouvement de résistance Combat en Tunisie :
http://bataillesocialiste.wordpress.com/patri-1904-1983/

Sur Michel Collinet (Ceux de la résistance, Libération-Nord):
http://bataillesocialiste.wordpress.com/collinet-1904-1979/

Sur Georges Brutelle (qui signifiera le 2 mai 1951 au « Citoyen » Rassinier sa sentence d’exclusion de la S.F.I.O, d’autres correspondances ont été publiées dans le « Retour de Rassinier ») :
http://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=58522

Nous n’avons pas trouvé l’article de « PARU ».

Pierre Bernard, probablement le syndicaliste – Syndicat National des Ingénieurs et des Cadres de la Métallurgie (F.O.) – de Clermont-Ferrand. Auteur de plusieurs articles pour la Révolution Prolétarienne en 1947-49. Dans le n° 328, sous le titre “Trois Prisons” il décrit en particulier son internement à la maison centrale de Riom, passage qui sera cité dans le Mensonge d’Ulysse (ci-dessous).

Nous reproduirons l’intégralité de ce texte remarquable.

Il fut proche du groupe de l’Insurgé de Lyon comme l’indique en page 5 la brochure reproduite ici http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2014/04/insurge.pdf

Sur Oreste Rosenfeld, alors directeur du Populaire Dimanche :
http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/rosenfeld-1891-1964/

Sylvain Wisner est connu principalement pour son ouvrage  « L’Algérie dans l’impasse », Spartacus, 1948.

«  PARU
Revue mensuelle de l’actualité littéraire intellectuelle et artistique

Le Rédacteur en chef
Mon cher Rassinier,

Eh bien oui ! Tu vois qu’on ne peut rien te cacher et c’est bien de ton vieux camarade qu’il s’agit. J’ai lu l’annonce de ton livre dans le P.D. Et le sujet comme la personnalité de l’auteur (dont n’avais malheureusement plus l’adresse directe) ont tout de suite fixé mon attention. D’autre part la revue est dirigée par Collinet que tu connais bien et nous avons encore parmi les collaborateurs Dommanget, Pierre Pascal, A. Rossi, chacun selon sa spécialité.

Tout à fait d’accord en ce qui concerne le jeu d’épreuves, ce qui nous facilite beaucoup la tâche. Nous n’avons pas d’ancien déporté sur l’équipe. Je pense confier le C.R. à [biffé : Sylvain Wisner] Pierre Bernard (1) qui est dans ce cas et qui est un ami de Lefeuvre (cf. aussi dans le numéro que je t’ai adressé p. 135) Qu’en penses-tu ?

Amitiés et meilleur souvenir de Patri

(1) P. Bernard est suggéré par Collinet. Je crois que tu le connais. »

Lettres reproduites dans « Le retour de Paul Rassinier, Droits de l’homme et Histoire, Textes et documents soumis à la réflexion du congrès de Bourg-en-Bresse » par LES AMIS DE PAUL RASSINIER, 16, rue des Fossés St Jacques, 75005, PARIS

Extrait du Mensonge d’Ulysse :

La discipline à la Maison Centrale de Riom en 1939

« Trois éléments notables doivent être retenus quant aux moyens de discipline.

Le premier est l’institution d’une hiérarchie intérieure de prisonniers qui
concourent avec les gardiens au maintien du bon ordre. J’ai entendu souvent des Français
s’indigner de l’institution, dans les bagnes nazis, de ces auxiliaires bénévoles des gardes-
chiourmes : ce sont les mêmes qui ne peuvent admettre que des Allemands ignoraient ce
qui se passait sur leur sol, et qui ne savent pas ce qui se passe en France. Aux kapos, aux
schreibers, aux vorarbeiters, aux stubendiensts, etc., il y a pourtant des précédents. Les
comptables d’atelier, les contremaîtres (encore qu’il en existe aussi de civils), toute
l’administration, sont pris parmi les détenus, et jouissent évidemment de certains
avantages. Il faut mettre à part les prévôts, explicitement chargés de maintenir l’ordre.
Cela va du prévôt du dortoir, qui a près de son lit un bouton d’appel alertant les gardiens
lorsqu’il se passe quelque chose d’anormal (fumée, lecture, conversations, etc.), et qui
heureusement en use peu — jusqu’au bourreau officiel, le prévôt du Quartier.

II me faut dire maintenant ce qu’est le Quartier fort : la prison spéciale de
l’intérieur de la prison, et en fait le lieu de torture (j’affirme que le mot n’est pas exagéré).
Ce deuxième élément de la discipline comporte, comme « l’Enfer » de Dante, des cercles
divers. Cela part de la salle de discipline, où en principe, on se contente de faire marcher
les condamnés en rond avec de très brèves pauses, à un rythme soutenu par une ration
spéciale à l’entraîneur — alors que les diminutions de nourriture sont la règle pour les
autres : en fait, les coups pleuvent. J’ai eu la chance d’y échapper moi-même, mais
j’affirme avoir vu fréquemment les pauvres bougres revenir de la « Salle » avec des [137]
traces apparentes de coups récents. Cela va jusqu’à la cellule — en principe jusqu’à 90
jours consécutifs, pratiquement équivalents à la peine de mort — Avec une gamelle de
soupe tous les quatre jours, et des raffinements de cruauté qui répugnent à l’expression.
J’affirme en particulier que la torture dite de la « camisole », camisole de force réunissant
les bras derrière le dos, et très souvent ramenés ensuite vers le cou a été fréquemment
appliquée. J’affirme, pour avoir réuni des témoignages concordants sans nombre que
certains gardiens — aidés particulièrement par le prévôt — frappent avec divers
instruments, y compris le tisonnier, et parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’affirme
que les nazis n’ont apporté que des perfectionnements de détail à l’art de tuer lentement
les hommes.

Or, et c’est le troisième instrument de la discipline, ces condamnations
« accessoires », qui vont parfois jusqu’à la peine de mort implicite, ne sont pas
prononcées par les tribunaux institués par la loi, mais par une juridiction qu’à ma
connaissance elle ignore, le Prétoire. C’est un tribunal interne à la prison, présidé par le
directeur, lequel est assisté du sous-directeur, (en argot pénitentiaire, le sous-mac) et le
gardien-chef faisant fonction de greffier. Pas de plaidoirie, pas de défense, une accusation
parfois inintelligible, pas de réponse sinon le rituel « Merci, Monsieur le Directeur » qui
suit la condamnation. J’ai pu, pour ma part, m’en tirer toujours avec une simple amende,
réduisant seulement le droit d’achat à la cantine ; les ressources sont limitées au salaire,
ou plutôt à une part disponible, très faible, et à un secours extérieur extrêmement réduit
alors ; en ce temps il n’y avait aucun colis autre que de linge de corps. Mais les
condamnations sévères pleuvent, même pour simple inexécution de la tâche imposée. »
(Pierre Bernard, Révolution prolétarienne, juin 1949)”

Bulletin Communiste

http://www.bibnumcermtri.fr/IMG/pdf/14e_annee_no32-33_juillet_1933_.pdf
L’ex-bolchévisateur dont le C.C.D. assure s’être défait n’est autre qu’Henri Jacob.

A noter dans le même numéro aux pages 541 à 543 une déclaration commune C.C.D et F.C.I.E

Le Bulletin Communiste, 14e année, n°32-33, juillet 1933, p.559-560, rubrique « Entre nous »

“A propos du Travailleur, il importe de dissiper l’ombre d’une équivoque : d’aucuns ont insinué, par malveillance, que nous aurions composé avec un ex-bolchévisateur, installé à Belfort. C’est tout à fait inexact. Nous avons refusé, au contraire, d’avoir la moindre relation de ce genre et n’avons consenti à collaborer au journal que sur l’assurance catégorique d’une sorte d’auto-liquidation du personnage. En effet, l’épuration s’est accomplie en quelques semaines. Nous n’avons jamais eu et n’aurons jamais rien de commun avec les gens de la bolchévisation. Il n’est pas difficile de faire la distinction entre trompeurs et trompés.

Certains camarades, surtout des jeunes, viennent nous dire à présent qu’il est impossible de tenir éternellement rigueur à des bolchévisateurs repentis. A quoi nous répondons : il y a des crimes que rien n’efface, sinon le temps et la disparition des criminels. Le seul service que peuvent rendre les ex-bolchévisateurs, c’est de ne plus jamais se mêler à nos affaires. Au surplus, nous n’en connaissons pas qui regrettent leurs actes, qui se soient rétractés, qui aient essayé de réparer le mal dont ils sont coupables. La moindre sincérité les pousserait à s’exprimer à haute et intelligible voix, pour soulager leur conscience. Or, on ignore encore en 1933 de qui et de quoi il s’agit, sinon par des propos réticents et malhonnêtes destinés à tromper de jeunes militants, et dont il ne reste ensuite ni traces, ni témoins.

« Je pardonne tout, mais je n’oublie rien », disait Guizot dans une formule frappante que nous avons reprise à notre compte et souvent rappelée, au cours des dernières années. Aucun sentiment vindicatif ne nous anime contre des ennemis pour la plupart méprisables. Mais nous ne pouvons oublier la désastreuse expérience qui a perdu le grand mouvement de la IIIe Internationale et saurons veiller à ne pas laisser contaminer l’embryon du mouvement futur. C’est à contre-coeur qu’il nous arrive de fouiller dans le passé pour préserver l’avenir de nos idées. Ces histoires ne nous amusent ni ne nous intéressent. Mais nous vaincrons ce dégoût, chaque fois qu’il le faudra, pour repousser toute immixtion indésirable. D’où la rubrique, inaugurée dans ce fascicule : Chacun à sa place. Avis aux amateurs, agents de la bolchévisation première et deuxième cuvées.

Au cours des années de bolchévisation, il y a eu bien des incidents, bien des conflits, bien des disputes. En règle générale, notre attitude consiste à n’y pas faire écho, même pour nous défendre ou nous justifier. Il est très rare que nous ayions répondu à une attaque (et quand cela nous est arrivé, à titre exceptionnel, ce fut toujours comme concession à ceux de nos amis qui trouvaient plus d’inconvénients que d’avantages à garder le silence). Non pas par esprit tolstoïen, mais pour ne pas contribuer à alimenter le découragement qui a détourné du mouvement tant de camarades. Et aussi par une propension naturelle à ne pas perdre son temps à des misères. Mais pour la bonne règle et dans l’intérêt d’un parti futur, il y a un dossier : Diffamations-Calomnies-Injures, où s’empile une masse imposante de documents. Beaucoup n’ont jamais été lus en leur temps, car il suffit de se rappeler titres et signatures… On consultera ce dossier, chaque fois que ce sera nécessaire. Comme il n’existe pas de tribunal correctionnel pour trancher une bonne fois ces questions à mesure qu’elles se présentent, ne devrait-on pas, à défaut, introduire dans nos milieux et dans nos moeurs la pratique du « jury d’honneur », permettant de faire justice, sur le champ, d’une calomnie et, du même coup, d’un calomniateur ? Cela retiendrait peut-être sur la mauvaise pente les cyniques et les fourbes qui se croient tout permis sous prétexte que « c’est de la politique », et prennent de grands airs supérieurs pour toiser les « moralistes » de notre espèce. Dans cet ordre d’idées, il faudra faire bientôt des propositions pratiques.

Nous avions prévu un numéro de 16 pages, avec une Table des matières. En voici un de 32 pages, sans la Table. Beaucoup de textes se sont accumulés en trois ans au cours desquels notre rédacteur, rendu indisponible par l’impécuniosité des temps, absorbé dans de pénibles besognes ne laissant ni loisir, ni aucune liberté d’esprit, n’a pu rien publier, hormis sa contribution à la Critique Sociale et au Travailleur. Mais nous ne sommes pas découragés ni intellectuellement fatigués, nous sommes simplement fauchés. Il y aura donc au moins un n° 34 encore, et peut-être même un n° 35, pour peu que nos amis répondent à notre appel et participent à la souscription ouverte à l’occasion de la sortie de ce numéro-ci. Envoyer les fonds à E. Lienert, 3, allée de l’Alma, le Perreux (Seine).”