Refoulé d’Allemagne

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La Voie de la Paix n° 138, janvier 1964

Refoulé d’Allemagne

Par Paul RASSINIER

L’État s’octroie vraiment une large mesure d’autorité dans tous les pays. L’homme – considéré comme quantité négligeable – se voit, partout, contester ses droits, pourtant déclarés imprescriptibles. On le maltraite, on l’arrête et l’emprisonne, on l’expulse ou on le refoule. C’est ce qui vient d’arriver à Rassinier. Les raisons, quand on en donne, sont des raisons d’État… En l’occurrence, la mesure est préventive et vise à empêcher la vérité historique de voir le jour. « La Voie de la Paix » dénonce cette manœuvre et joint sa protestation à celles qui se sont déjà élevées dans plusieurs pays. La relation ci-dessous, faite par l’intéressé lui-même, à notre demande, permettra au lecteur de comprendre les faits.

Émile Bauchet

Je me suis laissé convaincre que, de tous les collaborateurs de la Voie de la Paix, j’étais, sinon le plus qualifié, du moins le mieux placé pour raconter et replacer dans son contexte, la mésaventure qui me vient d’arriver. Le lecteur m’excusera donc si, pour une fois, je me prends moi-même pour sujet d’un de mes articles. Il n’y sera d’ailleurs que très peu question de moi, tant l’affaire se situe au-delà des dimensions et de l’importance de ma modeste personne.

D’abord, ce que tout le monde sait, la presse non seulement française, mais mondiale l’ayant mis en vedette : le 18 décembre dernier, me rendant en Allemagne où, depuis la fin de la guerre, je me rends cinq ou six fois par an pour des raisons qui relèvent soit des nécessités de la recherche historique, soit des besoins de la propagande pacifiste, – en 1963, j’y ai fait cinq séjours de cinq à quinze jours, en janvier, en mars, en juin, en août et en octobre, et j’y ai tenu 9 conférences publiques – j’ai été, sur ordre du Ministre de l’Intérieur de la République fédérale, intercepté par la police allemande et gare de Sarrebrück et reconduit à la frontière française. Sans la moindre explication : si j’en désirais, me fut-il dit, je devais dès mon retour à Paris, les demander à l’Ambassade d’Allemagne qui, paraît-il, était seule habilitée à m’en donner.

Par hasard, sans doute, deux journalistes, l’un de l’Associated Press, l’autre de l’Agence Allemande de Presse (D.P.A.) se trouvaient là : je suppose qu’ils n’eurent pas la possibilité d’entrer en contact avec moi à Sarrebrück même, mais, je n’avais pas encore regagné mon domicile que mon téléphone avait déjà sonné plusieurs fois pour des demandes d’explications…

Au débotté, je leur donnai les raisons pour lesquelles je me rendais en Allemagne et les conditions dans lesquelles je m’y rendais. Sur les raisons de mon refoulement, m’autorisant de mes nombreux séjours en Allemagne fédérale, je déclarai que je n’en avais aucune idée et qu’il devait y avoir un malentendu. Mais c’était seulement par tactique et pour ne pas tirer le premier car, en réalité, je comprenais très bien : cette fois, je me rendais à Francfort au Procès des gardiens du camp de concentration d’Auschwitz qui rentre dans le cadre de mes études sur les crimes de guerre et que je devais suivre pour le compte de deux Instituts d’Histoire contemporaine des U.S.A. Cela que le gouvernement allemand savait puisque j’avais, au préalable, dû me mettre en règle avec le Tribunal et lui demander une carte de presse – qui m’avait d’ailleurs été accordée sous le n° 113 et apparemment sans difficulté – il ne le pouvait tolérer parce qu’il ne pouvait tolérer dans la salle d’audience quelqu’un qui fût qualifié pour apprécier à leur juste valeur et l’authenticité des documents qui seraient produits à la barre, et la sincérité des déclarations des témoins, voire des accusés que, depuis Nuremberg, nous sommes habitués, dans ce genre de procès, à entendre avouer n’importe quoi qui soit de nature à leur valoir l’indulgence du Tribunal.

Le Président du Tribunal ne pouvait pas me refuser une carte de presse sollicitée dans les délais alors que sept étaient encore disponibles : en droit, il eût porté atteinte au caractère de la justice qui doit être sereine et publique pour rester la justice, et il eût rendu la sentence attaquable devant la juridiction supérieure. En même temps donc qu’il me l’accordait, il a prévenu de mon arrivée le Ministre dont il relevait et celui-ci m’a fait intercepter à la frontière pour une autre raison.

C’est simple, il ne fallait qu’y penser.

Les choses se sont passées comme je l’avais prévu : l’Associated Press et la D.P.A. ayant mis sur les ondes ma déclaration modérée et, à l’exception des journaux communistes et crypto-communistes, la presse mondiale l’ayant reproduite en soulignant le caractère scandaleux de la mesure prise à mon endroit, le Ministre de l’Intérieur de la République fédérale fut contraint d’en donner publiquement la raison. La voici : j’appartiens à une organisation fasciste internationale et ma présence sur le Territoire allemand n’aurait pas manqué d’y provoquer des perturbations à l’ordre public.

Sur la seconde partie de cette accusation, il m’est déjà loisible de répondre que les nombreuses conférences que j’ai faites en République fédérale et dont la presse allemande a, chaque fois, assez abondamment rendu compte pour que le gouvernement allemand ne les ait pas ignorées, n’y ont jamais troublé l’ordre public. En m’accordant soudain tant de puissance, le gouvernement allemand me fait, aujourd’hui, beaucoup d’honneur.

Quant à la première, sollicité par l’Associated Press de dire à quelle « organisation fasciste internationale » j’appartenais, le Ministre a répondu que… « Il ne serait pas répondu à cette question. »

Et pour cause !

Nous allons donc lui faire rentrer cette accusation dans la gorge. Je remercie les groupes de la « Deutsche Friedengesellschaft » (Union des Pacifistes allemands) qui ont déjà protesté auprès de lui contre cette injure qui leur est faite à eux autant qu’à moi. Pour ce qui est du reste, mes avocats s’en occupent sur le plan judiciaire.

Je n’assisterai pas au Procès de Francfort ? On y pourra en toute tranquillité produire à la barre des documents aussi outrancièrement faux que celui sur lequel repose l’argument du Vicaire qui fait actuellement scandale à Paris tous les soirs ? La belle affaire !… Il faut être ministre pour être assez sot que de croire qu’on peut empêcher la vérité historique de venir au jour par d’aussi petits moyens.

Mais il me faut, maintenant, dire pourquoi le gouvernement allemand ne tient actuellement pas à ce que, en matière de crimes de guerres, la vérité historique vienne au jour.

*

En réalité, ce n’est pas le gouvernement allemand qui n’y tient pas. D’abord, il n’y a pas de gouvernement allemand mais seulement une assemblée de notables désignés au second degré par le suffrage universel et qui, pour rester en place, doivent en permanence ne pas trop mécontenter, à la fois Moscou et Washington, c’est-à-dire, tout le monde et son père. Si, par exemple, les Pacifistes allemands organisent des manifestations comme la marche annuelle de Pâques (je ne suis d’ailleurs pas tellement partisan de ce genre de manifestations qui fatiguent les pieds des foules sans leur meubler beaucoup la tête) contre la bombe atomique, et si des Étrangers y participent, on les arrête et on les reconduit à la frontière pour « menées communistes ».

Et pour faire plaisir à Washington.

Si, d’autre part, pensant que les crimes de guerre dont on charge la conscience du peuple allemand sont vraiment un peu trop abusivement utilisés pour prouver la responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale, d’autres pacifistes prétendent vérifier le bien-fondé de ces accusations, on les arrête et on les expulse aussi, pour « menées fascistes ».

Et pour faire plaisir à Moscou.

Dans le premier cas, le souci du gouvernement allemand est de n’apporter aucun élément de perturbation dans la stratégie américaine qui vise à se prémunir contre d’éventuelles entreprises militaires de Moscou. Dans le second, il est de n’en apporter aucune non plus à la stratégie Russe dont la préoccupation dominante est d’empêcher à tout prix l’intégration de l’Allemagne dans la communauté des peuples de l’Europe de l’Ouest, qui, dans la conjoncture actuelle, serait le coup d’arrêt définitif à l’expansion communiste en Europe et, peut-être, le commencement de son recul.

Nageant ainsi entre deux eaux, le gouvernement allemand laisse les deux champions face à face et il peut survivre. Mais c’est au prix de l’acceptation de la responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale et des conséquences qu’elle entraîne à savoir le paiement des dégâts et l’abandon de son destin aux mains des vainqueurs. Or, ces deux conséquences, aucun pacifiste ne les peut moralement accepter : la seconde parce qu’elle est contraire au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la première parce que, les dégâts, c’est, en définitive, le peuple allemand, non ses gouvernants, qui sur pour les payer. Et les deux articulées entre elles parce qu’elles sont, à la fois, un obstacle à la promotion de la grande Nation qu’était l’Europe dans le magnifique rêve de Victor Hugo et une cause possible d’un troisième conflit mondial ainsi laissé à la discrétion de Moscou et de Washington par une Europe sans poids parce que divisée contre elle-même.

Le rôle que jouent les crimes de guerre dans cette affaire, c’est ce que je ne cesse d’essayer de rendre sensible depuis 1946. Et, à mes yeux, rien ne le fera mieux comprendre qu’un retour en arrière.

Car nous avons déjà vécu ce drame.

*

1919 A Versailles l’Allemagne vaincue et à la merci de ses vainqueurs est décrétée seule responsable de la première guerre mondiale. Connaissant leurs propres responsabilités, les vainqueurs, pourtant, savent que ce décret ne résiste pas à l’examen : ils ne l’en prennent pas moins. A la délégation allemande qui proteste, ils rétorquent qu’ils ont en mains la preuve que « le Kaiser et environ 800 personnalités de la politique allemande » portent cette responsabilité et, dans le Traité, ils glissent un article qui fait obligation à l’Allemagne de les leur livrer pour être jugés comme criminels de guerre par une juridiction à créer. Nouvelles protestations de la délégation allemande qui trouve des appuis auprès de la délégation anglaise et de la délégation américaine : la France obtient qu’on passe outre. Le Kaiser et les 800 personnalités allemandes ne seront jamais livrés : ils ne seront même jamais réclamés que du bout des lèvres. Tout le monde sait aussi, chez les négociateurs du Traité du clan des vainqueurs qu’il ne sera jamais possible de faire la preuve juridique de la seule responsabilité de l’Allemagne… Et on se soucie alors peu de la faire. Ce sur quoi on fait fond, c’est un autre argument de nature à prouver qu’au delà de sa responsabilité unilatérale et juridiquement établie ou non, l’Allemagne a tout de même mérité la condamnation prononcée contre elle et cet argument c’est le célèbre Rapport Bryce qui est une sorte de catalogue de tous les crimes que, durant la guerre, l’Allemagne a commis contre les lois de la guerre, et dont le plus beau fleuron est l’enfant belge aux mains coupées.

De fait, Emil Ludwig ayant réussi à publier la correspondance du Kaiser (1921), les célèbres documents Raffalowitch ayant à leur tour été rendus publics (1931), il ne restait plus que le Rapport Bryce pour maintenir l’Allemagne asservie au ban des Nations. Les historiens de l’époque (Mathias Marhard, les Américains Sydney Fay, Harry Barnes, les Français Jeanne et Michel Alexandre, Romain Rolland, Demartial, etc…) comprirent que pour anéantir complètement la thèse de la responsabilité unilatérale de l’Allemagne, il fallait d’abord anéantir le Rapport Bryce devenu la seule justification de la condamnation prononcée contre elle. Ce fut l’oeuvre de l’Anglais Arthur Ponsonby dans un livre remarquable : Falsehood in War Time (Mensonges du temps de guerre – 1928) qui leva les derniers obstacles sur la voie de la réconciliation franco-allemande alors gage de la paix européenne retrouvée.

Peu de temps après on put, sans courir le risque de se faire traiter de « Boche » ou d’agent du Kaiser, couvrir les murs de France de la célèbre affiche « Non plus jamais ça !… », les pacifistes intégraux ou non reprirent courage, la Patrie Humaine, la Ligue des Combattants de la Paix, etc…

Mais le Traité de Versailles était là, que ce mouvement ne réussit pas à faire réviser, l’Allemagne continuait à payer les frais de la guerre, la République de Weimar en mourrait étouffée puis ce fut Hitler, puis…
*

Les vainqueurs sont incorrigibles, c’est le sous-titre d’un de mes derniers livres et, si c’était à refaire, c’en serait le titre. De même qu’à Versailles, l’Allemagne fut, à Nuremberg, déclarée seule responsable de la seconde guerre mondiale, mais, cette fois, par autorité de justice. Beaucoup de bons esprits pensaient alors que le vrai responsable de cette seconde guerre mondiale, c’était le Traité de Versailles et que ceux qui l’avaient rédigé y avaient autant de part que Hitler que, d’ailleurs, ainsi que le regretté Albert Camus le dit dans ses carnets, ils avaient porté au pouvoir en refusant de réviser le Traité à temps. En 1919, c’était le point de vue du Parti socialiste, du Parti communiste et de toute la gauche mondiale. En 1945, pourtant, à Nuremberg, l’article N° 18 du statut du Tribunal rédigé par cette même gauche, permit aux juges d’interdire à la défense d’invoquer l’argument du Traité de Versailles, motif pris qu’il était « étranger au procès ». Ainsi fut écartée des débats la responsabilité des gouvernements autres que le gouvernement allemand. Comme les négociateurs alliés de Versailles, les juges de Nuremberg savaient bien qu’il n’était pas possible de faire la preuve juridique de la responsabilité unilatérale de l’Allemagne et c’est pourquoi ils refusèrent le débat sur l’argument de fond.

Sur le moment la mascarade passa : grâce au même argument que celui qui fut utilisé devant l’opinion publique en 1919. C’est en effet grâce aux crimes de guerre et contre l’humanité qu’à défaut d’établir juridiquement la responsabilité unilatérale de l’Allemagne on réussit à faire admettre à une opinion mondiale écrasée et désorientée par cinq années d’une guerre atroce, que l’Allemagne méritait de toutes façons la condamnation prononcée contre elle : les 42 volumes des documents de Nuremberg ne sont qu’une réédition mise à la mesure de notre temps du Rapport Bryce. L’enfant belge aux mains coupées de septembre 1914 y a pour correspondant en 1940-45, les chambres à gaz, les six millions de Juifs exterminés, etc… Et tout cela fait oublier le bombardement délibéré des populations civiles de Dresde, de Leipzig, de Hambourg, de Hiroshima et de Nagasaki dont, en bonne et froide logique, il est vraiment difficile d’admettre qu’ils représentent un degré d’horreur beaucoup moindre.

Tout cela fait aussi oublier le problème des vraies responsabilités dont aucun historien ne peut parler sans qu’aussitôt on le lui jette à la face. En le traitant par surcroît de fasciste ou de nazi, s’il insiste et ce fut mon cas, ainsi qu’il en fut déjà en 1939 de tous ceux – j’en étais, si l’on veut bien se souvenir – qui, refusant inconditionnellement la guerre, se rangèrent derrière Louis Lecoin et firent de la propagande pour son tract Paix immédiate.

C’est en effet sous le soupçon de « sympathies hitlériennes » que je fus inquiété en 1939.

Et c’est seulement en 1948 que, comme on peut le dire de toutes les guerres, on put, sans courir de risques, dire que celle de 1939-45 avait été « la plus inutile de toutes les guerres ».

Parce que, surtout, Churchill lui-même l’avait dit dans ses Mémoires.

Ce problème des vraies responsabilités de la guerre est beaucoup plus important qu’on ne le croit généralement : si l’on veut rendre sensible aux peuples la nécessité dans laquelle ils se trouvent de prendre en mains leur propre destin pour éviter de tomber à nouveau dans l’horreur que, quelles que soient les conditions dans lesquelles on la fait, la guerre est déjà en soi, il leur en faut donner les raisons et, en particulier leur dire que, quels que soient les gouvernement qui tous, seront toujours, tous également responsables et eux seuls. Ce n’est pas un postulat, c’est un théorème greffé sur les théories de Hegel en ce qui concerne l’État de type traditionnel et dont la démonstration la plus remarquable me paraît se trouver dans Alain auquel, donc, je renvoie le lecteur.

Nous sommes, dans le monde, un certain nombre d’historiens à penser qu’il ne sera pas plus possible, en 1963, de faire prendre en considération par l’opinion publique la thèse selon laquelle l’Allemagne n’est pas seule responsable de la seconde guerre mondiale, tant qu’y prévaudra celle qu’elle porte seule le fardeau de toutes les horreurs de la guerre d’ailleurs multipliées par l’imagination de faux-témoins sans scrupules, qu’il ne le fut en 1919 de faire prendre en considération par l’opinion publique d’alors celle selon laquelle elle n’était pas d’avantage seule responsable de la première tant que ne fut pas réfuté point par point le Rapport Bryce.

Aujourd’hui comme hier il s’agit d’une véritable désintoxication préalable de l’opinion publique. De cette désintoxication préalable dépend l’intégration du peuple allemand dans la communauté des peuples européens à égalité de droits avec tous les autres et sans aucune réticence de leur part, c’est-à-dire l’avenir de l’Europe et sa promotion au rang des forces de paix. Je suis catégorique : si on continue à faire peser sur l’Allemagne la responsabilité unique de la seconde guerre mondiale et, par voie de conséquence, la réparation de tous les dégâts, dont chaque procès du type de celui de Frankfort augmente le volume en Marks, il n’y aura jamais d’Europe parce qu’un jour viendra où il n’y aura plus d’Allemagne – il n’y en a déjà plus tant ! – et parce que sans Allemagne il n’y a pas d’Europe pensable. Si florissante que soit aujourd’hui l’économie allemande – grâce à quels artifices ?! – tout n’est pas dans ses possibilités : des indices de déprédation certaine sont d’ailleurs apparus déjà…

Mais ce sont là considérations pratiques et c’est un problème de vérité historique en matière de crimes de guerre qui est à résoudre. Dans ce domaine j’ai déjà obtenu quelques résultats appréciables et, notamment, fait admettre par les historiens du monde entier – sauf en Russie car, en Israël, on l’admet aussi enfin – qu’il n’y avait eu « aucune chambre à gaz dans aucun camp de concentration situé sur le Territoire allemand (Déclaration de l’Institut d’Histoire contemporaine de Munich, parangon pourtant du résistancialisme international, à la date du 19 août 1960).

Nous voulons savoir ce qu’il en était exactement de celles d’Auschwitz et c’est pourquoi mes travaux antérieurs sur l’ensemble de la question m’ayant valu d’être, à tort ou à raison, reconnu comme le plus qualifié d’entre nous par les historiens des deux centres américains d’études historiques avec lesquels je travaille, il avait été décidé que je me rendrais au Procès de Frankfort.

Le gouvernement de la République fédérale en a décidé autrement : c’est son affaire.

Je sais : il reste, ne manqueront pas de dire certains esprits qui, à défaut d’être bons se croient beaux et ne sont accessibles qu’au côté pratique des choses de la politique dans l’immédiat, qu’en recherchant la vérité historique en matière de crimes de guerre on fait le jeu de ceux qui ont été les soutiens de Hitler et ne rêvent que de voir ses théories à nouveau triompher. Ceux-là sont ceux qui, à longue échéance et à force d’en remettre, ont précisément fait le jeu de ceux qu’ils n’ont cessé de dénoncer et, à l’échelle de l’Europe, remis en selle les forces de réaction à peu près inexistantes en 1945.

A mon habitude, je les laisserai dire : il y a longtemps que j’ai renoncé à essayer de leur faire comprendre que la condamnation du nazisme telle qu’elle a été prononcée à Nuremberg, c’est le peuple allemand qui en fait les frais, non le nazisme, et que la gauche mondiale est morte d’avoir voulu faire prévaloir en Europe une politique à peu près uniquement fondée sur le faux historique.

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