Bourreaux et victimes

INDEX

 

La Voie de la Paix ne semble pas avoir habituellement publié d’errata, malgré les nombreuses fautes de typographie ou de composition, voire même d’interprétation des manuscrits originaux qu’on peut y déceler.

Le texte ci-dessous contenait plusieurs erreurs typographiques mais aussi de composition que nous avons corrigées de notre mieux. Il semble pourtant probable que la version donnée ne soit toujours pas totalement conforme à l’original soumis par l’auteur, à moins que ce ne soit un texte bâclé, inséré en dernière minute, à la composition du journal. L’intérêt du thème – dont l’interprétation n’est, elle, pas douteuse – pour la bonne compréhension des positions de Paul Rassinier justifie sa reprise ici.

La Voie de la Paix n°61, 1957, p.2

Des Bourreaux et des Victimes

Par Paul Rassinier

 

Rendant compte du petit livre de P.H. Simon (1) le journal Le Monde écrit : « Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons plus voir les camps de concentration allemands avec les mêmes yeux qu’il y a dix ans ».

Étant de ceux qui, il y a dix ans voyaient justement les camps de concentration allemands avec les lunettes que Le Monde met aujourd’hui seulement sur son nez, je devrais normalement être tenté de prendre la parole sur les faits rapportés par P.H. Simon comme étant réputés se passer en Algérie.

Or, je n’en ai pas le goût : je suis, je crois, à jamais dégoûté de la race des bourreaux et des victimes. Chat échaudé…

J’ai certes, une étrange propension à être toujours du côté des victimes. L’ennuyeux c’est qu’à systématiser la méthode, je finis toujours par me trouver du côté des bourreaux, la victime d’aujourd’hui étant généralement le bourreau d’hier ou vice-versa. Dans le cas de l’Algérie, c’est plus dramatique encore : la victime que je plains ou défends est en même temps bourreau.

Je lis cependant le livre de P.H. Simon.

Et j’y trouve des accusations du genre de celle-ci sous la plume d’un notable du Constantinois :

« Arrêté par l’armée, je fus immédiatement conduit à C… Le samedi à 10 heures, commença l’interrogatoire en présence d’un colonel, d’un commandant et de deux capitaines. Cet interrogatoire qui devait durer 57 heures était surtout conduit par le commandant. Au cours de cet interrogatoire j’eus à subir les sévices suivants :

1°) électricité dans les doigts et sur l’oreille,

2°) passage à la baignoire,

3°) coups de cravache sur la plante des pieds et dans les parties sexuelles,

4°) électricité dans les parties sexuelles (à noter que l’électricité était produite par une magneto qu’actionnait un capitaine).

Séquestré dans une chambre, je fus mis en liberté à 11h. 20 ».

Tout ceci me rajeunit : il y a quinze ans, j’étais moi-même soumis au même régime par la Gestapo.

Mais je ne suis pas un sentimental. Je ne tirerai de ce premier fait qu’une seule conclusion : d’une part, j’ai écrit le Mensonge d’Ulysse dix ans trop tôt, de l’autre, Hitler a gagné la guerre.

Je dis bien : de ce premier fait.

Car dans la liste de ceux que suppose P.H. Simon il y en a une autre qui me paraît tout aussi sympathique, quoique sur un autre plan.

« Hier soir, dit dans son journal de bord un officier de réserve rappelé puis libéré, j’ai abrité dans notre ville le chef comptable de l’escadron rappelé avec nous à N… cantonné à B… Leur capitaine, M…, l’autre nuit, réveillé en sursaut par des hurlements déchirants, se lève, repère les cris et tombe dans le bureau du lieutenant de renseignement du sous-secteur ; affalé les mains derrière la nuque sur un sofa, le lieutenant interrogeait un Arabe dans une pièce remplie d’un monceau de fils : magneto, un fil sur les couilles, l’autre à la tête, et le gars hurlait. M… lui a ordonné de cesser immédiatement. L’autre lui a dit qu’il n’avait pas d’ordre à recevoir d’un capitaine d’unité. »

Et P.H. Simon commente :

« Affalé les mains derrière la nuque sur un sofa : attitude sympathique d’un bourreau civilisé que ses spéculations ont porté au-delà des catégories communes du bien et du mal et qui plonge avec nonchalance dans l’horreur, en sur-homme qui a surmonté la pitié. »

Que n’a-t-on pas dit, dans les années 45-48, de la « Chienne de Buchenwald » et de tous les sadiques de la S.S., qui etc., etc.

Et il ne me souvient pas d’avoir lu, sous la plume de P.H. Simon, quoi que ce soit qui pût permettre de prévoir son attitude louable d’aujourd’hui.

Il y a des prises de conscience qui demandent du temps.

Bref, tranchons là-dessus : Mieux vaut tard que jamais.

Car je voudrais ajouter un commentaire de mon cru : d’ici quelque temps, toute la France sera indignée si elle apprend que, dans le sud algérien, un officier de renseignement a eu le sort du capitaine Moureau. Comme l’est aujourd’hui la population musulmane de toute l’Algérie à la lecture des doléances du notable Constantinois qui sert de référence à P.H. Simon.

Décidément cette race des bourreaux et des victimes manque un peu d’imagination.

(1) « Contre la torture », Ed. Du Seuil.

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