Philippe VERNE

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[Philippe Verne : auteur anarchiste qui a publié, également en 1963, De l’Etat à l’étatisme.

Comme l’indique son titre, le texte ci-dessous ne représente qu’une partie de son étude intitulée « Atrocités et tortures », qui courut sur plusieurs numéros de La Voie de la Paix. Un autre volet était consacré aux camps soviétiques.

Un article intitulé “Désarmement et bombe atomique”, signé Paul Rassinier figurait sur la même page du journal.

On peut relever aussi que, comme il l’indique dans sa note de fin de texte, Philippe Verne se contente de citer Le Mensonge d’Ulysse d’après les extraits publiés dans la revue Défense de l’Homme!]

 

La Voie de la Paix n°132, juillet 1963, p.3
ATROCITES ET TORTURES (suite)

 

Par Philippe VERNE
LES CAMPS DE CONCENTRATION

 

L’horreur de l’univers concentrationnaire a été souvent exprimée. Chez les tortionnaires nazis, comme chez tous les fascistes, totalitaires et fanatiques d’une idéologie quelconque, seule l’exacerbation des forces de destructivité qui sommeillent dans l’inconscient de beaucoup d’individus peut expliquer leur comportement. Les conditions qui favorisent le déferlement de cette destructivité peuvent être les suivantes :

1°) une éducation autoritaire qui peut empêcher l’être humain de devenir un individu autonome et créateur ;

2°) la croyance aveugle en une idéologie considérée comme une valeur absolue, sacrée, à laquelle il s’identifie ;

3°) enfin, si l’idéologie est incarnée par un Chef tout puissant, si elle est devenue une nouvelle religion avec des milliers de fidèles, son emprise sur un esprit faible et dépendant sera particulièrement puissante.

Les tortionnaires ont accompli les pires forfaits avec le sentiment du « devoir accompli », sous l’autorité d’un militarisme aveugle et insensé.

 

I. LES CAMPS NAZIS.

 

Les nazis ont abondamment pourvu leurs camps de concentration de victimes, notamment de juifs par centaines de milliers, des enfants notamment, ce qui est bien la forme la plus odieuse du racisme.

Les convois par camions ou wagons hermétiquement clos avaient lieu suivant le même processus : wagons où l’on s’entassait à 60, 80 ou même 100. Les S.S. refusaient l’eau réclamée par les déportés. A l’arrivée, on dénombrait parfois les cadavres, morts asphyxiés, yeux exorbités, le corps couvert de sueur et de déjections.

Le cérémonial d’entrée au Struthof était le suivant : immatriculation, déshabillage en commun, douche, rasage.

En général, dans les camps de concentration, on mourait soir de faim, de maladie et de misère, soit de sévices, de coups et de tortures. La nourriture était d’abord très insuffisante et le travail était trop dur par rapport à celle-ci ; les conditions d’hygiène étaient lamentables, et le sommeil était souvent insuffisant, car les blocks étaient surpeuplés (70 par pièce de 40 m2, par exemple, châlits de 3 étages, larges d’un mètre), et les heures de sommeil étaient parfois coupés par des appels nocturnes.

Dans ce domaine de l’horreur, il faudrait avoir été soi-même témoin des faits rapportés et il est difficile de séparer le vrai du faux dans les témoignages recueillis. D’après ces témoignages, les coups de feu, les piqûres intraveineuses, les expérimentations universitaires et scientifiques (typhus, ypérite, gaz), la chambre à gaz, les pendaisons les dimanches et jours de fête devant le camp réuni, le crématoire, étaient pratique courante.

A Ravensbruck, par exemple, la doctoresse Herta Omerheuser pratiquait d’abominables expériences gynécologiques sur les internées. Le professeur Otto Birkenbach expérimentait son fameux gaz moutarde sur des milliers de juifs. Le dentiste Herman Pook arrachait les dents en or des condamnés à la chambre à gaz. Le docteur Heinrich Plaza pratiquait des injections d’air dans les veines. Le professeur Siegfried Ruff étudiait la résistance de l’homme aux basses températures, plongeant des milliers d’internés dans l’eau glacée et les laissant mourir congelés.

Pour tenter de rétablir la vérité sur les camps de concentration, notre ami Rassinier a publié en son temps un ouvrage intitulé « Le Mensonge d’Ulysse », où il reprit, point par point, les divers témoignages connus. Il fut lui-même interné à Compiègne, puis déporté à Buchenwald et Dora, et il était donc qualifié pour traiter ce sujet.

A Buchenwald, la nourriture quotidienne, bien insuffisante, certes, était la suivante : 1 litre de soupe, 200 à 250 gr. de pain, 20 gr. de margarine, une rondelle de saucisson, une cuillerée de confiture ou un morceau de fromage, un demi-litre de café, matin et soir.

Notre camarade Rassinier a connu une seule affaire d’abat-jour en peau humaine tatouée à Buchenwald (dossier Ilse Koch), suffisante à elle-même, mais qui tenterait à éliminer la croyance en une pratique courante. Il n’a jamais vu de femmes de commandant ou d’autre femmes d’officiers choisir les peaux dans les rangs des déportés réunis en tenue adamique, ni à Dora, ni à Buchenwald.

Il n’a jamais vu non plus à Dora les saboteurs condamnés à creuser d’étroits fossés, où leurs camarades étaient contraints de les enterrer jusqu’au cou. Un S.S. Armé d’une hache à long manche, coupait ensuite les têtes, affirme le frère Birin, auteur de « 16 mois de bagne ». Celui-ci l’aurait entendu raconter par des rescapés de Mathausen, de Birkenau, de Flossenburg, de Neuengame. D’après le même frère Birin, le sadisme des S.S. Leur fit trouver un genre de mort plus cruel. Ils ordonnaient aux autres détenus de passer avec des brouettes de sable sur ces pauvres têtes. « Je suis encore obsédé par ces regards », écrit-il.

L’abbé Jean-Paul Renard affirme : « J’ai vu rentrer aux douches 1.000 et 1.000 personnes sur qui se déversait en guise de liquide, des gaz asphyxiants ; J’ai vu piquer au coeur les inaptes au travail. » Et, sur une remarque de Rassinier qui, lui n’a rien vu : « D’accord, mais ce n’est qu’une tournure littéraire… et puisque ces choses ont quand même existé quelque part, ceci n’a guère d’importance ».

Signalons que le frère Birin et l’abbé J.P. Renard furent les compagnons d’infortune de notre ami Rassinier, de Compiègne à Buchenwald et Dora.

Une chose est sûre : certains déportés ont déformé la vérité, pour un motif d’ordre psychologique. Ils ont cultivé l’horreur à plaisir pour imposer plus sûrement la pitié et la reconnaissance du public. Ils noircirent donc le tableau, inconsciemment pris dans l’engrenage de leurs récits.

En ce qui concerne les chambres à gaz, pour Dora et Buchenwald, Rassinier est formel, il n’y en avait pas. Pour Neuengame, dans son livre « L’homme et la bête », Luois Martin-Chauffier n’en parle pas. Eugen Kogon, dans « L’Enfer organisé », reconnaît : « Un très petit nombre de camps avaient leurs propres chambres à gaz ».

L’explication proposée sur ce point est la suivante : Dans tous les camps était pratiquée régulièrement l’opération dite « selektion », qui consistait à rassembler tous les malades considérés comme inaptes au travail, qui étaient ensuite emmenés en camions ou wagons sur une direction inconnue. En raison du secret de la destination de ces convois et de l’épouvante qui s’emparait des sélectionnés, s’est construite la légende des exterminations massives par asphyxie. Et Rassinier cite le cas d’un camarade sélectionné à Dora, et qu’il revit en 1946, alors qu’il le croyait mort. Ce camarade lui expliqua que son convoi avait été dirigé sur Bergen-Belsen dont la mission était, paraît-il, de recevoir en convalescence les déportés de tous les camps.

Si des déportés périrent dans des chambres à gaz, il s’agit vraisemblablement d’actes de folie commis par des S.S. sadiques agissant de leur propre initiative. Quant aux fours crématoires, les présenter obligatoirement comme des instruments de torture, c’est oublier que la crémation est une pratique courante en Allemagne, pour les morts, où on la tient d’ailleurs des Juifs.

Combien aussi d’erreurs dans les témoignages de certains déportés. Une déportée, par exemple, accusait les « Fritz » d’être les auteurs des mauvais traitements subis alors qu’ils étaient le fait de détenues comme elles, des Juives et des Polonaises.

Le Frère Birin relate l’arrivée au camp, la tonte générale par des barbiers improvisés, ricanants, s’amusant de la confusion des malheureux déportés, et des entailles causées aux patients. Puis, tels des moutons privés de leur toison, les détenus étaient ensuite précipités sous les coups de matraque, pêle-mêle, dans un grand bassin d’eau crésylée, maculé de sang, souillé d’immondices, où certains se noyaient. Et, commente Rassinier, le lecteur de cette relation pense que ces barbiers improvisés sont des S.S., alors que ce sont des détenus. De même, rien n’obligeait le kapo du revier à Neuengame, ni les autres détenus qui tenaient le rôle envié d’infirmiers à faire souffler un courant d’air mortel sur les torses nus des malades.

On a trop souvent porté au compte des S.S. les cruautés des kapos et autres chefs de block. Martin-Chauffier cite l’exemple du détenu André, qui faisait la loi à Neuengame, et qui, pour soustraire 10 hommes à un kommando, jouait un jeu difficile qui lui valait la cordialité des S.S. et la haine des autres détenus.

Dans « Les Jours de notre Mort », David Rousset est plus formel. Il décrit le combat acharné que les politiques menèrent dans tous les camps pour le pouvoir, contre les « verts ». Il montre comment les communistes mieux préparés pour ces luttes investirent peu à peu les postes essentiels et mirent à profit l’autorité qu’ils tenaient des S.S. Pour sauver l’élite, le précieux noyau révolutionnaire auquel ils se targuaient d’appartenir. Ils ne purent le faire qu’en maintenant aux yeux des S.S., u ordre stricte c’est-à-dire en faisant le travail des S.S. Qui n’auraient pas été capables d’exercer eux-mêmes « un contrôle autrement qu’extérieur et sporadique. »

Kogon cite le cas de l’ancien député communiste allemand Ernst Busse, devenu kapo de l’infirmerie de Buchenwald. Secondé par des collaborateurs, dont les compétences n’étaient rien moins [sic] que médicales, il sut imposer l’ordre nécessaire. Le drame commençait à la porte de l’infirmerie, où « un robuste portier procédait à la première sélection radicale des malades ».

A Buchenwald, le capitaine S.S. Swartz n’essaya qu’une fois de former lui-même un transport de mille détenus. Habituellement, la répartition des travailleurs avait lieu sur la place d’appel. Tous les kapos, tous les chefs de block, tous les lagerschutz, gummi à la main, dressaient un barrage menaçant contre toute tentative de fuite. Comment, dira-t-on, ces communistes, ces antifascistes, ces antihitlériens, concouraient à l’effort de guerre hitlérien, matraquaient ceux qui cherchaient à y échapper ? C’est qu’en revanche, ils désignaient eux-mêmes, dans le sens que l’on devine, les détenus qui faisaient partie des transports ! Ainsi la politique mise en oeuvre pour le sauvetage d’une prétendue élite aboutissait à trahir la cause des victimes pour prendre la place des bourreaux.

Et Kogon poursuit : « Quand la S.S. demandait aux politiques qu’ils fissent une sélection des détenus « inaptes à vivre » pour les tuer, et qu’un refus eût pu signifier la fin du pouvoir des rouges et le retour des verts, alors il fallait être prêt à se charger de cette faute ».

Il se créa ainsi une caste de privilégiés prélevant sa dîme sur les maigres rations des autres, ajoutant ses coups à ceux des S.S. La corruption prit parfois des proportions honteuses dit Kogon. Les privilégiés se gobergeaient des produits de leurs vols, promenant des mines florissantes, des vêtements en bon état, pendant que leurs camarades de déportation mouraient par centaines. L’instinct de conservation commandait et la lutte pour la vie s’organisait comme chez les primitifs.

Dure expérience pour ceux qui la vécurent, et dont chacun doit se demander comment il l’aurait subie lui-même. La leçon à tirer des camps de concentration nazis, c’est qu’un Etat militaire et totalitaire ne recule devant rien pour avilir, brimer, torturer, dépersonnaliser les êtres humains qui s’opposent à sa politique et à sa croissance. Car, quels que soient les auteurs des souffrances endurées par les malheureux déportés la responsabilité principale en incombe finalement au régime politique qui a permis la création et l’existence d’un semblable système de dégradation de l’être humain.

Dans mon prochain article, je traiterai des camps soviétiques.

Nota. – Les extraits du livre « Le Mensonge d’Ulysse » ont été prélevés dans un article paru dans « Défense de l’Homme », numéro 25, d’octobre 1950.

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