“(…) si j’étais mis en cause dans cette enquête…”

Il manque encore beaucoup d’éléments pour éclairer le contexte de cette lettre dans laquelle Rassinier entretient à l’issue du procès d’octobre 1964, à l’intention de son ami Beaulaton et d’éventuels lecteurs plus ou moins bien intentionnés, la fiction de l’existence de Bermont.

Nous conservons l’introduction de Révision qui pourra aussi être révisée…

Révision, n°7, Septembre 1989, pages 11 et 12

« Lettre inédite de Paul Rassinier

Nous avons un instant hésité à publier cette lettre. Rassinier l’a rédigée trois ans avant sa mort. Adressée à Raymond Beaulaton, son ami de l’Association ouvrière anarchiste (AOA), elle présente certes l’intérêt de nous éclairer sur la conception des choses de son auteur, sur sa vie de révisionniste et sur les procédés employés par les Etats et leurs gouvernants qui n’ont eu de cesse de le combattre, mais cette lettre est celle d’un homme déçu. Car, après s’être cru sur le point de gagner, épaulé par les deux principales sociétés d’histoire des Etats-Unis, il dut se résoudre à perdre une bataille.

Aussi le ton de cette lettre s’en ressent-il. Aux coups bas donnés par les Etats s’ajoutaient alors ceux de Maçons anarchistes, ces rase-bitume secondant la LICA de Bernard Lecache dans sa sinistre besogne. D’où le style de cette lettre écrite dans un moment d’exaspération, prenant parfois l’allure de notes dans lesquelles Rassinier insiste tout particulièrement sur la dénonciation dont il a fait l’objet par Laisant. Ce qui se comprend facilement quand on sait que cette correspondance est celle d’un socialiste libertaire s’adressant à un anarchiste, auquel il raconte la dénonciation policière dont il a fait l’objet de la part d’un prétendu anarchiste (voy. N°2 de Révision, p.11).

Mais là peut-être aussi est l’intérêt de cet écrit. Face à une adversité omniprésente et multiforme, Paul Rassinier ne fait qu’arguer de sa bonne foi, à travers laquelle transparaît son éducation chrétienne – par exemple quand il dénonce dans ses livres la loi du Talion pour lui préférer le pardon -, mais il continue le combat en sa qualité d’historien. C’est d’ailleurs cette formation qui l’amène à formuler de temps à autre des propos profonds : sur les révisionnismes comparés de la première et de la deuxième guerre mondiales, sur l’évolution du prétendu clivage droite/gauche au cours du 20e siècle, ou bien sur l’aubaine qu’ont représentée les chambres à gaz pour le bolchévisme.

Voilà pourquoi c’est avec une joie indicible que nous publions cette lettre inédite qui nous a été communiquée par Raymond Beaulaton. Ce faisant, nous voulons embrasser le parti de l’histoire contre la politique des Etats et fouler aux pieds la médiocrité et la mesquinerie.

Le 15 novembre 1964
Asnière, Seine

Mon cher Beaulaton,

Voici ce qui s’est passé :

1, mon métier étant l’histoire et, à mon retour de déportation, mon état de santé ne m’ayant pas permis de reprendre mon poste, dégoûté de l’action militante par le pourrissement de tous les milieux politiques, j’avais fini par décider de ne plus m’occuper que de « Pacifisme », de me consacrer à la recherche d’une Europe en fonction des données de l’histoire et de ne plus exprimer mes convictions politiques de socialiste libertaire qu’à l’occasion ;

2, rentrant de déportation, mes recherches historiques devaient fatalement prendre le départ dans l’expérience que je venais de vivre au titre de témoin et, d’autant plus fatalement que le Procès de Nuremberg monté dans le but de mettre l’Allemagne au ban des nations avait mis la déportation au premier plan de l’acutalité : très tôt je m’aperçus qu’inscrits dans la foulée de Nuremberg, l’ensemble des déportés rescapés (dans leur grande majorité communistes) servaient d’arguments aux politiciens pour ressuciter, en Europe et entre l’Allemagne et les autres nations, une sorte de nouvelle querelle des Armagnacs et des Bourguignons, le mensonge étant élevé au rang des Beaux-Arts ;

3, je commançai donc à raconter le phénomène concentrationnaire tel que je l’avais vu : le Mensonge d’Ulysse. Puis, placé devant le fait que tous les belligérants comptaient dans leurs rangs une proportion à peu près égale de ce qui s’appelle des « Criminels de guerre » je me mis à étudier cette notion juridique toute nouvelle chez tous les belligérants : Le Procès Eichmann… Dans ce secteur, en près de vingt années d’études et de recherches, j’ai réussi à me classer, parmi les historiens, comme « spécialiste du crime de guerre » dans l’histoire contemporaine ;

4, à l’époque des débuts du Procès de Francfort deux très importantes sociétés d’histoire des Etats-Unis – les deux plus importantes – m’ont demandé s’il m’était possible d’en suivre sur place le déroulement de telle sorte que j’en parle, désormais, d’après le contact direct que l’occasion m’était fournie de prendre avec les documents de l’accusation et de la défense. J’ai accepté. Malheureusement, cette sorte de notoriété que j’avais acquise aux yeux des historiens, je l’avais aussi acquise aux yeux du gouvernement allemand qui est un compromis permanent entre les exigences de Moscou, celles de Washington et celles du mouvement sioniste international, lequels la trouvaient dangereuse pour leur politique commune d’écartèlement de l’opinion européenne et de mise sous tutelle de l’Allemagne : le gouvernement allemand fut donc sommé de m’empêcher d’entrer en contact direct avec les sources documentaires ;

5, Muni de toutes les autorisations nécessaires, passeports, coupe-file, etc. du gouvernement allemand, je me suis présenté à la frontière le 18 décembre 1963 : la police m’y attendait, je fus refoulé. Ce fut un scandale dans le monde entier : sommé de s’expliquer dans toutes les agences de presse en résidence à Bonn et ne pouvant donner le véritable motif de son attitude, le gouvernement allemand déclara que j’étais « un membre de l’internationale néo-nazie » (19 décembre) puis sur ma protestation par télégramme que « les thèses historiques que je défendais étaient celles des néo-nazis » (20 décembre). Sur quoi, Bernard Lecache écrivit dans le Droit de vivre et J.-J. Servan-Schreiber dans l’Express que j’étais « un agent de l’internationale nazie ». Les autres journaux, sauf Libération, furent corrects. Je ne pouvais laisser passer cela. J’envoyai des rectifications : L’Express envoya celle qui lui était adressée, Libération n’était juridiquement pas tenu d’insérer, mais Lecache, qui y était tenu, refusa. Pour me défendre devant l’opinion publique, il ne me restait plus, quoique ce moyen me répugnât, qu’à assigner Bernard Lecache devant le Tribunal compétent. Ce que j’ai fait. L’individu excipa sa « bonne foi » et le Tribunal décida que « bien qu’il n’eût pas rapporté la preuve de ses accusations, sa bonne foi étant établie », il serait purement et simplement relaxé. J’ai donc été débouté… d’une manière assez inattendue. Il me suffit cependant que le Tribunal ait dit qu’il n’avait « pas apporté la preuve », ce que tous les journaux se sont bien gardés de dire ;

6, tu penses bien qu’à partir du 20 décembre tous les journaux me sont venus interviewer : j’en ai reçu au moins deux cent qui voulaient être renseignés sur mes thèses (la plupart, d’ailleurs, n’ont pas publié). Le problème qui se posait à moi était le suivant : disais-je ne répondre qu’aux journaux qui représentaient mes opinions politiques ? Dans ce cas, il est évident que je n’aurais dû répondre à aucun. Comme il ne s’agissait pas de politique mais d’histoire, j’ai donc répondu à tous sans distinction, à ceux de droite comme à ceux de gauche, à Rivarol comme aux autres…

7, Il se trouve qu’au lendemain de la première guerre mondiale, les thèses sur la guerre et les criminels de guerre que je définis aujourd’hui étaient celles de la gauche et de l’extrême gauche. En 1964, elles sont celles de la droite et de l’extrême-droite, les circonstances ayant voulu que : plus on est à gauche (dans l’ancienne terminologie qui ne signifie d’ailleurs plus rien) plus on est belliciste (la guerre de 1939-45 a été déclarée par un gouvernement de gauche) et plus on est hostile à la réconciliation franco-allemande, pierre angulaire de l’Europe tant redoutée par le bolchévisme.
Il se trouve aussi, en fonction de ce qui précède, que Rivarol s’est déclaré intéressé par mes thèses et est revenu à la charge : le journaliste qu’il avait chargé de suivre le Procès de Francfort a fait tous ses articles sur une documentation dans le même sens, en a tiré les mêmes conclusions que j’en aurai tiré si j’avais eu à traiter de ce procès dans un journal anarchiste ou pacifiste ;

8, dans toutes les salles de rédactions parisiennes, on a pensé qu’une documentation aussi précise ne pouvait venir que de moi et dans celle de la rue Ternaux qui ne me porte pas dans son sein depuis qu’en 1961, je l’ai quittée en claquant la porte en raison de certaines suspicions qui étaient nées en moi à l’endroit d’un certain Laisant, on a eu la même idée : il suffisait de me poser la question et j’aurais répondu comme je te réponds à toi. Le dénommé Laisant a voulu procéder par un coup de théâtre : se faisant passer pour un imprimeur, il a écrit à l’auteur des articles de Rivarol une lettre lui proposant de les éditer en brochure et celui-ci, pensant honnêtement qu’il ne devait pas être le seul à percevoir des droits étant donnée l’aide que je lui avais apportée, m’a demandé de répondre moi-même. J’ai répondu de s’adresser à Rivarol, sans le nom des auteurs des articles, un collaborateur de Rivarol, etc. Le jour du procès, la lettre se trouvait entre les mains de l’avocat de Lecache, lequel au moyen d’une expertise d’écriture tenta – le Tribunal n’a pas retenu la démonstration – de démontrer que j’étais l’auteur des articles, un collaborateur de Rivarol, etc. En pleine audience, Laisant se vanta lui-même d’avoir remis cette lettre ;

9, il y a mieux : l’auteur des articles de Rivarol, pour une raison que j’ignore, est poursuivi en justice et une instruction est ouverte contre lui : le juge d’instruction possède la lettre ! Je le sais parce que j’ai été mis en cause chez les pacifistes et que, pour savoir exactement de quoi il en retournait, je suis allé le demander à Rivarol. Le problème est donc le suivant : le Directeur de Rivarol, qui est un homme d’extrême-droite, refuse de livrer à la justice son journaliste qui écrivait sous un pseudonyme – un condamné de la Libération, sic ! Et un anarchiste se fait l’auxiliaire d’un juge d’instruction !!… Un commissaire de police est actuellement en train d’enquêter pour identifier l’auteur de l’article et son argument essentiel lui a été fourni par Laisant !! de son propre aveu !!…

Je n’ai pas besoin de te dire que, si j’étais mis en cause dans cette enquête, n’étant pas Laisant, je me conduirais correctement et, pas plus que le Directeur de Rivarol, je ne livrerais l’auteur poursuivi à la police.

Voilà, mon cher Beaulaton, toute l’histoire. J’ai tenu à te la raconter dans tous les détails de ses fondements doctrinaux et historiques à ses aboutissements… policiers ! Excuse-moi si cette lecture te paraissait un peu longue.

Tu peux utiliser cette lettre à ta convenance. En le faisant, toutefois, si son contenu était rendu public, de telle sorte qu’un homme aux prises avec la justice y paraisse « dénoncé ». A mon sens, dans ce cas, il faudrait remplacer tous les noms sauf le mien, de journal ou d’individu par des X et des Y. Attention, qu’on ne puisse pas nous accuser, à notre tour, d’être des auxiliaires de la police. Préviens de ceci le camarade italien, si tu lui envoies ce texte.

Bien cordialement.

Paul Rassinier

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