“Droit” et “Liberté”

On ne saurait trop recommander la lecture des numéros de “Droit et Liberté” mis en ligne par le MRAP. Les numéros les plus anciens sont particulièrement édifiants…

http://archives.mrap.fr/images/0/00/Dl64_236opt.pdf

Droit et Liberté n°236, octobre-novembre 1964, p.5

C’est lui qui porte plainte

Le 5 octobre dernier, devant la 17e chambre du tribunal de grande instance de la Seine, M. Rassinier poursuivait pour « diffamations et injures » le journal « Le Droit de Vivre », organe de la L.I.C.A (Ligue Internationale contre l’Antisémitisme).

Des millions d’homme, de femmes, d’enfants assassinés par les nazis dans les camps de déportation, six millions de victimes à Auschwitz seulement, ces faits historiquement prouvés, seuls les plus grands responsables de l’hitlérisme ont tenté de les nier, du moins de les minimiser.

Cette tentative de « blanchiment » que la plus élémentaire honnêteté historique réprouve, a trouvé un « supporter » ardent en la personne de Rassinier, ex-déporté à Dora, exclu du Parti Socialiste en 1951, affilié selon le gouvernement de Bonn lui-même « à un groupe iternational de tendance nazie ». Cet « historien » pour qui les six millions de morts ne sont qu’ « une invention d’Israël désireux de faire payer les Allemands », qui nie l’existence des chambres à gaz sur le territoire allemand et le plan d’extermination des juifs, prétend aussi que les déportés eux-mêmes et non les S.S. Sont responsables de leur malheur, car ils géraient mal les camps et se volaient entre eux la nourriture suffisante octroyée par leur gardien.

Parce que « Le Droit de Vivre » l’avait qualifié d’ « agent de l’internationale néo-nazie », Rassinier s’est jugé « diffamé » et a réclamé 10.000 francs de dommages et intérêts.

C’est sur les deux plans que s’est déroulé le procès. Rassinier, qui était assisté de Mes Dejean de la Batie et de Geouffre de la Pradelle, s’est efforcé, pour sa part, de s’en tenir aux termes de son assignation.

La défense, assumée par Me Georges Izard, Gérard Rosenthal et Gaston Maurice a voulu, très justement, étendre les débats aux thèses professées par Rassinier dans ses livres : « Le Mensonge d’Ulysse », « Le Véritable procès d’Eichman ou les vainqueurs incorrigibles » et « Le Drame des Juifs européens », ainsi que dans les déclarations faites à des journaux fascistes dont « Rivarol ». Elle s’est attachée à montrer que le succès de Rassinier dans les cercles fascisants et même néo-nazis était pour le moins suspect, et que ses affirmations étaient en contradiction flagrante avec les témoignages les plus sérieux sir les camps nazis.

Aussi tous les témoins de la défense furent-ils des personnalités non seulement des lettres, de la politique et de la science mais encore de la Résistance.

Le bâtonnier Paul Arrighi, ancien déporté à Mauthausen, qui est membre du Comité d’honneur du M.R.A.P., vitn le premier à la barre et déclara :

« Les Allemands et seuls les Allemands qui dirigeaient le camp ordonnaient les tortures et commandaient les exécutions. Si nous avons eu l’horreur de voir des « kapos » tuer comme des S.S. À coups de pied et à coups de bâton, ces gens étaient des civils intoxiqués par les S.S. L’extermination des juifs a été organisée par Hitler et les nazis : elle n’est pas le fait de quelques S.S. Sadiques.

« L’existence des chambres à gaz a été historiquement prouvée : on détient la correspondance échangée entre les chefs des camps et les firmes allemandes qui on construit les chambres à gaz et les savants qui on découvert le Zyclon B. »

Le bâtonnier Arrighi conclut :

« Ma conviction, mon intime conviction : Rassinier est un agent néo-nazi. »

Les mêmes preuves sont apportées par une dizaine d’autres témoins parmi lesquels MM. Daniel Mayer, président de la ligue des Droits de l’Homme ; Jean Pierre-Bloch et Edmond Michelet, anciens ministres ; Louis Martin-Chauffier, membre de l’institut ; Léon Poliakov, Rémy Roure, Frédéric Pottecher, Claude Bourdet, le R.P. Riquet, qui, sur la base de leur expérience personnelle, ou en évoquant les activités de Rassinier, font apparaître les falsifications scandaleuses auxquelles se livre ce soi-disant « historien ».

En la faveur de celui-ci se prononcent quelques-uns de ses amis, venus témoigner de sa haute « moralité » et de son « amour de la vérité ».

Le jugement sera rendu le 26 octobre.

Signalons qu’un autre procès se prépare où Rassinier sera cette fois, comme il sa doit, au banc des accusés.

+

Le M.R.A.P. Soilidaire du « Droit de vivre »

Le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la paix (M.R.A.P.) a exprimé, dans un communiqué de presse, son émotion devant les poursuites scandaleuses engagées par le sieur Rassinier.

Se joignant à ses amis éminents qui ont apporté leur témoignage à la barre notre Mouvement a exprimé au journal poursuivi et à son directeur, Bernard Lecache, son entière solidarité.

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http://archives.mrap.fr/images/6/68/Dl64_237opt.pdf
Droit et Liberté N° 237, décembre 1964
Neo-Nazisme

L’imposteur démasqué

PAUL RASSINIER, qui le 5 octobre dernier, poursuivait devant la 17e Chambre Correctionnelle pour « diffamations et injures », le journal « Le Droit de Vivre », a été débouté de son action et condamné aux dépens.

Rassinier, on s’en souvient, c’est cet « historien » qui nie l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration, qui prétend que la mort des détenus était l’oeuvre de leurs propres compagnons et non des S.S., et se fait le porte-parole de la propagande néo-nazie par ses conférences et ses ouvrages.

Justement indigné, le « Droit de Vivre » l’avait qualifié d’ « agent de l’internationale néo-nazie », provoquant ainsi la colère de Rassinier.

La lecture des attendus permet d’apprécier en quelle estime le président Monzein a tenu les arguments de Rassinier :

« Attendu que… le simple examen de ce livre… montre qu’en de nombreux passages son auteur a essayé de restreindre la responsabilité des nazis… qu’il se dégage de la lecture de cet ouvrage l’impression qu’à diverses reprises, l’auteur s’est efforcé de restreindre, voire d’exonérer le régime national-socialiste et les S.S. De la responsabilité retenue contre eux tant par le Tribunal Militaire International des grands criminels de guerre que par l’histoire. (…)

«  Par ces motifs déclare nulle l’action intentée par Rassinier. Dit que le prévenu a rapporté la preuve que dans son ouvrage, Rassinier a fait chorus avec ses nouveaux amis, les néo-nazis, que l’accusation disant que Rassinier a voulu assister au procès des bourreaux d’Auschwitz sans doute pour démontrer que ceux-ci étaient de petits saints, a été rapporté de bonne foi…

«  En conséquence relaxe le sieur Lecache du chef de diffamation publique envers un particulier. Le tribunal se déclare incompétent pour connaître de la demande de dommages et intérêts de la partie civile, condamne le sieur Rassinier aux dépens. »

Le M.R.A.P., rappelons-le, avait exprimé sa solidarité au « Droit de Vivre » et plusieurs de nos amis figuraient parmi les témoins qui ont confondu Rassinier.

La décision du Tribunal réjouira tous les antiracistes. »

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Droit et Liberté n° 252, avril-mai 1966

http://archives.mrap.fr/images/9/94/Dl66_252opt.pdf

JUSTICE

L’affaire Rassinier

L’Affaire Malliavin – Rassinier, jugée à la fin de l’an dernier, a été portée en appel. La justice s’est montrée ferme : en première instance, on s’en souvient, Rassinier avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis et 3.000 francs d’amende ; Malliavin, directeur de « Rivarol », à deux mois de prison avec sursis de 5.000 francs d’amende. Or, après les plaidoiries de Mes Renée Mirande, Jean Schapira et du bâtonnier Arrighi, représentant l’Amicale d’Auschwitz et les personnes diffamées par Rassinier, les peines ont été aggravées en appel :

« Considérant qu’après avoir mis en doute l’existence des chambres à gaz et des exterminations systématiques et tenté d’expliquer les « sélections » et les disparitions de déportés par des transferts de malades dans d’autres camps, Rassinier a prétendu que le très grand nombre des malades et des morts dans les camps pouvait s’expliquer par une sous-alimentation créée par des vols de nourriture importants dont certains déportés se seraient rendus coupables au préjudice de leurs camarades…

«  Considérant que dans le but inavouable de contester les méthodes d’extermination employées par le régime hitlérien pourtant historiquement et judiciairement établies par le jugement du Tribunal International de Nüremberg du 30 septembre 1946, Rassinier, pourtant déporté lui-même, n’a pas craint de tenter de jeter le discrédit et le déshonneur sur deux femmes dont leurs camarades de déportation ont proclamé les qualités de cœur, le courage, l’abnégation et le comportement fraternels.

«  Considérant en ce qui concerne Maliavin que malgré les nombreuses condamnations pour des délits de même nature qu’il a encourues, il n’a pas hésité à publier un article dont le caractère bassement diffamatoire était évident… »

Les deux complices ont été condamnés chacun à quatre mois de prison avec sursis et à 5,000 francs d’amende. On ne peut que se réjouir d’une telle fermeté.

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Egalement, l’article d’Olga Wormser en réponse à “Ulysse trahi par les siens” :

http://archives.mrap.fr/images/a/ae/Dl61_202opt.pdf

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