Rassemblement

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La Voie de la Paix n°17, octobre 1952, p.2

Urgence et Actualité du Rassemblement Universel pour la Paix du Monde

Par Paul Rassinier

Quand nous avons lancé l’idée d’un Rassemblement universel de tous les Pacifistes et, finalement, pris l’initiative de l’organiser à Paris, les 1er et 2 novembre prochains, le caractère périlleux de la situation internationale apparaissait beaucoup plus clairement qu’aujourd’hui. La guerre de Corée venait d’éclater et il ne venait à l’idée de personne qu’elle pût être autre chose que le prélude ou le prologue de la troisième guerre mondiale. Les chancelleries étaient en état d’alerte sur le plan diplomatique et, sur le plan économico-militaire, le réarmement à outrance auquel nous assistons toujours, prenait son envol. La planète commençait à se barder de fer. Dans chaque clan, on mettait en place le dispositif stratégique. Sur le plan psychologique, les fidèles de M. Jean-Paul David* et ceux de M. Yves Farge* se défiaient dangereusement par dessus le rideau de fer. Le vent était d’autant plus au pessimisme que le prix de la vie s’était mis à monter, le pouvoir d’achat des salaires et traitements à diminuer et qu’il n’était guère possible de dissimuler que ceci était la conséquence de cela.

Rien, certes, n’est changé dans cette situation. Tout au plus a-t-elle évolué normalement, avec ses hauts et ses bas, ses alternatives d’espoir et de désespoir. Sur cette courbe sans abscisses et sans ordonnées, la [manquent deux mots] est aujourd’hui à l’espoir et à l’optimisme ;

Il y a d’abord l’accoutumance : l’expérience prouve qu’on s’habitue très facilement à vivre dangereusement. Et, dans ce siècle qui se complaît en l’horreur, le moindre signe suffit à dissiper les plus graves inquiétudes. Ainsi du condamné à mort qui, dans sa cellule, s’endort dès que point l’aube, heureux de n’avoir pas vu apparaître la sinistre figure du procureur, sans plus penser qu’une autre aube suivra et que toutes les autres ne se ressembleront sans doute pas toujours…

Il y a aussi que la montée du péril ne peut pas être continue : le péril monte en escalier, ceux qui le créent et l’entretiennent ont parfois besoin de souffler, – de faire « la pause » comme on dit depuis Léon Blum et le Front populaire.

Précisément, c’est ce qui arrive aujourd’hui.

La Russie se trouve obligée de ralentir son effort parce qu’elle est aux prises, d’une part, avec l’assimilation de la Chine, de l’autre, avec les remous qui en sont la conséquence dans l’appareil même du Parti communiste et de l’État soviétique. Ces remous viennent de se traduire par l’élimination de tout un lot de militants très en vue dans tous les pays, d’Anna Pauker* à Tillon* et Marty*. Le même phénomène s’était déjà produit après l’absorption des pays de l’Europe centrale et balkanique dont la conséquence idéologique la plus sensible avait été la dissidence de Tito. Grièvement atteint à deux reprises, Staline éprouve le besoin de reprendre le jeu en mains : ainsi s’explique le prochain congrès de l’Internationale Communiste et qu’ayant à porter de gros efforts sur le front Intérieur, la Russie ait besoin d’une certaine accalmie sur le front extérieur.

De son côté, l’Amérique est en proie à des soucis convergents quoique d’un autre ordre : les élections présidentielles de novembre. Le Président Truman voudrait bien que son poulain Stevenson n’y fut pas en trop mauvaise posture devant Eisenhower. Or, il a sur la conscience son comportement dans l’incident Coréen…

D’une manière générale, une guerre en cours n’est jamais une bonne affaire pour un parti au pouvoir, quelle que soit son « allure ». En l’occurrence, l’opinion publique américaine reproche à Truman plus de l’avoir mal conduite que s’être jeté dans celle-ci. A ses yeux il s’y enferre. Et l’importance que, parallèlement, il a donné à l’Europe par le Plan Marshall, le Pacte atlantique, les commandes off-shore, etc… n’est pas faite pour arranger les choses : Mac-Arthur, Eisenhower et tous les soudards en tirent parti pour l’accuser d’avoir sacrifié l’Asie (marché d’un milliard d’habitants vivant sur un pays en friche par conséquent clients de tout ce que l’Amérique peut vendre) au bloc Eurafricain (marché de sept à huit cents millions d’habitants seulement, vivant sur un pays industriellement très développé, quoique à bout de course et pourvus d’à peu près tout ce que l’Amérique pourrait leur vendre).

En conséquence de quoi, disent-ils, les États-Unis traînent un boulet de 3.500.000 chômeurs.

Ce raisonnement qui n’a rien de pacifique, s’il n’est pas certain qu’il puisse renverser la situation politique à la veille des élections présidentielles, trouve cependant d’inquiétants échos outre-atlantique.

On conçoit donc que Truman soit enclin à lâcher du lest pour tenter de conclure un armistice en Corée ou pour s’en donner les apparences.

Mais l’internationale communiste ne sera pas toujours à la veille d’un congrès !

Mais les États-Unis ne seront pas toujours à la veille des élections présidentielles !

Au lendemain de ces deux événements qui sont concomitants, Russes et Américains se retrouveront avec les mêmes difficultés sur l’échiquier mondial.

Et plus face à face que jamais !

Pour les uns comme pour les autres, l’Europe et l’Asie, c’est-à-dire le marché mondial sur lequel les uns désirent s’approvisionner et les autres vendre, reprendra tout son tragique intérêt.

Il importe assez peu de savoir comment les antagonismes recommenceront à s’affronter au lendemain du congrès communiste et des élections américaines.

On peut être sûr que ni à Moscou, ni à Washington, on n’envisage de les résoudre autrement qu’en continuant cette guerre froide qui finira un jour ou l’autre par s’échauffer et devenir la guerre tout court.

Et ceci donne à la fois son caractère de répit factice à l’accalmie qu’on croit vivre sur le front international, d’actualité et d’urgence au Rassemblement universel pour la paix du Monde, dont nous avons pris l’initiative.

Puissent tous les vrais pacifistes le comprendre pendant qu’il en est temps encore !

 

 

Notes :

Jean-Paul David : député radical-socialiste et fondateur après-guerre du mouvement anti-communiste « Paix et liberté ».

Yves Farge : journaliste, résistant, proche des communistes et fondateur d’un « Mouvement de la Paix ». Mort dans un accident de voiture en Géorgie en 1953, il reçut à titre posthume le « Prix Staline pour la Paix ».

Des éléments biographiques sur l’apparatchik purgée Anna Pauker se trouvent facilement sur l’Internet.

André Marty et Charles Tillon, victimes d’une purge à la française de Maurice Thorez, sont exclus du Parti communiste en 1952.

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