POPULATION

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Un compte rendu du “Discours de la dernière chance” qu’on peut penser de la main d’Alfred Sauvy, paru dans la revue Population en 1953. Nous le faisons suivre d’une critique par Rassinier dans la Voie de la Paix de décembre 1951 du livre de Paul Reboux “Trop d’enfants!”.

Revue “Population” 1953 volume 8 numéro 1, p 179

Rassinier Paul. Le discours de la dernière chance

S. I. La voie de la Paix. 1953, 262 p.

C’est un louable pacifisme qui inspire à R. des thèses assez proches
de l’économie distributive. L’humanité forge des crises parce qu’elle ne
peut vendre tous ses produits et combat le chômage par des procédés
destructifs. Arguments qui ont connu un vif succès il y a vingt ans et
qui, malgré les fortes vérités qui les émaillent, sont aujourd’hui quelque
peu dépassés. On souhaiterait que la question de la politique et de
l’économie mondiale se présente sous un jour aussi simple.

Plus périmée encore est la thèse ultra-malthusienne, en vertu de
laquelle la surpopulation est voulue par les dirigeants pour faire la
guerre. On retrouve les thèmes classiques de la propagande anarchiste,
appliqués à une situation bien différente, ni les Etats-Unis, ni l’Union
Soviétique, pièces maîtresses, ne souffrant de surpopulation. Rédigé
sous des influences affectives peu contrôlées et sans connaissance des
données de fait les plus élémentaires, le chapitre sur la population détruit
malheureusement ce que les autres contiennent de généreux et d’humain.

A. S.

[Alfred Sauvy?]

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LVP n°10, décembre 1951, p.3

Critique du livre publié en 1951 par Paul Reboux aux éditions Denoël.

Trop d’Enfants !

Paul Reboux n’est pas un économiste. On éprouve donc quelque surprise à le voir traiter d’un sujet qui n’est ni d’anecdotes, ni de récits historiques, ni de traits galants, ni de considérations gastronomiques, ni de souriants essais moraux et sociaux, ni d’impressions de voyages, ni de fictions romanesques. Il ne cache pas qu’il s’y attendait : qu’il se console, le public habitué aux études indigestes et souvent inaccessibles sur les problèmes sociaux accordera quelque mérite au premier qui lui aura présenté celui de la natalité sur le mode léger, je veux dire à son niveau.

Mais aussi, qu’il en prenne son parti : les spécialistes de la question lui chercheront des querelles dont certaines ne seront pas sans raison sérieuxe.

Par exemple quand il reprend la célèbre loi de Malthus selon laquelle les populations croissent en progression géométrique (2,4,8,10,12, etc…) seulement. Au moyen de ses propres chiffres, ils établiront qu’il y avait 500 millions d’habitants sur la terre en 1650 et 2.500 millions en 1950, soit 5 fois plus. Or, diront-ils, pendant la même période, les subsistances créées par les hommes ont probablement centuplé. Et, si Paul Reboux leur fait remarquer que, sans la guerre, les termes de la proposition se présenteraient sans doute dans l’ordre inverse, ils lui rétorqueront que la guerre donne à la natalité, un coup de fouet réparateur des dégâts bien au-delà. Exemple : population de la France en 1939: 40 millions ; population de la France en 1946 : 41 millions…

Par exemple encore, quand il fixe un hectare, la surface de terrain tout venant, nécessaire à un homme pour se procurer tout ce dont il a besoin. On ne manquera pas de trouver que cette évaluation est à la fois arbitraire et exagérée. Le plus grave, sur ce point, c’est qu’il y a tout de même 12.700 millions d’hectares de terrain tout venant qui émerge des flots et seulement 2.500 millions d’habitants soit 5 hectares par habitant : les lapinistes ne manqueront pas d’en tirer la conclusion que la terre pourrait être sans danger 5 fois plus peuplée…

Par exemple toujours, quand Paul Reboux s’insurgeant contre le gaspillage des richesses, écrit :

” Quels gaspilleurs, ces laboureurs ignorants qui, sur un champ en pente, tracent des sillons dans le sens de l’écoulement des eaux, au lieu de les tracer parallèlement à la direction des collines de manière à faire de chaque sillon une rigole où l’eau conservée humectera profondément la terre pénétrée ! » » (p.201)

Les spécialistes auront beau jeu de répondre que si on traçait les sillons parallèlement à la direction des collines, ce n’est pas la terre qui retiendrait l’eau, mais après chaque orage, l’eau qui descendrait au pied de la colline, toute la terre arable, ce qui constituerait un gaspillage bien plus grand.

Il y a, comme cela, un certain nombre de petites erreurs dans ce livre. N’étant pas un économiste, Paul Reboux a trop facilement fait confiance à La faim du monde de William Vogt que toute la presse nous a présenté voici quelque temps comme étant, lui, un économiste digne de crédit. On les pardonnera d’autant plus volontiers à notre ami qu’à partir du chapitre XVII et jusqu’à la fin de l’ouvrage, son raisonnement est d’une indiscutable rigueur.

A partir de ce chapitre XVII, il oublie carrément Malthus et William Vogt pour situer le problème en plein dans l’économie générale du monde avec ses régions dites civilisées ou barbares, les cloisons et les antagonis[m]es entre Etats, les possibilités et les aspirations des groupes humains organisés, etc… C’est alors un Paul Reboux insoupçonné qui se révèle à nous : dans une suite d’une impeccable logique il met en évidence la folie criminelle de ces dirigeants du monde qui pratiquent un malthusianisme économique effréné en sacrifiant au maximum et y compris par la guerre elle-même toutes les richesses consommables et, en même temps, poussent à une prolifération tout aussi effrénée.

Le problème est ainsi très bien posé : ce n’est pas par rapport aux ressources de la terre qu’il peut y avoir excès de natalité et que cet excès conduit à la guerre, mais par rapport aux subsistances que des régimes d’oppression mettent à la disposition des hommes qui les créent.

La thèse accusatrice, étayée par des arguments statistiques d’une remarquable pertinence, l’est aussi par des arguments philosophiques et je n’ai pas besoin de dire au lecteur qui connaît Paul Reboux que ceci ne gâte rien.

Je me crois aussi dispensé de lui dire que, tout pacifiste qui se respecte doit avoir ce livre constamment à portée de la main : il est un de nos meilleurs instruments de travail, le mot étant pris dans le sens de la propagande.

Paul RASSINIER

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