Congrès des Peuples, 1953

INDEX

La Voie de la Paix, Janvier-Février 1953, p.1

Cousu de fil blanc !

On aurait tort de penser que le Congrès des Peuples qui s’est récemment tenu à Vienne ressemblait à ceux de Varsovie et de Stockholm qui l’ont précédé. Le Parti communiste – et quand je dis le Parti communiste, cela signifie Staline – a fait ce qu’il a pu pour qu’il en différât. Le malheur est seulement que Staline n’ait pas plus d’imagination que son ex-concurrent – concurrent ou compère ? – Truman. En foi de quoi, les différences portent beaucoup plus sur la forme que sur le fond.

Par exemple, tout le monde a pu dire tout ce qu’il a voulu à la tribune : personne n’a été exclu manu militari – rappelez-vous cet Anglais ingénu – comme à Varsovie. Une Italienne, un Belge (Jean Van Lierde) et quelques Français ont pu, en toute liberté « s’oublier » jusqu’à faire peser les responsabilités de la guerre froide à part égale sur la Russie et les Etats-Unis.

Mais, une chose est ce qu’ils ont dit et une autre le compte qui en a été tenu.

D’abord, pour ce qui est des résolutions finales, on avait pris la précaution de décider, d’entrée de jeu, que tout sujet sur lequel l’unanimité ne pourrait se faire en serait écarté. Ceci a fait que, d’une manière générale, n’ont pu figurer dans ces dites résolutions que les points sur lesquels la délégation russe – lisez : Staline – était d’accord. Ainsi a été écartée l’objection de conscience…

Ensuite, il y a l’écho que les interventions des délégués ont trouvé dans leurs pays respectifs : de ce côté-ci du rideau de fer la presse a été à peu près correcte et a relaté sinon dans la lettre, du moins dans l’esprit, toutes les interventions, mais de l’autre côté…

De l’autre côté, voici par exemple comment la Pravda du 19 décembre relate l’intervention de Jean Van Lierde :

« A la séance du 18 au soir le premier orateur fut Jean Van Lierde (Belgique), qui se dit représentant de l’ « Internationale des hommes opposés à la guerre » et pacifiste. Après avoir déclaré que l’ « Internationale » qu’il représente se prononce contre la guerre en Indochine, pour le sabotage de l’envoi du matériel militaire dans les pays qui sont en guerre, conter l’emploi des armes de destruction massive, etc… Van Lierde répéta ensuite les élucubrations éculées de la presse bourgeoise des pays occidentaux sur l’Union soviétique et les pays de démocratie populaire. »

Or, Jean Van Lierde avait seulement demandé la condamnation publique de toutes les guerres, défensive, offensive, civile ou de libération, et enfin, en pacifiste intégral, il avait invité l’U.R.S.S. a reconnaître le droit des objecteurs de conscience.

Le même sort fut réservé à toutes les interventions qui n’étaient pas « dans la ligne ».

Sur le fond, les résolutions finales proclament le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes partout sauf en Europe centrale, la libération des peuples coloniaux, mais seulement en Tunisie et au Maroc – car il ne faut pas trop vexer l’Angleterre ! – l’évacuation de l’Autriche, mais pas celle de l’Allemagne, l’interdiction des armes atomiques et bactériologiques ou chimiques mais pas des autres etc… etc…

En somme, dans tout cela, il n’est question que de proposer au monde un modus vivendi dans lequel tout ce par quoi les Etats-Unis ont une supériorité militaire sur l’U.R.S.S. serait supprimé.

Qui peut penser que de tels mots d’ordre ont quelques rapport que ce soit avec le bon sens et la moindre parenté avec le pacifisme ou le plus mince désir sincère de paix ?

Quelques pacifistes authentiques se sont laissés prendre à ce piège : la liberté de parole indistinctement assurée à tous a été le miroir aux alouettes de cette sorte de chasse aux délégués dans toutes les parties du monde.

C’est qu’avant tout, le but poursuivi était d’avoir un public et de renouer avec les masses que, dans tous les pays la politique insensée de tous les partis communistes avait, comme en France, coupées du Kremlin.

La paix ? On en a parlé, bien sûr : on ne pouvait pas faire autrement puisque c’était le sujet de la rencontre.

Mais, tout juste ce qu’il fallait pour faire avaliser par le public du congrès, tous les mots d’ordres du parti communiste, toute la politique extérieure de la Russie bolchevique dans tous les domaines.

J’en demande pardon à Jean Van Lierde, au Pasteur René Rognon, à Hugo Kramer et à quelques autres bons amis qui s’y sont laissés prendre mais… la manoeuvre était cousue de gros fil blanc !

Paul Rassinier

Advertisements