Louzon

INDEX

La Voie de la Paix, n°137, décembre 1963, p.2

Article de Paul Rassinier, signé EGO VENI-VIDI

Nous n’avons pas encore lu l’article de Robert Louzon auquel Rassinier répond ici et ignorons si l’échange s’est poursuivi. Louzon, malgré son impressionnante biographie et ses écrits n’a pas été épargné de l’accusation d’antisémitisme
LE PRIVILEGE DE L’AGE

 

Dans La Révolution prolétarienne (novembre 1963), mon vieil ami Robert Louzon dont le langage – le langage seulement, hélas ! – a verdi à proportion que sa barbe a blanchi et s’est raréfiée, a soudain pris feu.

Motif : dans le numéro précédent (oct.), un des collaborateurs de la revue s’était permis de douter expressément, non seulement qu’au Pouvoir à Cuba, Fidel Castro fût en train d’y faire œuvre révolutionnaire, mais encore que c’eût jamais été dans ses intentions. Une insurrection, en somme, dont le seul but était d’éliminer Battista et de prendre sa place et dont le seul résultat tangible était de s’être soustrait à l’influence américaine pour se placer sous celle de la Russie.

Et de ressusciter le vieux débat entre l’insurrection révolutionnaire et l’insurrection césarienne, l’une se distinguant et ne pouvant se distinguer de l’autre que par les raisons – lire : le programme – par lesquelles elle entendait se justifier. Pour tout dire, le problème des vertus révolutionnaires de la violence. Il va sans dire que ce que l’on a – très improprement, d’ailleurs – appelé la Révolution française de 1789, la Convention, Robespierre, Saint-Just, etc., en prenaient un bon coup : faisant de Robespierre à Fidel Castro, le bilan des insurrections auxquelles, au cours des quelque deux cents dernières années, celle de 1789 en France avait, dans le monde entier, servi sinon de modèle, du moins d’encouragement [.] à tous les envieux des lauriers de César qui inventa la méthode, l’auteur de cette remise en question y voyait surtout une longue suite de crimes – ceux de la Convention et de Robespierre pour faire le lit de Napoléon, de Lénine pour faire celui de Staline, et enfin de Castro pour changer d’impérialisme, c’est-à-dire dans tous les cas, sous prétexte de changer de régime, de lui en substituer un autre à peu près semblable avec, en plus, l’Europe à feu et à sang dans le premier cas, le monde dans les deux autres.

C’était un point de vue – rien qu’un point de vue et il valait ce qu’il valait.

Là-dessus, Robert Louzon : « … toute action, tout pas en avant vaut mieux qu’une dizaine de programmes ». Et de s’écrier : « Vive la Convention et son comité de salut public ! Vive Robespierre ! Vive Castro ! Vive Nasser ! ».

Toute action ? Alors vive aussi Mussolini et vive Hitler ! Le correctif « tout pas en avant » n’y change rien, car qu’est-ce qui distingue l’avant de l’arrière, si ce n’est le programme dont Robert Louzon ne veut pas ? Encore doit-on préciser que tout aspirant aux lauriers de César se garde bien de définir son programme : Mussolini fondant le faisceau mettait en avant le nécessaire changement des structures sociales conformément aux canons proudhoniens du syndicaliste Hubert Lagardelle et, quant à la méthode, ceux de la violence définis par Sorel. On sait ce qu’il en est advenu.

Quant à Hitler, son atout maître fut la mise au compte du Traité de Versailles – à juste titre, d’ailleurs – de la misère du peuple allemand. On ne sait pas moins ce qu’il en est advenu.

Restent les crimes commis au nom de la Révolution : « Ils sont, dit Robert Louzon, l’accompagnement obligatoire de toute révolution ». Question : de toute révolution ou de toute insurrection ? Cette nuance entre l’une et l’autre est tout de même sensible ou alors, si on ne la veut pas faire – et comment la faire, si l’on ne veut pas de programme – il faut admettre que les insurrections mussolinienne et hitlérienne étaient, comme l’ont prétendu leurs protagonistes, aussi des révolutions…

Robert Louzon n’en est, au surplus, pas à un sophisme près : « … toute action, tout pas en avant (de Mussolini contre les structures et de Hitler contre le Traité de Versailles, donc) s’accompagne nécessairement d’une écume nauséabonde et qu’il faut accepter celle-ci, si l’on veut le reste ».

Mais le reste, c’est quoi, s’il n’y a pas de programme ?

Je suis, on le sait, pour la non-violence, donc contre toute violence et, parce que je ne me satisfais pas des positions « contre » qui ouvrent la voie à toutes les aventures par le truchement de la démagogie à laquelle elles livrent des foules sans défense, « pour » la Révolution c’est-à-dire résolument « contre » toute insurrection par voie de conséquence : depuis le mouvement chartiste anglais qu’elle a condamné à mort la violence a, dans mon esprit, toujours été contre-révolutionnaire et la lutte des classes dont l’expression est l’insurrection, loin d’être l’accélérateur de l’histoire, n’en a jamais été que le frein. De Roberpierre à Napoléon ou de Marx (1848) à Napoléon III (1852), de Lénine à Staline ou de Battista à Castro, ce ne fut jamais qu’un pas en avant, suivi de deux pas en arrière…

C’est aussi un point de vue, et seulement un point de vue.

Mais mon vieil ami Robert Louzon m’excusera : son “écume nauséabonde”, ce n’est même pas un point de vue.

Peut-être pas non plus un [ergottement] mais… seulement au bénéfice du privilège de l’âge !

Car, aussi bien en matière de révolution qu’en matière de guerre, ça ne tient pas plus devant Descartes que devant ce principe énoncé dans un de ses bons jours par Jean Giono (Refus d’obéissance) à savoir « la meilleure des causes ne vaut pas la vie d’un homme ».

Et qui, à tort ou à raison, est la pièce maîtresse de mon arsenal de la pensée.

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