L’ANCÊTRE (Nuremberg)

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La Voie de la Paix n° 128, mars 1963, p. 2.

Un article de Paul Rassinier signé « EGO VIDI-VICI ».

 

L’ANCÊTRE

 

La IIIe République avait inventé les lois dites scélérates qui furent une cible de choix pour les hommes de ma génération, au temps de leur jeunesse. Leur caractère odieux résultait du fait qu’ayant créé le crime et le délit politique, elles l’avaient au surplus, assimilé au délit de droit commun. Ainsi permettaient-elles tous les abus en ce qu’on pouvait être criminel ou délinquant devant le juge, non seulement par action, mais encore par pensée et par omission. Du moins, ces lois étaient-elles des lois au sens littéral du mot, car elles respectaient les deux principes fondamentaux qui font qu’une loi est une loi, à savoir l’universalité et la non-rétroactivité. En 1895, on n’aurait pas trouvé de Procureur pour requérir contre un délit commis en 1891 au regard d’une loi promulguée en 1893 ou 1894. On n’aurait pas non plus trouvé de Parlement pour modifier cette loi pendant qu’un tribunal siégeait pour en faire application à un délinquant. Enfin, et ceci est essentiel, les lois scélérates ne prévoyaient pas de tribunaux d’exception. Sous la troisième République, les seuls tribunaux d’exception connus furent les trop célèbres Conseils de Guerre, en temps de guerre seulement, mais ceux-ci relevaient de la loi martiale qui, dans tous les États du monde est des tous les temps, – hélas !

Le moins que l’on puisse dire c’est que, depuis la fin du siècle dernier, les choses ont bien changé dans le secteur de la justice où les tribunaux d’exception sont en passe de devenir la règle. Et cet état de fait est d’autant plus paradoxal que la justice est un des rares secteurs de la vie politique où la gauche soit en train de redevenir la gauche.

Je dis bien : de redevenir car, il y aura bientôt vingt ans, le plus monstrueux de tous les tribunaux d’exception, je veux dire le Tribunal de Nuremberg, fut inventé par la gauche européenne comme les Cours de justice qui furent son prolongement dans le monde entier. Et, qu’on ne s’y trompe pas, ce Tribunal de Nuremberg a créé l’ambiance qui permet aux tribunaux d’exception de proliférer encore, particulièrement dans la France du général de Gaulle et dans l’Allemagne d’Adenauer.

Mais, à tout péché miséricorde.

Il me plaît de lire, sous la plume d’un J.J. Servan-Schreiber, qui fut un des plus farouches défenseurs du Tribunal de Nuremberg, et même si ce texte n’est pas dépourvu d’une certaine nuance de regret que : «  on oblige, à force d’arbitraire absurde et méprisant, les Résistants de 40 à venir au secours du défenseur du maréchal-traître Pétain, et l’Express à défendre la liberté d’écrire d’un intellectuel douteux, M. Fabre-Luce. » (Express 21-2-1963). A deux ou trois près de ces qualificatifs vengeurs dont M. J.J. Schreiber ne sera jamais à court, cette phrase l’honore. Car c’est encore un des caractères fondamentaux de la la loi que le criminel a droit à la justice et l’adversaire aussi. Il n’y a pas une loi pour les amis et une autre pour les ennemis. Il n’est, par exemple, pas possible de réclamer, comme le font encore tant de gens que la logique n’étouffe pas, l’abolition de la peine de mort et, en même temps, qu’on fusille Jouhaud et Salan.

La Ligue des Droits de l’Homme, à la tête de laquelle se trouve M. Daniel Mayer, qui, lui aussi, fut un des plus farouches défenseurs du Tribunal d’exception de Nuremberg, a publié, le 19 février, un communiqué qui s’insurge contre la parodie de justice de Vincennes et je trouve cela réconfortant, même si, quinze jours avant, elle a publié un autre communiqué par lequel elle s’insurgeait contre la clémence dont avaient bénéficié « les criminels de guerre Ober et Knochen ». Je trouve de même réconfortant qu’elle ait participé à un meeting contre la peine de mort après que ses membres les plus éminents eussent, quinze ans auparavant, réclamé la condamnation à mort de Pétain : il faut bien qu’une évolution commence quelque part et à un moment donné… Et il ne faut pas désespérer qu’un jour cette incohérence lui saute aux yeux.

De nombreuses autres prises de position en faveur du retour au respect de l’universalité de la loi et contre les tribunaux d’exception sont à signaler dans la plupart des journaux dits de gauche, sans se soucier de savoir si l’on défend des « néo-fascistes » ou des « néo-nazis ». Par principe, en somme.

Il faut souhaiter qu’on ne s’arrête pas là et qu’un jour, ces prises de position en viennent à porter aussi condamnation contre l’ancêtre de Nuremberg qui fait, en politique internationale, des dégâts bien plus considérables que tous les tribunaux de Vincennes imaginables dans la politique intérieure, en ce qu’il restera un obstacle, et non des moindres, à l’intégration correcte de l’Allemagne dans le chœur des Nations

EGO VENI-VIDI

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