CONGO

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Deux articles de la Voie de la Paix consacrés à la situation au Congo. Nous les dédions à la mémoire de Bapoua, qui y aurait sûrement trouvé à redire…

 

La Voie de la Paix n°106, avril 1961, page 2

 

La nature de l’enjeu au Congo

Par Paul RASSINIER

 

On vient d’annoncer officiellement que, non moins officiellement, M. Pompidou avait eu à Genève et au nom du Gouvernement français, des contacts secrets avec M. Boumendjel représentant du G.P.R.A. et que, très prochainement, de nouveaux contacts pourraient être pris, au grand jour cette fois, entre les deux émissaires des deux parties belligérantes.

Pompidou est l’homme de confiance de la Banque Rothschild et de toutes les affaires qu’elle contrôle.

Et de toutes les compagnies financières qui ont porté le Général de Gaulle au Pouvoir, la Banque Rothschild était, depuis quelques mois, la seule qui ne voulait pas entendre parler de négociation. Tour à tour, les quatre autres (B.P.P.B., Union Parisienne, Lazard et Worms) avaient fait valoir qu’une solution amiable avait fini par s’imposer et certaines avaient même retiré leur représentant au gouvernement. On n’a pas oublié le départ de M. Berthoin. Et on ne peut plus ne pas remarquer le silence de M. Jacquinot, non plus que, parallèlement la bruyante rentrée de M. Georges Monnet sur la scène politique.

Tout cela signifie que, depuis juin 1958, les positions politiques prises par les banques d’affaires relativement à l’exploitation du pétrole saharien ont considérablement évolué.

Seule la maison Rothschild s’entêtait.

Si M. Pompidou est entré en rapport avec M. Boumendjel et s’ils continuent ouvertement la conversation, cela pourrait signifier que la Banque Rothschild ne s’entête plus.

Et qu’alors il y aurait du bon pour la paix en Algérie.

Mais ne vendons pas trop tôt la peau de l’Ours.

SOUVENEZ-VOUS : tant que le problème de la paix en Indochine est resté un thème de propagande entre les mains des hommes politiques, c’est-à-dire pendant sept ans, la guerre s’est poursuivie. Puis, un jour, les banques d’affaires s’en sont mêlées, la discussion est passée au plan des affaires et ce fut la paix.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets…

Je voudrais que ceci nous serve de leçon et nous invite à aller au fond des choses au lieu de nous contenter, comme n’importe quelle autre formation politique, de la culture du slogan.

Justement, un autre phénomène de décolonisation sollicite notre attention le Congo.

Je sais, tout le monde est fixé sur le Congo : il veut son indépendance et évidemment, sur ce point, nous sommes à ses côtés. Mais combien de réserves n’avons-nous pas dû faire sur la tactique et les raisons de Ho-chi-Min ou de Ferhat Abbas et ses coéquipiers ? J’ai bien peur que ces réserves nous ne soyons obligés de les faire à peu près dans les mêmes termes à propos de la tactique et des [raisons] des Kasavubu, Illéo Mobutu, Tschombé et autres Gisenga.

Car, là-aussi, des banques d’affaires s’abritent derrière le slogan de l’indépendance.

Le Congo, c’est avant tout, en effet l’Union minière du Haut-Katanga qui en commande et en contrôle toute la vie économique..

Et l’Union minière du Haut-Katanga, ce sont trois actionnaires :

1°) La Société Générale de Belgique qui est une banque et qui possède 16% des actions ;

2°) La Tanganyika Limited qui est une société anglaise (cuivres du Tanganyika) et qui possède 14% des actions ;

3°) L’État Congolais (le nouvel État, indépendant reconnu de si mauvaise grâce par le Belgique) qui possède 25% des actions.

Les 45% des actions qui restent sont répartis entre une centaine de milliers de particuliers qui se font représenter par l’un ou l’autre des trois actionnaires dans les assemblées générales, qui sont donc sans pouvoir effectif et qui, d’ailleurs, s’intéressent surtout aux dividendes.

Et maintenant suivez-moi.

ENTRE les trois actionnaires principaux, la Société Générale, (c’est-à-dire la Belgique) la Tanganyika Limited (c’est-à-dire l’Angleterre) et l’État Congolais (c’est-à-dire… qui au fait?) c’est à qui aura la majorité au sein de l’Union Minière. Autrement dit, la lutte se circonscrit entre la Société Générale et la Tanganyika Limited : celle des deux qui réussira à mettre la main sur les 35% d’actions de l’État Congolais aura la majorité au sein de cette Union minière et les exportations du Congo iront soit vers l’Angleterre, soit vers la Belgique aux tarifs coloniaux habituels.

Les exportations du Congo c’est-à-dire : huile, coton, caoutchouc sauvage, hévéas, café, cacao, canne à sucre, lin, riz de montagne, maïs, bananes, étain, cuivre, plomb, manganèse, uranium, cadmium, etc. Au plan industriel, l’enjeu est d’autant plus important, que de nombreuses usines transforment sur place.

Mais cela tout le monde le sait.

Tout le monde sait peut-être aussi que, défendant les intérêts de la Belgique, la Société Générale soutient M. Tschombe, et que la Tanganyika Limited soutient ses adversaires. Entre les deux le clan Kasavubu-Mobutu au moyen duquel les États-Unis semblaient vouloir entrer dans le coup au plan des affaires comme les Russes y voulurent entrer par Lumumba et le tentent encore par Gisenga.

La plate-forme de départ des E.U. est la recherche de l’Union entre toutes les parties en présence pour ne faire point trop de peine à l’Angleterre dont l’appui lui est nécessaire à l’O.N.U.

En somme, c’est cette bagarre entre deux groupes d’affaires qui a mis la pagaille au Congo.

Qui a permis au Russes de s’y infiltrer.

Et qui permet au clan atlantique de se maintenir sur ses positions en invoquant la nécessité de barrer la route au bolchevisme.

C’est assez peu ingénieux, mais… Il fallait y penser !

Sur cette lancée, il ne reste plus qu’à installer le bolchevisme partout pour avoir des raisons de la combattre.

Notez bien que c’est un peu ce qu’on nous a fait avec Hitler dont beaucoup de bons esprits pensent aujourd’hui que les puissances d’argent l’ont sciemment installé au pouvoir en Allemagne pour avoir des raisons idéologiques de déclencher la seconde guerre mondiale.

Et que, ma foi, si on cherchait à rééditer le coup pour la troisième, je n’en serais pas autrement étonné.

Rectification. – Pour avoir entendu René Gérin parler de l’Avocat général Lindenbaum qui avait obtenu sa condamnation au moyen de textes qu’il disait falsifiés, j’ai dans mon dernier article parlé de son fils Jérôme Lindenbaum, Directeur des Éditions de Minuit. En réalité, le Directeur des Éditions de Minuit s’appelle bien Jérôme Lindon à l’état-civil. Le changement de nom a été fait par le grand-père banquier et il ne s’agit pas d’un nom d’emprunt conquis dans la résistance et non authentifié par l’état-civil comme je l’avais cru. Je m’en voudrais de ne pas rectifier de moi-même cette erreur involontaire.

 

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La Voie de la Paix, n° 114, janvier 1962

 

Vie Politique et sociale :

La TEMPELSMAN AND SON est entrée en scène au Congo

 

Par Paul RASSINIER

 

J’ai déjà dit (n°106, avril 1961) que la principale richesse du Congo, c’était le Katanga et que, le Katanga, c’était avant tout la société qui l’exploite : l’Union minière du Haut Katanga.

Cette Union minière, précisais-je, c’est trois actionnaires :

1°) La Société Générale de Belgique qui est une banque et qui possède 16% des actions ;

2°) La Tanganyika Limited qui est une société anglaise (Cuivres du Tanganyika) et qui possède 14% des actions ;

3°) L’État Congolais (reconnu de si mauvaise grâce par le Belgique) qui possède 25% des actions.

Les 45% des actions qui restent, précisais-je encore, sont répartis entre une centaine de milliers de particuliers qui, dans les assemblées générales, se font représenter par l’un ou l’autre des trois actionnaires principaux, ne s’intéressant qu’aux dividendes et sont sans pouvoir effectif sur la marche de l’affaire.

A l’époque, le jeu était clair : entre les trois principaux actionnaires, la Société Générale, (c’est-à-dire la Belgique) la Tanganyika Limited (c’est-à-dire l’Angleterre) et l’État Congolais (c’est-à-dire l’Amérique s’il s’appuyait sur l’O.N.U., la Russie dans le cas contraire) c’était à qui aurait la majorité au sein de l’Union minière. On ne savait pas encore sur qui s’appuierait le nouvel État Congolais, c’est-à-dire qui l’emporterait de Lumumba ou de Kasavubu. Ce dernier qui ne savait pas exactement entre les mains de qui se trouvaient les 45% d’actions répandues dans le public était d’ailleurs hésitant et ceci revient à dire que pratiquement, la lutte se circonscrivait entre la Société générale et la Tanganyika Limited : celle des deux qui réussirait à mettre la main sur les 25% d’actions de l’État Congolais aurait eu la majorité au sein de l’Union minière et les exportations du Congo seraient allées selon le cas, soit vers la Belgique, soit vers l’Angleterre aux tarifs coloniaux habituels.

Tel était le problème et il était important : il s’agissait d’huile, de coton, de caoutchouc, de café, de cacao, de canne à sucre, de lin, de riz, de maïs, de diamants, de bananes, d’étain, de plomb, de manganèse, d’uranium, de cadmium, de cobalt, etc.

De cobalt !

Si je rappelle ces choses, c’est que, depuis avril 1961, la situation au Congo a évolué dans un sens d’ailleurs aisément prévisible.

*

Au plan de la politique – si l’on peut dire, parce qu’en fait, il s’agissait d’une bagarre à mains armées – la Société générale majoritaire de fait à l’Union minière avait trouvé un leader disposé à lever des troupes à ses frais. Tout au début, la Tanganyika Limited soutenait l’équipe Lumumba – Mobutu – Kasavubu, ces deux derniers étant d’autre part vigoureusement travaillé au corps par les Américains. Lorsqu’il fut avéré que les sympathies politiques de Lumumba allaient au bolchevisme, Kasavubu – Mobutu basculèrent délibérément du côté Américain.

Alors le combat changera « d’âme ».

Entre temps un financier américain avait réussi à s’introduire auprès de Kasavubu. M. George H. Wittman, conseiller de la Tempelsman and Son pour les investissements dans les pays sous-développés qui s’intéresse plus particulièrement au marché du diamant et qui a des bureaux d’achat au Ghana, en Guinée, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au Nigéria et… à Léopoldville ! Jusqu’au jour où il devint le délégué du Président Kennedy à l’O.N.U., Mr Adlaï Stevenson était Président de la Société Tempelsman : par le canal de l’O.N.U. il mit Mr. George Wittman en relations avec Kasavubu.

Et, à partir de là, un phénomène inattendu se produisit en bourse : les actions de l’Union minière, qui étaient en baisse, recommencèrent à monter à des hauteurs surprenantes étant donné l’état de guerre. Sur le moment, personne ne comprit que Mr George H. Wittman s’était porté acheteur et achetait tout ce qui se présentait sur le marché en matière d’actions de l’Union minière. En un clin d’oeil, il eût raflé les 45% qui étaient en la possession des 100.000 particuliers, lesquels, pour la plupart colons qui envisageaient leur retour en France et en Belgique, ne demandaient qu’à s’en défaire au meilleur prix. Pour eux l’occasion était inespérée.

On a dit qu’agissant pour le compte de la Tempelsman and Son, M. George H. Wittman bénéficiait en outre du concours intéressé d’un financier suédois avec lequel il avait, paraît-il, déjà jeté les bases d’une société Américano-suédoise : le propre frère de feu Hammarskjöld, alors Président en exercice de l’O.N.U.

On a dit, mais… Si c’était vrai, voilà un « accident » d’aviation qui s’expliquerait assez bien.

Toujours est-il que, depuis que la Tempelsman and Son possède les 45% (ou à peu près) des actions autrefois aux mains de particuliers au sein de l’Union minière, les rapports sont devenus les suivants :

1. Société générale (Belgique) : 16%

2. Tanganyika Limited (Angleterre) : 14%

3. Etat Congolais : 25%

4. Tempelsman and Son : 45% soit 70% à l’Amérique (total des deux derniers actionnaires)

Ce qui signifie que, de majoritaire (avec les « pouvoirs » des particuliers) à l’Union minière, la Société générale est devenue d’autant plus minoritaire que la fraternité d’armes qui unit l’Angleterre et les États-Unis a fait basculer les 14% de la Tankanyika Limited du côté de la Tempelsman and Son et bloque contre ses 16% d’actions les 84% des autres (Tanganyika + Tempelsman + Etat Congolais).

En vertu de quoi :

1. – L’Union minière passée en d’autres mains n’a pas manqué de supprimer à M. Tschombé les subsides qu’elle lui accordait pour lever des troupes et de lui conseiller plus de modération à l’égard du gouvernement de Léopoldville ;

2. – Si la Société générale paraît toujours disposée à aider financièrement M. Tschombé, elle n’en est pas moins persuadée que le combat est devenu inégal au point d’être sans espoir.

Ainsi s’explique à la fois l’attitude de l’O.N.U. et celle de M. Tschombé qui, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, est entré en rapport avec le gouvernement de Léopoldville.

A l’heure où j’écris, les conditions de la Paix au Congo paraissent réalisées. Comme on ne sait pas si, malgré tout, d’autres dissentiments ne peuvent pas naître entre tous ces financiers, je ne voudrais cependant pas jurer qu’elle est assurée – surtout qu’elle l’est pour longtemps.

*

AINSI, dans cette triste affaire tout à tourné autour d’un problème de majorité au sein de l’Union minière du Haut-Katanga.

On ne manquera pas de dire que j’ai fait bon marché des aspirations à l’indépendance du peuple congolais.

En quoi on aura tort : pour certaines que soient ces aspirations à l’indépendance, il n’en est pas moins vrai que le peuple congolais ne les a jamais matérialisées autrement qu’en se rangeant pour partie soit derrière Lumumba ou Gizenga, soit derrière Tschombé ou Kabudji, soit enfin derrière Kasavubu-Mobutu qui sont ses prophètes contradictoires.

Et des pantins dont les diverses fractions de l’Union minière en bagarre tiraient les ficelles chacune pour son compte en misant chacune sur un poulain différent.

Je suis prêt à démontrer qu’enter les diverses sociétés financières qui se disputent le pétrole du Sahara et le reste, la situation se présente exactement dans les mêmes termes.

 

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