P.S.-1553

INDEX

« Pour répudier le nazisme, je n’ai pas besoin, moi, de l’accuser de crimes qu’il n’a pas commis. Ceux qu’il a commis me suffisent largement. »
Paul Rassinier, juin 1964

Les articles retranscrits ci-dessous sont extraits des numéros de mai et juin 1964 de la « Voie de la Paix ». Le premier texte de Rassinier répond à un comte-rendu paru dans le numéro précédent de ce même journal de la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire, au Théâtre de l’Athénée évoquant aussi les polémiques qui ont entouré ses représentations et mettant en cause Rassinier lui-même. Ce compte-rendu par le chroniqueur théâtral Pierre-Gabriel Fabrègues fut le premier acte d’une campagne qui aboutira en octobre 1964 à la démission de Paul Rassinier de l’U.P.F. et la cessation de ses activités à la Voie de la Paix.

Malgré un sujet d’abord difficile pour le néophyte (la juste appréciation du déroulement des débats dans les Comptes Rendus du Tribunal de Nuremberg) la lecture de ces articles contribue grandement à la bonne compréhension du « Dossier Gauchon ».

Rappelons que ce dossier consultable au CEDIAS et dont nous publierons bientôt l’essentiel, devait être communiqué par Jean Gauchon au Conseil d’Administration de l’Union Pacifiste de France en novembre 1964 dans le but d’exclure immédiatement et définitivement Rassinier de l’U.P.F. et de lui interdire toute publication future dans son journal. La démission préalable de Rassinier, qui rendit cette manoeuvre superflue, ne fut pourtant qu’un sursis avant l’éclatement du mouvement début 1966, son principal fondateur Emile Bauchet emportant avec lui le journal « La Voie de la Paix ».

On ne peut que souligner – comme le font justement Rassinier et à sa manière Gauchon lui-même dans leurs articles – l’incongruité fondamentale de cette controverse dans un journal pacifiste de tendance libertaire. Comment en effet, dans ces milieux, prendre au sérieux la question de l’appréciation sans expertise, par un Tribunal d’exception, des aveux d’un prisonnier de guerre appartenant au camp des vaincus, et, qui plus est, dont le suicide aussi mystérieux qu’opportun interdisait tout contre-interrogatoire ? Les « documents » originaux eux-mêmes s’avéreront d’ailleurs opportunément introuvables quelques années plus tard, quand on se décida à les expertiser…

Le contexte de cette controverse (commencée dans le Monde) est brièvement résumé dans l’article de Gauchon.

Sur la forme, on doit concéder que Rassinier, à force de raccourcis favorables à son interprétation (citation de la lettre de Fauvet…), tend des bâtons pour se faire battre, et Gauchon a beau jeu de s’en saisir pour conforter son ressentiment et alimenter son dossier d’exclusion.

Sur le fond, il nous semble que Rassinier maîtrise bien mieux que Gauchon les arcanes des Comptes Rendus du Tribunal de Nuremberg et soit en terrain bien plus ferme sur le plan de la doctrine pacifiste libertaire comme nous l’indiquions ci-dessus.

Gauchon, dans son dossier rédigé quelques mois plus tard, se plaindra à bon droit que ni Bauchet, ni Rassinier ne lui aient soumis le dernier état de la réponse de Rassinier avant publication des deux points de vue, alors que lui leur avait soumis la sienne.

Bauchet aura sans doute pu rétorquer à l’avocat Jean Gauchon que la parole revient en dernier lieu à la défense…

Quoi qu’il en soit, le débat ayant été déclaré clos dans la « Voie de la Paix », on ne sait rien d’une éventuelle réponse que Gauchon aurait pu faire publier ailleurs.

Il n’y avait sans doute rien à ajouter.

Les photocopies dont nous disposons ne permettant pas toujours une claire identification des mots imprimés en caractères gras, nous avons fait de notre mieux pour les discerner, sans pouvoir garantir la pertinence de nos choix. Pour une meilleure compréhension du texte, nous avons parfois (très rarement) modifié la ponctuation (surtout des virgules mal placées ou manquantes). Quelques lignes entières avaient été omises ou interverties à la composition, ce que nous avons rectifié en le signalant. Les erreurs de saisie de notre fait seront corrigées au fil des relectures.

Jean Plantin des éditions Akribeia, auteur en 1990 d’un Mémoire de maîtrise d’histoire consacré à « Paul Rassinier (1906-1967) socialiste, pacifiste, révisionniste » a eu l’amabilité de nous communiquer ses copies d’articles de la « Voie de la Paix ». Nous ne saurions trop lui exprimer notre reconnaissance pour nous avoir ainsi épargné les ingrates heures de recherches et de copies nécessaires à la constitution d’une telle collection.


LA VOIE DE LA PAIX
N° 142, mai 1964


TRIBUNE LIBRE

REPARLONS DONC DU « VICAIRE »

Invoquer, comme le fait Fabrègues dans sa dernière chronique théâtrale, le Dr Schweitzer, le Chanoine Lichtenberg, le Pasteur Boegner, Mgr Saliège, Albert Camus – et même le Canard Enchaîné ! – pour authentifier les faits et les dires relatés dans Le Vicaire, ne me paraît pas très sérieux : pour éminentes que soient toutes ces personnalités, ni l’une ni l’autre d’entre elles n’ont été les témoins de ces « faits » et de ces « dires » et, d’autre part, ni l’une ni l’autre n’en ont étudié le dossier historique. Nous savons aussi ce que vaut cette manie familière à tous ceux qui ne sont pas très sûrs de ce qu’ils disent et qui consiste à s’abriter derrière un grand nom : Aristoteles dixit fit des dégâts considérables au Moyen âge et, plus près de nous, tous ceux qui ont cautionné le pacifisme d’un Einstein et nous l’ont jeté à la figure en 33-39 en sont bien revenus lorsque, en 1945, il donna, fût-ce la mort dans l’âme, le feu vert à la bombe atomique. Enfin, dans cette liste impressionnante de « témoins », il en est au moins un qui n’a rien authentifié du Vicaire : Camus, lequel s’est borné à dire après Mauriac, qu’il n’avait pas « entendu » Pie XII parler. Plus encore que ce qu’on entend – Jeanne d’Arc témoignait qu’elle avait entendu des voix – ce qu’on « n’entend pas » est sujet à caution en matière de preuve : à l’époque, Camus n’avait pas entendu non plus les plaintes qui montaient des camps de Vorkuta, Makronissos, Carrière, La Noé, etc… mais moi qui avais sans doute l’oreille mieux exercée que lui en matière d’histoire, je les entendais au contraire très bien. Le même phénomène s’est produit pour Pie XII que j’ai entendu protester 55 fois par notes diplomatiques, deux fois par encyclique – Mit brennender Sorge (1) et Summi Pontificatus – et quatre ou cinq fois par lettres, mandements ou discours. Je publierai, pour l’édification de Fabrègues, tous ces textes dans une étude que je suis en train de mettre au point sur les « faits et les dires relatés dans Le Vicaire. » Un dernier mot sur la rigueur de l’argument : si l’on considérait que tout ce que Camus n’a pas entendu n’a pas été dit, l’histoire se trouverait d’un seul coup vidée d’un certain nombre impressionnant de vérités pourtant historiques. Quelle que soit l’estime en laquelle j’ai tenu Camus, il ne m’est pas possible de ne pas dire cela : lui-même, d’ailleurs, ne considérerait pas que je fais injure à sa mémoire en le disant.

Il n’est pas plus sérieux d’invoquer les témoignages écrits – ou réputés avoir été écrits – par Kurt Gerstein et Rudolf Hoess, commandant du camp d’Auschwitz.

Du premier, j’ai déjà dit :

1° Qu’il était un document si faux que le Tribunal de Nuremberg qui a pourtant avalé bien d’autres couleuvres, ne l’a pas retenu à charge contre les accusés.

2° Que l’ayant démontré à Mr Jacques Fauvet du Monde, celui-ci n’en a, du coup, pas jugé utile (j’ai sa lettre) de prolonger la controverse.

Ajouterai-je qu’il en existe quatre versions assez différentes pour être considérées comme outrageusement contradictoires et, qu’elles ont toutes quatre été présentées comme authentiques par le même homme à de dates différentes ? Qu’en présentant la quatrième (Terre Retrouvée, 1-4-1964) ce même homme, M. Poliakov, du Centre de documentation juive de Paris a avoué (enfin!) que « le dossier de Kurt Gerstein a disparu du Dépôt Central d’Archives de la justice militaire française » et son « ignorance des pièces » qu’il contenait ? Un document devenu subitement fantôme, en somme et que jamais plus personne ne pourra consulter. Comme je comprends cette disparition soudaine ! Outre les asphyxies de Juifs « par fournées de 700 à 800 dans des chambres à gaz de 25 m2 de superficie » (c’est dans la pièce et, en passant, ça n’a pas frappé Fabrègues) il contenait une évaluation totale des pertes juives à 25 millions de personnes en Europe et, dans le détail, à 28.300.000 (cf. attendus 125, 126 et 127 du Jugement de Jérusalem qui ont expurgé ces évaluations du document lequel les contient pourtant).

Quant au témoignage de Rudolf Hoess, il est si plein de contradictions – des chambres à gaz construites à Auschwitz, à une page sur ordre de Himmler qui, à une autre page n’a jamais donné cet ordre ; 3 millions d’exterminés à une troisième page et 1.130.000 internés au total à une quatrième ; etc… – qu’il est visiblement un apocryphe rédigé ou rewrité par des ignares et que, à la barre du Tribunal de Francfort, le Dr Broszat, Directeur de l’Institut d’histoire contemporaine de Munich et témoin de l’accusation, est venu dire (27,2,1964) qu’ « en matière de chiffres, on ne pouvait pas lui faire confiance ».

Question : sur le reste, pourquoi alors le pourrait-on ? Et si, de hasard on le pouvait, entre deux affirmations contradictoires (cf. ci-dessus) laquelle retenir ?

Ceci dit, c’est délibérément que je n’ai retenu de l’article de Frabrègues

– ni l’émotion qu’il a éprouvée en entendant la pièce tirée du Journal de Anne Frank et en voyant des films comme Nuit et Brouillard, Le Procès de Nuremberg, Kapo ou l’Enclos ;

– ni le calembour par lequel il règle le problème de la statistique qu’il produit.

Mon excuse est :

– dans le premier cas que, n’étant pas lyrique – c’est si difficile d’être encore lyrique quand on a été, près de deux années durant, témoin oculaire de Nuit et Brouillard ! – mais au contraire victime de la déformation professionnelle, j’ai commencé d’abord par m’interroger sur l’authenticité des documents qui sont l’appui de toute cette littérature écrite, parlée et en images ce qu’emporté par l’émotion, Fabrègues n’a visiblement pas fait. A sa décharge : n’étant pas du métier, peut-être n’a-t-il jamais entendu parler du Rapport Bryce dont les 65 volumes de documents de Nuremberg sont le pendant et qui, comme eux, avait déjà déclenché, au lendemain de l’autre guerre, une campagne germanophobe de même nature que celle dont nous sommes victimes depuis 1945.

– dans le second cas, mon excuse est que je n’ai pas d’esprit, que je le sais et que, par voie de conséquence, je n’ai aucun goût pour le calembour dont Boileau aimait à souligner que sa principale vertu était de faire… « d’un mot obscur, tout l’esprit des sots. »

Que maintenant Fabrègues ne se vexe pas si je lui dis pour terminer qu’à chacun son métier, même si, par les gens du métier, les vaches ne sont pas forcément toujours bien gardées : elles le seront, de toutes façons, toujours mieux que par ceux qui n’en sont pas.

Paul Rassinier

(1) On sait, mais on le tait que, Pie XI ne connaissait pas l’Allemand, cette encyclique qui porte sa signature a été rédigée par Pie XII alors cardinal Pacelli son Secrétaire d’Etat qui, dans Summi Pontificatus, par lequel il augura son règne, en reprit le thème.

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LA VOIE DE LA PAIX
N° 143, juin 1964

Sur quatre pages (2 signées Gauchon, 2 Rassinier) Émile Bauchet entend mettre un terme à la polémique autour du Vicaire. La lecture du « Dossier Gauchon » prouvera qu’il se trompait lourdement. Les deux pages consacrées au point de vue de Gauchon contiennent en encadré une courte introduction signée Bauchet que nous donnons ici en avant-propos :

Innocent ?

Coupable ?

Voilà des interrogations qui, lorsqu’il s’agit de juger un criminel, sont redoutables ! Elles sont plus redoutables encore lorsqu’il s’agit de juger des peuples.

Pour nous, les responsables des guerres furent toujours les gouvernants, plus ou moins poussés par des forces occultes. Ce sont eux qui ont imposé la guerre à leurs sujets au nom du « droit de la force ». D’où, à leur demande, la préparation psychologique des peuples au moyen de mensonges officiels, voire de faux, pour faire croire que ce « droit » est une face de la justice.

Mais la guerre, crime des crimes qui entraîne nécessairement les pires violences et les pires exactions, n’a rien de commun avec l’équité. Si on ne condamne pas la guerre dans son principe même (ce « droit de la force » qui est le plus bas degré de la justice), on est mal venu de s’étonner et de s’indigner des crimes de guerre qui en sont la conséquence. La guerre est inhumaine, et vouloir l’humaniser est pur pharisaïsme.

Notre rôle ici, entre autres, est de dénoncer les mensonges.

La vérité est seule capable de désarmer les haines.

Car si la haine, selon la parole du sage Bouddha, répond toujours à la haine, quand donc la haine finira-t-elle ?

A propos du « document Gerstein », abondamment utilisé par les nationalismes vainqueurs pour les besoins de leur cause, on verra ci-dessous, par les thèses contradictoirement exposées par Gauchon et Rassinier, sur lesquelles nous ne reviendrons plus que cette recherche de la vérité n’est pas chose facile.

Il nous a paru nécessaire, pour que nos lecteurs se fassent une opinion sur la question, de publier simultanément les deux études, en dépit de leur longueur. De ce fait, notre mise en pages habituelle est un peu modifiée. Nous nous en excusons.

E.B.

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Voici maintenant la thèse de Gauchon :


A propos du « Vicaire » – LE DOCUMENT P S-1553

Avant d’aborder un sujet qui soulève des controverses, il est nécessaire, en préliminaire, et afin de dissiper toute équivoque, que soient précisés très brièvement deux points essentiels, qui me tiennent à coeur, mais que je ne pourrai développer, étant donné la longueur de cet article :

1°) Les autorités anglaises, américaines, françaises et russes, coupables d’inexpiables forfaits dont Hiroshima et Nagasaki restent les deux plus beaux fleurons, n’étaient absolument pas qualifiées pour juger les actes de banditisme des chefs allemands.

2°) Proclamer, à propos de la barbarie hitlérienne, la responsabilité collective et unilatérale du peuple allemand est une stupidité, un mensonge et un obstacle criminel à la compréhension humaine. Car il faudrait alors y adjoindre, en particulier, la responsabilité du peuple français, coupable d’avoir laissé ses maîtres (marchands de canons et valets ministres à leurs ordres) élaborer l’ignoble traité de Versailles et imposer Hitler à l’Allemagne désarmée en lui fournissant les capitaux et les munitions.

Cela dit, abordons le fond du problème.

I – LES FAITS

La pièce de théâtre « Le Vicaire » est bâtie, en grande partie, sur une déposition faite par un officier allemand, Kurt Gerstein, chef des services techniques de désinfection de la Waffen S.S.

De cette déclaration, il résulte que Gerstein, en 1942, rencontra à Lublin le Général Globocknick. Celui-ci lui expliqua comment dans sa région, les juifs étaient exterminés au gaz d’échappement des moteurs Diesel. Il cita plusieurs camps où ce système fonctionnait. Et il chargea Gerstein de l’améliorer au moyen d’un gaz plus toxique, aux effets plus rapides.

Puis Gerstein fut conduit aux camps de Belzec, de Treblinka et de Madaïnek, où il visita les installations. C’est au cours d’une de ces visites qu’il vit arriver un train de 6 700 déportés (dont certains étaient déjà décédés). Les malheureux (hommes, femmes, enfants), déshabillés, cheveux coupés, furent entassés dans les chambres à gaz. Je passe les détails, atroces à lire. Et ce fut la mort !

Gerstein, bouleversé, put alerter l’ambassadeur de Suède à Berlin, qu’il rencontra à trois reprises. Il tenta également de mettre au courant le nonce apostolique.

Gerstein fut fait prisonnier par les troupes françaises en mai 1945 à Rottweil, dans le Würtemberg. Transféré en France, il se suicida, en juillet de la même année, dans sa cellule de la prison militaire.

Parmi les très nombreux documents saisis par les autorités américaines en Allemagne, la déposition de Gerstein, à laquelle étaient annexées d’autres pièces destinées à la compléter, fut extraite par M. Dubost, Procureur français, en vue de son utilisation au premier procès de Nuremberg, sous le n° américain PS-1553 (auquel fut alors ajouté le n° français RF-350).

Par la suite, elle fut également produite par l’accusation dans différents procès, dont le procès Eichmann.

Et là commence la controverse.

Dans un article paru dans « La Voix de la Paix » de janvier 1964, Paul Rassinier déclare :

« Je n’assisterai pas au procès de Frankfort ? On y pourra en toute tranquillité produire à la barre des documents aussi outrancièrement faux que celui sur lequel repose l’argument du Vicaire qui fait actuellement scandale à Paris tous les soirs ? »

Dans le numéro suivant, il complète son explication :

« L’argument de la pièce est un faux historique si outrageusement faux que le Tribunal de Nuremberg lui-même refusa de le retenir à charge contre les accusés. »

Et il conclut :

« L’argument du Vicaire est un mensonge et une infamie. »

C’est cette thèse que, sous une forme plus adoucie, il envoya au « Monde » qui publia des extraits de sa lettre dans son numéro du 26 décembre 1963.

Mais « le Monde » fit suivre la publication de cette note :

« Il est exact que, pendant le procès de Nuremberg, le Président écarta cette pièce des preuves apportées par l’accusation française. Tirée des documents de la délégation américaine, elle n’avait pas encore été authentifiée sous serment. Cela se passait le 30 janvier 1946, à l’audience du matin. Lorsque les débats reprirent, dans l’après-midi, l’avocat général britannique, Sir Marxwell-Fyfe, expliqua que ce rapport ainsi que tous ceux de la série PS avaient été authentifiés par des officiers américains. La Cour décida alors de le prendre en considération. »

Par la suite, Rassinier fit savoir à notre rédaction qu’il avait adressé une deuxième lettre au « Monde » pour indiquer qu’il s’agissait là d’une nouvelle erreur : que Jacques Fauvet lui avait répondu qu’en effet, c’était lui, Rassinier, qui avait raison, mais que, pour ne pas « prolonger la controverse », il n’en dirait rien à ses lecteurs. D’où la protestation parue à ce sujet dans « La Voie de la Paix » de février 1964.

Mais, pour plus de détails, nous décidâmes d’aller aux sources.

II. – LES DÉBATS DU 30 JANVIER 1946

Les sources sont tout simplement le texte officiel en langue française du Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal Militaire International de Nuremberg.

Comme « Le Monde » l’a déclaré, il a été question du document Gerstein à deux audiences : celles du matin et de l’après-midi du 30 janvier 1946.

A. – L’audience du matin.

Et d’abord, pourquoi le Tribunal aurait-il rejeté ce document ? Rassinier le précise dans son livre « Le véritable procès Eichmann » (p.80) :

« Son histoire est si étrange, son contenu si visiblement apocryphe que le Tribunal refusa d’en entendre la lecture (tome 6, p.377) et qu’il ne fut pas retenu à charge contre les accusés. »

Or, si l’on se reporte à la page 377 citée en référence (il s’agit de l’audience de l’après-midi), on s’aperçoit que le Tribunal ne rejette aucun document, ne refuse aucune lecture, mais que, bien au contraire, le Président demande la lecture partielle de douze factures de gaz contenues dans le document PS-1553.

Par contre, à l’audience du matin, le Président écarta (provisoirement) des débats le document cité, mais pas du tout pour les raisons mentionnées plus haut.

Voici, à ce sujet, quelques passages du dialogue entre le Président et le Procureur français Dubost qui s’apprêtait à faire usage du document (tome 6, p.346) :

« Le Président. – … Je voudrais savoir quelle est l’autorité qu’on peut donner à ce document : vient-il d’une des commissions établies par la République française ? »

« M. Dubost. – C’est un document américain classé dans les archives américaines sous le PS-1553… Vous avez sous les yeux tous les originaux dans la cote qui vient de nous être transmise par le greffier. »

« Le Président. – A moins que vous n’ayez un affidavit ( : déclaration sous serment faite par une autorité – note du rédacteur) identifiant ces originaux, les originaux ne sont pas une preuve par eux-mêmes : il faut prouver la véracité de ces documents que vous venez de nous fournir, soit par un témoin, soit par un affidavit. »

La discussion, courtoise, se poursuit. Elle se termine de la façon suivante, qui est capitale pour la compréhension de ce qui suivra (tome 6, p. 347)

« Le Président. – M. Dubost, la pièce 1553, pièce américaine PS, n’a pas encore été présentée au Tribunal, et le Tribunal pense qu’il ne peut prendre acte de cette pièce sans autre certificat ; et il pense qu’une brève déclaration sous serment doit être faite pour identifier le document. »

« M. Dubost. – Nous demandons à nos collègues américains du Ministère Public de nous fournir cet affidavit ; nous ne pouvions penser que ce document, classé dans leurs archives, pourrait être écarté. »

Donc, à la fin de la matinée, la situation est parfaitement claire : le rejet du document n’est pas définitif, puisque le Président a déclaré qu’il le prendrait en considération s’il était identifié « soit par un témoin, soit par un affidavit. » Aucune suspicion ne semble animer le Président à l’égard du document. Il veille simplement à ce que les preuves soient légalement produites.

A souligner aussi (fait capital) que les avocats de la défense ne sont même pas intervenus pour soutenir la thèse selon laquelle la déposition Gerstein constituerait un faux.

B. – L’audience de l’après-midi

Elle marque la victoire de M. Dubost.

En effet, Sir Maxwell-Fyfe est présent. Il vient affirmer que le document a été vérifié et a reçu l’affidavit du Commandant Coogan (tome 6, p. 375 et 376). Et le Président lui répond :

« Merci beaucoup, nous comprenons très bien cela. »

Et voici le point essentiel (tome 6, p. 376 et 377) :

« M. Dubost. – … Je pense qu’après les explications de Sir David, ce document PS-1553 sera admis par le Tribunal, puisqu’il a déjà été vérifié. »

« Le Président. – Est-ce que ce document a été lu, M. Dubost ? »

« M. Dubost. – Oui, Monsieur le Président, j’étais en train de le lire ce matin. C’est le 27° document du 2° livre de ce matin, et il a été écarté par le Tribunal parce que le Tribunal exigeait que je présente un affidavit. L’intervention de Sir David constitue cet affidavit. Je demande au Tribunal de me pardonner cette requête, mais je lui serais reconnaissant de recevoir le document qu’il a rejeté ce matin. »

« Le Président. – Très bien. »

« M. Dubost. – Je vous remercie, Monsieur le Président. »

Ce « très bien » est une approbation. M. Dubost la constate et remercie. Et le Président, qui jusqu’alors avait refusé la lecture du document, parce qu’il n’avait pas la preuve de sa validité, demande (tome 6, p.377) :

« Le Président. – M. Dubost, si vous y attachez de l’importance, ne serait-il pas possible que vous nous donniez le chiffre de ces autre factures, la quantité du gaz ? »

« M. Dubost. – Bien volontiers, Monsieur le Président. »

« Le Président. – Pour que l’on puisse l’enregistrer sténographiquement. »

Donc, le document PS-1553 (ou, plus exactement, une partie de celui-là) est alors lu à l’audience.

On est loin de l’affirmation, plusieurs fois répétée, selon laquelle, ce document étant un faux, le Tribunal n’avait pas voulu entendre sa lecture.

III. – LE CONTENU DU DOCUMENT PS 1553

A. – Le document Gerstein fut déposé au Tribunal.

Dans « Le véritable procès Eichmann » (p. 224), Rassinier écrit :

«  le Tribunal n’a voulu entendre parler ni de Kurt Gerstein ni de son récit : de la liasse de documents produits par M. Dubost, il n’a retenu que deux factures à la date du 30 avril 1944, de chacune 555 kgs de Cyclon B, l’une pour Auschwitz, l’autre pour Orianenburg. »

Or, il faut savoir que le document PS-1553 se composait en réalité de plusieurs pièces comprenant notamment, selon les déclarations orales de M. Dubost (tome 6, p. 377) ; la déposition de Gerstein (pièce capitale), des factures de livraison de gaz et les explications du chef du service américain ayant recueilli ce document.

Et le Procureur a pu déposer ces pièces au Tribunal sans que ce dernier élève la moindre observation. Bien mieux : aucun des avocats de la défense n’a protesté au sujet de ce dépôt.

B. – La déposition Gerstein était la pièce de base.

Faudrait-il alors admettre que le Tribunal, rejetant la pièce de base (déposition Gerstein), n’aurait pris en considération que les annexes ?

Certainement pas, pour la raison élémentaire que rien ne vient confirmer cette hypothèse. Je défie quiconque de trouver, dans les procès-verbaux, un passage où le Tribunal se livre à une pareille dissociation.

Rassinier affirme cependant aujourd’hui que ce sont les factures seules qui constituaient le document PS-1553. Or, force est de constater qu’il écrivait exactement le contraire, avant les représentations du « Vicaire », dans « Le véritable procès Eichmann » (p. 221) Il y déclarait que les factures «  étaient annexées à un récit en français portant la signature de Kurt Gerstein et daté de Rotweill, le 4 mai 1945. »

Bien plus, il confirme ce point de vue, à maintes reprises, dans son dernier livre, qui vient tout juste de paraître, « Le drame des juifs européens ». On y lit : « un certain nombre de factures… an- [Mots omis à la composition du journal. L’original référencé contient : – nexées à un récit en français] signé Kurt Gerstein (p.59). Et, plus loin, au sujet de la déposition Gerstein : « n’y étaient pas seulement annexées 2 factures, mais 12 » (p. 60). Plus loin encore, et toujours à propos de cette déposition, il parle « des factures de Cyclon B qui y sont annexées et DONT ELLES NE SONT QU’UN COMMENTAIRE » (p. 71). On ne saurait mieux dire !

Mais, alors que ce livre est à l’impression et que « Le Vicaire » se joue à Paris, Rassinier modifie sa position.

Dans sa lettre au « Monde », il affirme que seules les 12 factures faisaient partie du document PS-1553, le récit de Gerstein en étant exclu.

Il se base, pour se contredire ainsi en 1964, sur une phrase de M. Dubost prononcée en 1946, selon laquelle (tome 6, p. 377) « au document PS-1553 est jointe la déposition de Gerstein ». C’est se méprendre sur le sens du verbe « joindre ». En employant ce terme, M. Dubost a simplement indiqué que toutes les pièces (factures, déposition, etc.) étaient réunies (joindre – unir, réunir) en un seul document. Il n’a jamais dit que les factures en constituaient l’essentiel, encore moins qu’elles étaient les seules pièces du document.

Car il est tout à fait inexact de prétendre (lettre de Rassinier au « Monde ») « qu’à la séance de l’après-midi en question il avait surtout été décidé (C.R. des débats p. 377) d’un commun accord par le Président du Tribunal et M. Dubost, que le Document P. S. 1553 se composait uniquement de 12 factures de Cyclon B et que la déclaration de Gerstein n’en faisait pas partie. »

Que le lecteur se reporte à cette page 377 du tome 6 : il constatera qu’aucun accord (MEME TACITE) de cette sorte n’a eu lieu, que jamais il n’a été dit que la déposition Gerstein était étrangère au document. C’est le contraire qu’a déclaré M. Dubost, et le Tribunal ne l’a pas contredit.

C. – Les factures ne prouvaient rien par elles-mêmes.

Rassinier rappelle que le Ciclon B dans son usage courant, est un produit de désinfection. Il se demande alors s’il a vraiment servi également à exterminer des juifs, si même les quantités livrées aux camps ont été totalement utilisées. Et il ajoute :

« Si on ne peut pas répondre à cette question, autant dire qu’on ne peut donner aucune signification aux livraisons de Zyklon B qui ont été faites à Auschwitz… sinon que ce produit était, par définition, non un homicide, mais un désinfectant… Les factures produites ne sont, en tout cas, pas un argument qui permet d’aller au-delà de cette constatation sans sombrer dans des suppositions et conjectures, les unes et les autres absolument, indiscutablement et, le plus souvent scandaleusement gratuites. » (« Le drame des juifs européens » p.73)

Je souscris entièrement à ces paroles. Si le Tribunal n’avait retenu que des factures n’ayant aucun sens par elles-mêmes, ç’aurait été une stupidité. Il était donc dans l’obligation de retenir en même temps les explications fournies par Gerstein au sujet de ces factures. Et ce n’est qu’à la lumière desdites explications et d’autres similaires, relatant l’usage criminel du Cyclon B, qu’il a pu énoncer dans son jugement du 1er octobre 1946, à propos des juifs (tome 1, p. 264) :

« Tous ceux qui le pouvaient encore devaient travailler ; ceux qui étaient hors d’état de le faire étaient exterminés dans des chambres à gaz, après quoi l’on brûlait leurs cadavres. Certains camps de concentration, tels que Treblinka et Auschwitz, furent principalement choisis à cette fin. »

En conclusion, résumons le raisonnement en deux temps de Rassinier, en reprenant ses propres termes :

1er temps – Le Tribunal « n’a pas voulu entendre parler du récit de Gerstein. »

2e temps – Ce faisant, il n’a retenu que les factures qui, détachées de ce récit, n’avaient plus « aucune signification ».

A croire que le Tribunal était composé d’aliénés !

IV – LE SORT DU DOCUMENT PS-1553

A. – Le Tribunal a retenu à charge ce document

Rassinier fait la distinction entre un document « déposé » ou « pris en considération » (qui n’est pas forcément retenu par la suite) et un document « retenu à charge ». Selon lui, la déclaration de Gerstein aurait été déposée subrepticement par M. Dubost, mais le Tribunal ne l’aurait pas retenue à charge.

Rappelons d’abord que le dépôt de cette déclaration n’eut rien de clandestin. Bien au contraire, M. Dubost déclara nettement qu’il versait au débats, avec les factures, le récit de Gerstein.

Constatons ensuite que les termes « déposés, pris en considération, retenus à charge » ne figurent pas dans les procès-verbaux concernant le document PS-1553. Il faut donc chercher des synonymes.

On s’aperçoit alors que M. Dabost a demandé au Tribunal de « recevoir » le document, ce que le Président accepta (tome 6, p.377). Et surtout, on lit que le document sera « admis comme preuve » (paroles textuelles du Président, le matin) si « ces preuves peuvent être établies par un affidavit » (tome 6, p.346). Or, l’affidavit fut fourni l’après-midi ! Il ne s’agissait donc pas d’un simple dépôt, mais d’une admission en preuve.

Rassinier ajoute alors que tous les documents retenus à charge par le Tribunal « figuraient, soit dans l’un des livres rendant compte des débats, soit dans la liste (volume 24) des documents retenus et dans l’un ou l’autre des 18 volumes de documents, ce qui n’était pas le cas de la déclaration de Gerstein. » (« Le drame des juifs européens » p. 106).

Or, s’il est vrai que cette déclaration ne figure pas dans les 18 volumes (nous reviendrons là-dessus), elle est, par contre, mentionnée trois fois au tome 24 :

– à la rubrique des documents américains (p.414) ;

– à la rubrique des documents français (p. 440) ;

– enfin et surtout à la rubrique des noms (p. 89) où on lit : «Gerstein Kurt, Obersturmführer, VI, 377 – Doc. : PS-1553 »

Ce qui est la preuve, contrairement à l’opinion récente de Rassinier, que la déposition Gerstein est incorporée au document PS-1553.

Au surplus, dans sa lettre au « Monde » parue le 26 décembre 1963, Rassinier indique que « l’argument sur lequel est bâti le Vicaire, le célèbre document Gerstein, présenté par le Procureur français Dubost à Nuremberg le 30 janvier 1946, a été refusé par le Tribunal lui-même comme non probant ». Il s’agit bien là, sans doute possible, de la déposition de Gerstein, sur laquelle est, en effet, construite la pièce, et non des factures seules qui, comme l’a dit Rassinier, n’ont aucun sens par elles-mêmes. Or, comme il est incontestable qu’un seul document a été refusé (le matin) par le Tribunal et que c’est ce même document qui a été certifié l’après-midi par Sir Maxwell-Fyfe et accepté en preuve par le Tribunal (se rappeler les paroles de M. Dubost : «  Je serais reconnaissant au Tribunal de recevoir le document qu’il a rejeté ce matin. »), il saute au yeux que c’est bien la déposition Gerstein qui a [Ligne décalée à la composition. On la retrouve plus bas : été retenue comme preuve par le] Tribunal, avec les autres pièces constituant le document PS-1553.

D’ailleurs, même s’il était admis (à tort) que la déclaration Gerstein ne figurait pas dans le document PS-1553, le raisonnement serait encore plus simple : en ce cas, le Tribunal n’a pas rejeté cette déclaration (qui a cependant été déposée par M. Dubost) puisque la discussion aux deux audiences n’a jamais visé que la validité du seul document PS-1553.

Donc, dans les deux hypothèses, on aboutit au même résultat : si la déclaration avait été incluse dans le document PS-1553, elle a été acceptée en preuve l’après-midi ; si elle n’y était pas, sa validité n’a jamais été contestée.

Mais, répond alors Rassinier, cette déposition ne figure pas dans l’un des 18 volumes de documents. C’est exact. Mais n’y figurent pas non plus 10 des 12 factures retenues par le Tribunal (car on ne voit vraiment pas pourquoi il n’en aurait retenu que deux, puisqu’il a demandé et écouté la lecture partielle des 12). D’ailleurs, nulle part, on ne trouve trace du rejet d’une seule facture : le Tribunal a donc admis globalement les 12, ou alors il n’en a admis aucune.

En outre, il ne s’agit là que d’une question de forme, et non de fond. Et Rassinier a démontré que plus d’une fois la forme fut violée à Nuremberg. Il nous en donne un exemple : un document rédigé par un certain Kohlhammer, fut retenu à charge, et cependant il ne figure même pas à l’index des noms du tome 24, où il devrait obligatoirement se trouver (« Le drame des juifs européens » p. 41). De semblables carences ne peuvent-elles se produire pour d’autres documents ?

B. – Les règles de procédure ont-elles été observées ?

Autre argument de Rassinier : la déclaration de Gerstein ne pouvait pas être admise en preuve parce que, contrairement aux règles de procédure, elle n’avait pas été communiquée à la défense un mois avant l’ouverture du procès et parce qu’elle n’avait pas été lue à l’audience. Examinons ces deux points.

Il n’y eut pas de communication à la défense ? Nulle part il n’est indiqué que cette formalité ne fut pas remplie. Notamment, les avocats n’ont jamais protesté à ce sujet, alors qu’ils ne s’en privèrent pas à propos d’autres documents.

Par ailleurs, Rassinier nous apprend qu’une certaine pièce PS-3319 fut admise en preuve sans avoir été communiquée aux avocats (« Le drame des juifs européens » p. 40 et 41) Son argument de non-communication à la défense, même exact, n’aurait donc qu’une très faible valeur.

En outre, « le lendemain 31 janvier 1946, dans une forme telle que personne ne pouvait douter de son authenticité et de son admission comme preuve par le Tribunal, les journaux du monde entier reproduisaient sans sourciller, et chacun à sa manière, ce document dont la lecture avait été refusée à l’audience de la veille ». (« Le drame des juifs européens » p. 61)

Rappelons que cette lecture n’avait pas été refusée. Et peut-on croire que les avocats, devant cette énorme publicité terriblement préjudiciable aux intérêts de leurs clients, n’auraient pas bondi, s’ils avaient été tenus dans l’ignorance du récit Gerstein, ne se seraient pas écriés, à l’audience du lendemain, qu’ils n’avaient pas eu connaissance du document ? Invraisemblable !

La déposition Gerstein n’a pas été lue à l’audience ? Jamais cette formalité n’a été imposée par les règles de procédure, où on la chercherait vainement (tome 1, p. 21 à 25). Il s’agit encore là d’une erreur, et en voici une preuve indiscutable :

Au début du procès, un avocat interroge (tome 2, p. 212)

« Je demanderai au Tribunal si nous devons comprendre que le contenu entier de tous les documents présentés hier au Tribunal, ou qui lui seront présentés à l’avenir, servira de base au jugement, même dans les cas où le Ministère Public N’A PAS DONNE LECTURE de leur contenu ou ne s’y est pas référé de quelque autre manière ? »

Ce qui est le cas du récit de Gerstein, présenté, mais non lu à l’audience.

Le Président répond :

« TOUS les documents, une fois qu’ils ont été présentés, sont inscrits au procès-verbal, et SERVENT DE PREUVE au Tribunal. »

Donc la lecture n’est pas obligatoire.

C. Quel est le texte exact de la déposition Gerstein ?

Rassinier démontre que plusieurs versions différentes, et surtout plusieurs points contradictoires, en ont été donnés par les journalistes et écrivains. Ce qui n’a rien d’étonnant. Lisez, le lendemain d’un événement politique, les commentaires qu’en font les journaux : ils sont, pour le moins, assez éloignés les uns des autres. Mais le fait demeure, quelle que soit la sauce à laquelle on l’accomode.

Ici, le fait, c’est l’extermination des juifs dans les chambres à gaz. Même si les modalités varient d’un texte à l’autre, les crimes subsistent.

En outre, on vient d’apprendre tout récemment que « le dossier de Kurt Gerstein a disparu du Dépôt Central d’Archives de la Justice militaire française ». Rassinier accuse de cette disparition ceux que ce document gênait par ses invraisemblances et ses exagérations concernant les pertes juives. C’est une hypothèse. J’en émets une autre, sans plus de preuves que lui d’ailleurs.

L’extermination des juifs n’est pas un sujet que les neo-nazis aiment voir étaler au grand jour. Ils l’ont démontré en allant faire scandale, dans diverses capitales du monde, aux représentations du « Vicaire », où ils clamaient leur haine raciste. N’avaient-ils pas intérêt à la disparition d’une déclaration établissant l’usage, par les hitlériens, de gaz toxiques à des fins homicides ?

D. – Les procès ultérieurs.

Si le Tribunal de Nuremberg avait écarté des débats la déposition Gerstein comme constituant un faux, il serait étrange que d’autres magistrats l’aient quand même prise en considération par la suite.

Or, selon Rassinier lui-même (qui déplore cet usage), ce document fut « produit à nouveau contre d’autres accusés dans les procès suivants de Nuremberg, notamment dans celui qui fut fait aux organisations nazies » (« Le véritable procès Eichmann » p. 80) et « il en a encore été fait état au procès Eichmann » (même ouvrage, p. 228).

V. – CONCLUSION

Bien qu’il s’agisse ici d’un cas restreint, localisé, de la barbarie hitlérienne, on comprend l’importance du vaste problème qu’il soulève. Si le document Gerstein est valable, il prouve que des juifs ont été exterminés dans des chambres à gaz, ce qui est l’opinion très généralement répandue. S’il n’est pas valable, il renforce la thèse de ceux qui nient en principe ce genre d’extermination.

La double question reste donc ainsi posée :

a) Les juges de Nuremberg ont-ils admis en preuve la déposition de Gerstein ?

b) Ou, au contraire, l’ont-ils rejetée parce qu’ils la considéraient comme une histoire étrange, au contenu visiblement apocryphe, bref comme un faux historique.

J’ai dit tout ce que j’en savais, en n’omettant jamais, selon les règles de la plus élémentaire honnêteté, de citer mes références, auxquelles je prie de se reporter les lecteurs incrédules.

Et à chacun, maintenant de se faire une opinion.

JEAN GAUCHON

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Texte de Rassinier en réponse à Gauchon

REPONSE DE PAUL RASSINIER

Je maintiens, naturellement, que le Tribunal de Nuremberg qui eut à juger les grands criminels de guerre (Premier des treize procès, lequel fit jurisprudence pour les douze suivants) n’a pas retenu à charge le Document Gerstein contre les accusés. La raison essentielle en est que, l’eût-il voulu, il ne le pouvait pas. Mais reprenons par ordre.

1. – Une observation liminaire d’abord

La démonstration de Gauchon repose sur deux confusions :

– L’une qui vient de lui et qui consiste à identifier « Document P.S. 1553 » et « Document Gerstein » ;

– L’autre qui vient de moi et qui consiste à avoir écrit que le Document P.S. 1553 se composait « d’un certain nombre de factures… annexées à un récit en français signé Kurt Gerstein.

Sur la seconde de ces deux confusions, la mienne, j’ai à dire ceci : le document P.S. 1553 ne se composait pas d’un certain « nombre de factures annexées à un récit etc… » mais « d’un certain nombre de factures auxquelles fut annexé un récit etc… » Ceci pour établir que, contrairement à ce que dit Gauchon, la pièce capitale n’était pas le récit en question, mais les factures du gaz dont ce récit prétendait expliquer l’utilisation. Ceci est si vrai que ce n’est pas par le récit de Gerstein que M. Dubost a commencé à présenter le Document P.S. 1553, mais par les factures de gaz. Autrement dit, il voulait authentifier les factures de gaz par le récit de Gerstein et non le récit de Gerstein par les factures de gaz. Telle est, par sa méthode, – d’ailleurs rationnelle – la démarche de la pensée de M. Dubost. Je rappelle, d’autre part, que la preuve qui était à faire, ce n’était pas que Gerstein avait assisté ou participé à des exterminations par les gaz, puisqu’il n’était pas accusé et que, de toutes façons, les factures ne l’eussent pas prouvé, mais au moyen du témoignage de Gerstein que du gaz dont on avait les factures avait été utilisé pour exterminer. Distinguer « la pièce capitale » des « annexes » est essentiel non pas pour les conclusions sur le fond que j’ai tirées de mon étude du Document P.S. 1553 auxquelles cette distinction ne change rien, mais pour répondre à Gauchon, étant donné la forme – la forme seulement – qu’il a donnée à sa démonstration et dans laquelle cette distinction joue un rôle très important.

Sur la première des confusions, celle qui est imputable à Gauchon, voici ce que j’ai à dire : « le Document P.S. 1553 » et le « Document Gerstein » sont deux choses différentes. D’abord, il n’y a aucun rapport entre eux parce qu’il n’y a pas de rapport entre les factures de gaz présentées qui toutes, lues au Tribunal ou non, publiées ou non, concernent les deux seuls camps d’Auschwitz et d’Oranienbourg où les exterminations sont réputées avoir été perpétrées (1) au moyen du Cyclon B alors que le récit de Gerstein concerne les camps de Belzec, Maïdanek, Sobibor et Treblinka particulièrement le premier, où les exterminations sont réputées avoir été perpétrées au moyen du gaz d’échappement de Moteurs Diesel. Du moins c’est tout ce que l’on peut conclure du récit de Gerstein qui ne témoigne que de ce genre d’extermination.

Ceci étant dit sur le fond, voici sur la forme : « Au Document P.S. 1553, dit M. Dubost est jointe (sic) la déposition de Gerstein et les explications du chef de service américain qui a recueilli ce document » (p,377). C’est la seule fois que dans toute cette discussion le nom – le nom seulement – de Gerstein a été prononcé. Et c’est encore une preuve qu’il ne s’agissait pas, comme le prétend Gauchon, de « la pièce de base ». C’est en tous cas, reconnaître que le « Document Gerstein » ne faisait pas partie du « Document P.S. 1553 ». – ce n’est, en effet, pas le Tribunal qui dissocie les deux choses, c’est M. Dubost lui-même – et qu’il n’y a été joint que par M. Dubost. Avec l’assentiment du Tribunal ? C’est ce qu’on verra plus loin.

Toute la discussion, pourtant, matin et après-midi, n’a tourné qu’autour du « Document P.S. 1553 » jamais autour du « Document Gerstein ».

2. – Les règles de la procédure

Pour qu’un document soit accepté par le Tribunal comme « moyen de preuve » et non comme « preuve » il devait remplir trois conditions :

a) Etre communiqué à la défense en même temps qu’au Tribunal, « dans un délai de trente jours au moins avant le Procès » (Tome 1, p.21).

b) Etre authentifié par un affidavit du Secrétariat du Procès (en l’occurence le Cdt Coogan) ou par une mention de la personne qualifiée qui avait recueilli le document. L’authentification ne visait pas le contenu du document, mais seulement qu’il était bien un document.

c) En outre, il devait être lu en audience pour être accepté comme « moyen de preuve » et éventuellement, retenu à charge par le Tribunal au délibéré, auquel cas il était publié au C.R. des débats comme référence du jugement rendu.

En réalité, dans les règles de procédure (adoptées le 29-10-1945, cf. p. 21 du Tome 1) ne figure que la première condition. Et, en pratique, on s’aperçut bien vite qu’elle était insuffisante, tous les documents n’ayant pu être communiqués au Tribunal et à la Défense « dans un délai de trente jours avant l’ouverture du Procès ». Aussi, modifia-t-on ces règles en cours de débat dès les premières audiences qui suivirent la lecture de l’acte d’accusation. Au cours de ces audiences la nécessité de deux autres conditions a été imposée et je ne m’explique pas que Gauchon ne l’ait pas remarqué : « … à moins qu’ils (ces documents : le Président emploie le pluriel ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un seul) ne soient lus au Tribunal, ils ne peuvent pas être fournis comme preuve » dit le Président à M. Dubost à la séance du matin (Tome VI, p. 346) après avoir dit qu’il ne pouvait « en prendre acte » et qu’il manquait aussi une certification (affidavit) attestant qu’ils étaient bien des documents. A la séance de l’après-midi, dès l’ouverture, il précise encore « …il n’est pas une preuve maintenant, puisqu’il n’a pas été lu par M. Dubost ». (op. cit. p. 376).

Lorsque Gauchon cite le cas du Dr Dix (23 nov. 1945, Tome II, p. 212) qui pose la question de savoir si un document peut être accepté comme preuve sans avoir été lu, il s’agit simplement d’un des incidents qui ont amené le Tribunal à modifier la méthode en cours de route. Ce qui était vrai le 22 nov. 1945 ne l’était plus le 31 janvier 1946, les deux déclarations ci-dessus citées du Président en faisant foi. « Tous les documents, une fois qu’ils ont été présentés, sont inscrits au Procès-verbal (Tome II, p. 212) et servent de preuve au Tribunal ». La seule chose que Gauchon oublie c’est que, pour être présentés, au 31 janvier 1946, ils devaient être lus. En outre, il y a ici une confusion de Gauchon qui ne lui serait pas imputable s’il n’avait pas été avocat, parce qu’elle lui est commandée par la traduction française des débats du Procès : dans cette traduction, le mot preuve tient la place du mot Beweis mittel, de l’original en Allemand qui est la référence de base ; il signifie moyen de preuve, non preuve. Si comme le prétend Gauchon, même non lu, ce qui est une condition sine qua non, si le Document Gerstein avait été accepté comme preuve le 31 janvier 1946, cela signifierait qu’il a été déposé avant les plaidoiries non après comme c’est la règle de tous les Tribunaux, même d’exception. Or, même si on n’a jamais été avocat, on sait que les « moyens de preuve » sont déposés au cours des débats et « retenus comme preuve » au délibéré, ce que le Tribunal ne pouvait même pas faire dans le cas du « Document Gerstein » puisqu’il n’avait pas été lu.

3. – L’artifice de M. Dubost.

« S’il est vrai que cette déclaration ne figure pas dans les 18 volumes (nous reviendrons là-dessus) elle est, dit Gauchon, mentionnée 3 fois au tome 24 » et il les cite. C’est tout simplement inexact : à aucun endroit du tome 24, la « déclaration de Gersstein » n’est mentionnée, elle ne l’est qu’une fois – et mentionnée seulement ! – au tome VI, p. 377.

Cette rectification étant faite, raisonnons un peu sur les motifs qui ont amené le Tribunal à exiger que, pour être accepté « comme moyen de preuve », non comme preuve, et éventuellement « retenu comme preuve » un document devait être lu en audience. Ces motifs se résument en un seul : pour les documents qui n’avaient pu être communiqués ni au Tribunal ni à la Défense « dans un délai de tente jours avant l’ouverture du procès » il n’y avait que ce moyen de les communiquer à la Défense par l’intermédiaire de la sténographie qui en était prise au cours des débats. La déclaration de Gerstein n’ayant jamais été lue en audience, n’a jamais été communiquée à la Défense et c’est ce qui explique qu’elle n’ait jamais protesté. La Défense avait, d’autre part, l’assurance, de la bouche du Président lui-même, que cette déclaration ne serait pas retenue à charge puisqu’elle n’avait pas été lue.

C’est ici que se place la forfaiture de M. Dubost :

a) A la séance de l’après-midi, le dialogue suivant s’engage entre les Président et M. Dubost, après que le dépôt du P.S. 1553 a été accepté, c’est-à-dire au moment où il ne restait plus qu’à remplir la dernière formalité savoir le lire :

« Le Président. – Est-ce que ce document a été lu, M. Dubost ?

« M. Dubost. – Oui, Monsieur le Président, j’étais en train de le lire etc… (cf. article de Gauchon).

Or, ce oui qui ne vise d’ailleurs que des factures de gaz est un mensonge : le matin, rien n’a été lu, les factures, les factures ont été seulement citées et c’est, en cours de citation que le Président avait interrompu M. Dubost.

b) Avant lecture, le dialogue se poursuit sur la nature du document P.S. 1553 (p.377)

Le Président.
– M. Dubost, il s’agissait du gaz, n’est-ce pas ?

M. Dubost. – C’est cela.

Le Président. – Il y avait une facture dont vous avez parlé. (Le Président ne parle pas de la déclaration Gerstein : comme si elle n’existait pas).

M. Dubost. – C’est exact. Le tout (il n’est toujours question que de factures de gaz!) constituait le document P.S. 1553 déposé sous le n° R.F. 350…

Rien de plus : arrivé au moment de lire la déclaration de Gerstein, il se borne à la mentionner (cf. ci-dessus les termes de cette mention qui la dissocient du P.S. 1553) sans dire, ni lire quoi que ce soit de ce qu’elle contient, puis il passe à autre chose (2). Si donc, je dis qu’à la séance de l’après-midi, il n’a été question que de factures de gaz, je ne vois pas ce qui autorise Gauchon à prétendre que c’est inexact. Le Président a autorisé M. Dubost à lire la déclaration de Gerstein ? Oui, mais M. Dubost ne l’a pas lue. Et si, c’était vraiment, comme le prétend Gauchon, « la pièce capitale », il serait tout de même étonnant qu’à la lecture de cette « pièce capitale » il ait préféré celle des « annexes ».

Donc, pas lue et, n’ayant pas été lue, ne pouvant être retenue à charge par le Tribunal. Ne pouvant non plus figurer à la liste des documents retenus à charge. C’est tout juste si elle peut être considérée comme ayant été déposée, le Président ayant dit, à la séance du matin que (je cite) « à moins qu’ils ne soient lus au Tribunal, ils (les documents en général) ne peuvent pas être fournis comme preuve » et que (je cite encore) « nous ne pouvons en prendre acte » (Tome VI, p. 346).

Contrairement, d’ailleurs, à ce que dit Gauchon lorsqu’il prétend que cette condition ne se trouve nulle part dans le règlement de la procédure : on la trouve au contraire formulée par le Président dans les mêmes termes ou à peu près, au moins à propos d’une centaine de documents au cours d’une bonne dizaine d’audiences après le 22 nov. 1945.

De quoi, en tout cas, rassurer la Défense.

Et expliquer plus qu’amplement qu’elle n’ait pas réagi à la lecture des journaux du lendemain qui présentaient la déclaration de Gerstein comme ayant été acceptée comme « preuve » (au lieu de « moyen de preuve ») : les avocats, Gauchon est mieux placé que moi pour le savoir, ont affaire au Tribunal, pas à la presse. Et ils n’avaient pas à saisir le Tribunal d’une décision que les paroles mêmes du Président ne leur permettait pas de lui imputer.

Les factures de gaz ? On peut discuter sur le point de savoir si deux seulement d’entre elles ont été retenues à charge : deux seulement ont été publiées à la liste des documents retenus à charge, mais toutes ont été lues en audience et toutes remplissaient les conditions pour être retenues à charge. On peut donc estimer que toutes l’ont été : aussi bien, elles sont toutes les mêmes (de deux sortes seulement : Auschwitz et Oranienbourg) et si on a retenu ces deux là, il n’y a, en effet, pas de raison qu’on n’ait pas retenu les autres. C’est peut-être seulement par économie de place que le Tribunal ne les a pas toutes publiées. Je veux bien l’accorder quoique…

Le malheur est seulement qu’il existe, de 1934 à 1945, des dizaines de milliers de factures semblables adressées à la Wehrmacht et à tous les camps de concentration.

Et qu’alors, elles ne prouvent rien, si l’on ne veut pas admettre que les nazis voulaient aussi exterminer la Wehrmacht au moyen de ce Cyclon B. A Oranienbourg d’ailleurs, on n’a exterminé personne au moyen du gaz dont fait état une des deux factures publiées et 5 de celles qui ne l’ont pas été mais qui lui ressemblent à la virgule près.

4. – Les suites.

On peut se demander pourquoi, sachant que s’il ne lisait pas au moins un extrait de la déclaration Gerstein, elle ne pourrait, le Président du Tribunal venait de l’en informer, même faire l’objet d’un « pris » ou d’un « donné acte », M. Dubost n’en a, malgré tout, pas cité le moindre mot. Il le pouvait à la séance de l’après-midi, c’est admis. Il ne l’a pas fait, je ne vois pas comment Gauchon pourrait soutenir le contraire. Il ne le soutient d’ailleurs pas, se bornant à dire, ce qui est faux, on vient de le voir, « que la lecture n’était pas obligatoire » et que « jamais cette formalité n’avait été imposée, etc…

A cela, il y a plusieurs raisons :

a) Entre la séance du matin et celle de l’après-midi, il a pu s’apercevoir qu’il n’y avait aucun rapport entre les factures de gaz et la déclaration de Gerstein au moyen de laquelle il voulait faire la preuve de leur utilisation criminelle, puisque celle-ci ne concernait pas le gaz facturé dans celles-là.

b) Il a aussi pu s’apercevoir qu’il s’était un peu aventuré sur un autre terrain : le « document Gerstein » ne comprend pas seulement quelques pages dactylographiées en Français (six) mais encore 24 pages en Allemand, deux pages en Anglais et une page qui est relative au pasteur Niemöller. Or, au lieu de former un tout cohérent, tout cela ne constitue qu’un tissu de contradictions et d’invraisemblances qu’en le lisant devant un Tribunal, on ne pouvait que rendre scandaleusement évident (les chambres à gaz de 25m2 de superficie – à un endroit, il dit même 20 – où l’on faisait entrer 700 à 800 personnes ; les 25 millions d’exterminés donnés globalement et 28.300.000 en détail ; la présence de Hitler et de Himmler à Lublin le 15 août 1942 alors qu’il est établi qu’ils n’avaient pas quitté Winnika ce jour-là ; etc… etc…)

Je n’ai jamais fait état de la version allemande. Pour trois raisons : il y en a quatre dont aucune n’a jamais fait l’objet d’aucune communication officielle de la part d’aucun tribunal ; les difficultés de la transcription – d’ailleurs inutile : je ne discute que sur ce qui est officiel – d’une langue à l’autre ; les tribunaux qui ont eu à connaître de cette affaire n’ont jamais été mis en présence que de la version française.

Le Tribunal de Nuremberg n’a jamais rendu publique la version française qui lui était présentée par M. Dubost : on n’en a eu connaissance pour la première fois qu’en 1951 par M. Poliakov (Le Bréviaire de la haine) qui, dit-il, nous la restitue « telle quelle » mais en corrigeant les fautes de français commises par l’Allemand qui l’avait rédigé directement dans notre langue. En 1961, le Tribunal de Jérusalem l’a retenue à charge contre Eichmann et rendue publique. « Telle quelle » aussi. Dans « Le Drame des Juifs européens » j’ai publié les deux versions « telles quelles » en parallèle de telle sorte que le lecteur se puisse rendre compte de la valeur documentaire de ce… « document ». Je demande au lecteur de bien vouloir m’excuser de ne pouvoir mettre ces deux versions ne parallèle ici même : il comprendra aisément que l’exigüité de notre journal ne le permet pas. Et, mon genre n’étant pas de me faire de la publicité à moi-même, j’ai un peu honte de me trouver dans l’obligation de le renvoyer à cet ouvrage (3). Je serais bien surpris si, ceux qui le feront, n’y trouvaient pas autant de contradictions et d’invraisemblances que moi.

5. – Les procès ultérieurs.

Il est exact que, la déclaration de Gerstein n’ayant pas été retenue à charge et ne pouvant pas l’être, au Procès des grands criminels de guerre, l’a pourtant été, partiellement, au cours de trois autres procès : à Nuremberg même au Procès des Médecins (1947), au Procès de la Dejesch Gesellschaft, productrice de Cyclon B (1949) et à Jérusalem (1961) contre Eichmann. Chaque fois, ce sont non des extraits de la version allemande, mais des extraits de la version française retraduits en allemand (en Anglais à Jérusalem) qui ont été retenues. Premièrement : autant déclarer officiellement que la version allemande est sans valeur. Et secondement : les passages retenus n’ont été, chaque fois, cités ni dans la même forme, ni dans le même contenu. Selon ce qu’on voulait prouver en somme.

Voici, maintenant, pourquoi ils ont été retenus : motif pris que cette déclaration avait été retenue à charge par le Premier Tribunal de Nuremberg dont les décisions ne pouvaient pas être remises en cause (art. 26 du Statut du Tribunal – Tome I, p. 28). Or, ne l’oublions pas, il s’agissait de Tribunaux d’exception, les pouvoirs de leurs Présidents étaient discrétionnaires à un point qu’on peut difficilement imaginer : à la moindre tentative de la défense dans le sens d’un doute le Président lui coupait la parole (cf. Caducée contre Croix Gammée qui est le C.R. Des débats du Procès des Médecins, et le C.R. des débats du Procès de la Dejesch Geselschaft dans Trials of War Criminals Before the Nürnberg Military Tribunals, série verte). A Jérusalem, on coupa même la parole au Dr Servatius…

C’est un simple mécanisme.

Mais nous sommes en 1964 et c’est Le Vicaire qui a fait rebondir la discussion sur ce sujet. Au terme. Au terme de cette discussion, le scandale provoqué par la représentation de la pièce a fini par amener les supporters de M. Rolf Hochhuth à considérer que le seul moyen de convaincre l’opinion de l’authenticité de ce document et de son contenu était de le publier…

Or, ils ne peuvent pas davantage le publier que M. Dubost ne pouvait le lire à la barre du Tribunal de Nuremberg. Pour les mêmes raisons. Alors, ils annoncent qu’ils l’auraient volontiers fait mais… « qu’il a disparu du dépôt central d’archives de la justice militaire française… » (!) qui en détenait l’original.

C’est vrai ou ça ne l’est pas. En tout cas, si ce n’est un aveu, c’est un scandale et très probablement les deux. Gauchon met la disparition au compte des nazis dont c’est l’intérêt. Moi je pense au contraire que, si ce sont les nazis qui l’ont subtilissé, ce ne peut être que pour le publier, la version allemande et la version française côte à côte, pour faire la preuve qu’en l’occurrence, ce qui est allégué contre eux n’est qu’un tissu d’inanités qui les innocente au moins de cette accusation. Car je pense aussi que c’est pour ne pas les en innocenter que jamais on n’a rendu officiellement public ce document dans son intégralité et qu’on dit aujourd’hui qu’il a disparu, ce qui, d’ailleurs est peut-être vrai.

Ce serait alors égal : on vole facilement dans le dépôt d’archives de la justice militaire française.

Et fort opportunément.

6. – Conclusion

Il y a des arguments de Gauchon qui me chiffonnent : le document Kohlhammer. Il s’agit du compte rendu d’une réunion antisémite dont l’accusation prétendait qu’elle avait eu lieu les 3 et 4 avril 1944, et qui donne les noms de tous ceux qui y avaient participé avec ce que chacun a dit. C’est le document P.S. 3319 : il a été retenu à charge bien que la défense ait fait la preuve – à mes yeux – que c’était un faux. Pour la raison qu’il remplissait les conditions formelles pour être retenu : lu en audience, régulièrement cité, muni d’affidavit. Contrairement à ce que dit Gauchon, il figure à l’index des documents (tome 24, p.427) et il est publié au tome XXVI, p. 158-193. Ce qui prouve qu’au délibéré, le Tribunal l’a retenu à charge. Ce que j’ai seulement dit c’est que, « si on cherche à se renseigner sur ce Kohlhammer à l’index des noms cités – des noms, pas des documents – le sien n’y figure pas. Personne n’a jamais su qui était ce bonhomme et on ne peut même pas assurer qu’il a jamais existé.

Gauchon a cité ce fait parce qu’il le croyait à contre-sens des règles que je prétendais être celles du Tribunal . Or il va dans le sens de mon raisonnement. J’ai cité, c’est vrai, beaucoup de violations de ses propres règles par le Tribunal : je n’ai pas souvenance que celle des trois conditions requises pour qu’un document soit retenu à charge au délibéré et donc publié dans l’un ou l’autre des 42 volumes de C.R. des débats ait été violée dans un autre cas que celui de la déclaration Gerstein. A ma connaissance le Tribunal n’a jamais rien retenu qui n’ait été lu en audience et tout ce qui a été retenu a été publié.

( – La règle qui a été violée ici, c’est que, la Défense ayant demandé que le document lui fut communiqué, ce lui fut refusé (Tome X, p. 407). C’était la preuve du faux. Il fut pourtant retenu à charge. Ce fut le cas d’un nombre impressionnant de documents et, notamment, le Document Hossbach et le Document Schmundt, considérés comme preuves – et les seules ! – de la « responsabilité unilatérale de l’Allemagne » : l’accusation ne put jamais produire les originaux. Ils remplissaient toutes les autres conditions de forme pour être retenus et ils le furent : ils sont publiés intégralement au C.R. des débats et aux références du jugement.)

Gauchon me pardonnera mais, lorsqu’il invoque le document Kohlhammer contre moi, il a visiblement mal lu ce que j’ai écrit. Ceci me porte à penser que le même phénomène peut s’être produit à la lecture du C.R. des débats de Nuremberg I et je me permets de croire que ce fut notamment le cas de la « dissociation » du « Document P.S. 1553 » et de la « Déclaration Gerstein » qu’il « défie quiconque de lui trouver » dans ce C.R., et que M. Dubost a faite lui-même (j’ai cité la phrase, cf. ci-dessus) ce qui dispensait le Président de la faire. En tout cas le Président n’a, dans cette affaire, jamais parlé que de factures de gaz ;

Où, par contre, Gauchon a raison, c’est sur l’importance du Document Gerstein. Mais ; cette importance n’est pas celle qu’il croit : personne, en effet, ne nie qu’il ait pu y avoir des exterminations par les gaz dans quelques camps « rares » dit Eugen Kogon le plus solide accusateur du nazisme en la matière. Ce qui est nié par une certaine tendance de l’opinion à laquelle j’appartiens, c’est que le procédé ait été une règle édictée par les autorités du IIIe Reich. Ce n’est pas la même chose, parce que des prisonniers allemands ont été en bloc fusillés à Annecy le 19 août 1944, on ne peut pas imputer ce geste au Gouvernement français ni le généraliser. On ne l’impute d’ailleurs pas mais parce que nous sommes dans le camp des vainqueurs : si l’Allemagne avait gagné la guerre, c’est des prisonniers allemands d’Annecy qu’on parlerait dans des pièces qui seraient des pendants du Vicaire et devant de Tribunaux qui seraient la réplique de celui de Francfort, en généralisant cet unique fait comme on a commencé par généraliser les chambres à gaz. Et en l’assortissant des bombardements alliés de Hambourg, Dresdes, Leipzig, Hiroshima, etc… Mais on ne parlerait pas de chambre à gaz. Il ne faut pas se faire d’illusions.

Or, de la masse des documents qui ont été produits aux treize procès de Nuremberg et à celui de Jérusalem, le document Gerstein est le seul qui mette en cause le gouvernement allemand par la présence de Hitler et de Himmler à Lublin le 15 août 1943, lequels y ont « encouragé l’action ».

C’est pourquoi M. Dubost tenait tant à la déclaration Gerstein.

Aujourd’hui on sait que ni Hitler, ni Himmler n’étaient présents à Lublin le 15 août 1943 et le Dr Kubovy, Directeur du Centre de documentation juive de Tel Aviv peut prétendre « qu’il n’existe aucun document signé par Hitler, Himmler ou Heydrich parlant d’exterminer les Juifs et que le mot Extermination (4) n’apparaît pas dans la lettre de Goering à Heydrich concernant la solution finale de la question juive » (Terre Retrouvée, 15-12-1960). Sa présence à Lublin le 15 août 1943 et la conversation qu’il y aurait eue avec Globocnick, eût équivalu à une signature et le Dr Kubovy n’eût pas pu écrire cela.

«  Il n’existe aucun document… »

On ne peut plus mettre en cause le gouvernement allemand au moyen de la déclaration de Gerstein – d’ailleurs, si on continue toujours à accuser le gouvernement allemand, on ne produit plus, maintenant, aucun document à l’appui – mais cette déclaration est toujours utilisée contre les lampistes, dans ses autres assertions et on ne garantit plus son authenticité qu’en maintenant qu’elle a été retenue à charge au premier Procès des criminels de guerre, ce qui est le seul moyen d’éviter sa mise en discussion devant d’autres juridictions et, par voie de conséquence, devant l’opinion publique.

Pour éviter ce dernier aléa, on a, depuis peu, un autre argument très harmonieusement complémentaire : le document a disparu du dépôt central des archives françaises et, ne l’ayant jamais publié quand on le pouvait, on voudrait bien le faire aujourd’hui, mais on ne peut plus ( !!…)

Oui : à chacun maintenant de se faire une opinion.

Je crois avoir démontré que la déclaration de Gerstein n’avait pas, ne pouvait pas avoir été retenue à charge contre les accusés par le premier Procès de Nuremberg. J’ai dit par lequel de ces artifices en même temps excès de pouvoir, habituel de tous les Présidents de tous les tribunaux d’exception, elle l’avait été partiellement et dans ses formes à la fois très différentes et très contradictoires, par trois autres tribunaux d’exception jugeant, comme le premier, sans appel. Je suis étonné que, dans nos milieux pacifistes et fortement influencés par les idées libertaires, où donc les Tribunaux d’exception sont de très mauvaise réputation, ceux de Nuremberg aient droit à tant de considération et qu’aux yeux même d’un avocat, le fait qu’ils jugeaient sans appel, que le jugement du premier ne pouvait pas être remis en cause par les suivants contre l’interprétation qu’en donnaient leurs Présidents, ces circonstances « exceptionnelles » ne soient pas apparues comme étant cause de tout le mal, – et scandaleuses !

Je suis aussi très étonné par une autre chose et celle-ci me tient plutôt à coeur : un premier jet de l’article de Gauchon m’ayant été soumis, j’avais fait quelques observations et notamment convenu que c’était à tort que, moi aussi, j’avais confondu la pièce principale (factures de gaz) et la pièce annexe (Document Gerstein).

Il ne l’a pas retenu. Pour le plaisir de me mettre en contradiction avec moi-même ? Je n’en suis pas le moins du monde gêné : quelle étude historique d’ensemble ne contient pas de confusion de ce genre sur le détail ? Et les ayant commises, quel historien digne de ce nom se refuserait à les reconnaître ? Surtout si elles ne portent que sur un détail et ne modifient en rien ses conclusions !

En l’occurence, ce qui me gêne seulement, c’est qu’ayant été mis au fait de cette confusion sur ce tout petit détail, Gauchon lui donne néanmoins cette importance, la baptise « contradiction » comme si je n’avais pas convenu de l’erreur, et la présente comme atteignant l’ensemble du raisonnement.

Alors, je le dis tout net : je ne suis pas habitué à ce procédé.

J’ai renoncé à faire état des mystères qui entourent la mort de Gerstein : on ne sait ni où il a été incarcéré, ni où il s’est suicidé – ce qu’aucun de ceux qui l’ont connu ne croit et ce qu’on ne peut pas prouver – ni, ce qui est encore plus grave, ce qu’est devenu son cadavre. Enfin, bien qu’on connaisse leurs noms et leurs adresses, on n’a jamais interrogé les deux officiers américains qui ont recueilli son témoignage, ce qui s’imposait pour un document aussi douteux. Et ceci est loin – très loin – d’aller dans le sens de l’authenticité du document. D’ici à ce qu’il s’agisse d’une autre version des « aveux les plus doux » les invraisemblances et les contradictions qu’il contient ne disent que trop qu’il n’y a pas si loin que certains le croient.

Paul RASSINIER

N.B. On ne manquera pas, bien sûr, d’utiliser cette réponse à Gauchon pour m’accuser, une fois de plus, de vouloir « blanchir le nazisme. » Pour répudier le nazisme, je n’ai pas besoin, moi, de l’accuser de crimes qu’il n’a pas commis. Ceux qu’ils a commis me suffisent largement. Et d’autre part, même si ce n’est pas le cas de Gauchon, accuser l’Allemagne à travers certains Allemands, de crimes qu’elle n’a pas commis, me ne paraît relever, tout simplement que d’un sentiment de germanophobie exacerbée. Or, on sait ce que je pense de la germanophobie et de toutes les xénophobies : elles ne sont ni de caractère socialiste, ni de caractère pacifiste et elles sont le plus grand des dangers qui menacent actuellement l’avenir de l’Europe. D’où la nécessité de vérifier minutieusement toutes les accusations qui portées au compte de certains Allemands sont formulées de telle sorte qu’elles se reportent automatiquement sur l’Allemagne et, exagérées, n’ont d’autre but que de la mettre au ban de la communauté des nations européennes ou de la ruiner moralement et matériellement. C’est le cas de la déclaration Gerstein. Or, sans l’Allemagne, je l’ai dit souvent parce que j’en suis profondément convaincu, il n’y a plus d’Europe possible. Que le passé compte, je n’en disconviens pas, mais si l’on veut sauver l’avenir, il n’y a pas d’autre moyen que de donner aux générations futures une exacte représentation de ce passé. C’est d’ailleurs le plus élémentaire de tous les impératifs de l’honnêteté. Et on doit être honnête, même avec ses pires ennemis et même s’ils ne le sont pas eux-mêmes.

NOTES :

(1) – Depuis la preuve a été faite et admise par tout le monde qu’à Oranienbourg, il n’y avait pas de chambre à gaz et que jamais personne n’y avait été exterminé par les gaz.

(2) – A partir de là, il ne fit plus jamais question de la « Déclaration de Gerstein ». Or elle visait directement l’un des accusés, Kaltenbrumer : elle ne fut pas produite à charge contre lui. Les factures de gaz, par contre, le furent, – d’ailleurs sans référence au P.S. 1553 (Tome XI).

(3) Pour ceux qui le voudront : contre 15 F franco aux Sept Couleurs, C.C.P. Paris 2182 19.

(4) Souligné dans le texte

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