Les “Affaires” sont les affaires!

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LA VOIE DE LA PAIX n° 86 (9ème année) du 25 février 1959. Cet article fut repris dans l’Ordre Social.

LA POLITIQUE

Les « Affaires » sont les affaires !

Par Paul Rassinier

Que Madame Domenico (pour les habitués) Walter, née Lacaze ait usé trois maris et en menace un quatrième n’importe pas. Le cas n’est pas si singulier. Bien d’autres femmes en ont fait autant qui se sont offert quelques amants par dessus le marché. Celles-ci ont été plus discrètes, c’est tout.

Que son médecin personnel, le Dr Lacour, n’ait rien pu pour les deux derniers maris n’importe guère plus : il y a des occlusions et des deux CV qu’on ne peut pas prévoir, – bien que le tout premier mari ait vu venir de loin l’une et l’autre de ces deux affections et se soit tiré les pattes à temps. Au surplus, le Dr Lacour était son médecin personnel, à elle, non à eux ! Le quatrième mari que rien ne semble décourager et qui, nous dit-on, vient de se mettre sur les rangs, ferait bien de méditer sur cet aspect des choses de… la vie, en quelque sorte.

L’enfant trouvé (par un valet de chambre s’il vous plaît!), la fausse grossesse (ou la vraie?) les ministres qui font antichambre, la Call Girl, le faux vrai tueur et les juges dans des rôles de sheriffs, tout cela c’est, comme ce qui précède, pour le roman noir ou le western, – ou les deux, l’un portant l’autre.

Je dirai donc que les rapports entre eux de ces personnages distingués d’une famille bien française et leurs évolutions percutantes ou non dans un far-west bien français, ne m’intéressent pas.

Ici, nous ne cultivons pas le scandale.

Ce qui m’intéresse par contre, ce sont les rapports avec la justice qui, elle, n’est pas une famille, mais une institution qui déborde assez largement le « mur de la vie privée » pour qu’on soit autorisé à en parler sans être accusé d’indiscrétion, de curiosité malsaine ou d’insolence.

Alors voici : l’affaire Guillaume-Lacaze-Walter a éclaté en janvier 1958 et n’a été rendue publique qu’en janvier 1959, soit un an après.

Pourquoi ce long silence et pourquoi soudain cette avalanche de communiqués dont les commentaires se sont traduits par ces monceaux d’immondices à la une de tous les journaux ?

C’est la question que je me suis posée et, du temps que j’y étais, je me la suis posée aussi pour les « Ballets roses » qui étaient la fable dans Paris bien avant que la justice ne s’en mêlât.

***
La famille Lacaze-Walter ce sont les mines de Zellidja au Maroc. Et ça représente une cinquantaine de milliards, dit-on, de participations dans différentes affaires commanditées par des banques bien déterminées.

Politiquement, au Maroc, les Walter étaient des libéraux : ils y possédaient jadis Maroc-Presse qui, au moment de la déportation du Sultan, prit violemment position pour son retour à Rabat et au service duquel journal, Lemaigre-Dubreuil allait se mettre lorsqu’il fut assassiné. Que leurs intentions aient été pures ou non n’est pas le problème : le fait ne mérite d’être souligné que pour être constaté.

Dans la politique française, en tout ce qui touchait l’Afrique du Nord et plus particulièrement le Maroc, leur influence a toujours cherché à s’exercer dans un sens modérateur. On les y a toujours trouvés associés, ici comme ne affaires, aux entreprises de la Banque Lazard où leurs intérêts sont en compte, parfois des Gradis avec lesquels ils ont des accords au Maroc et des Banques américaines par le truchement de la mystérieuse Mrs Biddle avec le concours de laquelle ils avaient constitué deux sociétés (la Newmont Mining Corporation et la St Joseph Lead Company) chargées de faire passer en Amérique l’essentiel de la production de Zellidja sous licence marocaine.

Les six premiers mois de l’année 1958 sont ceux pendant lesquels a mûri le complot qui s’est résolu dans le 13 mai. Au plan des affaires ils sont ceux pendant lesquels des accords ont été passés entre les Rotschild, la Banque de Paris et des Pays-Bas, la Banque Worms, la Banque de l’Union Parisienne et la Banque Lazard pour l’exploitation en commun des prétroles du Sahara et l’équipement de l’Algérie avec le concours de la Banque de l’Union Européenne, alias Schneider-de Wendel.

Les Rotschild menaient le jeu.

Les Lazard dont on avait besoin y sont entrés.

Comme à leurs habitudes, les Walter ont suivi.

Aussi, en janvier 1958, quand le jeune Jean-Paul a porté plainte pour tentative d’assassinat sur sa personne, l’affaire a été étouffée d’un commun accord par les gens qui étaient au pouvoir et par ceux qui allaient y accéder, pour ne pas rompre une unanimité indispensable sur laquelle chacun misait, soit pour y rester, soit pour y arriver.

Cette unanimité, il fallut la sauvegarder tout au long de l’année 1958.

En janvier 1959, le nouveau régime étant en place, il s’agit du partage des dépouilles : si on pouvait écarter du partage les Lazard dont on n’a plus besoin…

Alors, tous les autres sont d’accord pour préparer cette élimination sur le plan moral d’abord, en les discréditant dans l’opinion par leurs associés et amis Walter qui se trouvent justement prêter le flanc sur le plan familial.

« Les affaires sont les affaires » disait déjà Octave Mirbeau.

Que les Lazard méritent largement d’être discrédités ; ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Mais c’est un autre problème et qui requiert d’autres moyens.

De toutes façons, si M. Jacquinot actuellement ministre d’Etat, se retrouve sur le sable, il n’y aura pas lieu d’être surpris.

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LES ballets roses ?

On avait aussi besoin du Parti Socialiste pour accomplir le mauvais coup. Et, comme les Lazard, on en a eu besoin jusqu’au bout.

En janvier 1959, non seulement on n’en avait plus besoin mais il menaçait de devenir encombrant.

Alors est apparue dans les journaux la personnalité d’un Le Trocquer « qui gardait sa chemise » et d’une comtesse « qui gardait ses bas » dans des messes noires au goût du siècle.

On passe tout aux larbins quand on a besoin d’eux. Ensuite, on les discrédite pour mieux les balancer, – et parfois non sans raison, au procédé près.

C’est la seule moralité que, pour compléter Mirbeau, on puisse tirer de ces deux sombres histoires.

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