Crimes et châtiments

« Si le peuple allemand n’était pas « responsable » de « ses » crimes de guerre, le monde deviendrait alors cet endroit compliqué et effrayant où des forces sociales indéchiffrables manipulent les hommes comme des marionnettes et les poussent à perpétrer des actes épouvantables, un monde où la culpabilité est à la fois universelle et sans fondement. Hélas, ce monde existe bel et bien. »
Dwight Macdonald, La responsabilité des peuples, Politics, mars 1945.

Deux article (mars 1953 et avril 1964) sur le thème de la responsabilité collective : à l’échelle des individus face à l’armée et à l’État pour le premier ; dans l’application des réparations internationales pour le second.

Lorsqu’il évoque le bombardement de Dresde, Rassinier reprend les chiffres du livre de Rodenberger qui sont plus élevés même que ceux donnés par Émile Bauchet dans son article de 1953. Le nombre de victimes qu’il donne est cinq fois plus important que la plus haute estimation retenue aujourd’hui. Certaines estimations étaient cependant trois fois supérieures à celle qu’il donne.

Les connaissances actuelles sur ces bombardements ne semblent totalement concluantes ni quant aux motivations des alliés à l’égard de l’Allemagne – ou des soviétiques-, ni quant au nombre des victimes (présence dans la ville de dizaines de milliers de réfugiés?).

La Voie de la Paix, n° 21, mars 1953

ORADOUR

Par Paul Rassinier

Pour tous ceux qui ont suivi les débats du procès de Bordeaux, il est clair qu’Alsaciens ou Allemands, les vingt-et-un malheureux traduits devant le Tribunal militaire, pour avoir participé au massacre d’Oradour-sur-Glane, se sont indistinctement comportés de la même façon.

Il se peut que l’un ou l’autre ait tué plus ou moins d’hommes, de femmes et d’enfants, plus ou moins fait sauter l’église ou plus ou moins pillé et incendié les maisons, mais cela est dû à la place qui avait été assignée à chacun d’eux dans le dispositif de l’action et non à ses réactions personnelles : le hasard et non la volonté délibérée, – le hasard, béni par les uns, maudit par les autres et qui avait déjà désigné pour le crime cette compagnie-là plutôt qu’une autre…

Or, ce procès a suscité un débat public passionné, au terme duquel les uns voulaient conclure que touts les accusés étaient également coupables et qui entraînait un verdict exemplaire et les autres que les Alsaciens étaient innocents – les Alsaciens seulement. Personne, ou à peu près, n’a pensé qu’ils étaient tous également innocents.

C’est que personne n’a pensé qu’il y a une différence fondamentale entre l’homme et le soldat.

Dans toutes les armées du monde, le soldat était jusqu’en 1944, assujetti à cette loi impérative et célèbre depuis Courteline au moins :

« La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants. »

Allemands ou Alsaciens, les soldats qui eurent la malchance de se trouver à Oradour et la malchance plus grave encore d’être identifiés avaient, comme vous et moi, appris cela par cœur, avec cette précision supplémentaire introduite dans la loi à l’intention du plus humble garde-mites, qu’ils devaient « obéir sans hésitation ni murmure ».

Et ils savaient ce qu’il leur en eût coûté sur le moment même, s’ils s’étaient insurgés.

C’est pourquoi, quelle que soit son opinion sur ce qu’on lui faisait faire – et j’imagine que plus d’un, sinon tous, s’insurgeait intérieurement – l’idée n’en vint à aucun d’eux.

Mais voilà qu’en 1944-45, pour les besoins de la cause, on a changé la loi.

Certes, la discipline fait toujours la force principale des armées, mais à Nuremberg, on a déclaré que « les individus ont des devoirs internationaux supérieurs aux obligations nationales d’obéissance imposées par les États nationaux » ce qui revient à dire que « si un ordre reçu est manifestement illégal, l’inférieur doit refuser d’obéir à peine de se voir déclaré coupable, s’il exécute un crime. »

On ne voit pas bien quels éléments d’appréciation seront mis à la disposition d’un inférieur pour lui permettre de reconnaître à première vue la légalité ou l’illégalité d’un ordre, ni comment la discipline peut, après un telle affirmation, continuer à jouer son rôle de force primordiale des armées.

Mais ceci est une autre histoire.

Assailli de toutes parts, à la fois par les impératifs de la loi ancienne et ceux de la loi nouvelle, par les familles d’Oradour qui confondaient le besoin de vengeance avec le souci de la justice, et les familles des Alsaciens qui n’y comprenaient plus rien, par les campagnes de presse et la pression discrète mais certaine du gouvernement, pour tenter de satisfaire tout le monde, le Tribunal militaire de Bordeaux a rendu un verdict qui déclare que la culpabilité des Alsaciens est approximativement les deux tiers de celle des Allemands.

Parce que tout de même, les Allemands sont nés de l’autre côté du Rhin et il importait qu’on le leur rappelât.

Si vous y voyez une autre raison, ayez l’obligeance de me l’écrire.

*

A vrai dire, le Tribunal militaire de Bordeaux était dans un situation assez délicate.

S’il avait reconnu que le crime d’Oradour n’avait été commis que parce que la discipline faisait à l’époque la force principale des armées, il se plaçait dans l’obligation d’acquitter tout le monde. Il lui fallait alors refaire l’instruction, chercher le vrai coupable et, en fin de circuit, faire le procès de la guerre.

Convenons-en : à deux doigts de la guerre qui se prépare, ce n’est évidemment pas pour cela qu’après avoir hésité pendant huit ans, le gouvernement avait décidé que ce procès aurait lieu !

Nous ne sommes pas encore au temps où les gouvernements prennent des décisions si manifestement contraires aux buts généraux qu’ils poursuivent.

Si, d’autre part, le Tribunal avait décidé pour tous les accusés que leur devoir et non seulement leur droit, était le refus d’obéissance, c’était la reconnaissance légale de l’objection de conscience dans un jugement qui risquait de faire jurisprudence et d’entraîner à d’incalculables conséquences se développant en chaîne.

Est-il besoin de préciser que cela, il ne pouvait pas davantage le faire ?

D’abord, c’eût été se déjuger soi-même : il y a deux mois à peine, le même tribunal avait lourdement condamné deux objecteurs de conscience.

Ensuite, c’eût été blâmer ouvertement les petits copains de Metz qui, la veille même du verdict, avaient condamné deux autres objecteurs à d’aussi lourdes peines.

Enfin, une importante partie de l’opinion eût crié à la provocation de militaires à la désobéissance.

Le Tribunal n’a donc admis, ni l’une ni l’autre de ces deux thèses et, se réfugiant dans je ne sais quelles considération sur les associations de malfaiteurs, a rendu un verdict qui n’a rien a voir avec la justice, même traditionnelle.

Un verdict uniquement politique, en somme.

Et dont la seule caution juridique est, comme pour celui de Nuremberg, la victoire des uns et la défaite des autres.

« Vae Victis »…

*

Bien qu’elle fût manifestement en cause, très peu de journaux ont eu le courage ou l’honnêteté de reconnaître ou de convenir que le problème posé par l’affaire d’Oradour était celui de l’objection de conscience.

Notre ami Emile Veran, l’actif et dévoué secrétaire du Comité pour la reconnaissance légale de l’objection de conscience a cependant multiplié les communiqués et les démarches.

A notre connaissance un seul journaliste a cédé à ses instances et utilisé sa documentation : R. Treno du Canard Enchaîné et de Franc-Tireur.

Il lui sera beaucoup pardonné.

Treno a raconté l’histoire de l’Alsacien Lentz :

« En 1939, déjà objecteur, il refuse de servir dans l’armée Gamelin. On l’arrête. Avant qu’on ait eu le temps de le juger, les Allemands occupent l’Alsace. Appel des Alsaciens sous les drapeaux à croix gammée. Nouveau refus de Lentz. Il est envoyé au camp de Schirmeck, puis à Buchenwald ; sa femme est également déportée… 1945, Lentz, libéré, rentre en Alsace. Mais il y était déjà attendu par les gendarmes français ; Après six ans, on peut enfin le juger… Il en prend pour quatre ans et demi ! Son député, Naegelen, réussit tout de même à le faire sortir de là, mais ce ne fut pas sans mal. »

Et c’est sans doute inspirés et subjugués par cette attitude d’un héroïsme exemplaire que nos amis André Trocmé, Frank Emmanuel, Jean Goss et Henri Roser ont écrit au journal Le Monde, une lettre remarquable en tous points sauf un qui est sa conclusion :

« C’est l’organisation du monde qui est à changer : et c’est en réalité le procès de la guerre tout court qu’il faudrait faire devant le tribunal de Bordeaux ; sans omettre pour cela de juger avec vigueur les actes abominables de ceux qui n’eurent pas le courage d’être des objecteurs. »

Il ne faut en effet pas remplacer un fanatisme par un autre et enfermer l’homme dans cette perspective sans autre issue que la mort, à savoir, être tué par les uns s’il est objecteur de conscience ou tué par les autres s’il ne l’a pas été.

Si, comme le disent fort judicieusement nos amis, c’est l’organisation du monde qui est à changer et le procès de la guerre qui est à faire, il faut commencer par passer un vaste coup d’éponge sur toutes les attitudes individuelles antérieures.

Car c’est l’organisation du monde et la guerre qui sont responsables.

Et, par voie de conséquences, seules à punir.

*

Si on veut « juger avec rigueur les actes abominables de ceux qui n’eurent pas le courage d’être des objecteurs » il faut tout de suite faire deux choses :

1) monter un vaste mouvement de protestation contre l’incompréhensible clémence du Tribunal militaire de Bordeaux qui n’a pas osé ou pas cru devoir condamner à mort, indistinctement tous les accusés ;

2) instituer un tribunal dont la mission sera de juger tous les hommes.

Je n’insiste pas sur la première : il est toujours relativement facile de créer un courant d’opinion à base d’excitation à la haine ou à la vengeance.

Pour la réalisation de la seconde, je pose simplement cette question : qui sera juge ?

Je vous raconterais bien quelques petites histoires sur la guerre d’Indochine où la presse allemande prétend qu’on peut sans trop de peine assister à « un Oradour par semaine. »

Ou, telle qu’Henri Frossard l’a récemment reproduite dans Faubourgs d’après des témoignages de rescapés japonais, l’histoire de la bombe atomique d’Hiroshima.

Ou encore, tiré de Curzio-Malaparte, le bombardement de Hambourg.

Je préfère attirer votre attention sur le bombardement de Dresde par les Anglo-Américains les 13 et 14 février 1944.

Le 13 février au soir, 9.000 avions anglo-américains prennent l’air : en quarante minutes, une pluie de bombes au phosphore, font du centre de la ville, un immense brasier de 28 kilomètres de superficie. Quelques heures plus tard, une deuxième vague parfait le travail au moyen de bombes explosives, défonçant les rues et interdisant toute fuite : la population – civile ! – s’était massée dans les quartiers extérieurs dans la mesure où elle avait pu échapper à l’incendie et aux deux vagues de bombardiers. Qu’à cela ne tienne : le 14 février à midi, une troisième vague vint exterminer cette foule compacte ; On n’a jamais réussi à évaluer le nombre des morts : les plus raisonnables parlèrent de 200 à 250.000. On mourut brûlé, torche vivante emphosphorée, écrasé, étouffé par manque d’oxygène tant l’incendie en réclamait. Pour prévenir les épidémies possibles et probables, on fit, des semaines durant, de grands tas de morts qu’on brûlait à grand renfort d’essence.

Tout cela est raconté dans un livre qui parut l’an dernier en Allemagne occidentale sous la signature d’un certain Axel Rodenberger qui fut témoin : Der Tod von Dresden (La mort de Dresde).

Comme à Oradour, il n’y eut à Dresde que des victimes civiles, des vieillards, des femmes et des enfants.

Et dans d’horribles conditions.

Mais Oradour n’est rien auprès de cela.

Je pose donc la question : doit-on faire aussi passer en jugement les 9.000 aviateurs qui, pour n’avoir pas « eu le courage d’être des objecteurs » étaient à bord le 13 et 14 février 1944 ?

Il ne fait d’ailleurs pas de doute que si les Allemands avaient gagné la guerre, les vingt-et-un accusés d’Oradour-sur-Glane seraient chez eux et que, le soir, fumant la pipe en écoutant la T.S.F., ils ne manqueraient ni de s’indigner du comportement individuel des 9.000 aviateurs qu’on jugerait alors, ni peut-être même de renchérir sur les accusations portées contre eux.

Et le malheureux qui horrifié par ce qu’il avait fait en pressant sur le bouton qui libéra la bombe d’Hiroshima, et les infortunés auteurs des Oradour indochinois, faut-il aussi leur imputer ce crime de ne point être ou avoir été des objecteurs et les faire passer en jugement ?

Et moi-même et nous tous qui n’avons pas tous – tant s’en faut ! – eu le courage d’être des objecteurs, devrons-nous également aller nous constituer prisonniers chez M. Nussy de Saint Saëns ?

Le mieux, croyez-moi, serait que nous laissions aux médiocres des Tribunaux militaires ces raisonnements qui ramènent la guerre à de tous petits problèmes de comportement individuel dont il n’est aucun qui, dans cette société, ne nous puisse être imputé à crime par les uns ou par les autres des maîtres que nous nous donnons successivement ou simultanément.

Et que nous nous gardions jalousement du piège grossier qui consisterait à les prendre en considération par quelque côté que ce soit.

ÉPILOGUE

L’Assemblée nationale et le Conseil de la République ont voté une loi qui amnistie les condamnés alsaciens. Après ce vote, la situation des inculpés est la suivante :

– deux d’entre eux restent condamnés à mort – un Allemand simple d’esprit et un Alsacien paranoïaque. Entre nous, j’espère qu’ils seront graciés ou que leur peine sera commuée…

– six Allemands restent condamnés à des peines de prison qui vont de 8 à 12 années, c’est-à-dire sans commune mesure après le crime dont ils étaient accusés.

L’amnistie des Alsaciens se justifie par la raison d’État qui, comme chacun sait n’a pas plus à voir avec l’administration de la justice que le désir de la vengeance.

Et comme les autres condamnés seront libérés sous peu étant donné la prévention accomplie, il ne restera de ce procès que l’abominable campagne d’excitation à la haine à laquelle il a donné lieu au moment opportun.

Les véritables responsables, il ne sera jamais question de les faire passer en jugement car, outre les grands chefs de guerre bien planqués, et qu’on garde précieusement pour la prochaine, il faudrait faire passer en justice tous ceux qui ont déclenché la guerre en 1939 et faire le procès de la guerre elle-même.

Où irions-nous alors ?

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La Voie de la Paix, n° 141, avril 1964

Le Problème allemand

C’est surtout par le mur de Berlin que la plupart des gens y sont rendus sensibles. Il est vrai que c’est son aspect le plus accessible : ces gens qui appartiennent à la même ville, ces frères et ces sœurs, ces parents et ses enfants, qui sont séparés et ne peuvent plus ni se voir, ni communiquer ensemble qu’une fois pendant quelques heures tous les deux ou trois ans – deux fois depuis 1962 – c’est un drame moral que tout le monde comprend.

Un autre aspect, s’il était connu, serait tout aussi accessible : il n’y a pas qu’à Berlin qu’un mur semblable existe. La conférence de Yalta en a dressé deux autres : entre l’Allemagne de l’Est et celle de l’Ouest, d’une part, entre les Allemands d’au-delà de la ligne Oder-Neisse et ceux d’en-deçà d’autre part. Une Allemagne en six morceaux, en quelque sorte : deux à Berlin, deux en deçà de la ligne Oder-Neisse, et deux de part et d’autre de cette ligne. Et c’est le drame moral des deux Berlin multiplié par trois. Dans un livre remarquable, La conférence de Yalta, l’ancien député socialiste Arthur Conte a très bien expliqué cela. J’en conseille la lecture aux abonnés de la Voie de la Paix.

Mais il n’y a pas que le drame économique dont les causes viennent d’aussi loin : entre 1945 et 1950, les treize procès de Nuremberg ont, comme en 1919 le Traité de Versailles, décrétée l’Allemagne seule responsable de la seconde guerre mondiale et par voie de conséquence, l’ont condamnée à en payer, seule, tous les dégâts.

Le montant de cette dette, personne ne le connaît : il n’y a pas encore eu de traité général de Paix, l’Allemagne vit toujours en état d’armistice avec les autres peuples. De temps à autres, on apprend qu’elle doit payer un certain nombre de millions de dollars à l’un ou l’autre des pays avec lesquels elle fut en guerre.

Le 20 février dernier, l’Express nous a informés qu’elle venait de traiter avec la Yougoslavie sur la base d’une indemnité de 70 milliards de dollars (280 milliards de marks ; 35.000 milliards d’anciens francs, soit quatre fois le budget annuel de la France). Les satellites d’au-delà du Rideau de fer lui réclament, d’autre part une somme équivalente, chacun.

Enfin, en vertu d’accords passés en 1952 entre elle, l’État d’Israël d’une part, les organisations sionistes mondiales de l’autre, elle doit indemniser les victimes du nazisme sur une base qui est révisée tous les ans. A la date du 1er décembre 1962, recevant en Israël M. Gerstenmaier, Président du Bundestag, M. Ben Gourion lui témoignait sa reconnaissance pour les 850 millions de dollars que, par versements annuels, il en avait déjà reçu en 10 ans. Et cela doit durer jusqu’en 1967…

Le 7 mars dernier, à Bruxelles, vingt-trois organisations sionistes se sont réunies pour dresser le bilan des réparations à elles déjà versées par l’Allemagne et de celles qui restaient à leur verser, en tant qu’organisations lésées : la Claims Conference. Les débats ont duré trois jours à l’issue desquels, pour l’année 1964, il a été décidé que l’Allemagne verserait 10 millions de dollars (soit 40 millions de marks ou 5 millions d’anciens francs), dont 2,7 à la communauté israélite française (Le Monde, 9 mars 1964). Sans compter les réparations individuelles dues à toutes les victimes, raciales ou non du nazisme et qui sont fixées à 5.000 D. Marks ou 600.000 anciens francs par personne.

Le lecteur fera lui-même ce total monstrueux, auprès duquel le montant des réparations imposées à l’Allemagne par le Traité de Versailles (312 milliards de Marks) était une peccadille.

Jusqu’à présent, grâce au plan Marshall, et au nouveau système des crédits internationaux issu de la dernière guerre, l’Allemagne s’en est assez bien tirée : le miracle allemand, a-t-on dit, et jamais le mot n’a été mieux justifié. Aujourd’hui pourtant, le miracle est à son terme, malgré tous les crédits qui lui ont été accordés, l’économie allemande donne des signes de fatigue qui expliquent les difficultés grandissantes de ses rapports avec les autres pays du Marché Commun.

C’est dans cette lourde condamnation à réparer seule tous les dégâts de la guerre qu’il en faut voir l’origine. Il est certain que nous ne sommes pas à la veille de la voir lever : pour les cinq années qui viennent, 800 procès semblables à celui qui se déroule actuellement à Francfort sont prévus qui impliquent déjà une quinzaine de milliers de personnes et dont le but est de démontrer à la fois que l’Allemagne est bien un peuple de barbares et que la somme astronomique de milliards de dollars qui pèse sur ce peuple est amplement justifiée.

Alors, je pose la question : veut-on faire de l’Allemagne actuelle une nouvelle République de Weimar ? Ce serait, en tout cas, le meilleur moyen de tuer l’Europe, car, sans l’Allemagne ou avec une Allemagne ruinée matériellement et moralement inexistante, ce qui revient au même, il n’y a pas d’Europe possible.

Ceci dit au plan du seul aspect matériel du problème – sur son aspect moral, je veux dire, sur le principe qui consiste à faire payer aux peuples les fautes de leurs dirigeants, je reviendrai.

P.R.

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