Liberté d’expression (quand ça nous arrange)

Deux articles des numéros 42 et 43 de la Voie de la Paix :

La Voie de la Paix, n° 42, septembre 1955


Erreur de tactique ou erreur sur le fond ?

Paul Rassinier

Lorsque d’aucuns émirent la prétention d’interdire nos écrits – il n’y a pas si longtemps ! – nous ne trouvâmes à nos côtés, pour protester, ni Roger Stéphane, ni Claude Bourdet, ni l’Humanité. Nous avons même beaucoup de raisons de penser que si une décision de justice était intervenue contre nous, ils s’en fussent, les uns et les autres, réjouis.

Aujourd’hui, c’est à Roger Stéphane, à Claude Bourdet, à l’Humanité, qu’est contesté le droit de publier ce qu’ils pensent.

L’Humanité-Dimanche est périodiquement saisie et le numéro du 8 septembre de France-Observateur a été distribué dans les kiosques sans l’article de Claude Bourget qui avait motivé sa saisie à la sortie des presses. Quand à Roger Stéphane, il a fait récemment quelques jours de prison pour avoir divulgué un secret de la Défense nationale et il n’a dû qu’à son nom – Worms – et à ses relations avec l’ancien et le nouveau Président du Conseil de n’en point faire plus.

On pense bien que ce n’est pas ce que disent l’Humanité-Dimanche ou Claude Bourdet, qui nous intéresse et que nous défendons. Non, c’est seulement le droit qu’ils ont de le dire et qui doit, en toutes circonstances, leur être reconnu avec un caractère absolu d’imprescriptibilité.

Nous ne somme pas d’accord avec l’Humanité et cela se sait assez pour que nous n’éprouvions pas le besoin de le démontrer : tant que ce journal défendra la paix moscovite par les mêmes procédés que M. Jean-Paul David emploie pour défendre la paix américaine, il n’y aura aucune possibilité d’accord entre nous. C’est une divergence sur le fond même du problème.

Nous ne sommes pas non plus d’accord avec France-Observateur : si nous applaudissons des deux mains quand M. Bourdet écrit – essaie d’écrire est plus juste – à l’adresse du gouvernement : « Ne lancez pas le contingent dans votre guerre. » (N° du 8 septembre) nous ne le sommes plus du tout lorsqu’il dresse la monographie des tragiques événements d’Oued-Zem (même numéro). A lire cette monographie, on a l’impression que ce qui est reproché au gouvernement, c’est le comportement de ses représentants au Maroc, les dissentiments qui les opposaient les uns aux autres et le désordre qui en fut la conséquence avec son aboutissement, le drame. A aucun moment France-Observateur ne met en question la légitimité de la présence française au Maroc.

Or, c’est cette légitimité même que nous contestons.

Et c’est le droit de la contester qu’on nous refuse.

A vrai dire, nous aurions lieu de nous étonner de ce refus dans un pays où la Résistance, mise à l’honneur principalement dans ce qu’elle avait de pourri, n’était, dans ce qu’elle avait de noble, pas autre chose qu’une contestation du droit que revendiquait l’Allemagne hitlérienne d’occuper la France.

Nous ne nous en étonnerons cependant point : nous connaissons les « résistants » qui sont au gouvernement et nous savons que leur comportement sous l’occupation était commandé par des raisons qui n’avaient rien de noble. L’attitude qu’ils adoptent aujourd’hui à l’égard des peuples de l’Indochine, de l’Algérie et du Maroc, fait, quoique tardivement, la preuve par neuf qu’ils étaient des résistants par opportunité et non pas par principe, c’est-à-dire de pacotille.

Aussi bien, ce propos n’a pas pour objet de manifester un étonnement : c’est une méthode qu’il veut mettre en cause.

Le lecteur a déjà compris que si MM. Roger Stéphane et Claude Bourdet ne protestent pas lorsqu’on veut retirer le droit de dire ce qu’ils pensent à certains de leurs confrères, ou s’ils s’associent, ouvertement ou tacitement, à ceux qui veulent le leur retirer, ils perdent eux-mêmes tout droit de protester quand on veut à leur tour les museler.

Si, par surcroît, ils traitent des grands problèmes de notre époque en les prenant par leur petit côté, ils n’ont aucun chance d’être entendus.

Or, c’est le cas dans l’affaire d’Oued-Zem et ce l’est aussi, pour le journal Le Monde qui ne proteste pas contre l’envoi du contingent et des rappelés en Indochine, mais seulement contre les conditions d’encadrement d’un détachement amené d’Orly à la gare de Lyon, parce qu’il y a eu des incidents qu’à ses yeux on pouvait éviter.

Cette méthode a été mise en honneur à la Libération. A l’époque, ce n’est pas contre la guerre qu’on a protesté, mais contre les conditions dans lesquelles elle avait été conduite (Raymond Aron : Les Guerres en chaîne) ou contre certains de ses aspects particulièrement horribles (David Rousset : L’Univers concentrationnaire ou Les jours de notre mort), etc…

Ainsi la gauche française a-t-elle sombré dans le nationalisme le plus obtus.

Et c’est parce qu’elle ne s’affranchit pas de ce nationalisme qu’en Indochine, en Tunisie, en Algérie et au Maroc, elle aborde le problème du colonialisme par ses incidents fâcheux et non sur le fond – qu’elle ne reconnaît pas à tout homme et en toutes circonstances, le droit de dire tout ce qu’il pense.

Au fait, la gauche française – ou ce qui aspire un peu abusivement à la qualification – veut-elle sincèrement s’affranchir de ce nationalisme obtus ?

Je demande au lecteur de n’être point trop sévère pour moi si je lui dis que je n’en ai pas l’impression.

Et que tout le drame est là.

Car la tradition d’une gauche n’est pas – et si peut que ce soit – d’être nationaliste, c’est-à-dire, en l’occurrence de prendre le parti des Gradis et des Servan-Schreiber qui sont installés au Maroc, contre les Lazard qui cherchent, en concurrence avec les banques américaines à y étendre leur champ d’influence.

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Dans la conclusion du second article, et malgré des réserves, Rassinier n’hésite pas à citer Blum, ce qui contribue à affaiblir la thèse d’une véritable haine développée contre les « bellicistes » socialistes, et en particulier contre un certain entourage sioniste de Léon Blum dans la S.F.I.O. des années 30.

La Voie de la Paix, n°43, octobre 1955, page 1.

Crise de régime ?

Au moment où nous mettons sous presse, la question de confiance a été posée par le gouvernement sur le point de savoir s’il y a lieu d’abréger la durée du mandat de l’Assemblée Nationale et de procéder à des élections en décembre.

On en est aux explications de vote et, dans quelques instants, le scrutin aura lieu.

Bien entendu, nous n’en connaissons pas l’issue et c’est la raison pour laquelle nous remettons à notre prochain numéro le commentaire des conditions dans lesquelles cette questions de confiance a été posée.

Dès maintenant, nous pouvons seulement dire que les raisons avancées aussi bien en faveur des élections en décembre que contre, sont aussi mauvaises les unes que les autres. La véritable raison c’est que les résultats de la politique d’expansion économique sont si brillants qu’à l’extérieur comme à l’intérieur, la situation monétaire et de la trésorerie de la France est catastrophique.

Hors cela, tout est boniment.

A ceux qui veulent avancer la date des élections nous disons que cela n’y fera rien. Et à ceux qui ne le veulent pas, qu’en mai prochain, la situation ne sera pas meilleure [manque une ligne…] archaïque, corrompu et à bout de souffle est dans l’impasse.

Dans le cadre des institutions, l’exercice du pouvoir n’est plus qu’un problème de degré dans la corruption, la concussion et la prévarication.

L’heure est venue de penser que le système parlementaire dans son acception actuelle a fait son temps et avec Léon Blum, dans un de ses rares moments de lucidité, « qu’il n’est pas de Démocratie que parlementaire ». (A l’échelle humaine, p. 67)

Paul RASSINIER

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Continuant sa série de conférences sur la Sagesse de l’Inde, entreprise sous les auspices de la Société L’Art et la Vie, Félicien Challaye fera à 15 heures, 5, rue de l’Ecole de Médicine (métro Odéon), une conférence sur le sujet : Un chef-d’oeuvre de la littérature universelle : la Baghavard Gitta [sic].

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