Guy Lerrard (I.C.O.)

Une lettre qui a l’immense mérite d’éclairer la réception des thèses de Rassinier dans son milieu politique d’origine. Lerrard, dont la femme a assisté au procès d’octobre 1964, comprend assez bien les enjeux du combat en cours et ne renie donc pas son amitié. Il lui reproche même de n’avoir pas adossé sa critique des témoignages de déportés à une critique plus globale du “résistancialisme” comme on disait à l’époque.

« Chatenay-Malabry, le 27,10,64

Cher Camarade,

Je n’ai pu assister à la séance du début d’octobre au tribunal (ma femme présente m’a raconté ce qui s’est passé). Je n’ai jamais suivi de près les débats avec les « résistants », j’ai lu la plupart des livres et me rappelle très bien le premier procès du « Mensonge d’ulysse ».

Je suis avec intérêt toutes ces péripéties car je pense qu’il est nécessaire de détruire le mythe « Résistance », les jeunes d’avant la guerre de 1939 ont eu beaucoup de mal à détruire cette histoire, c’est une véritable meute qui s’acharne, elle vit de cela et, comme d’habitude, tout le monde hurle avec les loups. Ce mythe de la Résistance, de la Déportation, c’est le fond même de l’embrigadement politique jusques et y compris aujourd’hui dans tous les partis. C’est donc un sujet tabou qui a été évoqué et dont il ne pouvait sortir qu’une position politique semblable du tribunal. Aucune preuve n’est donnée mais le doute reste puisque l’on attaque les bons amis et on ne charge pas assez les mauvais ennemis. C’est connu.

Je dois dire que j’ai essayé dans notre journal ICO (Informations et Correspondances Ouvrières) ronéotypé et mensuel de mettre un article à ce sujet et j’ai rencontré l’opposition de nombreux camarades anarchistes ou marxistes (sur ce thème ils s’entendent merveilleusement bien). Je ne me considère pas encore comme battu à ce sujet mais, pour moi, de toute façon, ce sera trop tard. Seule « l’Anarchie », organe de l’AOA, a mis un entrefilet.

Personnellement, je suis obligé de faire certaines critiques aux bouquins et en particulier à celui sur le procès Eichmann. Peu nous importe les questions juridiques, la guerre, c’est la guerre, il ne peut pas y avoir de droit ou de juridiction au cours de ces tueries. Prendre le problème sur ce plan, c’est entrer dans le jeu des adversaires. Toute guerre est condamnable, il n’y a rien de valable pour essayer ou tenter de l’ « humaniser ». Le procès de Nuremberg n’est jamais que la conclusion logique de la guerre 39-45, ce n’est qu’une répétition du Traité de Versailles, ce n’est que le résultat de cinq ans de tueries, le résultat des « vainqueurs incorrigibles ».

Il semble que dans les livres (si je les ai bien lus) il ne ressort pas prises [sic] de position individuelles quasi-impossibles, il fallait toujours penser « groupe » selon la politique du moment, en fonction de tel ou tel événement présent (je pense naturellement plus aux déportés communistes devant suivre les consignes venant de l’extérieur, mais il en était de même pour les autres).

Le procès de la Résistance, le procès de ce mythe sur lequel est basé toute la politique française intérieure depuis vingt ans est toujours à faire. Je regrette que ces livres (le Mensonge d’Ulysse, Ulysse trahi par les siens et les autres) ne soient pas assez clairs dans ce sens. C’est toute la critique que je peux apporter mais ces livres m’ont profondément intéressé et je reconnais qu’un grand courage est nécessaire pour se lancer dans une telle aventure.
Je pense n’avoir pas été trop ennuyeux. Guy Lerrard. »

Lettre reproduite dans « Le retour de Paul Rassinier, Droits de l’homme et Histoire, Textes et documents soumis à la réflexion du congrès de Bourg-en-Bresse » par LES AMIS DE PAUL RASSINIER, 16, rue des Fossés St Jacques, 75005, PARIS

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