Aimé Patri

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Lettre non datée d’Aimé Patri. Probablement suite à la parution du « Passage de la ligne ». Si on déchiffre bien « P.D. » comme « Populaire Dimanche », on peut faire le lien avec une lettre de Georges Brutelle (alors secrétaire adjoint de la S.F.I.O) datée du 21 juillet 1949. Dans cette dernière, Brutelle indique à Rassinier qu’il a « (…) demandé à notre camarade ROSENFELD, Directeur du « Populaire Dimanche », d’insérer dans notre hebdomadaire, une note relative à la parution de ton livre ». La lettre d’Aimé Patri, postérieure à la parution de cette note ne peut donc être antérieure à la fin de l’année 1949, voire au début de 1950.

 

«  PARU Revue mensuelle de l’actualité littéraire intellectuelle et artistique

Le Rédacteur en chef
Mon cher Rassinier,

Eh bien oui ! Tu vois qu’on ne peut rien te cacher et c’est bien de ton vieux camarade qu’il s’agit. J’ai lu l’annonce de ton livre dans le P.D. et le sujet comme la personnalité de l’auteur (dont n’avais malheureusement plus l’adresse directe) ont tout de suite fixé mon attention. D’autre part la revue est dirigée par Collinet que tu connais bien et nous avons encore parmi les collaborateurs Dommanget, Pierre Pascal, A. Rossi, chacun selon sa spécialité.

Tout à fait d’accord en ce qui concerne le jeu d’épreuves, ce qui nous facilite beaucoup la tâche. Nous n’avons pas d’ancien déporté sur l’équipe. Je pense confier le C.R. à [biffé : Sylvain Wisner] Pierre Bernard (1) qui est dans ce cas et qui est un ami de Lefeuvre (cf. aussi dans le numéro que je t’ai adressé p. 135) Qu’en penses-tu ?

Amitiés et meilleur souvenir de Patri

(1) P. Bernard est suggéré par Collinet. Je crois que tu le connais. »

Lettre reproduite dans « Le retour de Paul Rassinier, Droits de l’homme et Histoire, Textes et documents soumis à la réflexion du congrès de Bourg-en-Bresse » par LES AMIS DE PAUL RASSINIER, 16, rue des Fossés St Jacques, 75005, PARIS.

Sur Aimé Patri qui était impliqué dans le mouvement de résistance Combat en Tunisie : http://bataillesocialiste.wordpress.com/patri-1904-1983/

Sur Michel Collinet (Ceux de la résistance, Libération-Nord): http://bataillesocialiste.wordpress.com/collinet-1904-1979/

Sur Georges Brutelle (qui signifiera le 2 mai 1951 au « Citoyen » Rassinier sa sentence d’exclusion de la S.F.I.O, d’autres correspondances ont été publiées dans le Retour de Rassinier ) :
http://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=58522

Nous n’avons pas trouvé l’article de « PARU ».

Pierre Bernard, probablement le syndicaliste – Syndicat National des Ingénieurs et des Cadres de la Métallurgie (F.O.) – de Clermont-Ferrand. Auteur de plusieurs articles pour la Révolution Prolétarienne en 1947-49. Dans le n° 328, sous le titre “Trois Prisons” il décrit en particulier son internement à la maison centrale de Riom, passage qui sera cité dans le Mensonge d’Ulysse (ci-dessous).

Nous reproduirons l’intégralité de ce texte remarquable.

Il fut proche du groupe de l’Insurgé de Lyon comme l’indique en page 5 la brochure reproduite ici http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2014/04/insurge.pdf

Sur Oreste Rosenfeld, alors directeur du Populaire Dimanche :
http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/rosenfeld-1891-1964/

Sylvain Wisner est connu principalement pour son ouvrage  « L’Algérie dans l’impasse », Spartacus, 1948.

Extrait du Mensonge d’Ulysse :

La discipline à la Maison Centrale de Riom en 1939

« Trois éléments notables doivent être retenus quant aux moyens de discipline.

Le premier est l’institution d’une hiérarchie intérieure de prisonniers qui concourent avec les gardiens au maintien du bon ordre. J’ai entendu souvent des Français s’indigner de l’institution, dans les bagnes nazis, de ces auxiliaires bénévoles des gardes-chiourmes : ce sont les mêmes qui ne peuvent admettre que des Allemands ignoraient ce qui se passait sur leur sol, et qui ne savent pas ce qui se passe en France. Aux kapos, aux schreibers, aux vorarbeiters, aux stubendiensts, etc., il y a pourtant des précédents. Les comptables d’atelier, les contremaîtres (encore qu’il en existe aussi de civils), toute l’administration, sont pris parmi les détenus, et jouissent évidemment de certains avantages. Il faut mettre à part les prévôts, explicitement chargés de maintenir l’ordre. Cela va du prévôt du dortoir, qui a près de son lit un bouton d’appel alertant les gardiens lorsqu’il se passe quelque chose d’anormal (fumée, lecture, conversations, etc.), et qui heureusement en use peu — jusqu’au bourreau officiel, le prévôt du Quartier.

II me faut dire maintenant ce qu’est le Quartier fort : la prison spéciale de l’intérieur de la prison, et en fait le lieu de torture (j’affirme que le mot n’est pas exagéré). Ce deuxième élément de la discipline comporte, comme « l’Enfer » de Dante, des cercles divers. Cela part de la salle de discipline, où en principe, on se contente de faire marcher les condamnés en rond avec de très brèves pauses, à un rythme soutenu par une ration spéciale à l’entraîneur — alors que les diminutions de nourriture sont la règle pour les autres : en fait, les coups pleuvent. J’ai eu la chance d’y échapper moi-même, mais j’affirme avoir vu fréquemment les pauvres bougres revenir de la « Salle » avec des [137]
traces apparentes de coups récents. Cela va jusqu’à la cellule — en principe jusqu’à 90 jours consécutifs, pratiquement équivalents à la peine de mort — Avec une gamelle de soupe tous les quatre jours, et des raffinements de cruauté qui répugnent à l’expression.
J’affirme en particulier que la torture dite de la « camisole », camisole de force réunissant les bras derrière le dos, et très souvent ramenés ensuite vers le cou a été fréquemment appliquée. J’affirme, pour avoir réuni des témoignages concordants sans nombre que certains gardiens — aidés particulièrement par le prévôt — frappent avec divers instruments, y compris le tisonnier, et parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’affirme que les nazis n’ont apporté que des perfectionnements de détail à l’art de tuer lentement les hommes.

Or, et c’est le troisième instrument de la discipline, ces condamnations « accessoires », qui vont parfois jusqu’à la peine de mort implicite, ne sont pas prononcées par les tribunaux institués par la loi, mais par une juridiction qu’à ma connaissance elle ignore, le Prétoire. C’est un tribunal interne à la prison, présidé par le directeur, lequel est assisté du sous-directeur, (en argot pénitentiaire, le sous-mac) et le gardien-chef faisant fonction de greffier. Pas de plaidoirie, pas de défense, une accusation parfois inintelligible, pas de réponse sinon le rituel « Merci, Monsieur le Directeur » qui suit la condamnation. J’ai pu, pour ma part, m’en tirer toujours avec une simple amende, réduisant seulement le droit d’achat à la cantine ; les ressources sont limitées au salaire, ou plutôt à une part disponible, très faible, et à un secours extérieur extrêmement réduit
alors ; en ce temps il n’y avait aucun colis autre que de linge de corps. Mais les condamnations sévères pleuvent, même pour simple inexécution de la tâche imposée. »

(Pierre Bernard, Révolution prolétarienne, juin 1949)”

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