Rassinier résistant (1)

Dans la ‘Déclaration d’intention’ précédant son étude sur « Les responsables de la Seconde Guerre Mondiale » publiée en 1967, Rassinier se rendra coupable d’une phrase qu’on n’a pas fini de lui reprocher :

« L’auteur de cet ouvrage a été un résistant de la première heure. Avec Georges Bidault et deux autres grands honnêtes hommes, le regretté Henri Ribière qui fut Secrétaire de l’Office national des Anciens Combattants et l’humble, mais courageux et trop oublié commandant Lierre, il fut un des fondateurs du Mouvement Libération-Nord. »

Notons que :

1) Georges Bidault était vivant à cette date et aurait eu tout le temps de démentir cette affirmation.

2) L’identité du Commandant Lierre ou Lière ne semble toujours pas parfaitement connue à ce jour, mais son importance dans l’organisation des activités clandestines avérée.

Voici donc quelques premiers éléments sur le troisième personnage cité par Rassinier : Henri Ribière.

Nous aurons l’occasion d’évoquer bien d’autres noms de personnages en lien à la fois avec Rassinier et les réseaux de Résistance, et dont on ne peut supposer – les polémiques ayant fait rage dès la publication du Mensonge d’Ulysse – sans mauvaise foi qu’ils seraient à l’époque ou par la suite demeurés silencieux devant des prétentions infondées.

Ah!, Verdier a lu Fresco avant d’écrire ses Mémoires… et ne semble pas s’en être remis.

Robert Verdier, Mémoires, l’Harmattan éditeur, pp. 68 et 69.

« Nous avions divisé la zone Nord en plusieurs secteurs, placés chacun sous la responsabilité de deux personnes, agissant constamment ensemble, également informés sur nos correspondants départementaux. C’était une précaution pour le cas où l’une des deux serait arrêtée ou contrainte à l’interruption de son activité. Ainsi serait ménagé une chance de maintien des liaisons établies au prix de tant d’efforts et de danger. Je fus chargé de tout un secteur limité par le triangle Paris-Charleville-Belfort, en tandem avec Jean Biondi, maire de Creil, député de l’Oise, un des « quatre-vingts » de Vichy.

J’étais bien tombé. Jean Biondi était un excellent compagnon, gai, doué d’humour, volontiers conteur d’anecdotes. Au cours de nos voyages, il me parla avec chaleur de son travail à la mairie de Creil. J’eus l’impression que sa fonction de maire lui avait apporté plus de satisfactions que son activité de parlementaire. Je ferai ultérieurement la même constatation lors d’entretiens avec d’autres députés-maires.

Nous avons commencé nos tournées dès l’automne. C’est ainsi que nous sommes entrés en contact dès les premier jours de novembre 1943 avec un étrange personnage à Belfort : Paul Rassinier.

Jusque-là, nous n’avions aucun correspondant dans cette ville. Qui nous l’avait désigné ? Je ne m’en souviens plus. Probablement Henri Ribière. Cette caution nous suffisait. NI Jean Biondi, ni moi ne connaissions son passé. Nous savions seulement qu’à la veille de la guerre, il avait été membre du parti socialiste. Il avait appartenu à la tendance « gauche révolutionnaire ». Avait-il suivi ceux qui avaient formé avec Marceau-Pivert un nouveau parti après l’exclusion prononcée par le congrès de Royan en 1938 ? Peu nous importait : nous avions déjà constaté que, si quelques « pivertistes » avaient poussé leur refus de toute guerre jusqu’à la collaboration, d’autre, beaucoup plus nombreux, s’étaient engagés dans la résistance où ils retrouvaient d’anciens camarades, autrefois qualifiés de réformistes, donc jugés par eux incapables de s’engager dans une activité illégale. Paul Rassinier n’hésita pas à être notre correspondant pour le territoire de Belfort.

Il fut arrêté peu de temps après notre passage. Nous n’avons jamais réussi à reconstituer la séquence d’événements qui aboutit à cette arrestation. Paul Rassinier fut torturé et déporté au camp de Buchenwald. Après sa libération, nous l’avons accueilli avec les sentiments de reconnaissance que nous éprouvions pour tous ceux de nos camarades qui avaient subi ces terribles épreuves.

Comment est-il devenu assez rapidement un des premiers « négationnistes » ? Le cas est si étrange qu’une historienne, Nadine Fresco, lui a consacré une volumineuse étude. Je crois qu’il a été mu par un sentiment d’amertume. Il a sans doute été frustré de se voir ravir, lui qui avait si cruellement souffert, le rôle de leader de la gauche à Belfort par son vieux rival, Pierre Dreyfus-Schmidt. En devenant « négationniste », il était cette fois assuré du succès dans tout un secteur de l’opinion : quelle aubaine en effet pour les collaborateurs et antisémites impénitents de recevoir le renfort d’un ancien militant de l’extrême gauche déporté par les nazis qui niait l’existence des fours crématoires et l’anéantissement programmé des Juifs ! »

Mais qui est donc cet Henri Ribière qui recommande Rassinier à Verdier, alors ‘modeste militant’ ?

Persée, Juillet-décembre 1998, 10.

« Entretien avec Robert Verdier: Daniel Mayer; secrétaire du Parti socialiste clandestin, à travers le regard d’un autre résistant »

« Nous avons donc assez vite participé à la reconstruction de l’ensemble de la zone Nord. J’insiste sur le rôle capital d’Henri Ribière, oublié aujourd’hui, dans la réorganisation de cette résistance. Henri Ribière était un militant de l’Allier, fonctionnaire de police, très modeste d’ailleurs – il a été au cabinet de Max Dormoy quand celui-ci était ministre de l’intérieur. Il venait d’une section du Sud-Est, Vitry, avait beaucoup de cheminots dans sa section et était passé maître dans l’art des passages et des communications clandestins. Et c’est par lui que nous étions informés de ce qui se passait en zone Sud. (…)

J’étais un modeste militant dont l’aire d’activité ne dépassait guère les cadres de sa section de base, et je ne pensais pas du tout devenir un « pro » de la politique. Je ne l’avais jamais rencontré [Daniel Mayer]. Je le connaissais de nom parce qu’il était rédacteur au Populaire, parce qu’il militait beaucoup à la fédération de la Seine, et je lisais, ici ou là, des interventions qu’il avait pu faire dans tel ou tel congrès. Nous entendions tous parler de son rôle, en zone Sud, par Ribière notamment. »

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