BAUCHET

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Toute information sur les archives d’Emile Bauchet – dont il est certain, d’après ses lettres à Jeanne Humbert, qu’il les a conservées soigneusement – serait précieuse. Merci de vous adresser à : dled0mi [chez] yahoo.com (le 0 est un zéro!)

Présentation d’Émile Bauchet sous la signature probable de Jeanne Humbert (J.H.) dans le premier numéro de la revue qu’il crée en janvier 1951 « La Voie Nouvelle ». Ce titre étant déjà « pris par un hebdomadaire sportif régional », le journal prit dès son deuxième numéro son titre définitif : La Voie de la Paix.

La Voie Nouvelle, n°1

Qui est BAUCHET ?

 

Cette question ne manquera pas de venir à l’esprit prudent de ceux qui ne le connaissent pas. C’est très naturel. Voici donc, le concernant, quelques notes biographiques :

Né en 1899 à Roissy-en-France, Seine-et-Oise, dernier d’une famille nombreuse et pauvre. A travaillé ferme, dans toutes sortes de métiers, depuis l’âge de 12 ans. A quinze ans, il assiste à la retraite de la Marne ; sans aucune idée personnelle, à ce moment, il n’est que le reflet de ce qui se dit ou se fait autour de lui.

En 1914-1915, il est informé que deux de ses frères et un beau-frère sont « morts au champ d’honneur ». Il sent alors profondément le drame de la guerre, médite et observe, remarque bien des anomalies, bien des injustices. Il se pose intérieurement la question : Pourquoi la guerre ? Ce « pourquoi » sera le point de départ de ses convictions pacifistes.

En 1917 et 1918 il applaudit et appuie de toutes ses forces les efforts des pacifistes de l’époque : Séverine, Merrheim de la C.G.T., le député Pierre Brizon qui lança avec la collaboration de Marcelle Capy la vigoureuse Vague qui eut un grand rayonnement, Péricat, etc. Mais son tour d’incorporation arrive. Grave problème. Est-il logique, est-il honnête d’agir contre sa conscience ? La sienne lui dit que la guerre est une saloperie. Il ne peut, sans se déshonorer, s’y associer. Que faire ? Comment faire ? Il subit des pressions diverses, lutte et sent qu’il ne peut choisir librement sa voie. La société, l’éducation, la famille, tout enfin semble s’être ligué contre lui. Il cherche une issue et la trouve. C’est simple, c’est très simple, mais aussi combien compliqué ! Rester un homme, ne pas participer à la guerre… Ne pas faire comme tout le monde ? Affronter les risques ? Aucune importance. Il n’est pas un lâche. Il mourrait plutôt que se déshonorer.

Mais il avait compté sans sa mère. Et il l’aimait bien sa mère, et il n’était encore qu’un enfant ! Elle sut vaincre sa résistance… – Reste dans le droit chemin. Fais comme tout le monde ! – exhortations qui ne le convainquaient pas. Elle ajoutait : – Mais de qui tiens-tu donc pour penser des choses comme ça ? – Il céda quand elle lui dit : – Allons, mon garçon, ne vois-tu donc pas que tu me brises ? Après tout ce que je viens de supporter (elle songeait à ses deux gars tués) vas-tu, toi encore me faire de la peine ?

Il céda, la mort dans l’âme. Comme c’est difficile de rester honnête et droit ! Pourquoi la société, les parents s’arrogent-ils le droit de meurtrir la conscience de l’homme ?…

Il essaya de tricher, se « renseigna » ; on lui indiqua des « combines » qui fleurissaient à cette époque. Il les appliqua à la lettre, consciencieusement. En vain. Au conseil de révision, où il comptait avancer, en vue de la réforme, qu’il avait des « battements de coeur », il entendit comme un glas le « bon pour le service armé ».

D’avril 1918 à juin 1919, il « servit

sous les drapeaux » à contre coeur, se reprochant chaque jour sa lâcheté. Sa conscience le tarabustait sans répit :

« Tu es complice, tu ne vaux pas mieux que les autres, tu es responsable… » Il faut avoir passé par là pour comprendre ce douloureux combat de la conscience. Enfin, en juin 1919, il déserta.

Pendant dix ans, sous des noms d’emprunt, il vécut hors la loi, travaillant dur, aidant les mouvements d’émancipation. Arrêté en 1929, puis déféré devant le conseil de guerre du Cherche-Midi, il prit ses responsabilités, revendiqua l’objection de conscience. Il fut condamné à un an de prison.

En 1930-1931 il participe activement, dans la région du Calvados, à la campagne menée par la ligue de Combattants de la Paix, campagne animée au départ par Victor Méric et Georges Pioch. En 1932, l’autorité militaire lui enjoint de remplir les formalités concernant la réquisition des véhicules en cas de guerre. Il était, à cette époque, propriétaire de deux autocars. Il refuse et explique les raisons de son refus au ministre de la Guerre du moment, M. Daladier qui, pour toute réponse, le fait poursuivre et condamner par le tribunal de Pont-l’Evêque.

Jusqu’à la fin de 1936, il a milité sans cesse, soit comme animateur, trésorier, secrétaire général de la Ligue internationale des Combattants de la Paix, à Paris. Puis, fatigué, meurtri, il se retira sous sa tente, à Auberville-sur-Mer, dans le Calvados, d’où il assista, impuissant et honteux, au glissement vers l’union sacrée puis, quand la « mobilisation des consciences » fut consommée, à la guerre de 1939, qu’il a subie.

C’est là que, depuis quatorze ans, par un travail acharné et pénible, il a demandé et obtenu de la terre le pain et la liberté. Mais la paix n’est pas venue et la guerre menace de nouveau.

Homme parmi les hommes, sentant le poids de lourdes responsabilités, Émile Bauchet sort de sa retraite pour combattre à nouveau la guerre et l’oppression.

J.H. [Jeanne Humbert?]

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