Scission dans l’U.P.F.

[Note du transcripteur amateur : N’ayant ni le temps, ni le loisir de nous procurer une autre copie pour transcrire ce texte, nous le livrons tel que nous avons pu le déchiffrer. Les lignes manquantes (peu nombreuses) sont marquées entre crochets. Les mots en bordures de page, parfois fragmentaires et reconstitués n’ont pas été signalés quand le contexte immédiat garantissait l’interprétation. Les érudits et autres chercheurs patentés, spécialistes de ces mouvements, qui n’ont pas publié ces archives depuis près d’un demi-siècle, s’en prendront à leur propre incurie.

Emile et Valentine Bauchet réintègreront l’Union des Pacifistes de France peu après la mort de Rassinier…]

SCISSION AU SEIN DE l’U.P.F.

Ses principaux fondateurs, Émile et Valentine Bauchet, « La Voie de la Paix » et le COMITÉ NATIONAL DE RÉSISTANCE A LA GUERRE ET A L’OPPRESSION, se retirent de l’organisation.

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L’entêtement de Jean Gauchon, Secrétaire général de l’U.P.F. à vouloir donner à des incidents mineurs une importance démesurée, est à la base de la scission.
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Le 30 janvier 1966, le secrétariat de l’U.P.F. s’est réuni à Boulogne-sur-Seine. Il avait à son ordre du jour l’examen de la situation résultant de la démission du Secrétariat d’Émile et de Valentine Bauchet.
Entre autres décisions il prit celle de convoquer un Congrès national, le 27 mars à Vincennes. Ce Congrès vient d’avoir lieu. L’ordre du jour en était le suivant :

1°) Rapport d’activité et perspectives d’avenir (Robert Jospin).

2°) Rapport moral et situation actuelle de l’U.P.F. (Jean Gauchon).

3°) Nomination des responsables.

4°)Les actions concrètes à mener.

5°) Questions diverses.

Relisez cet ordre du jour attentivement. Vous remarquerez que pas un seul mot n’indique qu’il y sera question de la création d’un organe pour remplacer « La Voie de la Paix ».

C’est pourtant de cela que le Secrétariat et le Conseil d’administration demanderont au Congrès de discuter l’après-midi, pendant trois heures sur quatre, à des adhérents non prévenus et à des personnes ne faisant pas partie de l’U.P.F., auxquels ils accordèrent la permission de participer aux débats et de prendre part aux votes.

Faire débattre un Congrès sur une question aussi importante sans qu’elle figure à l’ordre du jour, c’est-à-dire sans que, préalablement, les membres puissent l’étudier et en discuter entre eux avant de venir au Congrès, ou de s’y faire représenter en mandatant d’une façon régulière et précise leurs délégués, c’est avoir une singulière conception de la démocratie. C’est trahir les principes fondamentaux d’une organisation qui conteste au pouvoir politique le droit de jeter les peuples dans la guerre sans les consulter.

Cette tentative de faire avaliser une décision importante par un Congrès non informé et non prévenu, sans qu’il ait eu connaissance des éléments de la cause, indique assez clairement la manœuvre imaginée par le Secrétaire Général et les membres du Secrétariat qui le suivent pour essayer de faire retomber sur nous les responsabilités des désaccords survenus au sein de l’U.P.F. depuis 1964.

Nous sommes las des manœuvres et des intrigues, las des polémiques personnelles. Elles ne peuvent que réjouir les forces policières qui, dans l’ombre, s’efforcent, comme le leur commande le pouvoir politique, de briser l’action pacifiste.

Estimant avoir déjà perdu trop de temps à débattre verbalement et par écrit d’un conflit, mineur à l’origine, et qui, sans la rancune inassouvie du Secrétaire général à l’égard de Rassinier, devait être considérée comme terminée depuis la réunion du Conseil d’Administration de novembre 1964, nous avons décidé de continuer notre action pour la paix hors de l’U.P.F., loin de ces querelles pernicieuses, en nous retirant avec La Voie de la Paix et le C.N.R.G.O, d’une Union dont personne ne peut contester que nous avons été un des principaux animateurs.

C’est avec regret que nous prenons cette pénible décision et, en adressant notre salut fraternel à chacun des membres de l’U.P.F., nous les prions de trouver dans les lignes qui suivent les principaux éléments de fait qui nous ont opposés et qui sont cause de cette rupture. Nous n’y reviendrons plus.

Ils pourront ainsi porter, à la lumière des faits, un jugement sur notre comportement.

Émile et Valentine Bauchet

Cette feuille n’est adressée qu’aux adhérents de l’U.P.F. Elle a été rédigée spécialement pour leur information, en raison d’un débat qui eut lieu au Congrès du 27 mars sur une question ne figurant pas à l’ordre du jour.

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C.C.P. Rouen 1277-90
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BREF HISTORIQUE
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L’union des pacifistes de France fut réalisée en février 1961. Depuis dix ans, la Voie de la Paix et le C.N.R.G.O. travaillaient inlassablement à réunir les pacifistes intégraux, disséminés ici et là, dans une seule et même organisation.

L’esprit qui présidait à cette unification était que, sur la base du pacifisme intégral rejetant toute guerre et tout armement, les hommes et les femmes venant des milieux les plus divers, à quelque parti ou organisation qu’ils appartiennent, devaient pouvoir agir ensemble pour la paix inconditionnelle, en appliquant des règles de tolérance mutuelle et en s’abstenant de mettre l’accent sur ce qui pourrait, par ailleurs, les diviser.

C’est dans cet esprit que nous avons créé l’U.P.F. avec, à la base, la Voie de la Paix et le C.N.R.G.O.

[…] mière des deux principales raisons fut que l’U.P.F au départ, n’avait pas les moyens financiers pour assurer les charges de sa parution ; la seconde, que, faute d’expérience, elle n’avait pas la compétence et qu’il fallait un certain temps d’apprentissage à une équipe collective pour l’acquérir. Ces deux raisons furent à l’origine du maintien du statu-quo qui a fait que, légalement, Emile et Valentine Bauchet sont restés seuls propriétaires de leur journal, continuant à en assumer toutes les charges. A aucun moment l’U.P.F. ne s’est substituée à eux pour couvrir les déficits. Cela n’empêcha pas que, de 1961 à 1965, Voie de la Paix soit entièrement à la disposition de l’U.P.F. à titre entièrement gratuit, les cotisations des adhérents n’ayant jamais été affectées aux dépenses du journal.

Puis deux désaccords survinrent […]

Quels furent ces désaccords ?

Le premier, a son point de départ au début de l’année 1962.

Gauchon et Rassinier, que nous avions fait venir à l’imprimerie pour les mettre au courant de la confection du journal afin qu’ils puissent éventuellement nous remplacer, eurent une querelle. Querelle qui ne portait que sur des mots, vétille vraiment sans importance (nous en appelons aux camarades présents qui en furent les témoins). Bien qu’il n’y eût pas de quoi fouetter un chat, les mots échangés entre les deux hommes furent très durs et sont à la base du ressentiment qui les maintint séparés par la suite, malgré tous nos efforts conciliateurs.

Cela traîna jusqu’en 1964, année au cours de laquelle Rassinier fut mis en cause par les résistantialistes. Nous n’avons pas à nous appesantir ici sur les positions respectives qui furent prises par les uns et par les autres. Pour notre part nous avons une opinion qui diffère quelque peu de celle qui fut maintes fois exprimée par Gauchon. Mais, en raison du comportement de Rassinier, et aussi sous l’influence des attaques dont il était l’objet, certains camarades le jugeant désormais indésirable, tant à l’U.P.F. qu’à la Voie de la Paix, exercèrent sur moi diverses pressions, en ma qualité de directeur du journal, pour que je refuse d’insérer ses articles. Je répondis que l’U.P.F. l’ayant régulièrement mandaté lors de son dernier Congrès, comme membre du secrétariat et rédacteur à la Voie de la Paix, se devait d’abord d’examiner son cas et de prendre une décision à son égard. J’obtins assez difficilement que cette question soit inscrite à l’ordre du jour de la réunion du Conseil d’administration de novembre 1964. Là, Rassinier ayant donné sa démission huit jours avant cette réunion, le Conseil, à l’unanimité, l’accepta. N’étant plus membre de l’U.P.F. et ne collaborant plus au journal, l’affaire, au moins du point de vue interne, était considérée par tous comme close, et, à la demande du Secrétariat nous reprîmes notre démission, que nous avions donné pour protester contre les pressions qui s’étaient exercées pour l’éviction dans des conditions irrégulières, de Rassinier. Cependant, Valentine Bauchet qui, à propos de cet incident avait senti l’intrigue, fit une déclaration réservant sa part quant au don du journal.

Deuxième désaccord

Tout se passa bien néanmoins jusqu’en novembre 1965. On n’avait plus parlé de Rassinier, et il ne collaborait plus au journal. J’ignorais que le chroniqueur habituel de la rubrique des livres à la Voie de la Paix avait eu un jour un scrupule à propos d’un livre de Rassinier qui lui avait été adressé par l’éditeur. Il se demanda s’il devait en rendre compte, en raison des incidents passés à son sujet, au sein de l’U.P.F. Il prit donc l’avis de Gauchon qui lui répondit : « Il ne faut pas rendre compte de l’ouvrage, même pas le mentionner ». De cet échange de courrier je ne fus pas informé.

Quand parut « l’Opération Vicaire », et après l’avoir lu, j’ai publié, en novembre, dans la Voie de la Paix, un court compte-rendu (Annexe I, voir au verso). Ai-je mal fait ? Me suis-je trompé ? Sur le principe, je ne crois pas. En fait, compte tenu des répercussions provoquées par le branle-bas sonné par Gauchon depuis, et qui est à l’origine, par l’extension qu’il lui a volontairement donnée, de la scission survenant maintenant, j’aurais mieux fait de m’abstenir.

Ce compte-rendu me valut une lettre de Gauchon, datée du 18 novembre 1965 (Annexe II). Nous étions à ce moment occupés du matin au soir, en plein travail d’envoi de tracts et de brochures dans 15.000 communes de France, campagne Démocratie Directe, décidée par le Congrès, à faire au cours des élections présidentielles. Je répondis le 21-11-1965 (Annexe III) et, le 25-11, Gauchon, toujours « intarissable » sur cette question où sa rancune y trouve son compte [sic], m’adressa une nouvelle lettre de trois pages dactylographiées. Ayant mieux à faire que de passer mon temps à noircir du papier en polémiques stériles, je coupai court et ne répondis plus, espérant qu’il allait réfléchir et se calmer.

Las ! Le 29-11, nouvelle lettre, à laquelle était jointe un projet de texte intitulé :  « Quelques précisions », qui m’était soumis pour accord sur les termes, ainsi qu’à tous les autres […] de sa note, de la majorité des membres du Secrétariat, et me demandant de la publier dans le numéro de décembre de la Voie de la Paix.

Nous prîmes alors, Valentine et moi, nos responsabilités et décidâmes de publier la note dans un supplément à La Voie de la Paix qui ne serait adressé qu’aux seuls membres de l’U.P.F., les différends internes ne regardant pas les abonnés ordinaires. Puis un article fut rédigé, que nous nous proposions de publier en même temps, en décembre, ayant pour titre : « Anniversaire, rupture et nouveau départ ». On trouvera le début de cet article (Annexe VI) la conclusion étant contenue dans ce récit, c’est-à-dire indiquant que nous rompions avec l’U.P.F. et en donnant les raisons. Mais, du fait d’un retard imprévu dans l’arrivée d’un article de Challaye, la sortie du journal fut différée de huit jours et nous mîmes ce délai à profit pour essayer, avant l’irréparable, de faire comprendre au président d’honneur et à Gauchon, responsables au plus haut degré, qu’ils pouvaient encore changer d’avis et renoncer à la publication de la note « Quelques précisions ». Une lettre leur fut adressée le 12/12/65 (Annexe VII). Challaye nous répondit le premier par une lettre datée 14/&é :

« … Je ne me doutais pas que cette note pourrait entraîner la longue réponse de Bauchet qu’il me paraît avoir le droit de nous adresser sous le titre : ANNIVERSAIRE, RUPTURE ET NOUVEAU DÉPART. Il me paraît avoir le droit de nous proposer aussi ce choix :

Ou vous maintenez la décision de faire paraître la note, et nous maintenons la nôtre ;

Ou vous revenez sur cette décision et nous revenons sur la nôtre.

« Dans ces conditions, je suis d’avis que nous abandonnions la publication de Précisions et que vous abandonniez la publication de votre réponse. Rien de ce débat n’apparaîtra dès lors à nos lecteurs. Le journal continuera comme auparavant.

« Je vais recopier ma réponse à vous pour l’adresser à Gauchon comme étant le résultat de ma libre décision ».

Et Gauchon me répondit le 16 :

« Je renonce formellement à la publication de mon texte. »

Comme on le voit par ce qui précède, la décision finale de ne pas publier la note de Gauchon a été prise par les trois principaux responsables.
Nous étions en droit de penser que l’incident était clos ou, en tout cas, en bonne voie d’arrangement et le numéro de décembre parut sans rien laisser transpirer au dehors de nos désaccords internes à propos de ce malheureux compte rendu. C’était compter sans Gauchon qui, obstiné à transformer une souris en montagne, réunit le secrétariat le 30 janvier 1966 pour constater que « privée de trésorier, de secrétaire administratif et de journal, l’U.P.F. devait pourvoir d’urgence à ces carences et qu’elle ne pouvait le faire démocratiquement que par la convocation rapide d’un Congrès national ».

A cette fin, le secrétariat nous demanda, le 3 février 1966, de lui faire parvenir le fichier et les cartes d’adhérents, ainsi que les fonds disponibles. Vous avez bien lu Carence. On ne pouvait nous faire plus insolente injure. A nous qui depuis un demi siècle avons consacré moyens et loisirs à la propagande ingrate en faveur de la paix.

Carence ! Depuis novembre, date où surgit ce dernier incident, pas une seule journée de retard n’a été apportée dans les services administratifs ni dans la trésorerie. Nous mettons au défi de le prouver tout adhérent qui prétendrait le contraire.

Carence du journal ? Il faut être de mauvaise foi pour oser l’affirmer. En dépit du désordre causé par les intempestifs agissements de Gauchon, malgré son absence volontaire de collaboration habituelle et celle, beaucoup plus récente de Rageau, le journal a continué de paraître, ne refusant absolument rien, comme par le passé, à l’U.P.F. On a pu peut-être s’étonner de l’absence de collaboration de Challaye, dans les numéros de janvier février, mars, mais celle-ci n’avait absolument aucun rapport avec la volonté délibérée (carence bien volontaire celle-là) de Rageau et de Gauchon, de priver le journal de copie. J’en donne pour preuve deux extraits de lettres que Challaye m’adressa les 24 février et 19 mars 1966 : «… Pour moi, je n’ai à aucun moment été si gravement atteint. Mais je reste encore fatigué sans raison, atteint d’une […] ment » (19 mars). Et il m’adressait, en même temps, un virement postal avec ces mots :  « Au cher ami Bauchet pour sa Voie de la Paix, son vieux camarade, Félicien Challaye ».

Enfin, nous apprîmes le 11 mars que, précédant le Congrès du 27, le C.A. se réunirait ayant, cette fois à son ordre du jour la « création d’un organe de liaison et de propagande pour remplacer la Voie de la Paix reprise par Émile et Valentine Bauchet ».

Cette reprise, en ce qui me concerne, n’était pas encore à ce moment complètement décidée. L’acceptation par Challaye et Gauchon de ne pas publier la note m’avait placé dans d’assez bonnes dispositions d’esprit pour essayer d’arranger les choses. Mais je compris, par le point b) de l’ordre du jour du C.A. qu’en ce qui concernait Gauchon les dés étaient jetés et que ce qu’il voulait surtout c’était de diriger le journal. Je compris encore, qu’en dépit de la non-inscription de la création d’un journal à l’ordre du jour du Congrès, tout serait tenté par lui pour obtenir une décision par surprise en faisant débattre et voter sur une question à laquelle le Congrès n’avait pas été préparé. C’est à ce moment que je pris, d’accord avec Valentine la décision d’adresser une déclaration au Président d’Honneur et aux membres du Conseil d’administration dont on trouvera quelques extraits à l’Annexe VIII.

Je viens d’être informé après le Congrès (par Gauchon lettre du 30 mars qui écrit : « Ta proposition de louer à l’U.P.F. une ou plusieurs pages de la Voie de la Paix n’a pas été retenue ». Je renvoie le lecteur au t[] de l’extrait de l’Annexe VII, il [] que le terme louer n’a pas été employé par nous. Nous n’avons proposé à l’U.P.F. qu’une participation aux frais sur la base du prix de revient actuel. L’emploi de ce mot est, encore une fois, employé dans un sens péjoratif par Gauchon et je sais qu’il l’a répété plusieurs fois au Congrès. Cherchant par là à faire croire aux camarades que nous étions des « marchands de papier » comme, par son mot carence il entendait dire que nous n’accomplissions pas nos tâches. Et, plus grave encore, la même lettre contient ces quelques lignes :

« Constatant que l’U.P.F. n’a plus de journal, il a été décidé la création d’un bulletin de liaison et de propagande, étant entendu que cette solution serait suspendue si, un jour, la V.P. redevenait, en fait, la propriété de l’U.P.F.

«  En conséquence, je suis chargé de te demander si tu envisagerais une telle perspective et, dans l’affirmative, quelles seraient tes conditions et celles de Vava. Il a été entendu que, en cas d’accord, tu transféreras la totalité de l’avoir de V.P. (matériel et fonds) au camarade qui serait chargé, à ta place, de la gérance du journal et de son administration.

« Ce vote a été acquis à l’unanimité des présents (pas loin d’un cinquantaine), moins 3 (ou 4) abstentions.

J’ai fait lire cette lettre à plusieurs camarades qui ont assisté au Congrès dont Vaultier et Jospin qui y sont intervenus et étaient présents au moment du vote.

Tous protestent et affirment que le Congrès n’a pas voté cela, mais seulement « la mise en vigueur d’un bulletin de liaison provisoire contenant toutes les explications dans son numéro 1, dans l’attente de la convocation d’un Congrès, dès que possible, pour résoudre le problème ».
Nous laissons au lecteur l’appréciation de tels procédés.

CONCLUSION

Nous avons décidé de continuer le combat pour la paix. Déjà, des camarades, y compris certains qui ont assisté au Congrès, et qui sont au courant de la décision de rupture que nous venons de prendre, nous demandent de ne pas abandonner la lutte et de faire revivre si nécessaire le C.N.R.G.O.
Nous les remercions de cet élan spontané.

Tous ceux qui connaissent la difficulté d’avancer dans le chemin de la paix comprendront le réconfort que nous apportent directement ces camarades, au prix d’un long voyage.

Nous nous excusons de ces longs développements et des redites qu’ils pourront y trouver, mais nous estimons que les pacifistes qui ont été depuis des années à nos côtés avaient le droit de connaître toute la vérité. Maintenant qu’elle est dite nous n’y reviendrons plus et, d’avance, nous nous refusons à toute polémique.

Que ceux qui seraient tentés de […]

ANNEXE I

Pie XII fut accusé par le dramaturge Rolf Hochhuth dans une pièce de théâtre qui fit grand bruit, « Le Vicaire », de n’être pas intervenu pour empêcher le massacre des juifs par les nazis. Paul Rassinier, un des historiens les plus qualifiés sur cet épineux problème, intervient dans la querelle.

Dans un ouvrage extrêmement documenté, Paul Rassinier (présenté par son éditeur comme « athée et libre penseur irréductible ») campe une magistrale histoire de Pie XII, défenseur de la paix, en dépit des entrainements et des propagandes. Il montre l’extrême fragilité des documents sur lesquels s’appuie l’auteur du « Vicaire » pour instruire un procès qui, selon Rassinier, ne masque qu’une véritable opération politique anti-papiste protestante. Il retourne même l’accusation. A lire pour se faire une opinion sur un problème purement confessionnel.

ANNEXE II

Trappes, le 18 novembre 1965

Mon cher ami,

J’ai reçu hier le dernier numéro de la V.P., et je te remercie de tout cœur de me l’avoir expédié si rapidement.

Ai-je besoin de t’en faire l’éloge ? Tu t’es bien rendu compte, par toi-même, combien il était particulièrement soigné. Il fait honneur à notre organisation, et ton mérite est grand d’avoir préparé et présenté un tel numéro spécial. J’en suis vraiment très satisfait.
Pourquoi faut-il qu’il soit gâché par ce compte-rendu paru, hors la signature de Pilou, sur le dernier livre de Rassinier ? Ceci en violation des décisions de notre Conseil d’Administration de novembre 1964, où une mesure d’expulsion était acquise largement si la démission de l’intéressé n’était intervenue ?

Les précautions avaient cependant bien été prises par le Conseil d’Administration, qui avait précisé, sur ma demande, qu’une réintégration ne pourrait être valable qu’après acceptation par ledit Conseil d’Administration. Ce qui signifiait bien que nous entendions que le personnage et sa prose soient éliminés de notre journal.

Certes, nous n’avions pas prévu le cas (à vrai dire invraisemblable, du moins nous le pensions) où Rassinier n’écrivant plus dans la V.P., ce serait quelqu’un d’autre (ou lui-même anonymement) qui ferait sa publicité dans notre journal (curieusement, Fontaine, ami de Rassinier, parle également de lui dans le même numéro). Mais l’esprit de notre décision était sans équivoque.

Quant au fond du livre (que je n’ai pas lu mais dont plusieurs camarades m’ont parlé avec dégoût), ahurissant ! Le grand pacifiste Pie XII, « la plus haute et la plus noble figure du pacifisme » (sic) (par conséquent plus haut et plus noble que les Challaye, Lecoin, Sébastien Faure et Cie) n’aurait donc pas béni les armées de Franco ? Nonce apostolique à Berlin, il ne se serait pas abstenu de condamner le nazisme ? C’est étrange, comme on peut écrire l’Histoire !…

Quant aux polémiques religieuses (querelle prétendue des catholiques et des protestants) nous avions admis, et encore pas plus tard que le 7 novembre dernier, au matin, qu’elles n’avaient pas place dans notre journal.

Je ne veux rien décider pour l’instant sur mon propre comportement, préférant laisser passer quelques jours. Je t’adresserai, pour le numéro de décembre, une mise au point sur cette question. Je sortirai ainsi de la réserve que je m’étais imposé dans ce que je croyais être l’intérêt commun. Mais je m’aperçois que la modération n’est ni comprise ni payante.

Ceci sans préjudice de l’affection que, tous les deux, nous vous portons, à l’un et à l’autre.

Jean GAUCHON
ANNEXE III

21 nov. 1965

Mon cher Gauchon,

Décidément tu es allergique à tout ce qui touche Rassinier, et je ne te cacherai pas que l’esprit de ta lettre me peine.

Quoi ! un tel emportement pour un sobre compte-rendu du livre d’un homme auquel, en dépit de ses imprudentes maladresses, j’ai tout de même le droit de conserver estime et amitié. Je n’ignore pas vos différends, vos meurtrissures, vos désaccords, vos méchancetés, bref, tout ce qui vous sépare ; c’est là un lot propre aux humains, surtout quand ils s’approchent d’un peu près. Mais est-ce une raison pour que je ne vous aime pas l’un et l’autre, tels que vous êtes, avec vos qualités et vos défauts ? Je veux espérer pour nos relations futures, que tu ne me placeras pas devant un tel choix.

Ta lettre à mon égard est une accusation. J’aurais « violé les décisions du Conseil d’Administration ». Elle est, de plus, injurieuse : j’aurais permis à Rassinier d’écrire « anonymement ». […] mais laisse en paix les travailleurs d’une cause qui a besoin de tous leurs instants, de tous leurs efforts et surtout d’avoir l’esprit tranquille.

Tu m’annonces une mise au point. Fais attention ; elle peut en appeler une autre de moi et ce serait la porte ouverte à une polémique publique qui remettrait tout en question. Ce serait grave, très grave, et, en fait, contraire à l’intérêt de l’U.P.F. qui nous est aussi cher à l’un qu’à l’autre.

Réglons donc plutôt cet incident (puisque cet anodin compte-rendu « gâche », selon toi, cet excellent numéro) entre nous si c’est possible.
Nous sommes d’accord sur deux points. La décision du Conseil d’administration entérinant la démission de Rassinier signifiait :

1° qu’il n’était plus membre de l’U.P.F. et qu’il ne pourrait être réintégré sans l’avis du C.A.

2° qu’il ne collaborerait plus à la Voie de la Paix.

Ceci étant admis, il reste que Rassinier continue d’exister physiquement, comme être vivant, et intellectuellement comme auteur. A cela, nous ne pouvons rien, sauf en le tuant et en brûlant ses livres. L’histoire est pleine de choses de ce genre ; sont-ce là des exemples à suivre ?

Ses livres ? Ils sont ce qu’ils sont. Chacun a le droit de les juger différemment, de les ignorer ou de les discuter. C’est affaire de convenance personnelle. Le fait, qu’au cours des temps, certains auteurs aient pu être bien ou mal jugés par d’autres n’a jamais empêché le monde de tourner. A ma connaissance le C.A. n’a pas dit qu’il serait interdit de se référer à l’un ou l’autre de ses ouvrages, ni d’en rendre compte. Que tu en aies jugé différemment en répondant à Pilou, sans me consulter, ne peut se justifier, même par une louable intention. En l’occurrence n’as-tu pas l’impression que j’avais mon mot à dire sur la question ? Un compte-rendu de livre – Pilou l’a dit bien souvent – n’implique pas que celui qui le fait partage toutes les vues de l’auteur. Il n’a d’autre but que de signaler au lecteur ce qui paraît, d’en dire le thème et, éventuellement, ce que le critique en pense, en bien ou en mal. Ainsi informé, le lecteur cherche ou non à comprendre, et à se faire une opinion.

Compte tenu de la position de l’U.P.F. à l’égard des idéologies il faut certes se garder, même dans ces comptes-rendus, de prendre parti pour ou contre l’une ou l’autre des doctrines en présence, c’est cela que nous avons admis encore au C.A. du 7 novembre. Mais quand les protestants et les catholiques prennent des positions sur des questions se rapportant à la paix, aux responsabilités de guerre et à toutes les séquelles qui en découlent, pourquoi les pacifistes ne s’intéresseraient-ils pas au débat ? Il ne s’agit pas là de se mêler des « polémiques religieuses », puisque la doctrine des uns et des autres n’est pas en cause, mais seulement de leur comportement face à la paix et à la guerre.

Voilà mon point de vue, franchement exprimé, en ami, et je souhaite qu’il calme des appréhensions bien injustifiées.

A tous deux affectueusement, quand même et quoi qu’il arrive.
Emile BAUCHET

ANNEXE IV

QUELQUES PRÉCISIONS

Dans le dernier numéro de « La Voie de la Paix » a paru le compte-rendu d’un livre de Paul Rassinier, intitulé : « L’Opération Vicaire ». Pour les lecteurs non avertis, il me semble utile d’apporter les précisions suivantes.

Paul Rassinier, jusqu’à l’année dernière, était membre de notre U.P.F. et collaborait régulièrement à notre journal. Il faisait partie de notre Secrétariat, bien qu’il n’assistât plus à aucune réunion, depuis 1962.

Faisant l’objet d’une demande de radiation, il a démissionné de notre organisation en novembre 1964.

Il fut en effet démontré, au cours du Conseil d’Administration de l’U.P.F. du 15 novembre 1964, que Rassinier, à notre insu, et sous le pseudonyme de Bermont, collaborait à « Rivarol », journal raciste, nationaliste et belliciste, favorable aux principes fascistes, admirateur du régime de Pétain et hostile aux objecteurs de conscience. Il fut démontré en outre qu’il avait été l’envoyé spécial de « Rivarol » (toujours sous le nom de Bermont) au procès de Francfort où furent jugés d’anciens nazis.

Cette collaboration vient d’ailleurs d’être reconnue, par Rassinier lui-même dans un article récent, signé cette fois de son vrai nom, et paru dans « Rivarol » du 4 novembre 1965.

Ces faits aident à comprendre pourquoi Rassinier porte, dans les écrits concernant la pièce de théâtre « Le Vicaire » et le pape Pie XII, des jugements que l’on trouve généralement dans les feuilles de l’extrême-droite fascisante. Le moins qu’on en puisse dire est qu’ils sont contestables… et contestés. Une des activités peu connues de Pie XII pendant la dernière guerre mondiale est notamment fort bien décrite par Morvan Lebesque dans « Le Canard Enchaîné » du 24 Novembre 1965.

Ainsi prévenus, les lecteurs éventuels du livre ne risqueront pas de désagréables surprises.

Jean GAUCHON
P.S. Je ne puis, en ces quelques lignes, […]

ANNEXE V

Le 1er décembre 1965

Aux membres du Secrétariat de l’U.P.F.

Chers Amis,

Prenant prétexte d’un banal compte-rendu paru dans La Voie de la Paix de novembre, notre Secrétaire général Jean Gauchon vient de nous soumettre un texte titré : « PRECISIONS » qu’il propose de faire paraître dans La Voie de la Paix de décembre.

Je considère que ce texte rendu public risque de faire rebondir l’affaire Rassinier et je n’en veux pas prendre la responsabilité car, depuis 15 ans que je dirige le journal, je me suis toujours refusé à ce genre d’attaques.

Il avait été convenu, lors du Conseil d’administration où cette affaire a été règlée, qu’elle ne serait pas évoquée dans La Voie de la Paix, du fait que n’appartenant plus à l’U.P.F., Rassinier serait dorénavant seul responsable de ses actes et de ses écrits.

Les livres dont il est rendu compte dans le journal n’engagent évidemment que leurs auteurs, et le rôle du critique est de dire ce qu’il en pense en bien ou en mal. En publiant le court compte-rendu incriminé je n’ai fait que rester dans ce rôle, qui ne justifie pas la mise au point qui vous est soumise.

Déjà, mon ami Jean Gauchon m’avait écrit à ce propos une lettre assez longue, qui avait motivé de ma part une réponse de même dimension. Puis est venue une autre lettre de trois pages dactylographiées à laquelle, lassé de ces vaines polémiques, je n’ai pas répondu.

Nous vous informons donc, Valentine et moi, de notre décision de rester à l’écart du projet Gauchon en donnant notre démission du Secrétariat.

Agréez, Chers Amis, l’expression de nos sentiments fraternels.

Valentine et Emile BAUCHET

ANNEXE VI

Anniversaire, Rupture et Nouveau départ
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NOUS REPRENONS NOTRE LIBERTÉ
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Ce numéro qui couronne quinze années d’efforts marque à la fois, un anniversaire, une fin et une continuation.

Lorsque, ma femme et moi, nous avons lancé La Voie de la Paix, en janvier 1951, notre but était de lutter de toutes nos forces contre la guerre de Corée, qui faisait rage à ce moment, et de rassembler les pacifistes intégraux pour reprendre le combat contre toutes les guerres, qu’avec eux nous avions mené, avant 1939, au sein de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix.

Nous exercions alors la profession de maraîcher, métier pénible et d’une rémunération plutôt au-dessous de la moyenne.

Nous n’avions financièrement aucun capital disponible, mais nous étions riches de confiance, de foi dans l’effort et de volonté d’aboutir.

De cela, l’imprimeur n’avait cure. Il nous mit en garde, nous révéla que tous les journaux lancés dans le département depuis la fin de la guerre disparaissaient les uns après les autres (ce qu’une enquête, effectuée sous l’autorité du Bureau d’Etudes de l’Université de Caen, par M. Bernard Prunières, révéla exact), et exigea une avance à titre de garantie pour la sortie du premier numéro. Nous dûmes prendre sur notre budget assurant la vie courante les fonds nécessaires.

Nous n’avions plus de contact avec les pacifistes connus autrefois. Nous nous sentions seuls, terriblement seuls, et pourtant nous voulions réagir contre l’indifférence et l’esprit de démission qui s’emparaient des meilleurs.

Des questions terriblement préoccupantes se posaient à nous. Existait-il encore des pacifistes ? La grande tornade n’avait-elle pas tout balayé ? L’appel au rassemblement que nous voulions lancer serait-il entendu ? Et à qui et comment adresser cet appel ?

Nous n’avions pas de listes d’anciens abonnés aux journaux pacifistes d’avant-guerre, tels que La Patrie Humaine et Le Barrage. Seule Jeanne Humbert nous remit une liste d’environ 250 adresses d’anciens abonnés à La grande Réforme. Partir avec si peu de moyens, n’était-ce pas une gageure ?

Pleinement conscients de la situation (rappelons ici pour ceux qui l’ignorent que nous totalisons à nous deux 141 ans d’existence, dont une centaine dans la lutte pour la paix) et des difficultés innombrables ultérieures qu’il nous faudrait surmonter, nous prîmes quand même le risque. Nous fîmes part de notre projet à Félicien Challaye ; il l’approuva et nous assura qu’il nous donnerait un article aussi régulièrement que possible. Nos lecteurs savent qu’il a tenu sa promesse.

On pourra se rendre compte par la lecture du dernier compte-rendu financier paru dans La Voie de la Paix (nov. 1965) que, même après quinze ans d’existence, les recettes n’équilibrent pas encore complètement les dépenses. Ce fait aidera à comprendre le sacrifice d’argent qu’il nous a fallu faire pendant les années précédentes.

Ma femme, qui avait dû se séparer de biens pour protéger sa part de notre communauté lors des poursuites qui furent engagées contre moi avant 1939 : refus de répondre favorablement à la réquisition de mes autocars par les autorités militaires, et divers autres procès où je fus condamné à des amendes pour mon militantisme, restait néanmoins pleinement d’accord dans le combat que nous menions. Nous fûmes toujours idéalement unis et elle prit sa part du déficit permanent du journal. Ainsi, nos efforts conjugués permirent de recueillir, petit à petit, encouragements et abonnements, suivis parfois de quelques modestes dons. Ainsi les pacifistes finirent par se rassembler et constituèrent l’Union Pacifiste de France, en 1961.

Si nous donnons ces quelques renseignements sur ce que fut cette aventure – car c’en fut une ! – ce n’est pas pour nous auréoler de gloire. C’est seulement pour faire comprendre aux lecteurs de ce journal notre situation présente.

Nous aurions aimé commémorer ce quinzième anniversaire autrement que par le récit de ce qui va suivre et dans une autre ambiance.

Hélas !

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ANNEXE VII

Villers-sur-Mer, le 12 décembre 1965

A MM. Félicien Challaye et J. Gauchon

Chers Amis,

L’article de Philo m’est parvenu par l’intermédiaire de Gauchon, samedi matin. Mais l’imprimerie ne travaille pas le samedi et il ne pouvait plus être composé à temps pour ce numéro de décembre, la mise en pages devant se faire lundi afin que le journal parte le 3ème mercredi, comme d’habitude. J’ai donc décidé de retarder d’une semaine la sortie de ce numéro et j’envoie à composer.

Ce retard imprévu m’amène à tenter auprès de vous deux une ultime démarche. Il offre peut-être une chance d’empêcher que l’irrémédiable ne s’accomplisse. Cette chance, je la remets entre vos mains.

Je vous envoie copie de l’article que nous avons fait composer pour le prochain numéro, signé Emile et Valentine Bauchet. Il est la conséquence du fait, qu’en dépit de notre mise en garde contre la note Gauchon, il la maintient avec l’assentiment sur ses termes de la majorité des membres du Secrétariat, dont, préalablement nous avons décidé de ne plus faire partie.

Par les positions que nous avons respectivement prises, vous le voyez, nous sommes à un tournant grave.

Le sursis de parution d’une semaine peut encore permettre de reconsidérer la situation. D’où cette lettre.
Le problème est à voir par vous comme suit :

Ou vous maintenez la décision de faire paraître la note, et nous maintenons la nôtre ;

Ou vous revenez sur cette décision et nous revenons sur la nôtre.

Nous considérons comme nulle toute réponse ambigüe ou dilatoire à ce dilemme clairement posé.

Maintenant, le temps presse. Cette lettre que j’écris ce dimanche 1é décembre ne peut partir de Villers que demain soir, lundi ; elle doit normalement être entre vos mains au courrier de mardi matin. Vous pouvez me répondre en postant au plus tard jeudi soir, afin que j’aie votre lettre vendredi matin, au courrier. Passé cette date il sera trop tard car l’imprimerie ne travaille pas le samedi et je dois remettre la maquette à la première heure lundi pour la mise en pages. Je ne puis envisager aucun nouveau retard de parution.

Revoyez donc calmement ensemble, comme nous l’avons fait nous-mêmes, tout l’incident. J’accepterai à la rigueur que vous estimiez que j’ai commis une maladresse en publiant ces quelques lignes et que vous demandiez contre moi un vote de réprobation à l’intérieur de notre organisation, par les organismes responsables : secrétariat, conseil d’administration ou congrès. Hors de cette limite nous appliquerons la décision que nous avons prise et que vous connaissez maintenant.

Dans le désaccord qui nous oppose, tâchons d’utiliser entre nous l’esprit de cette citation du livre de Robert Guillain faite par Félicien Challaye dans son article :

« L’esthétique règle même les relations sociales. Elle commande que les désaccords ou les inimitiés ne s’expriment pas, mais demeurent cachés sous le voile fleuri d’une merveilleuse politesse. Tant qu’on a pas vécu au Japon, on ne sait pas ce que c’est que l’amabilité ».

Je n’ai pas vécu au Japon, mais je me rallie à la méthode.

C’est dans l’espoir que nous partagerons […]

ANNEXE VIII

Déclaration CONFIDENTIELLE d’Emile et Valentine BAUCHET

Aux Présidents d’honneur de l’U.P.F.

Aux membres du Conseil d’Administration

Chers Camarades,

Nous nous excusons de ne pouvoir être des vôtres à la réunion de ce matin, 27 mars, au «  Bol d’Or », étant retenus à Villers par la réouverture de notre magasin pour Pâques.

Nous vous adressons la présente déclaration en raison de ce que l’Ordre du jour du Conseil d’Administration précise en son point B) qu’il y sera question de la Voie de la Paix. Nous supposons que vous aurez à connaître et à discuter du désaccord survenu entre le Secrétariat de l’U.P.F. et la Voie de la Paix.

Voici donc, là-dessus, ce que nous avons à déclarer :

Nous croyons qu’il serait dommage pour le pacifisme intégral que se prolonge la tension qui existe depuis novembre dernier entre le Secrétaire général et nous, et qu’on ne parvienne pas à surmonter cette crise…

… Nous ne voulons absolument pas que la Voie de la Paix serve des coteries, ou des polémiques, ou des ressentiments personnels. Elle a toujours été, elle est et restera au service du pacifisme intégral. Elle a toujours été et elle est toujours à la disposition de l’U.P.F. – mais à des conditions nouvelles – pour être si celle-ci le désire, son organe d’expression officielle, par exemple par une Tribune dont les textes seraient fournis sous la responsabilité du Secrétaire général, sous réserve qu’ils ne puissent donner lieu à poursuites pénales.

Jusqu’à ce jour La Voie de la Paix a mis gracieusement ses colonnes à la disposition de l’U.P.F., qui bénéficiait ainsi d’un régime avantageux puisque toutes les charges du journal, déficit compris, étaient supportées par nous. Mais dorénavant, si l’U.P.F. désire utiliser les colonnes de la V.P. pour une Tribune officielle, elle aura à supporter une participation aux frais à raison de 125 F la page, prix de revient actuel pour un tirage de 3.000. Cette participation aux frais lui donnera droit à un nombre d’exemplaires proportionnel à la place occupée, qu’elle utilisera à son gré.

Nous ne devons rien à l’U.P.F. Nous avons mis à sa disposition le maximum de nos moyens pour qu’elle devienne ce qu’elle est. Si elle compte aujourd’hui 750 adhérents financièrement en règle et une centaine qui ne le sont pas, c’est parce que nous avons invité les membres C.N.R.G.O. à fusionner avec l’U.P.F. naissante et nos abonnés à devenir des adhérents. C’est grâce à tout cela que j’ai pu remettre au Secrétaire général, pour solde, un assez joli fond de caisse.

Les changements survenus dans les rapports entre La Voie de la Paix et l’U.P.F. sont dus au rebondissement donné à un incident banal et bénin qui aurait pu – qui aurait dû – se régler à l’amiable et sans suites fâcheuses comme je le proposais par lettre à Gauchon le 21/11/65.
L’U.P.F. peut, certes, maintenant qu’elle est assez bien charpentée et dispose de plusieurs centaines de milliers d’anciens francs liquides, marcher séparément. Mais elle peut aussi, en dépit des incidents qui ont amené la conjoncture présente, rester unie à La Voie de la Paix, et discuter à l’amiable et amicalement des conditions d’une collaboration partant des données ci-dessus exposées.

Vous le voyez, camarades, le problème qui vous est soumis est important. L’ensemble des pacifistes intégraux, groupés derrière l’U.P.F. et La Voie de la Paix comprendront mal que nous ne parvenions pas à nous entendre, nous, alors que notre but est de pacifier le monde.
Si vous ne deviez pas trouver une solution amiable au sein du C.A. et que cette importante question soit portée au Congrès de cet après-midi, nous ajouterions que les décisions d’un tel Congrès ne seraient pas valables.

En effet, il a été décidé par le Secrétariat lors de sa réunion du 30 janvier dernier, qu’il avait à son ordre du jour l’examen de la situation résultant de la démission du Secrétariat d’Emile et Valentine Bauchet. Ce Congrès est donc en fait, non un Congrès ordinaire, mais un Congrès extraordinaire ayant pour but principal de régler les suites de ces démissions.

Un Congrès national, pour des organisations qui se veulent démocratiques comme la nôtre, représente l’instance suprême. Devant ses décisions, prises à la majorité ou à l’unanimité, chacun doit s’incliner ; c’est la règle. Nous pensons que, sur cette définition, tout le monde à l’U.P.F. est d’accord. Mais pour que de tels Congrès soient vraiment des instances suprêmes valables encore faut-il qu’ils soient organisés dans des conditions démocratiques réelles permettant aux adhérents d’exprimer leur volonté en connaissance de cause. Est-ce le cas pour celui-ci ? Nous nous permettons de le contester…

Confiants en votre sagesse et en votre […]

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