Hurluberlus

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La Voie de la Paix n°105, mars 1961, p.1

 

LES HURLUBERLUS

 

Un livre vient de paraître : Histoire d’un parjure. L’auteur, un certain Michel Habart, était pour moi un illustre inconnu : par un article de Morvan-Lebesque dans le Canard enchaîné, j’appris que c’était un historien, un historien sympathique puisqu’il s’était mis à la recherche des documents historiques qui militaient contre la colonisation et en faveur de la cessation des hostilités en Algérie.

Dans l’article de Morvan-Lebesque, il y avait bien quelques citations du livre qui me firent tiquer à première lecture, notamment sur les dénombrements de la population en Algérie avant et après la conquête. Mais connaît-on beaucoup de livres d’histoire qui ne comportent pas d’erreur statistique ? De toutes façons, il restait le thème : la violation par la France des engagements pris au moment de la conquête à l’endroit du peuple algérien sur le respect du culte en usage dans le pays et de la propriété. Et la référence : Le Miroir de Si Hamdan ben Kodja dont on ne connaissait, jusqu’à ce jour, aucune édition authentique et fidèle. Ces deux considérations emportèrent ma décision : j’achetai le livre.

Las !

J’avoue humblement que je dus me forcer pour en achever la lecture. Épuisé par un tel travail, je n’avais même plus le goût d’écrire à Morvan-Lebesque pour lui dire à quel point il s’était abusé et je me demandais comment on pourrait limiter les dégâts causés dans l’opinion publique par un tel livre lorsque parut, dans le Monde du 14 février, la courageuse mise au point de M. Charles-André Julien, Professeur d’histoire à la Sorbonne.

Je dis courageuse parce que je sais d’expérience à quel point il est difficile de remettre à leur place sans se faire traiter d’agent du capitalisme ou du fascisme, les hurluberlus que, par souci de propagande et pourvu qu’il « en remettent » la gauche française prend régulièrement au sérieux : ça m’est arrivé voici une dizaine d’années lorsque, contrairement à MM. David Rousset, Eugène Kogon et autres Martin-Chauffier, je me refusai à admettre que six millions d’Israélites avaient été exterminés dans les chambres à gaz et à prendre pour argent comptant tout ce que ces messieurs racontaient sur ce qu’ils avaient vécu dans les camps de concentration allemands…

Dans le cas de ce Michel Habart, à de rares exceptions près, non seulement toute la presse communiste – ce qui ne serait rien – mais toute la presse anticolonialiste avait emboîté le pas.

Le mérite de M. Charles-André Julien n’est donc pas discutable.

Chapeau.

Je ne reviendrai pas sur les faux que l’hurluberlu Habart utilise pour nous démontrer que le colonialisme est essentiellement blâmable et que la guerre d’Algérie est une des hontes et non la moindre de notre siècle. Je dirai seulement que, non content d’utiliser ces faux, quand il les cite, par-dessus le marché, les citations qu’il en donne sont elles-mêmes fausses ! Quand on se trouve en présence d’un tel degré de mauvaise foi, il y a lieu de se poser des questions. Par exemple celle-ci : ce Michel Habart ne serait-il pas plus qu’un simple hurluberlu ? Quelque chose comme un provocateur envoyé à la gauche française pour avoir l’occasion de la discréditer sans appel ?

Bien sûr, la gauche n’a qu’à ne pas se laisser abuser. C’est facile à dire. Mais allez empêcher M. Jérome Lindenbaum, Directeur des Editions de Minuit dont les convictions politiques l’emportent visiblement trop souvent sur le souci de l’objectivité de publier n’importe quoi. Et, quand il a publié n’importe quoi, s’il s’agit d’histoire, comment faire comprendre à Morvan-Lebesque, qui n’est pas un historien, qu’il vaut mieux laisser aux historiens le soin d’en parler ? En l’occurrence, il s’agit du Canard enchaîné qui s’en tirera aisément et à la satisfaction de tout le monde par un « Pan sur le bec ! ». Mais les autres ? J’ai un ami, Directeur d’une publication pacifiste dont l’honnêteté ne peut être mise en cause : il venait d’envoyer quelques milliers de circulaires vantant le livre en question et encourageant à l’acheter quand, une de ces derniers dimanches je l’ai rencontré par hasard, l’irréparable étant accompli…

Voici maintenant ce qui se passe : dans la presse activiste, la mauvaise action de MM. Jérôme Lindenbaum et Michel Habart est abondamment commentée. Thème des commentaires : Voyez à quel degré de bassesse en est tombée la gauche bradeuse…

Et que répondre à cela ?

Quant à ceux qui disent que M. Michel Habart est un hurluberlu ou un provocateur, je puis déjà signaler que deux jours après la publication par le Monde de l’article de M. Charles-André Julien, rencontrant inopinément un progressiste avec lequel j’ai eu quelques démêlés, il m’a posé la question suivante :

– Tu le connais, toi, ce Charles-André Julien ?

Avec des airs de sous-entendre bien des choses.

Je dois à la vérité de dire qu’on ne m’a pas encore demandé qui était « ce » Morvan-Lebesque.

Vraisemblablement, on ne me le demandera pas – à gauche du moins.

Ce que je veux dire, c’est ceci : l’opinion étant nettement partagée en deux clans, au moins sur à peu près tous les problèmes de l’heure, tout homme de l’un, la droite, accepte sans discuter tout ce qui lui vient de droite et tout homme de l’autre, la gauche, sans discuter plus, tout ce qui lui vient de gauche. Au jury du Goncourt où l’on est à gauche, on donne le Prix à M. André Schwartz-Bart parce qu’il a écrit quelques énormités historiques dans un style de palefrenier parce qu’il est de gauche et on le refuse à M. Vintila Horia qui a écrit d’autres énormités historiques dans un style étincelant parce qu’il est de droite. A droite, et à l’extrême-droite, on se régale avec les fantaisies de M. Paul C. Berger sur les migrations humaines de la préhistoire européenne…

Et tout à l’avenant.

Pour la gauche, l’exemple le plus tragique reste à mes yeux la politique qui s’est fondée, à la fin de la dernière guerre, sur les macabres fantaisies de la littérature concentrationnaire : quinze ans après, ces macabres fantaisies sont encore utilisées par ceux qui veulent à tout prix empêcher l’Europe de prendre conscience d’elle-même et les esprits clairvoyants s’aperçoivent enfin qu’elles sont à l’origine des vagues d’antisémitisme et de racisme qui, de temps à autres, déferlent sur le monde.

Les Hurluberlus de la littérature concentrationnaire furent jadis, comme l’est aujourd’hui le sieur Michel Habart, le cheval de Troie envoyé à la gauche par la droite et l’extrême-droite. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à traîner comme un boulet à la cheville, pendant quinze ans, la dernière découverte de M. Jérôme Lindenbaum.

Qu’au moins cette aventure nous serve de leçon !

Si l’on veut que la gauche reprenne conscience d’elle-même, ce que tout le monde paraît souhaiter, il faut en finir une fois pour toute avec les hurluberlus – ou les provocateurs – et, d’abord, les dépister à temps.

Paul Rassinier

[ Dans le numéro suivant, Paul Rassinier apportera la correction ci-dessous :

La Voie de la Paix n°106, avril 1961, page 2

Rectification. – Pour avoir entendu René Gérin parler de l’Avocat général Lindenbaum qui avait obtenu sa condamnation au moyen de textes qu’il disait falsifiés, j’ai dans mon dernier article parlé de son fils Jérôme Lindenbaum, Directeur des Éditions de Minuit. En réalité, le Directeur des Éditions de Minuit s’appelle bien Jérôme Lindon à l’état-civil. Le changement de nom a été fait par le grand-père banquier et il ne s’agit pas d’un nom d’emprunt conquis dans la résistance et non authentifié par l’état-civil comme je l’avais cru. Je m’en voudrais de ne pas rectifier de moi-même cette erreur involontaire. ]

 

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