Un anarchiste… résistant! Jusqu’au bout.

Lettre de Beaulaton à Yves Chanier (petit-fils d’une membre du réseau CND Castille et auteur d’un mémoire de DEA sur ce réseau)

Le 09 avril 1994

Cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre du 27/03 et, avant toute chose veuillez trouver ci-joint :

1, l’extrait du livre de Madame Launay du Centre Généalogique Maine-Perche.

2, l’interview que j’avais accordé à un journaliste en Sept. 92.

Ces deux textes vous donnerons déjà quelques renseignements.

Je n’ai pas connu Simone TRUFFIT, mais sa photo figure sur le LIVRE D’OR du Réseau CND Castille. Il y avait environ 4,500 membres au réseau, c’était certainement peu relativement à la population, mais il est évident que nous ne pouvions pas tous nous connaître.

Pour en revenir à vos questions, mon entrée au réseau CND Castille s’est faite un peu de façon inopinée, j’assurais déjà de nombreuses liaisons lorsqu’au courant de l’été 1942, Paul SEGRETAIN nous contacta mon frère et moi.

Mes fonctions dans le réseau étaient surtout des liaisons que j’assurais avec d’autres groupes, en particulier avec Libération-Nord et le Front National. Le travail était varié : fabrication de faux papiers, cacher et faire passer en zone sud des camarades recherchés, réception de parachutages, sabotage, etc…

Personnellement je n’ai jamais accepté d’être dans un groupe structuré, ce qui était d’une plus grande sécurité, mon activité s’imbriquant avec d’autres groupes de résistance.

Des anecdotes sur le réseau furent, je crois, suffisamment évoquées par de nombreux livres de REMY que les exploits presque légendaires situaient indiscutablement dans le peloton de tête de la Résistance.

Je l’ai dit très souvent, mes motivations de participer à la Résistance dès juillet 1940, c’était pour permettre à la liberté d’expression, conquise en 1881, de retrouver sa vraie place. Ma devise fut toujours et reste celle de Voltaire lorsqu’il disait : « JE DESAPROUVE CE QUE VOUS DITES, MAIS JE DEFENDRAI JUSQU’A LA MORT VOTRE DROIT A LE DIRE. » et j’étais loin de me douter de l’usage qui serait fait de notre combat.

Déjà en 1950, le Colonel Rémy tira la sonnette d’alarme pour essayer de mettre fin aux tristes vengeances de certains individus rejoignant en ce sens mon ami Paul Rassinier (auteur du livre Le Mensonge d’Ulysse) un des fondateurs de Libération-Nord qui fut déporté à Buchenwald et à Dora, mort en 1969 [sic], et qui osa dire : « Le bourgeois et le petit-bourgeois dont l’existence est garantie par celle des prisons, ne sont contre qu’à partir du moment où on les y fourre. Il en était de même de tous ces MM. Classe moyenne qui sont revenus des camps allemands la haine sur les lèvres ou au bout de la plume et qui n’étaient contre les camps que parce qu’on les y avait mis. La preuve, c’est qu’à peine rentrés, ils ont demandé (et obtenu) qu’on y mit les autres ! Ces gens-là ne m’intéressent pas. »

Aujourd’hui, ils n’ont pas hésité avec les lois Pleven (1er juillet 1972) et Gayssot (13 juillet 1990) à imposer une idéologie officielle de plus en plus étroite et contraignante.

Le totalitarisme a passé sur le corps de la résistance, l’ombre de la francisque trône à l’Elysée. Aujourd’hui il faut subir la loi du mensonge triomphant qui passe et que dénonçait Jaurès.

Nous aurions pu croire, à la « libération !» que les libertés TOUTES les libertés renaîtraient rapidement, c’était mal connaître certains individus qui reprirent vite leurs bonnes habitudes d’exploitation éhontée de l’humanité.

La guerre a continué partout et gagne toujours plus de terrain. Lorsque sur le livre d’or du réseau j’écrivais comme dédicace à Rémy : « Au colonel Renault dit Rémy, en souvenir d’un agent de liaison. Avec l’espoir que notre lutte commune aura été un pas vers la paix éternelle. » Je me faisais de drôles d’illusions.

Les médias ressassent actuellement des tas de romans sur la résistance et sur l’occupation. On voudrait culpabiliser tout le monde comme responsable d’une catégorie de victimes mais pour Hébron, c’est déjà l’amnistie et l’oubli…

Il n’y a en moi aucune irritabilité, j’ai 72 ans et je vois les choses avec circonspection. Des gens qui exploitent aujourd’hui leur martyr (comme s’ils furent les seuls) pour imposer leur histoire et leur autoritarisme financier ne peuvent en aucun cas mériter les éloges du pourquoi nous avons combattu dans la résistance.

Lorsque votre grand-mère Simone TRUFFIT écrivait dans sa dédicace à Rémy : « A notre chef qui sait si bien faire revivre l’admirable esprit de la clandestinité. », elle avait certainement bien compris le véritable esprit de la résistance que, malheureusement, beaucoup de ceux qui prétendent le perpétuer ont abandonné depuis longtemps et en particulier ceux qui désavouèrent Rémy en 1950.

Excusez-moi de la longueur de ma lettre et aussi des fautes d’orthographe et de frappe. Dans le monde où nous vivons la Résistance est un acte de vie c’est pourquoi elle est et sera perpétuelle.

Je ne serai pas à l’Assemblée Générale des 10 et 11 mai, mon état de santé ne me le permet pas et d’autre part je n’ai jamais eu le goût des manifestations.

A votre disposition pour d’autres renseignements,

Cordialement,

[Signé illisible]

Pièce jointe en + des 1 et 2 – Photocopie de la dernière lettre que m’a adressé Rémy.

http://www.cnd-castille.org/index.php/annuaire/item/1579-beaulatonraymondjean

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Sur l’A.O.A. :

http://raforum.info/dissertations/spip.php?article27

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