Lettres de Rassinier à André Arru

INDEX

Nous remercions Sylvie Knoerr qui nous a aimablement fourni des photocopies de ces lettres.

Les réponses d’André Arru devraient être publiées sur le site consacré à ses archives:

http://www.raforum.info/archivesarru/ Continue reading

Advertisements

Pacifisme intégral : une controverse

INDEX

Nous reproduisons une controverse extraite des débats du Rassemblement Universel pour la Paix du monde qui se tint à Paris en novembre 1952. Ces extraits furent publiés un an plus tard dans le numéro 24 de la Voie de la Paix. Ils ont le mérite de mettre en valeur de questions élémentaires de doctrine du pacifisme intégral. Continue reading

Aux origines de l’U.P.F.

 

Après la rupture radicale de la seconde guerre mondiale il faudra quelques années et – paradoxalement ou non – une nouvelle guerre potentiellement contagieuse à un haut degré pour réveiller la fibre pacifiste.

En 1951, la guerre de Corée bat son plein et pousse les mouvements pacifistes français éparpillés en de nombreuses chapelles à rechercher une forme d’union, sinon organique, du moins dans l’action.

Continue reading

Dossier F.C.I.E/R.P.

INDEX

Déférant au désir de quelques camarades, je mets, dès l’abord, en garde les lecteurs contre moi-même qui suis juge et partie et qui, peut-être, ne pourrai pas toujours exclure de cette relation une certaine amertume.

Paul Rassinier. La Fédération Communiste Indépendante de l’Est, Révolution Prolétarienne n°192.

DOSSIER F.C.I.E., « LE TRAVAILLEUR »

Le dossier reproduit ci-dessous, conservé dans le fonds Monatte du Cedias a assez longtemps circulé sous la forme de photocopies pour être maintenant mis à la disposition de tous sous forme numérique. Continue reading

Deux articles

Deux articles historiques tardifs publiés par Rassinier dans la presse d’extrême droite, Le Charivari et Ecrits de Paris en 1966.

LE CHARIVARI, avril 1966

Dossier Pie XII et les juifs : L’OPÉRATION « VICAIRE »

Par Paul Rassinier

JUSQU’AU 20 février 1963, il était à peu près universellement admis que le Pape Pie XII était le seul chef d’Etat, quoique du plus petit du monde, dont l’honneur était sorti intact de la seconde Guerre mondiale. On savait, par exemple, que du 2 mars 1939, date de son accession au Pontificat, au 1″ septembre, persuadé que par une révision correcte quoique tardive du Traité de Versailles — dont, à l’époque, il ne subsistait plus que ces deux imbécillités criminelles que furent la ville libre de Dantzig et le couloir polonais coupant l’Allemagne en deux — il était possible d’éviter cette guerre, il avait multiplié les interventions diplomatiques dans ce sens, clamant partout que « tout pouvait encore être sauvé par la paix tandis que tout serait perdu par la guerre » (1), ordonnant désespérément des prières publiques et proposant en vain, jusqu’à la dernière minute, conférences internationales sur conférences internationales pour que fût évité au monde « une aussi grande calamité » et s’inscrivant par là dans la politique constante qui fut celle des trois autres grands papes, ses prédécesseurs immédiats. Pie X, Benoît XV et Pie XI, à l’école desquels il avait été formé et dont il avait été le collaborateur intime.

On savait aussi que, n’ayant pas réussi à empêcher la guerre, il avait essayé de toutes ses forces de lui interdire de s’étendre au monde entier, usant, de concert avec le comte Ciano et le roi d’Italie, de toute son influence sur Mussolini pour le dissuader d’y entrer aux côtés de l’Allemagne, et même sur Roosevelt dont il jugeait dangereuse la politique à l’égard du Japon.

On savait encore que, n’ayant réussi à l’empêcher, ni d’éclater, ni de s’étendre au monde entier, il n’avait cessé « d’épier l’occasion de hâter la fin du fléau, de ce massacre réciproque et insupportable » (2) et « le retour aux principes de la justice et de la paix véritables » (3). En particulier, lorsque le président Roosevelt, le 24 janvier 1943, de Casablanca, formula « l’exigence de la capitulation sans conditions de l’Allemagne » qui prolongea la guerre de deux années, il protesta véhémentement et son premier souci, lorsque, le 4 juin 1944, les troupes américaines entrèrent dans Rome et que les contacts diplomatiques devinrent directs entre le Vatican et le Département d’Etat, fut de lui renouveler cette protestation.

Une égale sollicitude pour toutes les victimes

On savait enfin qu’ayant échoué sur tous les tableaux en matière de paix, Pie XII — il n’eut jamais, au cours de la guerre, la chance que, comme pour Benoît XV, le 1″ août 1917, un des belligérants le priât d’intervenir en médiateur sur des propositions précises — essaya au moins d’obtenir de l’un et l’autre clan que la guerre ne prît pas le caractère inhumain qu’on lui a connu, « témoignant, répétait-il sans cesse, d’une égale sollicitude pour toutes les victimes, pour tous ceux qui souffrent moralement et matériellement, en Allemagne comme dans le reste du monde, dans un clan comme dans l’autre, qu’ils soient ou non des enfants de l’Eglise » (4), ou encore pour ces centaines de milliers de personnes qui, seulement parce qu’elles appartiennent à telle race ou à telle religion sont vouées à la mort ou au dépérissement progressif » (5), évoquant « les supplications anxieuses de tous ceux qui à raison de leur nationalité, de leur religion ou de leur race, sont accablés des plus dures épreuves, et parfois même destinés à des mesures d’extermination » (6) et « une série d’actes aussi inconciliables avec les prescriptions du droit international positif qu’avec les prescriptions du droit national et même avec les sentiments d’humanité les plus élémentaires; les atrocités et l’usage illicite de moyens de destruction; même contre des non-combattants et des fugitifs, contre des vieillards, des femmes et des enfants » (7), etc., il ne cessa, quoique chaque fois en vain, de protester contre toutes les atrocités de la guerre, d’où qu’elles viennent ». Nous possédons, de sa bouche ou de sa main, cent quinze protestations publiques dans ce sens. En ce qui concerne les atrocités commises par les Allemands, le 27 mars 1946, au procès de Nuremberg, von Ribbentrop a même déclaré : « Nous avions des tiroirs pleins de protestations du Vatican » (8) et son secrétaire d’Etat, von Steengracht, ajoutait qu’il s’agissait de protestations contre les sévices infligés « aussi bien aux Juifs qu’aux prêtres polonais » (9). Chaque fois, d’ailleurs, qu’il fut question du Vatican à l’un ou à l’autre des douze procès de Nuremberg qui suivirent, tous les témoins unanimes notèrent le fait dans les mêmes termes. Et, jusqu’à sa mort en 1958, les plus hautes sommités du monde juif, Mme Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d’Israël, le procureur à Nuremberg, l’Israélite allemand naturalisé américain, W. Kempner, les grands rabbins de Roumanie, d’Italie, etc., ne cessèrent de lui témoigner leur reconnaissance en termes émus : il était allé jusqu’à prendre tous les Juifs qui pouvaient arriver jusqu’à lui sous sa protection, à leur ouvrir tous les couvents de Rome, à les abriter au Vatican et, par l’Œuvre de saint Raphaël qu’il avait créée dans ce but, à fournir à près de 350.000 d’entre eux, les moyens de quitter l’Europe…

Des moyens financiers considérables

Le 20 février 1963, tout changea brusquement : le soir de ce jour-là, à Berlin-Ouest, on jouait une pièce de théâtre, Le Vicaire, dans laquelle Pie XII était présenté comme un pape pro-nazi considérant Hitler comme le seul rempart de l’Europe contre le bolchevisme et qui, pour ne pas lui créer la moindre difficulté dans son œuvre salvatrice, n’avait jamais protesté contre l’extermination des Juifs. La représentation de cette pièce avait été précédée par une campagne de presse favorable telle qu’on n’en avait jamais vue de semblable. De Berlin, elle vint à Bâle, puis à Paris, à Vienne, à Londres, à New York et enfin à Tel Aviv, toujours précédée — et suivie — de la même et aussi ample campagne de presse. Visiblement, ceux qui avaient monté cette affaire disposaient de moyens financiers considérables et il ne pouvait s’agir que d’une action concertée.

L’opinion publique n’en fut pas moins profondément heurtée. L’auteur n’allait-il pas jusqu’à faire dire à l’un de ses personnages : « Un tel pape est… un criminel » (10) et, dans ses déclarations à la presse, jusqu’à prétendre que « son comportement avait été ignoble » (11)? Une telle infamie, prononcée contre un pape aussi universellement respecté de son vivant, provoqua naturellement, partout où la pièce fut jouée, des manifestations d’hostilité si violentes qu’elles nécessitèrent l’intervention de la police et, dans les milieux intellectuels, un mouvement d’indignation qui n’est pas près de s’apaiser.

Mais comment, et, surtout pourquoi, dans quel dessein ont-ils osé ?

Et qui sont ces gens ?

Pie XII, le National-Socialisme et le Bolchevisme

La guerre terminée, l’idée se répandit très vite dans l’opinion publique traumatisée par cinq années d’horreurs comme elle n’en avait jamais vécues, qu’on eût pu, très facilement, éviter cela. Churchill, ce sot prétentieux — et criminel de guerre par surcroît : les bombardements des populations civiles allemandes — ne fut pas celui qui contribua le moins à la répandre. A la fois couvert d’honneurs et, très démocratiquement limogé par le peuple anglais, aigri par le sort injuste qui, pensait-il, lui était fait, il se mit, dès son éviction des affaires publiques, à prétendre que son successeur Attlee s’était laissé rouler par les Russes à Potsdam, sans se rendre compte qu’il s’était, lui-même, laissé rouler par eux à Yalta. Soudain, lui qui avait été un véritable pousse-au-crime en 1939-40 et, en 1943, à la guerre au finish quitte à la prolonger de deux années, il se mit à prétendre que « jamais guerre n’avait été plus facilement évitable que celle-ci » (12) et qu’on « avait tué le mauvais cochon ». Les Russes, dont le régime n’était pas meilleur que celui de Hitler, qui s’étaient comportés comme Hitler à l’endroit de la Pologne et à qui on n’avait pas déclaré la guerre pour autant, qui sortaient de la guerre à 50 km. de Hambourg, obtenant, par surcroît, beaucoup plus que ce qu’on avait refusé à Hitler, lui avaient ouvert les yeux. C’était clair : on s’était battu pendant cinq ans pour les Russes, le grand vainqueur de la guerre était le bolchevisme. Les propos de Churchill firent le tour du monde à une vitesse éclair. Les relations avec les Russes se gâtaient : le monde prit peur qu’on ne l’invitât à repartir pour « tuer le bon cochon ». Et il s’avisa que, devant et pendant cette guerre, Pie XII était le seul homme d’Etat qui n’avait pas perdu les pédales, que sa politique de paix était la seule raisonnable, et qu’en somme, Churchill lui donnait, quoique un peu tard, entièrement raison. « Si on l’avait écouté, alors qu’il était encore temps ! » disait-on partout.

Dans toute l’Europe occidentale, aux élections qui eurent lieu dans l’immédiate après-guerre, les masses portèrent leurs suffrages sur la Démocratie chrétienne que Pie XII, se trompant sur sa véritable essence, soutenait. On fut à deux doigts d’une Europe vaticane, qui eût harmonieusement prolongé le Saint-Empire romain et germanique : grâce à Pie XII, l’Eglise dépouillée de tout pouvoir temporel depuis 1870 avait conquis, en Europe, une influence morale qu’elle n’avait jamais eue, même au Moyen âge, et même sous Charles-Quint et Philippe II.

L’intelligentsia laïque (le mot étant pris dans le sens d’un anticléricalisme à la P’tit père Combes) gratuite et obligatoire, tout ce que le monde comptait de francs-maçons, de saucissonneurs attardés du Vendredi saint, de parpaillots anti-papistes, de marxistes, de communistes plus ou moins avoués, de chrétiens progressistes et de Juifs fanatiques, etc., était catastrophé.

Et pas la moindre faille dans la politique générale de Pie XII, non seulement depuis le 2 mars 1939, date de son élévation au Pontificat, mais encore depuis l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne, de janvier 1933 à mars 1939, période pendant laquelle il avait été le Cardinal Pacelli, secrétaire d’Etat de Pie XI.

Cent onze notes de protestation

On a, par exemple, essayé d’utiliser le fait que, le 10 juillet 1933, il avait, n’étant encore que secrétaire d’Etat du Vatican, passé au nom du Saint-Siège, un concordat avec l’Allemagne hitlérienne, pour l’accuser de sympathies nazies. L’affaire fit long feu : le 28 juin précédent, l’Angleterre et la France avaient signé, avec Hitler et Mussolini, le célèbre Pacte à Quatre. Pourquoi, dès lors, ce qui était permis à la France et à l’Angleterre, ne l’eût-il pas été au Vatican ? D ailleurs, pas plus qu’avec la France et l’Angleterre l’entente du Vatican avec l’Allemagne hitlérienne n’alla bien loin. Dès le lendemain de la signature de ce concordat, ses clauses furent outrageusement violées par Hitler et elles le furent de nombreuses fois dans la suite : pour la période qui va de 1933 à 1937, on possède 111 notes de protestation entièrement écrites de la main du cardinal Pacelli, contre ces violations répétées et même contre d’autres exactions du national-socialisme…

Le 14 mars 1937, le Saint-Siège publia, sous la signature de Pie XI alors Pape en titre, la célèbre encyclique Mit brennender Sorge qui est, quoique prononcée au nom de la religion catholique, une condamnation catégorique et sans appel du National-socialisme sous tous ses aspects : Pie XI déclara lui-même publiquement qu’elle était, elle aussi, entièrement écrite de la main du cardinal Pacelli, futur Pie XII. On en a retrouvé l’original : à titre de preuve, j’ai reproduit la photocopie d’un de ses passages dans L’Opération « Vicaire » que j’ai récemment publiée à la Table Ronde.

On n’en finirait pas de citer les épisodes du long et dur combat que le cardinal Pacelli eut à soutenir, comme secrétaire d’Etat du Saint-Siège puis comme Pape, contre le National-socialisme. Comme secrétaire d’Etat, ce fut lui qui déféra devant la Suprême congrégation du Saint-Siège et fit condamner : Le Mythe du Vingtième siècle d’Alfred Rosenberg (9-2-1934), L’Eglise nationale allemande, de E. Bergmann (14-2-1934), L’Emigration des Juifs en Chanaan, de l’abbé Schmidtke, professeur à la Faculté de Breslau (14-3-1934). etc., tous livres écrits sur le thème du mythe de la race et du sang (13). Et comme Pape, ce fut encore lui qui fit condamner par le même organisme, les décrets de Hitler sur la stérilisation des personnes atteintes de maladies héréditaires (21-2-1940) et la mise à mort (euthanasie) des infirmes irrécupérables (2-12-1940).

A tel point que, le 3 mars 1939, malgré l’encyclique Divini redemptoris (19 mars 1937) qui est une condamnation du bolchevisme aussi impitoyable que celle du National-socialisme par Mit Brennender Sorge et, elle aussi, de la main du cardinal Pacelli, sous la plume de Pierre-Laurent Damar, l’Humanité saluait Pie XII ‘élevé de la veille au Pontificat comme un grand démocrate, un antifasciste et un anti-nazi notoire. On notait, le même jour, la même satisfaction dans Le Populaire sous la plume de Pierre Brossolette (photocopie de ces deux textes dans L’Opération- « Vicaire », op. cit.), et dans tous les journaux du clan démocratique, dans le monde entier. Même en Russie : il n’est pas indifférent de souligner qu’en février 1943, la radio russe lui tressait encore des couronnes…

Dans ses condamnations des atrocités de la guerre. Pie XII ne manqua jamais de préciser qu’il les condamnait « d’où qu’elles viennent… dans un clan comme dans l’autre » (cf. ci-dessus). En août 1943, par leur ambassadeur, Sir Osborne, les Anglais lui firent remarquer que cette formule « englobait les bombardements alliés des populations civiles allemandes et que ce n’était pas ce qu’ils attendaient » (14). Il ne manqua non plus jamais de dire qu’elles étaient motivées par le sort « de ces centaines de milliers de personnes, de toutes races, de toutes nationalités et de toutes religions… vouées au dépérissement profond et à des mesures d’extermination (cf. ci-dessus). De toute évidence, la formule englobait aussi les Juifs. Les spécialistes du pilpoul remarquèrent, eux, qu’elle ne les englobait pas expressis verbis et conclurent qu’il n’avait jamais protesté contre les exterminations de Juifs, même quand on l’en sollicitait expressément.

Pie XII et les Protestants allemands

C’est sur ce thème qu’est bâtie la pièce de théâtre le Vicaire dont la générale eut lieu à Berlin, le 20 février 1963(15). On n’en dira pas grand-chose : du point de vue artistique, il n’est personne, même parmi ses supporters, qui ne convienne que c’est un sombre navet. Quant au fond, comme moyen de preuve, elle produit un témoignage, le célèbre document Gerstein, qui porte la date du 4 mai 1945 et dont elle soutient que Pie XII a eu connaissance en septembre 1942. Ce document décrit l’extermination des Juifs au camp de Belzen — non d’Auschwitz comme on le prétend dans la pièce. Et par fournées de 750 à 800 dans des chambres à gaz de 20 m2 de superficie au sol : essayez de faire entrer 750 à 800 personnes dans votre salle à manger ! Il conclut qu’ainsi, 25 millions de Juifs ont été exterminés par les nazis (!) Enfin, son auteur est mort, mais on ne sait ni comment, ni où, ni ce qu’est devenu son cadavre. Son témoignage n’a jamais été présenté devant aucun tribunal, donc jamais retenu à charge et, comble de l’imposture, on n’en possède plus l’original : il a disparu des archives de la Sûreté militaire française et des tribunaux allemands qui ont eu à s’occuper de l’affaire.

Sur la date à laquelle Pie XII eut connaissance des exterminations des Juifs dans des chambres à gaz, on est aujourd’hui fixé par une lettre du cardinal Tisserand qu’en raison de ses démêlés avec Pie XII, on ne peut suspecter de complaisance : «Nous ne fûmes, a déclaré le cardinal, mis au courant d’Auschwitz, qu’après l’arrivée des Alliés en Allemagne » (16), donc à la fin de 1944.

On est aussi fixé sur l’auteur de la pièce : un jeune Allemand protestant, M. Rolf Hochhuth qui fit ses premières armes dans les jeunesses hitlériennes et qui, tout naturellement, se retrouve crypto-communiste, sinon communiste. Pas de doute, en tout cas, sur son metteur en scène, M. Irvin Piscator . un protestant communiste avoué. Si on se penche, maintenant, sur ceux qui ont soutenu la pièce, on trouve : un historien, M Saül Friediander (Juif tchécoslovaque, citoyen israélien dans son livre, Pie XII et le IIIe Reich), Jacques Nobécourt (chrétien progressiste, partisan de l’ouverture à gauche, Le Vicaire et l’histoire). Gunther Loewy (Juif allemand, naturalisé américain, L’Eglise catholique allemande et le national socialisme), Carlo Falcom (un curé défroqué, rédacteur au journal progressiste italien L’Expresse avec Le silence de Pie XII) et, bien entendu, toute la presse communiste et progressiste, l’Humanité, le Monde, Témoignage chrétien, etc.

Cousu de fil blanc !

Soutenu par tout ce monde, M. Rolf Hochhuth exprime le point de vue des protestants allemands et les protestants allemands…

Comme tous les protestants du monde, les protestants allemands sont anti-papistes: c’est même, dans leur doctrine, l’essentiel de ce qui les distingue des catholiques. Et, depuis 1945, ils se trouvent devant un grave problème politique en Allemagne occidentale.

L’antipapisme moyenâgeux des protestants

L’Allemagne de Guillaume II et d’avant la Seconde Guerre mondiale était un pays de 65 à 70 millions d’habitants, dont près des deux tiers (Allemagne du Nord) étaient protestants, un tiers à peine étant catholiques : l’appareil d’Etat était entre leurs mains. L’Allemagne occidentale d’après la Seconde Guerre mondiale n’est plus, l’Allemagne du Nord étant passée dans le bloc communiste, qu’un pays de 52 millions d’habitants se répartissant à peu près également, entre protestants et catholiques avec, cependant, un très léger avantage aux protestants. Conséquence : protestants et catholiques s’y disputent l’appareil d’Etat. Quand le président est protestant (Heuss), le chancelier est catholique (Adenauer) et quand le président est catholique (Lübke) le chancelier est protestant (Erhard). Entre les deux tendances de la chrétienté, c’est une lutte à mort et Le Vicaire de M. Rolf Hochhuth est le reflet de cette lutte dans la forme d’un retour à l’antipapisme moyenâgeux des protestants.

De plus, les protestants sont en état d’infériorité : ils ont porté Hitler au pouvoir. A partir de 1928, de leurs 17.000 pasteurs, 3.000 étaient des nationaux-socialistes et des racistes militants, 10.000 autres étant des sympathisants actifs et le reste des sympathisants passifs. A toutes les élections, à partir de 1928, on les a trouvés aux côtés de Hitler dans ses campagnes électorales, nous dit William L. Shirer (17) pourtant protestant. Le cas le plus typique est celui du pasteur Niemöller, président du consistoire de l’Eglise protestante allemande : adhérent au Parti national-socialiste depuis 1924, auteur d’un livre (18) qui est une véritable apologie du national-socialisme, auteur de nombreux télégrammes de félicitations à Hitler pour sa politique. Passé à la dissidence en 1937, il fut un interné d’honneur dans un camp de concentration, sous la protection du Führer lui-même et, en 1939, lorsque la guerre éclata, il sollicitait encore son incorporation dans l’armée hitlérienne. Aujourd’hui, crypto-communiste — naturellement ! —, fougueux épurateur et vulgarisateur, en Allemagne occidentale, de toutes les prises de positions soviétiques en matière de paix. Non moins naturellement, un des plus, sévères accusateurs de Pie XII : M. Rolf Hochhuth est d’ailleurs une de ses ouailles Dans l’Allemagne de l’Est, les pasteurs protestants sont aujourd’hui aussi acharnés à défendre les positions soviétiques qu’ils l’étaient jadis à défendre et à propager celles de Hitler. Dans le monde entier, pour sauver l’unité du protestantisme, l’Eglise protestante s’est alignée sur eux de façon plus ou moins nuancée dans la campagne contre Pie XII.

Un complexe de culpabilité

Tandis que, dans le même temps, l’Eglise catholique allemande excommuniait les nazis et, à toutes les élections, ses prélats réunis en conférence à Fulda, demandait au corps électoral de voter contre leurs candidats. On sourit de pitié devant un homme comme l’Israélite Gunther Loewy, qui ose écrire un livre, L’Eglise catholique allemande et le National-socialisme, pour mettre en évidence les complaisances de l’épiscopat allemand et de Pie XII pour le National-socialisme et ne pas même faire mention de celles de l’Eglise protestante : dans un pays de 70 millions d’habitants dont près des deux tiers étaient protestants et dans lequel l’épiscopat protestant militait en faveur de Hitler, il était fatal que l’Eglise catholique fût vaincue et que Hitler l’emportât. Ce qu’il y a eu, c’est que, d’avril à octobre 1933, Pie XII et l’épiscopat catholique allemand ont accordé foi à un discours de Hitler (23 mars 1933) qui, pour obtenir un concordat avec le Saint-Siège, promettait la liberté religieuse. Mais, pendant la même période, l’Angleterre et la France ont bien cru aux paroles de paix contenues dans un autre discours du Führer (17 mai 1933) puisque, le 28 juin de la même année, elles signaient avec lui et Mussolini, le célèbre Pacte à quatre. L’illusion fut de courte durée : le 28 octobre, la lutte reprenait au couteau, entre l’Eglise catholique allemande, Pie XII en tête, et les nazis. Tandis que, jusqu’à la fin de la guerre il n’y eut pas de dissentiment grave entre Hitler et l’Eglise protestante allemande…

Les protestants allemands vivent donc dans un complexe de culpabilité et Le Vicaire de M. Rolf Hochhuth est le moyen qu’ils ont choisi pour en sortir, tout en combattant l’Eglise catholique.

Mais les autres, les communistes, les chrétiens progressistes et les Juifs, quelles sont leurs raisons ?

La Conjuration

L’auteur de la pièce étant un crypto-communiste et son metteur en scène un communiste, on ne risque rien à dire qu’elle est d’inspiration communiste. Les communistes ont, en tout cas, été très heureux de rencontrer quelqu’un qui attaquât le Pape et qui, en même temps, leur permît de rappeler leurs thèses sur le militarisme allemand, la responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration, les atrocités allemandes, les chambres à gaz, les 6 millions de Juifs exterminés, etc. Car, maintenant, la guerre est finie, le Vatican est redevenu leur ennemi, l’Europe unie leur principal souci : tout cela s’inscrit dans leur politique de mise de l’Allemagne au ban des nations européennes et ils savent bien que, sans l’Allemagne, il n’y a pas d’Europe possible. L’Allemagne est, d’autre part, le bouclier de l’Europe contre le bolchevisme : l’Europe sans elle, c’est la route ouverte aux hordes bolcheviques vers l’Atlantique et les Pyrénées.

On ne dira rien des chrétiens progressistes : depuis 1945, travaillés par la tentation du Marxisme et par l’ouverture à gauche, ils sont les complices constants du bolchevisme.

Des accusations réduites à néant

Restent les Juifs.

Deux problèmes se posaient à eux : la responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale qui justifie les subventions à l’Etat d’Israël au titre des réparations, et, depuis l’ouverture du concile l’accusation de déicide — de christicide serait plus exact — portée contre eux depuis deux mille ans.

La pièce de M. Rolf Hochhuth leur permettait de relancer la campagne autour de leurs six millions de morts (19) et d’obtenir de l’Allemagne, une rallonge des subventions à l’Etat d’Israël qui ne peut pas vivre sans. Moyen de chantage contre l’Allemagne, elle en était aussi un devant le concile : dans l’atmosphère créée autour de cette pièce par une campagne publicitaire sans exemple, il n’était pas possible que le concile ne revînt pas quelque peu sur l’accusation de déicide. Ils ont gagné sur les deux tableaux.

Et maintenant ?

En décembre dernier, le Saint-Siège a publié un premier volume de ses documents diplomatiques sur la guerre en Europe. Six autres suivront. Celui-ci couvre la période mars 1939-août 1940 : 379 documents, 552 pages, — presqu’un document par jour, autant dire qu’aucun ne manque. A lui tout seul, il réduit à néant, déjà, toutes les accusations portées contre Pie XII qui apparaît alors comme ayant été la plus haute et la plus noble figure du pacifisme contemporain.

Le 5 mars dernier, le second suivait : il contient 124 lettres de Pie XII aux évêques allemands, les exhortant à résister au nationalisme allemand — avec la prudence commandée par les circonstances.

C’est à peine si la grande presse qui a été si prolixe en ce qui concerne Le Vicaire de M. Rolf Hochhuth et les livres de ceux qui ont soutenu sa thèse, a parlé de ces deux premiers volumes. La presse catholique elle-même a été très discrète.

La campagne de diffamation prononcée contre Pie XII continue.

Tristes temps !

P.R.
Notes :

(1) Appel du 24 août 1939.
(2) Lettre à Mgr Preysing, évêque de Berlin, 30 avril 1943.
(3) Message de Noël 1939. Expression souvent reprise par Pie XII au cours de la guerre dans ses messages et ses allocutions, soit sous cette forme, soit sous celle-ci : « le retour aux principes de la justice entre les nations et de la paix durable ».
(4) Lettre à Mgr Preysing.
(5) Message de Noël 1942.
(6) Discours au Sacré Collège, 2 juin 1943.
(7) Message de Noël 1939.
(8) C.R. des débats, version française, t. X, p. 152.
(9) Id., p. 149.
(10) Le Vicaire, version franc., p. 96.
(11) Der Spiegel, 26 avril 1963, et Le Nouveau Candide, 19 déc. 1963.
(12) Repris dans ses Mémoire de guerre, t. I, p. 16.
(13) Ce qui n’empêcha pas M. Jean d’Hospital d’écrire dans Le Monde du 10 octobre 1958, au lendemain de la mort de Pie XII : « II n’a pas explicitement, fortement, définitivement condamné la religion du sang, l’hitlérisme. »Telle est la bonne foi des accusateurs de Pie XII.
(14) Documents of British Foreign Policy.
(15) En réalité, la campagne contre Pie XII commença bien avant le 20 février 1963. Le 28 octobre 1945, Albert Camus, dans une conférence aux Dominicains, disait déjà qu’il « n’avait jamais entendu Pie XII condamner l’extermination des Juifs ». François Mauriac tint le même propos dans une préface au livre de M. Poliakov, Le Bréviaire de la Haine en 1951. En janvier 1958, dans L’Arche, revue sioniste, M.Poliakov reprit le propos en le développant. Et à la mort de Pie XII divers journalistes s’en firent l’écho. L’opinion n’y prit pas garde : tout cela disparut sous les flots de témoignages de reconnaissance émanant des milieux juifs. C’est seulement le 20 février 1963, qu’avec cette pièce de théâtre la campagne contre Pie XII prit toute son ampleur.
(16) Le Nouveau Candide, 2 avr. 1964.
(17) Le IIIe Reich des origines à la chute.

////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

Ecrits de Paris

Décembre 1966, page 23 et suivantes.

(Il manque environ une lignes et demi au texte sur la copie dont nous disposons. Ces lacunes ont été à chaque fois signalées par trois étoiles entre crochets : [* * *]. D’autre part le texte de l’article est parfois obscur et nous avons tenté à une ou deux reprises de corriger ce qui apparaissait comme des erreurs de composition.)

« Paris brûle-t-il » et la vérité historique

Sur le point de savoir su Hitler a ou non donné l’ordre de réduite Paris en monceau de ruines, la documentation historique aujourd’hui connue est, à la fois, claire et abondante.

Le premier de tous les documents relatifs à cette affaire et qu’on chercherait vainement dans la presse est celui qui définit la mission que Hitler a confiée à von Choltitz, le 7 août 1944. Voici ce qu’il dit :

«  1. Les troupes du front ouest qui mènent le combat avec une vaillance exemplaire contre un ennemi supérieur peuvent attendre de tout Allemand qui se trouve en France qu’il fasse tout son devoir pour les aider. Dorénavant, aucun Allemand susceptible de porter les armes ne doit séjourner dans l’arrière-pays, à moins que son séjour ne serve l’intérêt immédiat des troupes combattant au front. Ceci est particulièrement valable pour le territoire du Grand Paris.

2. Avec effet immédiat je nomme le général de division von Choltitz général commandant des troupes allemandes du Grand Paris. Il est responsable devant moi des point suivants :

A. – Paris doit perdre en un minimum de temps son caractère de ville-étape avec ses symptômes malsains. La ville ne doit pas être un réservoir de réfugiés et de pleutres, mais un objet de crainte pour tous ceux qui ne sont pas des auxiliaires honnêtes et qui ne servent pas les troupes commandant au front.

B. – Toutes les administrations allemandes inutiles et tous les particuliers qui ne doivent pas s’y trouver sont à éloigner dans le plus bref délai. Les hommes capables de se battre sont à diriger sur le front. Toute entrée non justifiée doit être rigoureusement interdite. Le retrait des services du commandement militaire ainsi que de tout autre service important est soumis à mon approbation.

C. – Le territoire du Grand Paris doit être protégé contre tout acte de rébellion, de subversion ou de sabotage.

3. Pour faire face à cette tâche, le général commandant et chef des troupes de la Wehrmacht du Grand Paris est habilité à donner des instructions à tous les postes de la Wehrmacht et des Waffen SS, aux sections et associations en dehors de la Wehrmacht ainsi qu’aux services du Parti et aux services civils. Si des ordres émanant des sections de la Wehrmacht ou de la Haute Administration du Reich s’opposent à la mission du général commandant et chef des troupes du Grand Paris, je dois en être informé par le QG de la Wehrmacht.

Pour que les mesures qu’il prendra s’accordent avec les devoirs importants que cause la guerre dans ces administrations, il incorporera dans son Etat-Major des représentants pleinement habilités des corps de la Wehrmacht, des Waffen SS, et de la police en France, de l’Ambassade d’Allemagne, ainsi que de tout autre service intéressé, selon qu’il en jugera.

4. Le général commandant en chef des troupes allemandes du Grand Paris est placé sous les ordres du commandant militaire en France. En ce qui concerne la protection militaire du Grand Paris et l’utilisation du personnel libéré pour combattre au front, il reçoit ses instructions du commandant supérieur Ouest. Le général commandant et chef des troupes du Grand Paris a à sa disposition l’Etat-Major du précédent commandant.
5. Après plus amples instructions du commandement supérieur de la Wehrmacht, il reçoit les pouvoirs juridictionnels du commandant d’une place forte assiégée. »

On trouvera ce texte aux pages 241 et 242 du livre de von Choltitz, « Soldat parmi les soldats » (Aubanel, 1964). J’ai tenu à le citer in extenso pour qu’on ne m’accuse pas de l’avoir sollicité par omission.

De la destruction de Paris, il ne s’y trouve pas un mot. Si on s’en tient à ce qu’il dit, la mission principale que Hitler a confiée à von Choltitz semble bien avoir été, non de détruire Paris, mais de l’expurger de tous les tire-aux-flancs de l’armée allemande qu’au terme de quatre années d’occupation, il était devenu. Et, pour la mener à bien, il lui a donné «  les pouvoirs juridictionnels d’une place forte assiégée.

C’est tout.

D’ailleurs, von Choltitz le dit lui-même :

« Un soldat qui connaissait parfaitement le front avec ses impératifs ne pouvait qu’être d’accord avec cet ordre. » (Op. Cit. p.243)

1. – LA LEGENDE

L’ordre attribué à Hitler de « transformer Paris en un monceau de ruines » n’est attesté par aucun document historique et, donc, ne relève que de la légende. Pour osée que puisse paraître cette affirmation catégorique, elle s’appuie sur deux déclarations qu’il serait, étant donné leurs auteurs, très difficile à contester.

La première est de MM. Dominique Lapierre et Larry Collins, les auteurs du livre dont le film est tiré :

« Nous n’avons, écrivent-ils en conclusion de ce livre, pu trouver aucune trace dans les archives microfilmées de l’armée allemande capturées par les Alliés. Nous n’avons pu trouver aucune trace dans ces archives de plusieurs ordres cité dans des ouvrages antérieurs sur la libération de Paris, y compris celui ordonnant au général Dietrich von Choltitz de « transformer Paris en un champ de ruines, et, le cas échéant, de s’ensevelir lui-même sous les cendres ». Il est tout à fait possible que l’original d’un tel ordre ait été perdu lors de la destruction partielle des archives de l’O.K.W. De toutes façons, il est bien conforme à l’esprit des ordres que Hitler donna au commandant de la garnison de Paris en 1944. » (Paris brûle-t-il ? p. 457-58.)

On ne saurait avouer plus cyniquement l’imposture.

La seconde déclaration est du général von Choltitz soi-même.

«  le 22 août, écrit-il (op. Cit. p.272), je reçus du commandement suprême de la Wehrmacht, une longue missive signée par Hitler, dont le style était le même que celui de l’ordre qui m’avait affecté à Paris. Le texte préliminaire faisait allusion à la gravité de la situation sur le front de l’Ouest, exhortait les soldats à opposer une résistance acharnée et invitait les chefs à ne pas céder, mais à redoubler d’énergie. L’ordre proprement dit exprimait l’intention du commandement suprême de tenir la ligne Pontarlier-Plateau de Langres-Troyes-Seine avec Paris comme pivot. On recommandait particulièrement au général commandant du Grand Paris de tenir compte de l’importance décisive de la ville en position de charnière (1) sur ce nouveau front : « Paris est à transformer en un monceau de ruines. Le général commandant doit défendre la ville jusqu’au dernier homme et périra, s’il le faut, sous les décombres (2). »

Si on avait demandé à von Choltitz de produire « cette longue missive signée par Hitler », il aurait été bien en peine de le faire. Il l’avoue lui-même deux pages plus loin :

« D’ailleurs, le soit-disant (sic) ordre de démolition avait été donné au groupe d’armées et ne m’était apparemment pas destiné. Mes services de radio l’avaient capté, car il était rédigé selon le code en usage parmi nos troupes. Les services radio d’un commando de division aéroportée traversant Paris par hasard l’avaient également recueilli. » (Op. Cit. P, 274.)

Autrement dit von Choltitz n’a pas reçu comme il l’affirme p.272 « une longue missive signée par Hitler », et qui lui ordonnait de « transformer Paris en un monceau de ruines ». A deux pages de distance, la contradiction est de taille. Et l’aveu du mensonge, malgré son ingénuité, frise l’impudence.

Il en est de même de « Paris brûle-t-il ? », la phrase qui sert de titre au livre et au film. Voici ce qu’en dit von Choltitz :

« Ce n’est que par hasard que j’appris, par des officiers supérieurs mieux informés, que Hitler avait posé la question suivante par radio depuis le Q.G. : « Paris brûle-t-il ? Adolf Hitler » : je n’ai pas vu cette dépêche. » (Op. Cit. p.274.)

Ici, ce qui est remarquable, c’est que personne d’autre que von Choltitz n’a, non plus, vu cette dépêche et qu’elle n’a pas davantage été retrouvée dans les archives de la Wehrmacht que l’ordre de « tranformer Paris en un monceau de cendres. » Personne, d’autre part, ne l’a entendue à la radio. Sauf un général : le général Walter Warlimont, chef-adjoint de l’Etat-Major d’opérations de l’O.K.W., qui le dit dans ses mémoires. Mais il aurait, sans doute, été en peine d’en produire le texte, si on le lui avait demandé.

Le général Warlimont, nazi convaincu, avait beaucoup de choses à se faire pardonner. Et, à l’époque, il suffisait de porter contre Hitler une accusation sensationnelle pour s’attirer la clémence des vainqueurs.

On l’a cru sur parole.

Mais, pour l’historien, « Testus unus, testus nullus ».

2. – LES FAITS

En poussant l’interrogatoire des Mémoires de von Choltitz à la manière d’un juge d’instruction, on apprend d’abord que, pour détruire Paris comme le Führer le lui aurait demandé, n’avait mis à sa disposition que 17 chars, 17 voitures blindées modèle 1917, un canon, 2 compagnies à byciclette et un régiment de sécurité dispersés sur de nombreux points de la capitale et de sa banlieue (op. Cit. p. 249). On apprend aussi que, du 7 août au 25, l’O.K.W, jamais ne renforça ces effectifs.

Autrement dit, Hitler aurait donné l’ordre de détruire Paris, mais n’aurait jamais pris aucune disposition pour rendre l’opération possible.

Pour savoir exactement ce qui s’est passé, c’est le remarquable témoignage du regretté Pierre Taittinger, Président du Conseil municipal de Paris (« …Et Paris ne fut pas détruit ! »), qu’il faut interroger.

Pierre Taittinger redoutait deux choses : que von Choltitz réprimât l’insurrection communiste organisée par le bolchewick Rol Tanguy (ce qui pouvait comporter la destruction de certains quartiers de Paris) et qu’en se retirant de Paris avec ses troupes, il ne fît sauter les 60 ponts de Paris (ce qui eût causé, le long de la Seine, en les ajoutant aux destructions nécessitées par la répression de l’insurrection communiste, des dégâts équivalant à la destruction à peu près totale de Paris).

La destruction des ponts derrière elles est la loi de toutes les armées en retraite. Pierre Taittinger, qui le savait, voulut obtenir de von Choltitz, qu’étant donné l’importance des dommages qui seraient ainsi causés à une ville comme Paris, il fit, quitte à faillir aux impératifs permanents de la stratégie militaire, une exception pour une ville qui passait, à juste titre, pour un des flambeaux de la civilisation. C’était le premier objet de la visite qu’il fit, le 17 août – et dont « Paris brûle-t-il ? » ne parle pas plus que du rôle de Georges Bidault, Président du C.N.R. -, au Commandant du Grand Paris.

Le second motif, la répression du mouvement communiste organisé par le fanatique Rol Tanguy. Il n’était pas le moins important. Celui-ci, qui commandait l’insurrection de son P.C. Du quartier latin, à 26 m. sous terre (donc ne risquant rien personnellement), n’avait pas hésité à déclarer que « Paris vaut bien 200 000 morts » – 200 000 autres que lui (« Paris brûle-t-il ? », p. 52), indépendamment de la destruction des quartiers où se trouvaient ces 200 000 personnes si désinvoltement sacrifiées par Rol Tanguy. Il fallait donc obtenir de von Choltitz qu’il ne réprimât pas l’insurrection, ce qui était son devoir de « commandant ayant les pouvoirs juridictionnels d’une place forte assiégée ». Il y consentit, non sans peine, nous dit Pierre Taittinger, et ce fut, en même temps que le plus difficile pour lui, son plus beau titre de gloire. « Et Paris ne fut pas détruit », conclut Pierre Taittinger qui croyait, en outre, que von Choltitz avait le pouvoir de faire sauter les 60 ponts de Paris et ne le fit pas.

Or, on sait aujourd’hui ce que Pierre Taittinger ne savait pas à l’époque : von Choltitz n’est pour rien dans le fait que les 60 ponts de Paris n’ont pas sauté.

Reportons-nous, une fois encore, à ses mémoires (« Soldat parmi les soldats », op. Cit.). Il explique (p.252 sq.) que, le 14 août, arriva à Paris un groupe d’experts artificiers et, le 15, «  un bataillon de pionniers de la 91e division aéroportée » avec tout l’attirail nécessaire pour faire sauter les ponts (300 torpilles de la marine, les véhicules indispensables pour les transporter, etc…). Tout cela sans qu’il l’ait demandé, car l’utilisation de cet attirail et de ce personnel, dit-il, ne dépendait pas de lui mais du Commandement suprême Ouest. Hostile à cette mesure – dit-il toujours -, il les installa à la chambre des députés, leur dit de faire le travail qu’on leur avait commandé, mais leur interdit, prétend-il toujours, de passer à l’exécution sans son ordre exprès. Les pionniers et les artificiers en question firent leur travail et, un jour, vinrent lui dire que tout était prêt. Et c’est là qu’il fut héroïque : il refusa de donner l’ordre [* * *].

La vérité est bien plus simple et c’est M. Adrien Dansette, Membre de l’Institut et auteur d’un livre assez remarquable – écrit sur le vif, il comporte quelques erreurs bien compréhensibles, mais, dans l’ensemble, il est objectif – sur la libération de Paris, qui l’a établie. M. Adrien Dansette est un historien authentique et c’est un fouineur : il s’est adressé à l’Administration des Ponts et Chaussées pour en avoir le coeur net. Ce qu’il en a obtenu comme renseignements lui permet d’écrire :

« Pendant toute l’insurrection, l’administration des Ponts et Chaussées fit faire, sous couvert de tournées de service, deux contrôles quotidiens, l’un de jour, l’autre de nuit, pour déceler des préparatifs éventuels. Il fut constaté qu’il n’y eut jamais aucun travail d’aucune espèce de la part des Allemands. » (« Le Monde », 9 novembre 1966.)

Le général von Choltitz ne dit pas la vérité lorsqu’il affirme que les artificiers et pionniers de laWehrmacht ont préparé la destruction des Ponts de Paris. Ce qui est vrai, c’est seulement que le 14 et 15 août des experts artificiers sont arrivés à Paris : j’ai personnellement retrouvé les traces de leur arrivée dans les archives de la Wehrmacht. Mais c’était pour récupérer, en prévision de la retraite, les explosifs entreposés de longue date et en réserves à d’autres fins, notamment sous le Sénat, et dans le tunnel de St-Cloud !

Et surtout, von Choltitz l’avoue lui-même, ils n’étaient pas sous ses ordres.

EN CONCLUSION

Laissons encore la parole à M. Adrien Dansette :

« On a beaucoup exagéré les interventions des instances supérieures. Aucun ordre d’incendier Paris n’a été découvert et il n’est pas établi que Hitler ait posé la sinistre question «  Paris brûle-t-il ? » (« Le Monde » op. Cit.)

C’est ce qui, quoique un peu plus catégoriquement, est soutenu, preuves à l’appui, dans cet article. Rendons hommage à l’honnêteté intellectuelle de M. Adrien Dansette, qui apporte à notre thèse une caution précieuse parce que de poids.

Le livre de MM. Dominique Lapierre et Larry Collins, comme le film qui en est tiré, ne sont donc qu’une affabulation de deux journalistes à la recherche de toujours plus de sensationnel comme c’est – hélas ! – aujourd’hui la mode dans la presse.

Il reste à se poser deux questions : pourquoi le Pouvoir prête-t-il son concours à une opération telle que celle que couvre le film « Paris brûle-t-il ? » et pourquoi le général von Choltitz a-t-il aussi impudemment travesti la vérité.

La réponse à la première question est simple : étant donné le tour que notre vénéré Guide a donné, avec le concours du communisme et du mouvement sioniste international aux relations franco-allemandes, il a besoin d’une campagne permanente de germanophobie en France pour persévérer dans cette voie et tenir l’Allemagne, sans laquelle il n’y a pas d’Europe possible, à l’écart de la Communauté des peuple européens. En ce sens, « Paris brûle-t-il ? » est un excellent tremplin. Et ce n’est pas fini : maintenant que l’Allemagne s’est donné un Chancelier (Kiesinger) qui appartînt, un court laps de temps, au parti nazi, vous allez voir cette campagne repartir de plus belle. A la veille des élections législatives qu’elle ne manquera pas d’influencer, il n’est pas indifférent de le souligner.

La réponse à la seconde question se situe dans le complexe que font, depuis 1945, tous les Allemands qui ont été fidèles à Hitler et ont fait tout ce qu’ils ont pu pour échapper aux conséquences. Plus ils ont été nazis, plus ils répudient Hitler. Quel meilleur moyen, en effet, que d’accabler Hitler et de prétendre qu’ils l’ont subi en se révoltant, pour s’attirer la clémence des vainqueurs ? C’est le cas du général Warlimont qui inventa le célèbre « Paris brûle-t-il ? » et c’est aussi le cas du général von Choltitz.

Il ne faut pas, en effet oublier que les général von Choltitz est arrivé à Paris précédé de la réputation qu’il s’était acquise en réduisant Rotterdam (1940) et Sébastopol (1942) en un monceau de ruines et qu’il avait à se faire pardonner cela par les Alliés, aux yeux desquels c’était non pas un, mais deux impardonnables crimes de guerre. Ils l’ont d’ailleurs gardé deux ans et demi en prison pour cette raison.

Il en est sorti en déclarant que, le 7 août 1944, convoqué à la Chancellerie, Hitler lui était apparu comme un fou et qu’il était décidé, en en sortant, à lui désobéir. Mais cela, c’est en 1947 qu’il l’a dit : en 1944, il a accepté le poste qui lui était confié et la façon dont il le raconte (« on ne pouvait qu’être d’accord avec un tel ordre », cf ci-dessus) prouve que l’entretien qu’il aurait eu avec le Führer, ce jour-là, fut cordial et qu’il n’eût pas du tout, alors, le sentiment qu’il était « fou ».

Ayant déclaré qu’il était, dès le jour de sa nomination, décidé à désobéir à Hitler, rien ne lui était plus facile que d’inventer de toutes pièces l’ordre de détruire Paris : en cela les résistants l’ont puissamment aidé en prétendant que Hitler avait envoyé à Paris le destructeur impitoyable de Rotterdam et de Sébastopol, pour lui faire subir le même. Von Choltitz s’est prêté au jeu d’enthousiasme : c’était son intérêt.

En réalité, il n’a désobéi à rien.

On m’excusera de prononcer, sur la tombe d’un mort, une oraison funèbre aussi dure pour sa mémoire : il y a les impératifs de l’histoire qu’on doit, en toutes circonstances, placer au-dessus des bons usages.

Le général von Choltitz lui-même me le pardonnerait, lui qui a écrit (op. Cit. p. 257) que « l’histoire de la guerre est pleine de légendes et montre à quel point on manque de scrupules pour altérer les faits ».

Paul RASSINIER

Note (1) : Le général von Choltitz, dont tout le monde a unanimement convenu, depuis le 25 août 1944 – il est mort, paix à ses cendres, mais tout de même… -, se révèle ici un piètre tacticien militaire : dans le dispositif tel qu’il le décrit et qui est un dispositif de retraite ; c’est Poncharlier, non Paris, qui devait être le « pivot » ou la « charnière. Paris n’aurait pu l’être que s’il s’était agi d’un dispositif de offensif, non défensif. Pour un général, ce n’est pas très fort. C’est, en tout cas, déjà une preuve que cette « longue missive signée Hitler » est inventée par lui de toute pièce. Car jamais l’O.K.W. n’aurait pu écrire une telle sottise.

Note (2) : Le 23 août 1944 – non le 22 , comme l’écrit von Choltitz -, Hitler a effectivement envoyé au commandement Ouest un ordre concernant Paris. On le trouvera en tête du livre de Dominique Lapierre et Larry Collins (« Paris brûle-t-il. ») : la phrase ci-dessus (soulignée par nous) ne s’y trouve pas. Von Choltitz a bien raison de dire (cf. ci-dessous) qu’il s’agit d’un « soi-disant ordre » et qu’il ne lui était pas destiné : il était adressé au groupe d’armée B, à la 1re, à la 5e et à la 15e armée. Pas à Choltitz qui était, pourtant, s’il avait prévu la destruction de Paris, le principal [* * *]