Albert Camus

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A propos d’une citation virale, ou, comment, abusé par une phrase citée hors contexte, le plus puriste des « libertaires » se joint à la meute et préserve ses arrières. D’où l’on conclut que ” l’esprit libertaire ” (… es-tu là?) parvenu à un certain degré de maturation post-moderne peut se permettre toutes les indulgences à l’égard de la falsification.

Voici ce qu’on trouve en effet au sujet de la revue Témoins sur un site affichant pourtant son souci de précision dans la définition même qu’il attache à son titre : « Bulletin de critique bibliographique »

http://acontretemps.org/spip.php?article236#nh12

‘ Ouvrons une parenthèse pour signaler qu’un certain Paul Rassinier y collabora également, non sans être admonesté par Jean-Paul Samson pour les dérapages qui affleuraient dans certains de ses articles. Camus lui-même le tança par ailleurs en ces termes : « L’esprit libertaire ne peut se permettre la plus légère indulgence à l’égard de l’antisémitisme sans se nier lui-même. [12] »

Note 12 : Olivier Todd, Albert Camus, une vie, Folio-Gallimard, 1999, p. 636. Sur Rassinier, lire : Nadine Fresco, Fabrication d’un antisémite, Le Seuil, coll. La librairie du XXe siècle, 1999. ‘

Voici la citation d’Oliver Todd (Albert Camus, Une vie, 1996 : ” L’écrivain n’accepte pas les incartades d’amis libertaires ou anarchistes. Paul Rassinier chavire dans des imprudences verbales à propos des juifs. Camus le tance : “L’esprit libertaire…”

Ce qui donne en anglais : ” When one activist, Paul Rassinier indulged in anti-Semitic remarks, Camus rebuked him : ‘The libertarian spirit (…)” (Albert Camus, A life, 2000)

La citation de Camus figure aussi dans l’ouvrage de Brayard “Comment l’idée vint…”, 1996.

Ci-dessous, la voici dans son contexte (le fait qu’Albert Paraz publie dans Rivarol). Le projet soumis à Gallimard faisant l’objet d’un refus poli dont il est question dans les deux premières lettres est le “Discours de la dernière chance” finalement édité par “La Voie de la Paix” en 1953 :

« Librairie Gallimard

Monsieur Paul Rassinier
45 rue de Lyon
Macon (S.&L.)

Paris, le 18 Juillet 1952

Cher Monsieur,

Je m’excuse d’avoir tardé à vous répondre mais je n’arrive pas à suffire à mon courrier. Ajoutez que Jean Paulhan avait seulement prié les éditions Gallimard de me transmettre votre manuscrit, et que cela, apparemment, demande du temps.

Je l’ai lu avec intérêt, bien que, comme toujours en pareil cas, la partie critique soit de beaucoup supérieure à la partie positive. Mais Gaston Gallimard, à qui j’en ai parlé, se refuse à publier des essais purement politiques dont il affirme qu’ils ne se vendent pas. Je le regrette, pour ma part ; mais j’ai trop l’habitude de de l’édition pour ne pas savoir que cet argument-là ne se réduit pas aisément.

Il me reste à répondre à une autre partie de votre lettre. Je n’ai jamais rien eu contre vos ouvrages sur les camps de concentration. Ils représentent une contribution sérieuse, parmi d’autres, à l’étude de ce problème. J’estime simplement que la préface de Paraz suffisait à jeter la suspicion sur n’importe quelle entreprise. A ce sujet, je continue à penser que l’esprit libertaire ne peut se permettre la plus légère indulgence à l’égard de l’antisémitisme sans se nier lui-même et commencer de s’avilir. Ceci devant être dit, puisque je le pense, il me reste à vous assurer que mon jugement sur vos travaux n’en est pas affecté. Je les estime utiles à bien des égards.

Croyez, cher Monsieur, à mes sentiments sincères,

Signé : Albert Camus »

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« Paris, le 24 juillet 1952

Cher Monsieur,

J’ai l’impression que vous n’avez pas reçu ma lettre aussi simplement que je vous l’aie envoyée. Je le regrette, car son intention était bonne.

Une seule chose en tout cas, dans votre réponse me paraît surprenante : vous contestez que Paraz puisse être indulgent à l’antisémitisme. Moi, je supposais qu’il fallait l’être pour collaborer à une feuille comme Rivarol.

Je transmets en tout cas votre proposition à Gallimard, sans grand espoir. Je souhaite que, malgré leurs habitudes, les éditions acceptent d’envisager favorablement votre offre, et je vous prie de me croire toujours bien sincèrement à vous,

Signé : Albert Camus »

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Note manuscrite :

« 14 Août 1956

Cher Monsieur,

Il y aurait en effet la matière d’une cordiale conversation entre nous. Malheureusement, je suis retenu à Paris jusqu’en octobre au moins pour les répétitions d’une pièce de Faulkner que j’ai adaptée. Attendons l’occasion, soit à Paris, soit à Nice. Mais ne doutez pas de mes sincères sentiments.

Signé : Albert Camus »

L’adaptation par Albert Camus du « Requiem pour une nonne » de Willial Faulkner fut donnée à partir de 1956 au théâtre des Mathurins.

Cette dernière lettre fait peut-être suite à un article de Rassinier dans Défense de l’Homme, n° 92, juin 1956, p. 3-6., “Oiseux débats” :

http://vho.org/aaargh/fran/archRassi/prddh/prddh75.html

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