Dossier F.C.I.E/R.P.

INDEX

Déférant au désir de quelques camarades, je mets, dès l’abord, en garde les lecteurs contre moi-même qui suis juge et partie et qui, peut-être, ne pourrai pas toujours exclure de cette relation une certaine amertume.

Paul Rassinier. La Fédération Communiste Indépendante de l’Est, Révolution Prolétarienne n°192.

DOSSIER F.C.I.E., « LE TRAVAILLEUR »

Le dossier reproduit ci-dessous, conservé dans le fonds Monatte du Cedias a assez longtemps circulé sous la forme de photocopies pour être maintenant mis à la disposition de tous sous forme numérique.

On peut aujourd’hui consulter en ligne l’article de Rassinier à l’origine de ces polémiques dans le numéro 192 de la Révolution Prolétarienne du 16 février 1935.

La controverse se poursuivit dans le numéro 196 du 10 avril 1935.

Les archives de Paul Rassinier concernant l’épisode de la F.C.I.E. et du Travailleur, probablement mises en lieu sûr avant l’intervention de la gendarmerie allemande au moment de son arrestation en 1943 et les pillages  consécutifs par les F.F.I. locaux, sont désormais localisées et pourront être étudiées. Un premier élément que Mlle Frisquette a jugé opportun de passer sous silence dans son oubliable monographie falsificatrice mérite d’être souligné : le récit sur la F.C.I.E. paru dans la Révolution Prolétarienne du 16 février 1935 fut rédigé sur première demande de Maurice Chambelland le 28 novembre 1934, appuyée par une deuxième lettre, plus pressante, de Pierre Monatte le 4 décembre de la même année.

Nous n’avons pas consulté la presse locale de Belfort, communiste et socialiste, dont Rassinier évoque des articles rendant compte de la polémique, ni les archives du C.C.D. qui contiennent peut-être d’autres éléments à charge contre Rassinier dans cette affaire (mais on peut en douter car ils n’auraient pas manqué d’être cités dans le droit de réponse publié par le C.C.D. dans la R.P.)

Le dossier tel qu’on le consulte aujourd’hui a probablement été conservé par Monatte pour servir sa défense au cas où la polémique avec le C.C.D. ne s’arrêterait pas là.

Il contient :

Une lettre datée du 17 décembre 1934 de Rassinier à Monatte concernant la publication de l’article dans la R.P.,

Les 3 lettres de protestation et de résiliation d’abonnement à la R.P. de membres du C.C.D., Liénert, Souzy et Rosen suivies de deux lettres de réactions de Rassinier à l’annonce puis à la lecture de ces dernières, les 3 et 8 mars 1935.

Une lettre de Ducret datée du 2 mars 1935, qui croise donc les deux lettres précédentes de Rassinier.

Une réponse datée du 14 mars de Rassinier à la lettre de Ducret.

Une lettre à Rassinier du 16 mars signée de Renard, Mourlot et Carrez, instituteurs à Valentigney et fondateurs de la F.C.I.D. (Fédération Communiste Indépendante du Doubs) qui précéda la F.C.I.E.

Une lettre de Rassinier datée du 22 mars 1935 et faisant suite à l’envoi par Renard d’un courrier de protestation à la R.P. (probablement le texte qui sera publiée dans le n°196 de la revue). Rassinier joint à cette lettre sa propre réponse à Renard (pour publication) ainsi que des éléments de preuve qu’il fournit à Monatte, y compris deux pages de tableaux de comptes du journal.

Ces dernières correspondances, qui concluent le dossier, sont donc antérieures à la publication de l’article sur la F.C.I.E. dans la RP. Elles constituent un dossier dans le dossier!

Nous joignons en annexe le texte d’un compte rendu paru dans le Travailleur n°20 de décembre 1932, page 2, après le premier congrès de la F.C.I.E. qui se tint à Valentigney, le 20 novembre 1932. Il donne une idée de la répartition des responsabilités à cette date dans la F.C.I.E. et le « Travailleur », indique la volonté de faire croître le mouvement à l’échelle nationale (F.C.I.) ou même internationale, et fournit aussi un instantané du moment où le C.C.D., par la présence de Souvarine et Rosen, se met à peser d’un poids qui finira , un an plus tard, par déstabiliser complètement le Travailleur et la F.C.I.E.

Notons enfin que les messages annonçant le Congrès de Valentigney dans les numéros précédents du « Travailleur » n’évoquaient ni la présence de Souvarine, ni sa conférence.

Les passages manuscrits que nous n’avons pu déchiffrer ou sur lesquels nous hésitons sont entre crochets.


Lettre de Rassinier à Monatte datée du 17 décembre 1934 portant la mention « 24/02 ».

33, faub. Des Ancêtres
Belfort

Mon cher Monatte,

Je vous adresse ci-inclus le papier sur la Fédération communiste indépendante de l’Est et le Travailleur. Je ne suis pas un littérateur et encore moins un théoricien : je me suis efforcé de faire de mon mieux. Si toutefois cette étude ne vous donnait pas satisfaction, je vous demanderais de bien vouloir me la renvoyer car je n’en garde pas le double.

Maintenant, il y a une chose sur laquelle j’attire votre attention : la Fédération communiste indépendante de l’Est et le Travailleur n’ont été, à mon sens, qu’un peu d’humeur du mouvement ouvrier, un de ses multiples furoncles dont il est couvert et qui a percé dans notre coin. L’histoire n’en est pas glorieuse et n’est faite que de petites choses. Je m’excuse d’être descendu jusqu’aux plus petites d’entre ces petites choses, au paragraphe intitulé « la rançon »… Par ailleurs, je formule des critiques, j’émets des points de vue que vous ne ferez sans doute pas vôtres : il serait peut-être bon que vous fassiez précéder l’étude d’une introduction comme je l’avais demandé à Chambelland… mais cela est votre affaire.

Enfin, si vous étiez disposé à publier en un seul numéro – ce qui me paraît souhaitable – et si vous pensiez que ce papier peut vous attirer des sympathies dans ce milieu favorable au développement de la R.P. que formaient les abonnés du Travailleur, j’ai sous la main la liste complète de tous ceux qui ont souscrit un abonnement, du premier au dernier jour de sa vie…. Un bon milliers d’adresses, je crois…. Je vous suggère une chose qui me paraît être un excellent moyen de propagande : faire une introduction critique de mon papier (une page en italique, par exemple), publier tout en une fois et envoyer à tous ceux qui furent abonnés au Travailleur…. Je vous enverrais la liste en communication, vous me la retourneriez après coup : ça nous coûterait peut-être 250 fr mais ce serait de la bonne propagande…. De toute façon, réservez moi une trentaine d’exemplaires du n° : je les ferai placer ici….

Bien fraternellement

Paul Rassinier


Lettre de désabonnement de Liénert à la Révolution Prolétarienne datée du 23 février 1935, reçue le 27 février 1935 et portant les mentions
« Rassinier » et «  Sera supprimé à l’échéance 30 avril 1935 ».

Le Perreux, le 23.2.35

Service Administration de la « Révolution Prolétarienne ».
54 rue du Château d’Eau
Paris

Ancien abonné et phalangiste du « Cri du Peuple », abonné depuis 1929 à la R.P., je vous prie de noter que je me désabonne de votre revue.

Cette décision est motivée par l’article sur la Fédération Communiste Indépte de l’Est de Rassinier, paru dans le dernier numéro du 10 courant.

Cet article, en effet, rapporte les faits d’une manière grossièrement mensongère et calomnieuse. Et cela vous le savez ou vous devriez le savoir. Il vous était d’ailleurs très facile de contrôler les dires de l’auteur en consultant les autres militants en vue de la Fédération, notamment les initiateurs du mouvement, Renard et Ducret.

Comme l’article de Rassinier est, par ailleurs, une élucubration ridicule, il n’a pû paraître dans la R.P. Qu’à un seul titre, comme tentative de discréditer les membres du Cercle Communiste Démocratique et principalement le camarade Souvarine, et cela au mépris de la vérité.

Je m’étonne que certains camarades, comme Charbit et Pera, acceptent de tels procédés.

Pour mon compte, il ne m’est plus possible de suivre une publication dont je viens de reconnaître la déloyauté.

Salutations socialistes

Signé : Liénert

E. Lienert. 3 Allée de l’Alma. Le Perreux (Seine)


Lettre de désabonnement de Jean-Jacques Soudeille, dit Souzy, datée du 16 février 1935 et portant la mention
« Lettre reçue par moi le matin 19/2 »

Jean Soudeille
15, rue de l’Alma
LYON (1er)

Révolution prolétarienne
Paris

Camarades,

Le dernier numéro de la R.P. contient au sujet de la Fédération Communiste Indépendante de l’Est un factum dont le contenu ne me surprend d’ailleurs pas, étant donné son signataire. Ce qui m’étonne un peu plus et m’écoeure c’est de vous voir accueillir un papier dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est fort éloigné de toute objectivité et de quelque valeur documentaire que ce soit. La seule explication possible, c’est que vous avez jugé bon, pour satisfaire à vos griefs, justifiés ou non, contre les partis politiques en général et le Cercle Communiste démocratique en particulier, de marier vos ressentiments à la rancune d’un homme qui s’est jugé lui-même.

Un examen consciencieux et honnête de ce que fut l’expérience du Travailleur et de la Fédération Communiste Indépendante, de ses faiblesses et de ses erreurs, même entrepris par un adversairre de tendance, eût pu présenter un grand intérêt. Mais un conglomérat de ragots, où la petitesse d’esprit est le trait dominant, et où la mégalomanie morbide de l’auteur suinte à chaque ligne, ne saurait tenir lieu, ni d’une étude objective, ni même d’une critique intelligente. Comme il ne vous était pas possible de ne pas vous apercevoir de cela, il faut bien conclure que vous avez recueilli ça en connaissance de cause.

Les camarades de l’Est pourront, s’ils en ont le cœur, discuter sur des affirmations dont aucune ne répond à la vérité. Je ne veux pour ma part, en tant qu’ancien collaborateur du Travailleur, que dire ceci : placé par ses camarades à un poste, non pas d’ailleurs en raison de sa valeur, comme il l’a cru, mais pour une raison de résidence, un militant ose se vanter d’avoir « supprimé » le journal de son seul mouvement, au lieu de le remettre à ceux qui le lui avaient confié ; et qui plus est, il n’a pas craint d’augmenter un déficit que d’autres que lui paieront, en publiant trois numéros pour exposer son seul point de vue, exhaler sa rancœur de n’avoir réussi à persuader personne de son importance, et torpiller l’organe. Un tel homme mérite peut-être l’accueil de vos colonnes, mais, en plus, le mépris des révolutionnaires honnêtes de toutes tendances.

La forme dégénérée du bolchevisme occidental a fait décidément plus de ravages qu’on ne pouvait le craindre.

Salut communistes,

Signé : Souzy


Lettre de désabonnement de Charles Rosen (Rosensweig, dit aussi Ronsac) datée du 25 février 1935 et portant la mention
« Vu. Supprimerai à l’échéance ».

Paris, 25 février 1935

Camarade Monatte,

Lecteur de la R.P. depuis le n° 1 et abonné depuis pas mal d’années, je me trouve maintenant dans l’obligation de me désabonner.

Je suis en effet extrêmement surpris, ou plutôt indigné, de constater qu’une revue qui se prétend révolutionnaire, sérieuse et propre s’abaisse jusqu’à publier – sur sept pages et demie massives ! – « l’article » inqualifiable sur la F.C.I.E.

Je ne m’attarderai pas à relever ici les innombrables mensonges, calomnies et extravagances de l’ex-acolyte de Jacob – maintenant candidat S.F.I.O. – qui ne cessa de duper et d’escroquer ses ex-camarades de l’Est et de Paris.

Secrétaire du Cercle mis en cause, j’ai été assez souvent dans l’Est et j’ai dans mes archives suffisamment de documents – et de lettre de votre nouveau collaborateur – pour édifier et éclairer sur cette triste aventure les camarades honnêtes dont certains ne sont malheureusement pas dupes. Une brève mise au point du Cercle ne tardera d’ailleurs pas à vous parvenir, avec prière d’insérer.

En attendant j’ai tenu, camarade Monatte, à vous exprimer personnellement le dégoût que m’inspirent vos méthodes. Etrange manière de ne pas faire de politique.

Entendez par là que l’empressement avec lequel vous avez accueilli les élucubrations du brillant historien d’une « expérience régionale » me touche et m’attriste infiniment plus que ce qu’il raconte.

Et je ne suis pas le seul, parmi vos lecteurs et abonnés à éprouver ce sentiment.

Signé : Ch. Rosen

Ch. Rosen
20 Bd de l’Hôpital (5e)


Lettre de Rassinier à Monatte datée du 3 mars 1935 et portant la mention
« 4/3/35 »

Belfort
18 rue de la République, le 3 mars 1935.

Mon cher Monatte,

Je reçois une lettre de Chambelland me disant que trois protestations violentes de camarades du cercle communiste démocratique vous étaient arrivées. Je ne sais pas s’il est utile et fructueux de polémiquer avec le C.C.D. Mais si vous le jugez opportun vous pourriez toujours me faire venir lesdites lettres avec les autres que vous pourriez éventuellement recevoir. Dans le coin, le n° de la R.P. Est arrivé ces jours derniers et j’ai déjà reçu quelques lettres approbatives. D’autres régions, il m’en est venu une de Rollo qui se déclare entièrement de mon avis et une autre de Boris Goldenberg du S.A.P.

Je suis bien de votre avis : c’était sur place qu’il eut fallu travailler surtout. Mais, des départs régionaux sont peu à escompter dans l’atmosphère d’aujourd’hui. En tout cas, ils auraient beaucoup de peine à être soutenus par les autres régions lesquelles ne sont pas au niveau indispensable pour comprendre déjà qu’elles doivent s’y intéresser. A mon sens il faudrait essayer de susciter des initiatives et de leur imprimer une direction. Il faudrait qu’il y ait quelque part un centre de ralliement. La R.P. n’est malheureusement pas propre à rallier. Il y a en France une élite militante à laquelle il faudrait servir de centre d’intérêt. La R.P. Pourrait, conçue différemment, jouer ce rôle. Seulement il ne faudrait pas qu’elle soit exclusivement syndicaliste. Il n’y aurait pas moyen, sans changer son orientation syndicale de lui incorporer une revue littéraire, une autre artistique, une troisième politique.

Je ne crois pas qu’on puisse faire masse sur notre plateforme. Ma petite expérience du journalisme (je vais dans les imprimeries et les salles de rédactions depuis 1922) me dit qu’il faut des rubriques variées pour attirer les lecteurs. J’ai souvent remarqué qu’un individu n’était pas attiré vers un journal par tout le journal mais par une chronique seulement de ce journal. Combien lisaient l’Oeuvre pour l’article de la Fouchardière ?! Combien prennent Candide pour le « Oui et non » etc…. Vous n’avez jamais envisagé cette question ?

Dans la période actuelle, je crois qu’il y aurait quelque intérêt à ce que vous transformiez radicalement la R.P. dans ce sens. Ce serait un excellent moyen de vous attirer le personnel enseignant par exemple et les fonctionnaires en général. Qu’en dites vous ? Ce point de vue est évidemment discutable mais sans s’illusionner sur la qualité des lecteurs que vous auriez en agissant ainsi, la quantité vous mettrait tout de suite à l’aise. D’autre part, il y a un tas d’énergies disséminées dans lesquelles vous pourriez pêcher en partant à leur recherche. Les temps sont durs et il est certain que notre époque n’est pas transcendante au point de vue intellectuel mais c’est en offrant plus d’aspérités auxquelles s’accrocher que vous pourrez réussir quelques chose.

J’ai souvent pensé à cela. Je vous le dis aujourd’hui parce que la lettre de Rollo m’y fait penser.

Bien cordialement

Signé : Paul Rassinier


Lettre de Rassinier à Monatte datée du 8 mars portant la mention
 : « Rép. 10/3 »

Belfort
18 rue de la République, le 8 mars.

Mon cher Monatte,

J’ai bien reçu votre lettre et les protestations de Souzy, Lienert, Rosen que je vous retourne sous ce pli. Je suis en plein déménagement, mes papiers sont encore dans des caisses, mais, d’ici quelques jours, je vous ferai parvenir, des mêmes, des lettres qui vous édifieront sur leur degré de fourberie. Au fait, il est probable que vous les connaissiez aussi bien que moi !…

Ceci dit entendu : il faut publier la mise au point. Vous me la transmettrez. Si longue qu’elle soit – et elle le sera ! – je ne pense pas avoir besoin de plus de quinze à vingt lignes pour y répondre. Vous ferez le reste.

Sans doute, ils demanderont à Renard et Ducret de s’associer à eux. Je ne crois pas qu’ils obtiennent satisfaction, même de Ducret qui était le plus engoué d’eux et qui peut l’être resté. En tout cas, rien dans ma relation des faits ne pourra être contesté parce que je n’ai rien écrit qui ne soit corroboré par des écrits nombreux des protestataires eux-mêmes.

Ces lettres sont une ignominie. Je m’attendais à des protestations comme vous mais je ne croyais tout de même pas qu’on m’accuserait d’escroquerie, – le mot y est !… J’ai laissé de côté la solution financière du Travailleur. A ce propos, il y a une chose qu’il faut que je vous dise : quand le Travailleur a cessé de paraître, il restait dû la somme de 10,654 fr à l’imprimerie. Il n’y avait, pour couvrir que l’avoir de la société des Amis du Travailleur soit 4000 fr. Or, 4000 fr avaient été recueillis par souscription, le Cercle avait versé 500 fr, Renard 300, Ducret 100 fr, etc… Moi, 100 fr. La dette à l’imprimerie fut soldée de la façon suivante : la société des amis versa ses 4000 fr et… moi le reste !… Jamais personne ne m’a proposé de me verser le moindre centime pour m’aider. Il est vrai que claquant le journal, je n’ai jamais rien demandé. Mais, sachant cela, le sieur Souzy est mal venu d’écrire « … un déficit que d’autres que lui paieront » de même que Rosen ne manque pas de culot quand il parle d’escroquerie !!… J’ajoute que, les diverses autres petites dettes comprises, l’expérience du Travailleur me coûta personnellement près de 7000 fr, et, que ce n’est que lorsque je fus sur le point d’être saisi que les 4000 fr de la société des Amis me furent versés. Je laissais cela de côté, mais vous serez sans doute de mon avis et m’accorderez le droit de la trouver saumâtre si, de surcroît on me traite de cette façon. Je suis un pauvre diable, moi, Monatte… J’ai 29 ans, je gagne environ 1300 fr par mois. Il y a 12 ans que je milite et, je me trouve, aujourd’hui, criblé de dettes pour avoir été escroqué de cette façon partout où j’ai milité. Le communistes venaient de me faire un coup de 5 à 6000 fr quand le Travailleur m’est resté sur les bras !… Je tiens à votre disposition les papiers justificatifs de ce que j’avance et notamment les 10,654 fr de traites que j’ai couvertes avec…. 4000 fr !…

Pour le reste, il est exact que je suis entré au P.S., mais, dans ma relation même, je ne le cache pas. Et je vous avais prévenu quand vous m’avez demandé l’article, qu’ayant beaucoup de sympathies pour la R.P. Je ne partageais pas votre point de vue en tout. On ne peut donc pas dire que je vous ai abusé. Le fait que je suis entré au P.S. ne me semble, d’autre part, rien enlever au caractère révolutionnaire de mon action militante. Je peux m’être trompé, mais je suis de bonne foi. Je ne vous cache pas que les qques jours que j’ai, pour l’instant, passés au P.S. m’ont singulièrement déçu. Je ne suis pas loin de croire que je me suis fourvoyé. Je suis aussi désorienté que tout le monde et on ne peut m’en tenir grief [tout?] si simplement, je ne veux pas rester inactif, je me rends compte que l’action est nécessaire et je cherche ce qu’il faut faire pour y aboutir enfin. Si les éléments révolutionnaires arrivaient à investir le P.S. notre peine à nous tous qui y sommes entrés ne serait pas perdue. (Rollo vient d’y entrer aussi) Je crois que là est la voie. On peut me jeter la pierre mais ni Souzy, ni Liénert, ni Rosen !…

Exacte votre reconstitution de l’atmosphère dans laquelle le Travailleur a disparu. Exacte aussi votre appréciation de la S.F.I.O. mais qu’y faire ?… On a tout de même plus de chances de changer cela en y allant qu’en regardant faire, non ?…

Un mot encore : mon papier a été commenté dans la région. Je ne serais pas étonné que vous receviez des lettres du coin. Aujourd’hui même, le journal communiste d’ici consacre trois colonnes avec un gros titre à ce que j’ai écrit et le journal socialiste reproduit la conclusion sur l’unité d’action. Beaucoup de camarades belfortains m’en ont parlé dans le courant de la semaine : ils approuvent. J’ai tenté de vous faire quelques abts – mais, la R.P. est trop chère pour leurs bourses. J’ai envoyé les 20 n°s que vous m’avez adressés : si j’avais pensé à une telle publicité, je vous aurais demandé 100 numéros que j’aurais fait exposer dans les kiosques de Belfort.

A vous lire et très cordialement

Signé : Paul Rassinier

N.B. Dans les lettres que je vous ferai parvenir d’ici peu, il y en aura une de Souzy qui me confie que « les gens de la R.P. sont aussi puants que ceux de l’huma » une autre de Liénert où vous êtes personnellement accusé de gâtisme et de « débilité intellectuelle » les autres collaborateurs…. Les procédés ne changent pas : ils ont les mêmes amabilités pour tout le monde dans la maison !…


Lettre de Marcel Ducret à Monatte, datée du 2 mars 1935 et portant la mention soulignée
 : « adressée à Monatte. Vu »

Camarade Monatte,

Au reçu du N°de la R.P. publiant la maboulique attaque de l’individu Paul Rassinier contre la F.C.I.E. et le Cercle Communiste Démocratique, j’étais trop malade pour répondre de suite. Dès que j’ai pu, j’ai demandé à notre secrétaire, Louis Renard, de répondre collectivement en notre nom. Je reçois ce matin mot de lui me disant qu’il allait envoyer une protestation.

J’ignore ce qu’elle sera, mais je ne veux pas attendre d’avantage pour t’envoyer mon appréciation personnelle.

Dans cette affaire, il y a deux cas différents : celui de Rassinier, et celui de la R.P.

Je considère comme dénuée de la plus minime importance la Calomnie de Rassinier. Il continue sa besogne, tout simplement. Si c’était un autre organe que la R.P. Qui ait publié ce consommé de divagations, je m’en serais simplement amusé, et contenté d’en rire un bon coup. On n’a pas tous les jours pareille prose à déguster.

Mais votre participation à cette tentative de déconsidérer bassement des camarades qui, s’ils ont pu commettre des erreurs – dont la plus grave, et de beaucoup a très certainement été de faire confiance à Rassinier – ont agi avec le plus absolu désintéressement pour une cause qu’ils n’ont d’ailleurs pas abandonnée, [crée] le cas de la R.P. C’est le seul qui me fait t’écrire.

Probablement, je suis le camarade de notre région le plus affecté par ce misérable incident. Tu as été pour moi, depuis longtemps, 1917, un de ceux qui représentaient la conscience du Mouvement Ouvrier et Révolutionnaire. Je n’étais pas toujours d’accord avec le contenu de la R.P., mais j’appréciais son effort d’objectivité et d’honnêteté.

J’avais été déjà fortement déçu que tu n’aies pas répondu à ma lettre te demandant des explications sur ton article indiquant Souvarine comme une des responsables de la Bolchévisation, et des moeurs qu’elle a engendrés. Malgré ton silence, je me suis obstiné à espérer qu’il n’y avait eu de ta part qu’un accès de mauvaise humeur, la manifestation d’un ancien ressentiment personnel.

Aujourd’hui, il ne m’est plus possible de persévérer dans pareille hypothèse. Le papier de Rassinier, avec ses contradictions, ses mensonges évidents, son imbécillité intégrale, aurait montré clairement à des aveugles ce qu’il était : une ordure. Tu n’es pas aveugle, tu l’as publié en toute connaissance de cause.

Triste époque.

La R.P a perdu mon estime, avec son honnêteté.

Tu trouveras peut-être que ce n’est pas grand chose, que cela n’a pas d’importance. C’est cependant suffisant pour que je te prévienne que je ne me réabonnerai pas. J’étais abonné cependant dès votre 1ère année. Inutile aussi de m’envoyer un 2e N° à répandre.

Avec une déception de plus, et une illusion de moins,

Marcel Ducret, à Morre, près Besançon, Doubs.


Lettre de Rassinier à Monatte datée du 14 mars 1935.

Belfort le 14 mars 1935.

Mon cher Monatte,

J’ai bien reçu votre lettre. En effet, les ignominies de Rosen, Souzy, Liénert m’ont beaucoup touché. Celles de Ducret qui me surprennent un peu plus m’attristent plus encore. A mon avis, Ducret était un bon camarade, mais un faible. Un suiveur comme vous dites. Il y a chez lui ceci de particulier qu’il éprouve une grande difficulté à s’exprimer, à parler en public comme à écrire. Tout naturellement, il ne peut que se ranger derrière quelqu’un. S’il est, pour l’instant aux côtés de Souvarine, c’est bien plus par amitié personnelle que par amitié politique. Ils se fréquentent de ménage à ménage, Souvarine a sa confiance et ça suffit. Pendant douze ans, il a eu des rapports de même nature avec Hérard, puis, un beau jour, une question de femme – le divorce de Hérard – étant survenue entre eux deux, il n’a plus eu assez de mots pour le dénigrer à nos yeux. Vraisemblablement il en sera ainsi avec Souvarine et, un jour, une question qui n’aura rien de politique le dressera contre lui avec autant de vigueur que contre Hérard. Il en est ainsi d’à peu près tous ceux qui se sentent incapables de créer quelque chose par eux-mêmes.

Pour ce qui est de tenir le coup, soyez sans crainte. Ce que je redoutais, c’était de vous voir douter de mes écrits devant la réprobation de ceux qui avaient collaboré avec moi. Ils sont tous engoués de Souvarine. Je vous joins une lettre de Renard que j’ai reçue hier : elle contient des choses que vous ne comprendrez pas (des allusions) mais elle vous donnera une idée de ce qui les fait protester contre mon article. De petites choses, des formules peut-être un peu maladroites – à dire la vérité on n’est jamais adroit, – bien plus que des affirmations de caractère politique. En tout cas, elle n’a rien de commun avec les injures de Rosen-Souzy-Liénert et Ducret. Vous y verrez aussi que Renard me reproche d’avoir payé l’imprimerie de nos propres deniers étant donné qu’ils m’avaient dit de ne pas le faire. Évidemment j’aurais pu faire cela, mais d’un côté ce n’était pas honnête et de l’autre les règlements se faisaient par traites. Les traites une fois acceptées, j’étais bien obligé de solder…. mais cela, ce n’est rien.

N’auriez-vous reçu que des lettres désapprobatrices ?

Je vous retourne la lettre de Ducret. Renard m’annonce qu’il vous a envoyé une courte protestation…. Je serais curieux de la voir.

Bien cordialement

Signé : Paul Rassinier

Retournez moi la lettre de Renard


Lettre de Rassinier à Monatte datée du 22 mars 1935.

Belfort le 22 mars 1935.

Mon cher Monatte,

Ci-inclus ma réponse à la protestation de Renard. Je m’attendais à autre chose. A mon sens, les lecteurs de la R.P. ne trouveront aucun intérêt dans une controverse sur ce terrain. De toute évidence, je n’ai pas écrit l’article en question pour dire ce qu’on me reproche d’avoir dit. Pour rétablir la vérité, il faudrait, rien que dans ce domaine des pages et des pages, citer des lettres personnelles etc… etc… Moi, je croyais recevoir une réponse politique : au lieu de cela des riens et des questions de personnes, des coupages de cheveux en quatre sur des formules, une querelle de syntaxe au lieu d’une réfutation d’arguments…. Que voulez-vous répondre à cela ?…

Je ne puis pas croire encore que Renard se soit borné comme il le fait à aiguiller le débat sur des mesquineries…. Ma foi, j’ai répondu point par point. Je me suis contenté de ramener au débat sans amorcer le débat, vous laissant le soin de poser la question sur son véritable terrain. En sandwich comme je l’étais, entre eux et vous, pour ne pas répéter ce que j’ai déjà dit, pour ne pas dire ce que vous auriez à reprendre et à préciser, il m’a paru que je ne pourrais pas adopter de meilleure méthode.

Ceci dit, je joins à l’envoi les situations financières de fin de mois du Travailleur et quelques autres papiers pour vous édifier.

Les situations financières ne sont peut-être pas toutes là mais il y en a assez pour vous édifier sur la nature des ressources et des dépenses. Nous avons d’abord commencé par faire une dizaine de milliers de fr de juin à septembre 1932, un lancement. Après quoi, j’ai organisé la publicité et ramené ce déficit à presque rien. Seulement j’avais réussi cela en m’aidant d’arrangements financiers ; Le lancement du Travailleur bi-hebdomadaire avait nécessité l’escompte à 90 jours.

Quand, en avril, j’ai voulu reprendre ma liberté, il restait donc trois échéances à solder : fin avril pour les n° parus en février, fin mai pour ceux parus en mars et fin juin pour ceux d’avril…. Le total de ces échéances faisait une somme qui approchait 1 300 fr. Le Travailleur ne paraissant plus, il n’y avait plus de ressources pour couvrir ces trois échéances…. Il fallut donc mobiliser l’avoir des « Amis » soit 4 000 fr en espèces et 1 000 fr en créances sur les nuages…. Ce qui nous fut d’abord refusé.

Mais l’imprimerie qui nous fournissait le journal était en sérieuse difficultés : une petite boîte avec une lino, une machine à tirer modèle 1880 et un petit atelier de typo. En nous fréquentant, le Dr de ladite imprimerie et moi avions fini par nous aider mutuellement et, quand il avait une [?] pénible, il tirait de la cavalerie sur moi. Pour mon compte personnel, quand j’étais en difficulté, je tirais sur d’autres amis : nous faisions un [chapelet?]…. A fin avril 1934, date à laquelle je n’ai plus voulu assumer la responsabilité du journal pour les raisons indiquées dans mon article, ma situation financière était la suivante : j’avais accepté 1 280 fr de traites pour le Travailleur et 10,000 fr de cavalerie pour l’imprimeur. Cela, naturellement en trois échéances.

Quand j’ai présenté à Renard-Ducret et Carrez, la situation qui n’était pas terrible (j’avais toujours depuis deux ans une dizaine de milliers de traites à payer d’avance – trois mois – à raison d’environ 400 ou 3500 par mois selon le cas) ils ont fait le raisonnement suivant :

« L’imprimeur nous a fourni un article défectueux, il faut lui infliger une amende prévue dans le contrat et même plus…. »

Et ils ont évalué l’amende : ils ont trouvé qu’en lui soldant les 4 000 fr d’avoir de la société des Amis et les mille fr de traites sur les nuages, ils seraient quittes envers lui….

Eux décidaient, mais moi, j’avais signé les traites et il s’est produit ceci que l’imprimeur s’est vu au seuil d’un retour massif de 22.800 fr – 15.000 fr = 17.800 fr de traites, coup auquel il ne s’attendait pas : c’était la faillite frauduleuse !… Et moi j’ai été coincé : si je laissais filer les traites je me voyais pris dans la cavalerie par les syndics, les tribunaux, les experts, etc…. le compte de l’imprimeur était gonflé, le mien aussi…. J’ai retiré un paquet de 10.246 avec de la cavalerie et un peu d’argent…. Quand mes effets ont été à échéance et qu’il m’a fallu les couvrir, je me suis vu menacer par la banque d’être poursuivi pour escroquerie et c’est à ce moment seulement que Renard a lâché les 4 000 fr + 1 000 de en question soit vers le 21 mai…. Je ne sais si vous me comprenez bien : il faudrait des pages et des pages pour tout expliquer. En définitive, j’en ai été de 7 241 fr exactement….

Voilà.

Oui, en avril 1934 la publicité risquait de baisser mais pas dans des proportions catastrophiques : en principe il y a deux périodes pour la publicité, Pâques et septembre. En mai-juin-juillet-août, l’exploitation d’un journal est déficitaire. De même en octobre et février mais en janvier, mars, avril et septembre tout se rattrape….

Pour ce qui est du déficit, il s’est formé en deux fois. Le premier a été le lancement : en déc. 1933, il n’y paraissait plus. Est venu le bi-hebdo qui a gâté la situation. On pouvait néanmoins en sortir : il suffisait de prendre le roulement….

Je suis entré le 20 déc. dernier au P.S. Je ne voulais pas y entrer encore : je me suis laissé faire. Les camarades d’ici appartenant au P.S. m’ont chargé de lancer le journal de la Fédération [unie?] depuis 1932. Je suis actuellement en train d’en organiser les [?]. Dernièrement, j’ai repris contact avec ma clientèle ancienne de publicité : j’ai assuré déjà une quinzaine de milliers annuels de fr au journal. Entre nous, ça m’ennuie un peu parce que si, à quelques bons camarade nous avions une opinion sur une revue ou un journal quelconque – et il manque un journal socialiste révolutionnaire d’étude, de discussion fraternelle – on pourrait lui apporter cette somme qui serait sans doute mieux employée qu’à publier une prose exclusivement électoraliste ou presque. Si la F.C.I.E ne s’était pas mariée avec le C.C.D., le Travailleur vivrait encore…. parce que jamais je ne l’aurais abandonné…. Et on aurait peut-être pu en faire un organe pour une élite, un organe accueillant comme le voulait Hérard aussi bien Naville que Souvarine, Paz que Louzon etc…. Souvarine ne l’a pas voulu. Je me rends bien compte que je suis dans une fausse position au P.S. comme cela seul aux prises avec les ambitions locales et sans liaison avec les autres départements…. Mais qu’y faire….

Que deviennent les Paz ?…

Bien cordialement à vous.

Signé Paul Rassinier.

N.B. Le C.C.D. attend la parution du Renard and Co pour protester à son tour : s’ils nous amènent des petites livraisons du même genre, il y a encore de beaux jours en perspective !….


Lettre de Renard, Mourlot et Carrez à Rassinier datée du 16 mars 1935 et portant la mention manuscrite de Rassinier
« lettre reçue dernièrement ».

Valentigney le 16 mars 1935

Mon cher Rassinier

Nous ne voulons nullement continuer la discussion avec toi sur le ton où il t’a plu de l’engager.

Il est bien entendu que dans la malheureuse expérience que nous avons tentée ensemble, toi seul a eu le beau rôle, toi seul t’es sacrifié, toi seul a agi correctement, loyalement, honnêtement et admirablement. Il est non moins entendu que, nous autres, nous ne t’avons pas aidé, que nous ne t’avons pas rendu service et que nous t’avons honteusement « laissé tomber ». Il est certes convenu que tu as été heureusement inspiré en écrivant ton article dans la R.P., que nous ne l’avons pas compris, que les mots par toi employés ont un sens différent de celui que nous leur attribuons et que nous avons grand tort de ne pas nous ranger à l’avis de Rollo, Barrué et tutti quanti.

Nous nous reconnaissons battus, nous faisons notre mea culpa, nous nous inclinons : tu as raison, cent fois raison ! Comme de simples Zinoviev, ou comme ceux qui, ayant affirmé la « faillite du Parti socialiste », proclament aujourd’hui qu’il a toutes les vertus par le seul fait qu’ils y adhèrent publiquement, nous demandons l’aman et admettons la supériorité et l’excellence de tes arguments.

Ceci dit, et pour prendre congé correctement, nous te rappelons qu’au début de cette semaine (ou à la fin de la précédente) nous t’avons adressé une circulaire destinée aux 58 prêteurs de la société des « Amis du Travailleur ». C’était un papier clair, net et précis, demandant aux membres de la société d’affirmer une créance que nous nous étions engagés quatre au moins – Carrez, Ducret, Mourlot et Renard – à cautionner. – Tu nous réponds que tu feras le cinquième : nous en prenons acte. Lorsque nous aurons le total exact des créances nous verrons s’il y a bien lieu de te demander de participer au règlement.

Nous t’avons, par un mot personnel de moi-même, rappelé que tu restais redevable au groupe cité plus haut (et aux Parisiens) d’une somme de mille francs. Tu as répondu le 9 mars que tu « enverrais les 1 000 fr restants dus… sous 5 jours » Nous n’en exigeons pas tant et attendrons tes possibilités, malgré que nous soyons de si méchants garçons.

Nous te confirmons – libre à toi de mettre notre parole en doute après avoir pris connaissance de la dernière lettre adressée par Mourlot à Langrognet que « Le Travailleur » ne doit plus rien à l’imprimerie de l’Est et que tu es, à cet égard, entièrement dégagé, comme nous autres.

Enfin comme nous sommes les liquidateurs de la situation, nous te demandons :

1° si tu peux te charger de remettre ou de faire parvenir notre circulaire du 5 mars aux Camarades belfortains qui, par ton intermédiaire, ont prêté de l’argent aux « Amis ». Nous avons leurs noms, nous avons leurs adresses (Brussière, Ursule, Clerc, etc…)

2° D’affirmer et d’établir la créance particulière que tu crois avoir sur nous, du fait du millier de francs que tu dis avoir versés personnellement en notre nom à l’imprimeur.

3° De nous transmettre les factures impayées que tu posséderais encore.

Après examen de ces deux dernier points, s’il y a lieu et selon nos ressources, nous procéderons au règlement, mais dans un délai que nous fixerons d’un commun accord.

Cordialement et solidairement,

Signé : Louis Renard, Mourlot, Carrez

Les correspondances reproduites ci-dessous et qui ont principalement trait aux rapports entre le C.C.D. et la F.C.I.E. portent sur une période antérieure, et sont proposées par Rassinier à Monatte comme preuve de sa bonne foi.


Lettre de Ducret à Rassinier datée du 3 décembre 1933.

Morre, – Dimanche 3/12/33.

Mon cher Paul.

Rosen m’a remis samedi soir ta lettre. Elle était inutile. Jusqu’à ce jour, je n’ai encore jamais eu besoin d’encouragements pour dire, devant n’importe qui, ce qui me semblait utile. Je suis allé à Paris pour défendre ce qui me semble l’intérêt du Mouvement ; ce n’était pas pour garder en moi ma façon de voir.

Bernier s’était trompé. Il n’y avait pas réunion du Cercle, mais simplement d’une partie pour la Critique Sociale. Une bonne vingtaine de présents, suffisant pour une discussion.
Je n’espérais pas changer complètement l’opinion du Cercle, mais simplement lui faire sentir la nécessité financière du Bi, et consentir un plus gros effort de collaboration régulière.

La discussion amicale qui a suivi les exposés de Bernier et moi, m’a montré que l’opposition unanime du Cercle à notre projet est beaucoup moins de principe que « pratique ». Les camarades craignent que les défauts du journal soient encore aggravés : irrégularité de parution, fautes d’impression, etc.. . Surtout ils ont protesté contre des retards de publication de certains articles, ou suppressions, et surtout contre des mutilations ou transformations d’articles.

J’ai expliqué, sans pouvoir donner de grandes précisions, que cela devait sûrement provenir de circonstances matérielles, en dehors de ton pouvoir, mais que, si les faits cités venaient de ta volonté, je ne pouvais t’approuver, et te demanderais de respecter scrupuleusement la pensée des camarades.

De même, en prévision de craintes possibles qui ne m’ont pas été exprimées, j’ai déclaré que nous consentirions tous toutes les garanties qu’ils désireraient afin que le journal ne dépende pas d’un seul camarade, et que j’étais à même de certifier que tu m’approuverais certainement de cette offre.

Ce qui a amené la question Petitgand. Tout le Cercle est enchanté de l’embauche de P. par Langregnet. Mais P. va se mettre dans une telle situation avec sa famille qu’il serait bon que Langregnet précise son offre par écrit. J’ai garanti la parole de L.. Néanmoins, qu’il envoie donc un mot.

Petitgand pourra venir de suite. J’en suis enchanté car je le crois un copain épatant : intelligence certainement supérieure, culture générale et politique très poussées, dévoué et désintéressé. Bien décidé aussi à en mettre un bon coup pour Langregnet, jusqu’à son départ pour le S.M. En avril prochain. D’ici là, il pourra nous aider sérieusement pour le bon départ et une assise solide du Bi, et pour des réunions.

Attributions : Administration : exclusivement Rassinier. Partie politique : en commun. En cas de non accord, en référer à Renard ou au Cercle. Mais ce dernier pense à ce sujet que ce sera surtout entre vous deux une question d’entente confiante et de bonne camaraderie. P. ne va pas à Belfort pour te contrôler ni te surveiller, et de mon côté, j’ai expliqué que nous ne considérions pas le journal comme notre propriété, que tu n’en es pas le Directeur ni le Rédacteur en chef, – que le journal était au service de l’ensemble du Mouvement, – que tu centralisais la copie, la suscitait, remédiant forcément à son manque, etc… et que, ce qui primait absolument, c’était le travail fraternel, en bons copains.

Collaboration : Le Cercle va réunir toutes les semaines son comité de Rédaction. Impossible 2 fois par semaine. Je crois que nous pouvons compter sur une collaboration plus abondante et plus régulière, surtout si le journal s’améliore, et si les reproches signalés plus haut ne peuvent plus nous être adressés.

Tout ceci en vitesse. J’ai expédié ce matin de la poste de Lyon un télégramme à ton adresse : « Opposition principe maintenue, mais feront effort pour aide sérieuse. » Je suis assez fatigué, et t’écris en hâte afin que tu aies bientôt ces renseignements complémentaires, car je dois partir d’urgence demain matin dans la Hte Saône pour 2 jours. Si ce n’était dimanche aujourd’hui, je t’aurais téléphoné. Je te renvoie la lettre de ta femme ; c’est bien triste. Je ne réponds pas à la dernière partie de ta lettre car je ne la comprends, ni ne me l’explique. Pour moi, le Cercle est la seule organisation marxiste actuelle, que nous devrions autant craindre de perdre que s’il s’agissait de nos yeux.

Bien amicalement,

Signé : Illisible

Lettre de Rassinier à Ducret datée de décembre 1933. C’est de toute évidence une réponse au compte rendu fait par Ducret le 3 décembre précédent, suite à sa participation à une réunion du C.C.D. Elle porte la mention suivante de la main de Rassinier, visiblement à l’intention de Monatte : « Double d’une lettre que j’ai envoyée à Ducret. Sa lecture vous servira peut-être ! »

BELFORT DECEMBRE 1933

Marcel DUCRET
à Morre par
BESANCON

Mon cher Marcel,

Reçu ta lettre ce matin : je ne suis pas d’accord avec les jugements que tu portes sur le Cercle ni avec ta conception du journal.

I°) LE CERCLE : Je te l’ai déjà dit, tu t’emballes trop facilement. Tu n’as pas plutôt vu un copain avec lequel tu n’a jamais été en rapports directs qu’immédiatement tu le baptise un as. Il y a dans ce domaine deux défauts qu’il faut éviter : trop de scepticisme d’une part, trop d’optimisme de l’autre. Je t’ai entendu parler de Rabaud et de Petitgand : je ne porte aucun jugement sur eux, ni en bien ni en mal et avant d’émettre une opinion, je veux d’abord les voir à l’oeuvre. En ce qui te concerne, tu ne peux pas les connaître mieux que moi sinon par ouï-dire, et ma foi, il me semble que tu devrais adopter pour un certain encore, l’expectative…

Ceci dit par parenthèse car, évidemment, pour les jugements que tu portes sur le Cercle, dans son ensemble, s’ils sont justifiés par la pratique de plus longues relations, il ne me paraissent pas plus fondés dans leurs conclusions.

Quand tu me dis que tu tiens autant au Cercle qu’à la prunelle de tes yeux, tu sais…

Moi, j’ai été longtemps à me faire une opinion sur les parisiens. Aujourd’hui j’en ai une : elle ne conclut pas à une rupture et je maintiens ce que je t’ai dit au téléphone lorsque tu m’as informé que tu avais été à deux doigts de te brouiller avec eux, mais, elle ne leur est pas favorable. Vois-tu, il faut être un peu plus pondéré que cela, et je suis obligé de me rendre cette justice que, dans ce domaine, malgré mon tempérament explosible, je le suis plus que toi.

Dernièrement encore, j’ai demandé à Souvarine la collection complète de la Critique Sociale, pour asseoir définitivement mon opinion. Je l’ai reçue par retour de courrier, il y a une quinzaine. Et je l’ai lue attentivement d’un bout à l’autre. Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire ni dans l’un, ni dans l’autre des numéros qui m’ont été envoyés.

DU POINT DE VUE DOCTRINAL : ils sont marxistes. Mais le marxisme prête à tant d’interprétations différentes et souvent contradictoires…

DU POINT DE VUE INTELLECTUEL : rien de transcendental, une vaste érudition…

DU POINT DE VUE DE L’ACTION : rien. Il est vrai que la Critique Sociale est une revue…

J’ai beau m’interroger, je ne vois pas ce qui motive ton enthousiasme.

Mais il y a autre chose.

Quand nous sommes partis avec le Cercle en novembre 1932, je n’avais aucune prévention contre personne. Souvarine, au contraire, m’avait fait une excellente impression.

Les histoires que j’ai eues avec eux m’ont bien secoué ; tu peux le croire. Aussi bien en août, qu’en mai et en décembre de l’an dernier. Notre entretien de l’autre jeudi avec Bernier m’a définitivement fixé : aujourd’hui j’ai des préventions contre le Cercle et je ne m’en cache pas.

a) Bernier a dit le fond de sa pensée au dîner.

b) ta lettre confirme tout. Et quand je dis ta lettre je sais ce que je veux dire : si je comprends bien, les explications que j’ai données au sujet des articles et qui n’ont pas convaincu Bernier, ne sont pas admises à Paris non plus. Alors, que veux-tu, je suis en présence de gens qui révoquent en douce [sic] ce que je dis : il m’est, dans ces conditions absolument impossible de continuer la discussion… On t’a fait un tas de reproches sur la façon dont j’assurais le secrétariat de rédaction. En vain, j’ai demandé qu’on précise : jamais rien que des accusations générales… Cette attitude en dit long sur ceux qui les portent… Moi, j’appelle ça mentir…

Faisant abstraction de tout ce qu’il y a de personnel dans le débat, j’en arrive à un autre aspect sous lequel il faut envisager la question : Incontestablement les camarades du Cercle ont une idéologie. Cette idéologie est ce qu’elle est. Pour ma part j’en adopte les conclusions sinon dans leur totalité, du moins dans l’essentiel : il n’y a guère qu’en ce qui concerne le degré d’importance des différents problèmes auxquels elle [son du?] que je puis faire des réserves mais…

Mais dans le courant de l’année, nos relations avec le Cercle, ne nous ont pas été favorables. Nous avons eu par lui, une cinquantaine d’abonnés. Je ne sais pas si tous se réabonneront, mais jusqu’à présent, je sais par Jane Lienert qu’un groupe a quitté le Cercle avec Laurat et que, probablement mes traites me reviendront refusées dans le courant de cette quinzaine. On verra pour les autres : le mouvement de ces abonnés sera intéressant à suivre et je n’y manquerai pas.

En contre partie, tu sais bien les refrains que nous avons entendus toute l’année. C’est nous qui avons l’oreille partout et si on ne ment pas vers nous plus carrément, c’est précisément à cause du Cercle. Beaucoup de bons camarades qui ont de réelles sympathies pour nous se tiennent à l’écart pour cette raison : tu le sais aussi bien que moi. Je ne sais pas si à Reims tu as parcouru les groupes comme moi, mais, que n’ai-je pas entendu de la part de Frétiaux, de Barrué, etc… etc…

Voici, je me résume : politiquement et idéologiquement, rien qui puisse nous engouer. Tactiquement, à peu près tout pour nous [?…blanc] la prudence. Ceci dit, je maintiens qu’il faut continuer à travailler avec le Cercle et, personnellement, quoi que j’en aie, je ferai tout pour que nos relations restent fraternelles. S’il ne tenait qu’à moi, le problème serait posé et résolu d’une autre façon… Mais nous sommes loin les uns des autres, nous ne tenons pas souvent des assises régulières et quand nous en tenons, nous sommes poussés par le temps, les problèmes qui se posent ne peuvent être examinés au fond de surcroît, par lettre, on s’explique mal et souvent on ne se comprend pas mutuellement. Mettons en chacun du nôtre en attendant… Mais je t’assure, toi tu engoue facilement.

2°) LE JOURNAL là, mon vieux, je suis complètement en désaccord avec toi.

Je considère le « TRAVAILLEUR » comme étant l’organe de la FCIE et non un organe commun. D’ailleurs, le Cercle qui a parlé en juillet de faire un journal pour lui est de cet avis. Un jour, Rosen l’a écrit dans un article… alors il ne faut pas être plus royaliste que le roi : le « TRAVAILLEUR » est notre journal et le Cercle y collabore, c’est tout.

Je t’ai entendu souvent dire que nous n’attendions que le moment favorable pour le passer au Cercle. D’abord, ça ne presse pas. Ensuite, au moment où notre chiffre d’abonnés nous permettra de vivre exclusivement sur le plan national, le problème se posera d’une autre façon : nous aurons des groupes, nous devrons en référer, un peu dans tous les départements. Si tout ce monde là, veut confier le canard à Souvarine, ce sera fait, tu sais quand le « TRAVAILLEUR » partira pour Paris, si le Cercle se met en lice, autant que j’en puisse juger par la façon dont l’enfant se présente aujourd’hui, il y a de fortes chances de rester sur le carreau. On ne peut pas être et avoir été. Notre champ de développement sur le plan national, c’est la F. de l’E. dans laquelle Souvarine a une réputation acquise. Tu m’as dit un jour qu’il serait notre Lénine. Hum !… Tu auras des déceptions de ce côté…

Maintenant, je veux bien te dire que s’il n’y a pas de devoirs sans droits, il ne doit pas y avoir non plus de droits sans devoirs. Pour l’instant le Cercle, ne participe pas à la vie financière du journal ou, plutôt, il y participe pour environ 50 abonnés sur 700 en moyenne. Il serait assez cocasse qu’il émette la prétention d’une simple petite parcelle de propriété. Surtout après avoir tiqué pensant six mois pour lacher cinq cent balles à la société des amis… Tu me diras qu’il participe à sa vie idéologique ? D’accord, mais sou cet angle nous lui avons fourni une tribune qu’il ne trouvait nulle part ailleurs, et c’est tout. Qu’il s’estime heureux si on admet que le journal est celui de la FCI et que l’accord intervenu entre les deux organisations, il s’y exprime en toute liberté. Voilà. Je suis maintenant d’accord pour qu’on lui accorde des garanties… Si Petitgand vient ici, il les aura ou plutôt, il n’y aura rien de changé car les garanties, il les avait sans en vouloir convenir.

Qu’il me soit permis pour terminer que je ne me suis jamais considéré comme le Directeur du « TRAVAILLEUR » Il a toujours été admis que j’étais secrétaire de rédaction. Mais, le journal n’étant pas une tribune libre (nous l’avons tous admis au début) le secrétaire de rédaction doit avoir des droits (vous me les avez accordés à Pâques, chez moi, et tout le monde unanimement m’a reproché de n’en pas avoir usé au sujet du papier d’Hérard et du tien) Ces droits, je veux les conserver ou les passer à un autre. Je suis mandataire de la FCIE et responsable devant elle, révocable aussi, à tout instant par elle. Si je fais mal mon travail, il y en a d’autres auxquels je céderai volontiers la place…

J’avais demandé qu’on limite les attributions pour le cas où Petitgand viendrait ici. Ta proposition d’égalité de droits ne me plaît pas mais je l’adopte pour faire preuve de bonne volonté. Cette solution est une inconscience (Petigand n’a aucune idée de ce qu’est un journal dont les ressources sont ce que sont les nôtres, personne ne les connaît, il partira dans trois ou quatre mois, etc…) surtout pour un bi-hebdomadaire. Mais cette inconscience sera réparée dans une large mesure par la bonne camaraderie, je l’espère. Vois-tu, Marcel, nous sommes un journal bizarre : nous vivons sur des bases extraordinaires, nos ressources sont dans des proportions phénoménales, fonction de notre contenu, l’administration et la rédaction sont fonctions l’une de l’autre, on ne peut pas les séparer. La même main, doit tenir le gouvernail de tout (c’est d’ailleurs comme ça dans tous les journaux et la fonction de Directeur se justifie)

J’aurais mieux aimé qu’on dise : Petitgand fera le journal et Rassinier le mettra à la coule de tout, ou bien, Rassinier continuera à être responsable. L’affaire aurait mieux marché commercialement et politiquement… J’ai déjà donné mon opinion là-dessus : il faut un maître – Vois la boîte Langrognet où il n’y en a pas… Nous nous entendrons probablement avec Petitgand mais en cas… Alors, nous en référerons à Renard au Cercle.

Je m’excuse de t’écrire tout cela. Mais, je le pense, alors, il faut que je le dise. D’ailleurs, en quittant le P.C., je suis redevenu moi et je veux le rester longtemps encore. Je suis capable de beaucoup d’enthousiasme et quand je m’attache à quelque chose, j’y mets du mien, tu peux être sûr. C’est pourquoi je voudrais quand même qu’on suive de près le développement du journal et qu’on ne marche jamais qu’avec prudence dans toutes les directions. Après, quand je ne m’en occuperai plus, il deviendra ce qu’il pourra mais, présentement j’ai une assez claire notion de mes responsabilités.

Bien cordialement,

Copie d’une résolution du Cercle Communiste démocratique datée du 15 Décembre 1933, probablement suite à la lettre de Ducret à Rassinier du 3 décembre dont le CCD a dû recevoir copie. Le texte tapé à la machine comporte une mention de la main de Rassinier : « [COPIE] d’une résolution du Cercle » ainsi que des paragraphes ou passages soulignés et deux corrections, manuscrites elles-aussi.

COPIE :

Paris le 15 décembre 1933

Au camarade RENARD
Secrétaire de la F.C.I.E.

Cher camarade,

Le cercle tient à préciser par écrit son opinion au sujet du bi-hebdomadaire, la lettre de Ducret datée du trois courant nous ayant montré que tous les malentendus sont loin d’être dissipés.

Notre désapprobation est à la fois de principe et de pratique, car nous ne concevons pas d’antinomie entre les deux. Ceci dit, et trop longuement expliqué de vive voix pour que nous nous étendions encore, nous sommes toujours prêts à vous aider dans toute la mesure de nos moyens, et aussi dans la mesure où de votre côté on accueillera comme il se doit notre collaboration.

Au sujet de Petitgand, dont le départ représenterait une grande perte pour notre Cercle et un sacrifice personnel méritoire de sa part, nous tenons à souligner une fois de plus qu’il ne s’agit pas pour nous de trouver un emploi à notre camarade mais de répondre à votre appel réitéré. Vous m’avez dit plusieurs fois que Rassinier était trop seul à Belfort et qu’il désirait lui-même un collaborateur. C’est la seule raison de notre proposition. Mais nous ne laisserons pas partir Petitgand sur des incertitudes.

Samedi dernier, le Cercle a renoncé à tenir une réunion spéciale hebdomadaire consacrée au « Travailleur » du fait que le journal nous arrive rarement le samedi et que les collaborateurs ont besoin de voir le dernier numéro avant de rédiger leurs articles pour le numéro suivant, ne serait-ce que pour savoir ce qui a été inséré ou ce qui reste au marbre. ‘Samedi dernier précisément, personne n’avait reçu le journal). Nous nous occuperons donc du « Travailleur » au début de notre réunion régulière du jeudi.

Il importe maintenant d’améliorer la rédaction et les rapports normaux entre Belfort et Paris par des mesures concertées qui définissent mieux les attributions et responsabilités. A ce propos, le Cercle vous fait les propositions fermes ci après :

I. Rassinier serait nommé secrétaire de la rédaction et c’est la C.E. Qui jouerait le rôle de directeur ou de rédacteur en chef en cas de difficulté qui aurait par conséquent qualité pour faire passer toute « N.D.L.R. » engageant la politique du journal. (Nous ne parlons pas ici des N.D.L.R. De caractère administratif ou secondaire)

2. Suppression d’une des rubriques « Avec le sourire » « En vrac » « Ca et là » qui émiettent par trop la matière de chaque numéro. D’ailleurs, le dernier n° semble aller au devant de nos désirs à cet égard.

3. Insertion des articles ou entrefilets envoyés de Paris tels que les auteurs les ont écrits, depuis le titre (sauf impossibilité typographique) jusqu’à la signature (ou à l’absence de signature) quand ces textes viennent de camarades plus anciens dans le mouvement, plus expérimentés ou plus compétents que le secrétaire de rédaction, lequel a toujours la ressource d’en référer à Valentigney en cas de désaccord.

4. Réduire au minimum les textes sur l’espéranto.

Ne jamais passer en première page, les articles de membres du P.S. comme (Rougier) et tendre plutôt à s’en passer.

Il va de soi, comme nous l’avons dit et répété à Ducret, que personne d’entre nous ne songe à méconnaître le dévouement de Rassinier à l’oeuvre commune, mais nous sommes également dévoués à cette oeuvre et pensons que Rassinier sera le premier à comprendre nos mobiles comme à admettre le souci de mieux organiser notre coopération n’a rien de désobligeant pour personne.

Fraternellement à vous,

Le Cercle Communiste Démocratique


Avis de reparution envoyé aux abonnés du « Travailleur » par Carrez, Mourlot et renard le 7 juin 1934. Il porte la mention manuscrite de Rassinier à l’intention de Monatte :
« Ceci prouve que je n’ai pas étouffé le Travailleur. Cette circulaire a été adressée quand j’ai eu plaqué. Conclusion : ils ont essayé de relancer le journal et ils n’ont pas pu…. »

Valentigney le 7 juin 1934

Cher camarade,

A la suite de grosses difficultés financières le Travailleur avait dû interrompre sa parution. Son silence aura duré exactement un mois – après une action soutenue de deux ans (mai 1932 – fin avril 1934) – et vous allez le recevoir à nouveau. Peut-être serons-nous dans l’obligation de le faire paraître quelquefois sur une feuille.

Nous avions pensé le relancer seulement en automne. Mais devant l’insistance des camarades de la région de Montbéliard Belfort, Besançon et à la suite de nombreuses lettres montrant combien il avait su se créer de sympathies, compte-tenu aussi de la nécessité qui nous est dictée par les événements, nous avons estimé qu’il fallait faire un nouvel effort.

Nous aimons à croire que vous vous y associerez au point de vue rédactionnel, – et si possible pécuniairement. La moindre obole sera très favorablement accueillie. Notre ligne politique – pour le regroupement des forces prolétariennes par le nouveau parti dont les comités antifascistes actuels laissent espérer qu’il n’est plus une chimère – demeure la même.

Bien cordialement.

J.Carrez, E. Mourlot, L. Renard

Adresser toute la copie à Louis Renard Instituteur à Valentigney pour le lundi au plus tard, la poster le dimanche.

Transmettre les fonds, souscriptions, abonnements à J. Carrez Instituteur à Valentigney, Chèque postal Dijon N° 251.25.

Publicité : E. Mourlot Directeur de la Fraternelle de Valentigney (Doubs)

Pour conclure et en contraste absolu avec le mépris qu’ils afficheront en 1935, une lettre datée de 1932 (2 décembre) de Renard à Rassinier, sur papier à en-tête de la Fraternelle de Valentigney, portant la mention manuscrite de Rassinier à Monatte : « Retournez moi cette lettre de Louis Renard. Elle m’est précieuse. » Le contexte immédiat est les suites du Congrès de novembre 1932 à Valentigney où Souvarine fit une conférence et où furent tracées les perspectives d’extension de la FCIE en FCI nationale.

Valentigney le 2 décembre 32

Mon cher ami

Que voilà une bonne lettre. Enfin ! Elle nous a mis le coeur en joie, à Mourlot, à Carrez et à moi. Deux mots en hâte pour te le dire. Et pour te féliciter de ton dévouement à la cause. Car, en somme, si le canard a tenu, s’il commence à se développer, c’est à toi que nous le devons. Quel soupir de soulagement nous avons poussé, les uns et les autres. Et quelles magnifiques perspectives.

Je te répondrai en détail, mais dans l’instant, je puis te dire : 1°) que nous sommes d’accord pour un lancement en janvier à 20 ou 25 000 ; – 2° que nous allons à nouveau prospecter la région de Montbéliard ; – 3° que Mr B[?] sera reçu désormais comme il t’a reçu toi-même ; 4° qu’il y aura prochainement réunion de la C.E. – Dès que j’aurai terminé les réunions de la Frat. (je commence dimanche, avec 2, et j’en ai six autres dont 5 publiques, jusqu’au 22!) n/ organiserons l’Assemblée constitutive de la Coop. – T’enverrai détail sous peu : 5 300 à 5 500 souscrits ; plus 3 000 versés. Sans compter l’aide promise par Paris. – Tu seras contrôlé, sois tranquille. D’ailleurs, avec la Coop. Le Travailleur, il faut un commissaire des comptes. Je voulais d’ailleurs te demander une situation bi-mensuelle.

Mourlot va t’envoyer de 2 à 300fr. Je te retournerai demain (je t’écris en classe) la lettre de Barbier que j’ai seulement parcourue.

Beau papier, le nouveau journal. Mais traits noirs un peu trop épais. Ne trouves-tu pas ? Ca fait deuil. –

Bien cordialement, et continue.

De notre côté, nous ferons aussi ce que n/ pourrons

Signé : illisible

Sont également jointes au dossier deux feuilles de tableaux chiffrés (l’une manuscrite « Situation financière du journal », l’autre tapée à la machine à écrire « Situation financière au 31 janvier 1934 »)

En annexe à ce dossier, l’article consacré au Congrès de la F.C.I.E. Du 20 novembre 1932 à Valentigney :

Le Congrès de la Fédération Communiste Indépendante de l’Est

Notre congrès s’est tenu dimanche à la coopérative de Valentigney. Bien des camarades ne purent y prendre part en raison de la difficulté des communications ; aussi les militants de la région de Montbéliard-Audincourt-Valentigney étaient-ils les plus nombreux. Mais d’autres étaient venus aussi de Besançon, de Pontarlier, de Belfort. Et le Cercle Communiste Démocratique de Paris, invité à prendre contact avec la Fédération était représenté par Souvarine et Rosen.

Le bureau est ainsi formé : Président, L. Renard ; assesseur, Monnier, secrétaire, Rosen.

RENARD

Dans son allocution d’ouverture, le président souhaite la bienvenue aux assistants et remercie les deux camarades venus de Paris. Il rappelle le rôle de Souvarine dans la fondation et le développement du mouvement communiste en France et dans l’Internationale.

Renard évoque les condition où fut constituée la Fédération Indépendante, d’abord du Doubs, puis de l’Est.

Le but en est clair : rendre au mouvement révolutionnaire la physionomie propre, la vie et l’activité qu’il eut dans le passé. Cela exclut pratiquement toute tentative de redresser le Parti communiste dégénéré. Renard n’a jamais songé à une expérience désormais aussi vaine ; pas davantage à rentrer au parti socialiste ni à adhérer au parti intermédiaire de l’Unité Prolétarienne.

Puis, l’orateur rappelle le premier manifeste de la Fédération Indépendante du Doubs, publié dans le n° 1 du « Travailleur » ; reprenant les principes essentiels qui y sont définis, il montre qu’ils restent valables. Il signale qu’à Paris, le Cercle communiste démocratique poursuit depuis longtemps les mêmes buts : oeuvre dans le même sens et s’est tout naturellement intéressé à l’initiative prise dans la région. D’autres points de la France, des encouragements et des sympathies nous sont envoyés. Il ne faut pas décevoir les espoirs placés en notre petit mouvement. Le premier manifeste, les articles de Renard et d’Hérard (Partis nouveaux) dont le thème vient d’être fortement précisé par Hérard dans son dernier article : Où allons-nous ?, telles sont, conclut Renard, les idées essentielles dont s’inspire le mouvement renaissant et en voie d’extension.

HERARD

Rapporteur sur le premier point de l’ordre du jour, Hérard pense que, pour la clarté du débat, il faut poser quatre questions.

Peut-on redresser le P.C. ? Peut-on aller au P.S. ? Au P.U.P. ? Peut-on constituer un nouveau Parti ? Il faut examiner ces questions objectivement en se débarrassant de tout préjugé d’ordre sentimental.

Au Parti S.F.I.O. ? Rien à faire. La question pose toute la valeur, tout l’avenir de la Social-démocratie. 1914 : L’expérience de la guerre, de l’après-guerre révolutionnaire, la participation dans différents pays, la position actuelle du parti socialiste, le condamnent à tout jamais, en font un « appendice de l’Etat bourgeois », « le successeur du parti radical ».

Le Parti Communiste ? Nous le connaissons trop. Les « tournants » successifs ne sont que de dangereuses manoeuvres destinées à entretenir des illusions. En attendre un changement est vain. On ne redresse pas un parti que la dépendance totale de l’Etat Soviétique a transformé en « machine à répéter les mots d’ordre » sans pensée propre.

Les groupes d’opposition ? Leur seul but : redresser le P.C. Et l’I.C. Suffit pour les juger. Les militants vraiment hors du parti n’ont plus de ces illusions. Et Hérard précise : « Même le redressement paraîtrait-il souhaitable, il suffit qu’il soit impossible pour qu’on se refuse à predre son temps à y travailler.

Le P.U.P. ? Sa seule raison d’être, c’est l’unité de deux partis aux principes absolument contradictoires. Encore une illusion décevante que la dernière démarche a confirmée. Les dirigeants du P.U.P. Eux-mêmes ne croient pas à l’unité, la savent irréalisable. Ils peuvent rester quelque temps encore sur une position équivoque, ils n’en sont pas moins destinés à rejoindre la S.F.I.O.

Alors, que reste-t-il à faire ? Un nouveau parti. Tâche peu aisée, peu souriante. On essaiera de nous montrer comme des « diviseurs ». Peu importe, si nous aurons [sic] été les plus honnêtes, ceux qui auront vu le plus juste, le plus clair. Le nouveau parti est une nécessité historique.

Comment constituer ce parti ? Sur la base de certains principes essentiels. C’est la nécessité du nouveau part qui nous différencie d’abord de tous les groupes d’opposition et constituera le premier point d’accord minimum. Les principes, nous les retrouverons à la base du premier manifeste du Doubs ; et Hérard reprend à son tour ce manifeste point par point : indépendance organique des syndicats, démocratie à tous les échelons des organisations ouvrières, etc… Sur la révolution russe, Hérard se prononce pour la dictature provisoire et impersonnelle du prolétariat contre la « dictature du secrétariat ». La personnalisation du mouvement, le culte d’un individu, même d’un Lénine, sont contraires à l’essence même du communisme. A plus forte raison l’apologie systématique du secrétaire actuel du parti blochevik. L’orateur, reprenant le passage du manifeste dur la « défense raisonnée » de la révolution russe estime que l’on ne doit pas indéfiniment considérer celle-ci comme un « bloc ». L’apologie mystique, servile ou fanatique, non seulement ne sert pas la révolution russe, elle lui est néfaste.

LA DISCUSSION

Ducret constate qu’il faut refaire le même travail qu’au début. En 1920, nous avions avec nous l’enthousiasme suscité par la révolution russe, le mécontentement général consécutif à la guerre, l’afflux du prolétariat aux organisations… Aujourd’hui, les conditions sont plus mauvaises. Si, à l’époque nous n’avons à combattre que la social-démocratie, à présent nous nous heurtons à la fois au réformisme et aux faux communistes. Il n’en faut pas moins s’atteler à la besogne, car le nouveau parti répond à un besoin profond du prolétariat. Il faut s’efforcer de regrouper et d’éclairer les forces conscientes, d’élever le niveau culturel, de préparer les cadres du mouvement futur.

Mourlot, appuyé par Renard, propose à l’assemblée de demander à Souvarine d’exposer son point de vue et le rôle du Cercle Communiste Démocratique de Paris.

Souvarine juge inutile de faire un historique du Cercle pour éviter d’encombrer la discussion de considérations étrangères.

Il constate l’accord spontanément établi entre la Fédération Communiste Indépendante et le Cercle Communiste Démocratique sur les point essentiels : impossibilité de redresser les partis existants et par conséquent de coopérer avec les groupes d’opposition qui se réclament de ce programme ; solidarité persistante avec l’esprit des premiers congrès de l’Internationale Communiste tenue [sic] du vivant de Lénine, sans accorder de valeur dogmatique à leurs résolutions ; respect du mouvement syndical, à soutenir dans l’action et à influencer par une propagande communiste loyale ; défense critique et raisonnée de la révolution russe contre tous ceux qui la compromettent ou la menacent à l’intérieur ou à l’extérieur ; démocratie dans les organisations politiques et coopératives de la classe ouvrière comme dans l’Etat ouvrier.

Dans ces conditions, Souvarine estime superflu de développer ces vues et s’associe aux paroles d’Hérard, de Renard et de Ducret. Il ne reste plus qu’à envisager les moyens de s’entraider, de travailler en commun dans la même direction, pour la même cause.

Hérard propose, étant donné cet accord général, de communiquer au Cercle Communiste Démocratique le manifeste du Congrès, qui paraîtra dans le « Travailleur ». L’assemblée accepte cette proposition.

Renard intervient sur la question des rapports avec les autres partis. Une invitation a été reçue du P.U.P. Pour un débat à Besançon le 27 novembre. Les camarades tombent d’accord pour y participer mais étant entendu qu’il y sera défendu et préconisé le point de vue défini au Congrès.

Ducret ne pense pas qu’il faille à tout prix rester en « termes corrects » avec nos adversaires soi-disant socialistes ou communistes dont l’activité, contraire aux intérêts du prolétariat est véritablement contre-révolutionnaire. Ce qu’il faut à la classe ouvrière, c’est une « cure de désintoxication » impossible si l’on s’interdit une critique sévère des partis.

Renard voudrait plutôt ignorer les communistes du parti, que polémiquer contre eux à l’excès.

Souvarine estime qu’il ne faut pas contribuer au dégoût général par l’emploi des méthodes dont le mouvement a trop souffert. Ce qui importe, c’est de rester ferme sur les principes : il sera ainsi d’autant plus facile d’éclairer les militants sincères, mais égarés par le parti communiste.

Rassinier intervient à son tour sur la question de la critique sévère du P.C. soulevée par Ducret. Une telle attitude systématisée risquerait de donner trop d’importance à un parti qui, par exemple dans la région, est pour ainsi dire inexistant. Une discussion s’engage sur les formes que doit revêtir la critique du parti communiste, tous étant d’accord sur le fond.

Renard clôt la discussion ; les idées essentielles dégagées seront fixées dans un manifeste clair et précis qui, après entente avec les camarades de Paris sera publié dans le journal.

LES STATUTS

J. Carrez expose, paragraphe par paragraphe, le projet de statuts de la F.C.I. De brèves discussions s’engagent sur un certain nombre de points et aboutissent à quelques modifications et additions. Le texte définitif sera publié dans le « Travailleur ».

On procède ensuite à la nomination de la C.E. En feront partie

Valentigney : Louis Renard (secrétaire fédéral) ; Emile Mourlot (trésorier fédéral) ; Jules Carrez, Henri Guental, Fernand Monnier.

Audincourt : Emile Dabin, René Zabenbulher

Soloncourt : René Coulon, Edgard Ferrand.

Pont-de-Roide : Pierre

Belfort : Paul Rassinier, Léon

Besançon : Marcel Ducret ; Lucien Hérard

Paris : Charles, délégué du Cercle Communiste Démocratique

A l’unanimité, Louis Reanard est maintenu dans ses fonctions de secrétaire général de la Fédération.

UNE CONFERENCE DE SOUVARINE

Souvarine est alors invité à faire un exposé de la situation actuelle en Russie Soviétique.

En raison du peu de temps disponible, Souvarine désire se limiter à donner aux camarades des indications qui les aideront à s’orienter eux-mêmes parmi les informations contradictoires répandues au sujet de l’Union Soviétique.

Il indique rapidement les origines du plan quinquennal, dont les promoteurs sont emprisonnés, exilés ou déportés en Sibérie et ailleurs. Puis, dans un raccourci nécessairement hâtif et peu chargé de statistique, il résume les principaux faits de la réalisation du plan ou de sa non-réalisation. A titre d’exemple, il prend les « géants » industriels comme thème pour montrer que l’achat à l’étranger des résultats de la technique ne signifie pas l’assimilation de la technique par la Russie et qu’il ne faut pas confondre la technique avec l’économie. Même un chef-d’oeuvre d’outillage n’implique pas toujours une exploitation rationnelle. Certains chiffres fallacieux ne prouvent rien, d’autres ne servent qu’à tromper : les exemples abondent. Enfin, il fallait tout ignorer des conditions de cet immense pays arriéré pour supposer qu’on y pouvait y « rattraper et dépasser » les grands Etats capitalistes en quatre années. L’expérience prouve que c’était là une utopie, mais ceux qui ne croient pas au miracles étaient fixés depuis le début. Il s’en faut de beaucoup que les résultats du plan justifient les sacrifices, les privations, les souffrances imposées aux générations présentes.

Sur l’agriculture, Souvarine observe que l’introduction de 125 000 tracteurs à la campagne n’a pas accru la surface ensemencée, nettement en régression relative du fait de l’accroissement de la population. La collectivisation forcée a coûté l’extermination de plus de la moitié, de près des deux tiers du bétail. Les tracteurs ne compensent pas encore la perte des chevaux. Le rendement à l’hectare baisse pour différentes raisons : création d’une énorme bureaucratie rurale parasitaire ; retards persistants et prolongés dans les ensemencements ; incompétence professionnelle dans l’emploi des tracteurs ; défaut de marchandises à échanger conter les denrées agricoles ; sévices infligés aux paysans, etc… Il s’ensuit une demi-famine, très aiguë dans de vastes régions comme l’Ukraine et aggravées par l’exportation de céréales et autres produits agricoles nécessaires à l’alimentation du peuple russe, mais jetés à bas prix sur le marché extérieur pour payer tant les services des techniciens étrangers que les machines achetées en divers pays.

Le niveau matériel des classes laborieuses est donc très misérable. Tous ceux qui ont des parents ou des amis en Russie Soviétique savent que ceux-ci leur demandent d’envoyer de la farine, des pâtes alimentaires, du riz, etc… Quant au niveau culturel, c’est pis. Que reste-t-il des libertés conquises par le prolétariat russe ? Poser la question, c’est mettre en cause le caractère socialiste des méthodes de réalisation du plan quinquennal. Car selon l’expression même de Lénine «  sans démocratie, il n’y a pas de socialisme. » et pour savoir quel degré de liberté est accordée aux travailleurs de Russie, il suffit de constater le sort de milliers de communistes emprisonnés, déportés, exilés sans raison avouable et sans justice. La dictature d’une nouvelle caste privilégiée ne peut instaurer le socialisme ni le communisme, même avec l’édification indéniable de nouvelles usines fabriques dont la taille n’implique nullement un progrès économique réel et dont la production avariée, bien que d’un prix de revient exorbitant, est encore loin de satisfaire aux besoins élémentaires de la population laborieuse. Dans bien des pays capitalistes, il existe aussi des barrages géants, des entreprises géantes, mais pas de socialisme : le nombre de mètres cubes de béton ou de kilowat heure ne change rien à la question, dans l’avenir immédiat.

A la suite de ce résumé très attentivement écouté, Souvarine répond aux questions qui lui sont posées et les met à profit pour ajouter bon nombre de précisions.

LE JOURNAL

Rassinier raporte la situation du Travailleur.

La ligne politique, jusqu’à présent parfois imprécise, s’inspirera dorénavant des principes définis du congrès et fixés dans le manifeste qui en sera l’expression. Il espère voir s’améliorer sensiblement la formule journalistique et la rédaction, d’autant plus qu’on peut maintenant compter sur une collaboration régulière des camarades du Cercle Communiste Démocratique, notamment en ce qui concerne les questions internationales.

L’orateur apporte quelques précisions sur l’administration et les finances du journal. Le Travailleur a en ce moment près de 750 abonnés. Seules, les deux régions de Valentigney-Audincourt et Belfort contribuent réellement au rayonnement par la vente au numéro. La nécessité s’impose de stimuler d’autres régions, notamment celle de Besançon. Ducret et Hérard s’engagent à prospecter sérieusement cette région, tant du point de vue des abonnés que de la publicité et de la vente au numéro, en s’efforçant d’y constituer un groupe.

Une discussion s’engage ensuite sur les divers moyens de diffusion du journal, notamment la vente à la criée, par trop négligée. Des modalités sont adoptées pour remédier à cette situation. De même pour la publicité : des décisions et engagements sont pris par les camarades pour augmenter les résultats déjà acquis. Avant de clôturer le Congrès, Renard rappelle la décision de constituer le Travailleur en société coopérative anonyme au moyen de souscription d’actions individuelles de 100 francs, de demi-actions de 50 francs et de parts de 25 francs. A l’heure actuelle, 5 000 francs sont déjà souscrits, dont 3 000 versés. Il fait appel aux efforts des militants de la Fédération pour accélérer la souscription et la rentrée des fonds, de manière à permettre la constitution rapide de la société envisagée.

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