André Bergeron

INDEX

En lisant les Mémoires d’André Bergeron, Editions du Rocher, 2002 et un article de l’hebdomadaire socialiste belfortain “La IVème République”, dirigé par Paul Rassinier:

Paul Rassinier situe ses premiers engagements politiques vers 1922, l’année de ses seize ans. C’est l’année de naissance d’André Bergeron, futur secrétaire général de Force Ouvrière. Il y a donc entre eux une génération politique, ce qui explique probablement le peu de lignes consacrées à Rassinier dans les Mémoires du dirigeant sydical. Pourtant, André Bergeron entre en apprentissage en avril 1936 à la Société générale d’imprimerie de Belfort où il travaillera jusqu’à la déclaration de la guerre.

Durant cette période, Rassinier contribue régulièrement à la revue de la SFIO, section Territoire de Belfort, Germinal imprimée à la Société générale d’imprimerie. Il en assume avec René Naegelen et Emile Géhant la direction politique. Il contribue alors à mettre en place la section locale des « Jeunesse socialistes ». C’est aussi l’époque où paraît “Le Territoire”, “Revue libre des idées, des faits, des gens” lancée par René Naegelen, dont Paul Rassinier partagera la rédaction et assurera l’Administration.

Voici ce qu’écrit André Bergeron (pp.26-27) :

« Et puis, il y a eu Paul Rassinier qui, après avoir constitué une Fédération communiste indépendante de l’Est, était revenu à la SFIO. Il a été, lui aussi, secrétaire de la fédération du Territoire de Belfort. Il appartenait à la tendance de Paul Faure. Pacifiste, il a été arrêté par les Allemands alors qu’il faisait sa classe, et envoyé dans un camp de concentration dont il est revenu complètement brisé. Il eut ensuite une attitude étrange et a pris place parmi les « révisionnistes ». »

Quelques pages plus loin (p.32, évoquant la déclaration de guerre :

« Après les accords de Munich, la CGT s’est divisée. Il y avait d’un côté ceux qu’on qualifiait de « munichois », et de l’autre ceux qu’on avait appelé les « antimunichois ». Les débats furent violents. Trop jeune, je n’ai pas vécu tout cela, mais je me souviens que dans le Territoire de Belfort la majorité s’était rangée du côté de ceux qui considéraient qu’il fallait tout faire pour empêcher la guerre. Paul Rassinier avait titré le dernier numéro de Germinal, le journal de la SFIO : « Non, les Russes n’auront pas leur guerre ! » Du fait des événements, il n’a pas été distribué. »

Bergeron se décrit donc comme un observateur attentif de la situation politique (pas seulement passif : il vend des timbres pour la république espagnole), même s’il ne s’engage vraiment qu’en 1945, après une longue période de « réquisition » en Autriche où il sera témoin des horreurs perpétrées – en particulier par les soldats russe à la fin de la guerre.

Dans le numéro du vendredi 20 juillet 1945 de l’hebdomadaire belfortain “De la démocratie socialiste”, “La IVème République” dont le directeur est Paul Rassinier, une brève est signée A.Bergeron :

” Au sujet du S.T.O.

On nous prie d’insérer :

Mes camarades et moi sommes partis en 42 et 43 au titre de la « relève » ou du service obligatoire. Nous sommes partis désignés sur des listes faites par des Français : administration, directions des usines, etc., etc…

Tous ces Français ou tout au moins beaucoup se réclament maintenant de la Résistance.

Pendant nos 2 ans ou 2 ans ½ d’exil, sous les bombes, avec une nourriture très restreinte, nous avons attendu et espéré la libération.

Elle est enfin venue… Nous avons revu la France. À Marseille l’accueil fut magnifique… une organisation parfaite. Nous avons cru momentanément que vraiment quelque chose avait changé.

Malheureusement… cela ne dura pas.

Dernièrement nous sommes allés passer le conseil de révision à Nevers. À la caserne de la « Pitié » des sous-officiers hurlants (dignes descendants de l’adjudant Flick des « Gaietés de l’Escadron », de Georges Courteline), séparèrent les S.T.O. Des autres en nous faisant remarquer :

– Oh ! Vous savez, ce n’est pas un honneur !…

Des honneurs nous n’en demandons pas.

Des reproches, nous n’en faisons pas, car nous savons que ceux qui nous ont désignés pour partir n’ont pu faire autrement. Mais des reproches, nous n’en voulons pas non plus.

A.BERGERON
8, rue E. Bornèque, Belfort”

Revenant aux Mémoires, après avoir décrit les tensions entre socialistes et communistes, au début de la guerre et à la Libération, Bergeron, qui a déjà fait ses armes dans le syndicalisme, écrit (p.47) :

« Parallèlement, je reprenais mon activité de militant socialiste, participant à plusieurs campagnes électorales en compagnie de responsables d’avant-guerre, René Naegelen et Paul Rassinier. C’est à cette occasion que j’ai rencontré pour la première fois l’un des leaders du Parti socialiste de cette époque, Daniel Mayer. J’ai été frappé par sa simplicité, son extrême gentillesse, son talent d’orateur et cette manie de raconter anecdotes et histoires drôles. Mayer s’inscrivait alors dans la ligne de Léon Blum, tandis que Guy Mollet était plus proche des communistes. Mais je n’avais pas remarqué, en ce temps, les déchirements qui allaient par la suite voir ces deux courants s’affronter.

À Belfort, l’adversaire des socialistes était alors Pierre Dreyfus-Schmidt, maire progressiste de la ville, allié aux communistes. C’était un homme de grand talent, fort intelligent, à qui j’étais généralement chargé de porter la contradiction lors des meetings électoraux. En vieux routier de le politique, il me mettait K.O. en un rien de temps : très habilement, il commençait par « rendre hommage à la correction de son contradicteur », puis « il m’en filait un bon coup derrière les oreilles ». »

Evoquant Naegelen, Bergeron introduit un autre personnage haut en couleurs : « Il était toujours accompagné d’un vieil anarchiste qui s’appelait Valentin Bahé, dit « Nicole » ou « le vieux Nick », un Lorrain aux yeux bleus, avec une grande barbe roussâtre. » Il s’agit du « petit rouquin » qu’évoque souvent Rassinier dans Candasse, le « rondouillard » n’étant autre qu’Emile Géhant et le “grand frisé” René Naegelen. En passant : Naegelen, avec son roman sur la première guerre mondiale « Les suppliciés » peut également faire le lien avec Norton Cru qui en fit l’éloge sur certains aspects.

Notons enfin que Bergeron a bien connu Pierre Monatte, Louis Lecoin et Maurice Joyeux.

Il est donc certain qu’André Bergeron fut beaucoup plus proche de Paul Rassinier que ses mémoires ne le laissent supposer.

Dans les années 60 – il habitait alors Montrouge -, il travaillait comme représentant pour une marque de cirage et rendait régulièrement visite à Paul Rassinier à son domicile d’Asnières

André Bergeron est mort le 20 septembre 2014.

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