VDP février 1962

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La Voie de la Paix n°115, février 1962 (Deux textes occupant la même page, l’un signé : « PR », l’autre « Paul Rassinier »)
PAS DE FUMÉE SANS FEU

 

Depuis trois semaines environ, un bruit court les rues et y trouve un crédit sans cesse croissant, qu’entretiennent à intervalles des communiqués publiés sous le sigle d’un Conseil pour la Défense de la République, organisation anti-O.A.S. assez mal définie. Le communiqué de cet organisme qui peut être à l’origine de ce bruit semble être celui qui portait la date du 19 janvier et qui disait ceci :

« Au moment de la signature du cessez-le-feu, l’O.A.S. déclenchera un putsch dans les villes d’Algérie. En même temps, le général Salan annoncera aux militaires du contingent leur rapatriement immédiat en métropole. »

Parallèlement, en métropole, un appel sera signé par environ deux cent parlementaires sur le thème : « La guerre entre Français est impensable. »

Enfin, un dernier paragraphe prétendait que, cet appel lancé, une délégation d’hommes politiques connus sous les diverses Républiques précédentes se rendrait auprès du Général-Président pour l’avertir qu’il portera la responsabilité de la guerre civile s’il ne s’efface pas.

Il y a six mois, un autre bruit courait qui, sans faire l’objet de communiqués à la presse, prétendait qu’on était à la veille du jour où une délégation de généraux se présenterait chez le Général-Président pour une démarche semblable. Peu de gens y accordèrent crédit et l’expérience semble avoir prouvé qu’il n’y avait pas à lui en accorder. Peut-être en est-il de même de celui-ci à cette différence près tout de même que, de celui-ci, les journaux qui n’ont accordé aucune importance à celui-là se font aujourd’hui l’écho.

Et cela mérite qu’on se pose des questions.

*

A l’origine des communiqués du Conseil pour la Défense de la République, il y a un autre bruit selon lequel, depuis environ un mois, le général Salan voyagerait beaucoup : on l’a vu en Belgique, on l’a vu en Allemagne, on l’a vu en Suisse, etc. De ses prétendues visites en Allemagne et en Suisse, la preuve a été faite qu’elles avaient été purement et simplement inventées par des gens à l’imagination fertile.

De celle qu’il aurait faite en Belgique, il ne va pas de même : trop de détails trop précis ont été donnés de source généralement très bien informée et qui le touchent de trop près pour qu’il n’y ait pas quelque chose de vrai dans cette affaire.

Mais pourquoi ce voyage en Belgique – à Bruxelles plus précisément – ? La thèse du journaliste belge, un certain Pierre Fontaine (homonyme parfait du Pierre Fontaine qui écrit sur le pétrole mais qui n’a rien de commun avec lui) qui le rendit public dans Europe-Magazine (n° du 17 janvier) est la suivante : pour y rencontrer un ou des émissaires du G.P.R.A. avec lequel ou lesquels il serait en contact depuis octobre dernier.

Voici cette thèse en toutes lettres, c’est-à-dire telle que l’a formulée son auteur :

I. Tout ce que De Gaulle radote sur l’Algérie ne convainc plus personne. Il cafouille depuis trois ans et n’engage plus que lui. Il faut donc un autre interlocuteur pour parler au nom de la France – peut-être pas celle d’aujourd’hui, mais celle de demain. Le GPRA l’a compris. Contacter Salan, pour voir ce qu’il a exactement dans le ventre, ne lui a pas déplu. Et réciproquement.

2. Salan était pour l’Algérie française, tout uniment et sans réserve. Aujourd’hui, après la trahison de De Gaulle qui n’a pas voulu la fraternisation sous l’égide de la France, c’est devenu impossible. Çà, Salan, qui n’est pas du tout le type idiot que les cocos prétendent, l’a fort bien compris aussi.

3. Dès lors, la situation est la suivante. D’une part, le GPRA sait qu’il ne peut pas s’établir souverainement en Algérie tant que l’OAS y mènera la danse comme elle l’entend, ce qui est le cas actuellement – cette OAS ayant pour elle presque tous les Pieds-Noirs, tous armés, et quantité de musulmans fidèles. D’autre part, Salan conçoit fort bien que cette guerre fratricide (les Algériens musulmans sont des français, ne l’oublions pas) ne peut cesser qu’avec l’accord du GPRA et de ses fellagha.

4. Dans ces conditions, il faut s’entendre. Et pour s’entendre, il faut causer. Pas à Melun, Evian, Lugrin, ni par téléphone, mais en direct, et convenir de quelque chose qui tienne debout. Quoi ?

5. France et Algérie font la paix. L’Algérie devient algérienne ou ce qu’elle voudra mais d’accord avec la France, et sans que la présence française, qui lui est indispensable, soit contestée ou brimée. Le seul moyen d’y parvenir : deux communautés, oui, mais sans heurts et conscientes l’une et l’autre de leurs droits et devoirs.

6. Le moyen d’arranger cela ? Deux Constitutions : européenne et islamique ; deux gouvernements, deux parlements, le tout couronné par le gouvernement central issu des deux communautés. La partition, le partage, le regroupement, toutes notions impraticables, sont rayés du vocabulaire. La discrimination devient de la différenciation, un peu comme en Afrique du Sud. Et ne nous voici même pas loin du régime dont la Suisse s’accommode à merveille

Et le journaliste belge conclut : « De Gaulle a bonne mine ».

Que De Gaulle ait « bonne mine », c’est bien certain et même si Salan n’avait pas fait ce voyage à Bruxelles, il ne l’aurait pas moins bonne, non plus que ceux, de quelque bord qu’ils soient, qui nous l’ont voulu faire avaler au lendemain du 13 mai 1958. Que, d’autre part, des contacts Salan-F.L.N. puisse sortir un régime dans lequel «  la discrimination (sous-entendue raciale) devient la différenciation (sic) un peu comme en Afrique du Sud (resic) » ou quelque chose qui ne soit « pas loin du régime dont la Suisse s’accommode à merveille » c’est une autre histoire : un régime beaucoup plus près de l’Afrique du Sud que de la Suisse en tout cas.

Et il semble bien que ce soit suffisant pour que le F.L.N. Ne « marche » pas, ce qui ne signifie pas du tout qu’il n’ait pas envisagé ou pas eu des contacts avec Salan, directement ou par personne interposée.

*

Voici maintenant l’angle sous lequel cette affaire peut nous intéresser : la guerre d’Algérie est dans sa huitième année et, il en faut bien convenir, « on n’en voit pas la fin », qu’on me pardonne cette expression qui est celle dont on se sert dans le peuple quand on en parle. De puissants intérêts sont face à face : la Banque Rothschild, la Banque Worms et la Banque de Paris et des Pays-Bas qui ont abandonné De Gaulle sont, par là-même, la force de Salan. Il n’y a rien d’étonnant non plus à ce que, devant les avertissements des négociateurs qu’on lui a envoyés, le F.L.N. n’ait définitivement désespéré d’aboutir à quoi que ce soit, De Gaulle regnante et, pour peu que MM. Rothschild, Worms et la B.P.P. lui promette des avantages pour « faire sauter De Gaulle » il n’ait envisagé un jour de passer des accords avec Salan : la politique est ainsi et, des accords, nous en avons jadis bien passés avec Staline… Enfin, le jour où, par la répétition des attentats, l’O.A.S. aurait réussi à mettre l’opinion publique en condition, cette opinion publique qui ne bouge pas et qui est prête à accepter n’importe quoi pour éviter la guerre civile – c’est pour cette raison qu’elle a voté en masse pour De Gaulle – accepterait Salan dès lors qu’elle le croirait le plus fort, comme elle a accepté De Gaulle.

Qu’on ne se fasse pas d’illusions : de l’opinion publique dont on ne sait rien, on sait cependant cela et qu’elle est déjà persuadée que toutes les entreprises de toutes les formations politiques qui cherchent à se regrouper, soit autour de Pinay-Mollet, soit autour de Mendès-France, ne peuvent conduire à rien ne serait-ce que parce qu’elles n’ont jamais conduit à rien dans le passé si ce n’est à De Gaulle dont elle commence à s’apercevoir qu’il conduit irrémédiablement à Salan.

S’il y a une chance, c’est dans une autre voie qu’il nous faut l’aider à la chercher. Et peut-être réussirons-nous à nous faire prendre en considération par elle, si nous réussissons à rendre sensible à ses yeux qu’à son tour Salan conduirait à la guerre civile parce que, l’Europe de 1961 n’étant pas celle de 1939, il ne pourrait réussir en France ce qui a été réussi en Allemagne par Hitler, ou en Italie par Mussolini entre 1920 et 1939.

Quoi qu’il en soit, dans ces termes ou dans d’autres, c’est là un des problèmes majeurs qui doivent retenir l’attention de notre congrès en cette fin de semaine.

P.R.

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Même page :

Vie politique et sociale

 

D’un ministre à l’autre

 

Par Paul Rassinier

A quelqu’un qui lui demandait un jour quelle différence il faisait entre la cinquième République et les précédentes, un homme d’esprit répondit : sous la cinquième, le chef du gouvernement est toujours le même mais on change fréquemment de ministres et la stabilité ministérielle est assurée, tandis que sous les précédentes on avait toujours les mêmes ministres mais on changeait fréquemment de chef de gouvernement et elle ne l’était pas.

De fait, M. Michel Debré a battu tous les records de longévité mais, à part MM. Couve de Murville aux affaires Étrangères, Jacquinot aux Affaires Lazard, et André Malraux aux Affaires de rien, on ne voit pas bien quel autre personnage illustre a gardé le portefeuille ministériel qui lui avait été confié au départ de l’expérience. Tous les autres postes en sont, en effet, à leur deuxième ou troisième titulaire : Intérieur, Justice, Éducation Nationale, Agriculture, Guerre, Finances…

Finances :

Sous les précédentes républiques c’était, avec l’Intérieur et les Affaires Etrangères, le ministère qui changeait le plus souvent de titulaire, – compte non tenu, bien sûr, du Président du Conseil.

Sous la cinquième, M. Giscard d’Estaing est le troisième ministre des Finances en trois ans.

Ce qui nous vaut cet honneur ? On ne sait pas bien, si ce n’est que M. Baumgartner en a démissionné et qu’il fallait le remplacer. Pourquoi M. Baumgartner a démissionné ? On ne sait pas bien non plus, mais on ne croit pas s’aventurer beaucoup en disant qu’il a très récemment vu certains nuages s’amonceler à l’horizon et qu’en homme avisé il a fait ce qu’il fallait pour ne pas se trouver sous l’averse.

On dit aussi que, pour le remplacer, il n’y avait pas foule au portillon et que, faute de mieux, on a pris le seul qui se soit présenté.

Bref !

Le poste avait été offert à M. Georges Pompidou, Directeur général de la Banque Rothschild, mais M. Georges Pompidou n’a pas accepté et cela se conçoit : il ne pouvait pas aller faire au gouvernement une politique qui eut forcément été le contraire de celle que font ses patrons en Algérie. Et il venait justement de torpiller les pourparlers d’Evian pour leur compte !

C’est le premier fait significatif de ce changement de Ministre en ce qu’il témoigne qu’en Algérie, la politique de la Banque Rothschild est bien arrêtée, qu’elle n’envisage aucun rapprochement avec De Gaulle, etc…

Le second est l’évolution de la situation économique au cours des six derniers mois : hausse des prix industriels, hausse du coût de la vie qui a déclenché une hausse des salaires, laquelle se répercute encore sur les prix industriels, et enfin, baisse des exportations.

Quoique le phénomène se reproduise chaque fois selon un scénario qui est toujours le même, on peut, cette fois, l’expliquer ainsi : les industriels français qui se sont crus malins en réclamant de leurs collègues allemands une hausse du Mark en mai dernier, ont sans doute gagné des commandes sur les marchés extérieurs sur le moment, mais ils y ont déclenché pour eux une hausse des matières premières donc des coûts industriels français, laquelle a encore été aggravée par l’arrivée de M. Missoffe au Ministère. Depuis juillet-août, les prix de détail ont en conséquence subi une augmentation moyenne de 4,5% qui a déjà été compensée par une hausse des salaires de 2%. Quant aux prix industriels, ils continueront à monter…

Le 17 janvier, M. G. Villers disait que « les effets bienfaisants de la dévaluation de décembre 1958 étaient stoppés ».

Et puisqu’il le dit…

COMMENTANT cette nouvelle conjoncture, Le Monde (n° du 21-22 janvier) écrit : « Le ciel économique français est plus chargé qu moment où M. Giscard d’Estaing s’assied dans le fauteuil de M. Baumgartner que lorsque celui-ci remplaça M. Pinay ».

Jusqu’ici, on ne pouvait pas aborder la lecture de la page économique des journaux sans avoir le sentiment de lire un quelconque rapport de l’Intendant à la Marquise : les dépenses publiques ont été comprimées, quelques emplois ont été supprimés, mais nos ventes à l’extérieur sont à un niveau très honnête, en ce qu’elles équilibrent largement ce que nous lui achetons et notre position sur le marché des dollars est excédentaire, nous n’avons pas encore pu rembourser toutes nos dettes mais nous le pourrons incessamment, etc., correspondant à peu près à « nous avons dû réduire le nombre de nos domestiques et ceux que nous avons gardés se contentent de leurs gages, le domaine vend plus qu’il n’achète justement pour cette raison, bien que pas assez encore pour nous puissions envisager le remboursement de toutes nos dettes, mais nous avons pu emprunter au Comte de X… une assez forte somme pour verser un acompte au Baron de Y… lorsqu’il se rappellera à notre bon souvenir, etc… »

Et, en somme, « Tout va très bien, Madame la Marquise… » (Air connu).

Effectivement, tout allait très bien, pour le domaine France parce que ceux que dans la pièce de lui qu’on joue actuellement à Montparnasse, Jean Anouilh appelle « d’en haut » avaient réussi à faire vivre ceux qu’il appelle « de la Grotte » (la domesticité dont le foyer est la cuisine dans les sous-sols) sur les mesures d’austérité décidées par l’Intendant Baumgartner, prenant la suite de l’Intendant Pinay qui avait au préalable diminué le pouvoir d’achat de leurs gages par la dévaluation.

Mais, pendant les trois années qui ont suivi, ceux « d’en haut » ont continué sur le même pied, et ils ont proliféré (les 200 familles sont devenues 719, voir par ailleurs) et il faut aujourd’hui rajuster les gages de ceux de « la Grotte ».

L’Intendant Giscard d’Estaing ne pourra plus tenir à la Marquise les mêmes discours que ses prédécesseurs.

Il essaiera, cependant, de faire honneur à son titre. On le dit interventionniste, par tempérament. Il le sera par nécessité et d’autant plus certainement qu’aux effets du gaspillage de ceux « d’en haut » sur l’économie du domaine de France, s’ajouteront ceux de la guerre d’Algérie et ceux de « la préparation aux grandes actions guerrières en Europe » que, dans son message du Nouvel An, le général qui tient la place de la Marquise a promis à ceux « de la Grotte ».

Ils n’auront qu’à bien se tenir, ceux « de la Grotte » !

Ceux « de la Grotte », la domesticité, la masse de ceux qui travaillent pour nourrir ceux « d’en haut ».

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