Transition dans l’Est

INDEX

(06.01.2019 : nous faisons suivre l’article du Semeur de lettres de Boris Souvarine à Paul Rassinier 1932-33)

En 1932, un avis publié dans le huitième et dernier numéro du “Semeur” (publication éphémère de Jacob et Rassinier suite à leur éviction du “Parti communiste français”) précise les conditions de la création du “Travailleur“, organe de la FCIE:

LE SEMEUR

Journal communiste Territoire de Belfort, Doubs, Jura, Haute-Saône n° 8 du 11 juin 1932

A nos lecteurs ! A tous les travailleurs ! Comme suite à la Conférence du 29 mai, un accord étant intervenu entre la Fédération Communiste Indépendante du Doubs et le Rayon de Belfort, un premier pas vers l’unification de nos efforts vient d’être fait. La Fédération Communiste Indépendante du Doubs publiait un journal mensuel : LE TRAVAILLEUR.

Et nous, notre SEMEUR hebdomadaire. A partir de la semaine prochaine, le TRAVAILLEUR sera le journal commun des deux fédérations.

L’un des deux journaux devant disparaître, nous avons préféré que ce fut le Semeur, et quel que soit notre attachement pour lui, de façon à éviter toute confusion avec le « Semeur Ouvrier et Paysan », que le sieur Janin fera paraître par intermittence.

Le TRAVAILLEUR poursuivra dans la région le but que nous avons assigné au SEMEUR. Il œuvrera au regroupement et à l’édification du mouvement révolutionnaire que des insensés ont brisé.

Vendredi prochain, ne vous trompez pas !

Demandez LE TRAVAILLEUR qui sera dans les kiosques et chez tous les marchands de journaux.

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Pour mémoire, quelques autres éléments du dossier :

On peut consulter en ligne l’article de Paul Rassinier à l’origine de polémiques sur la FCIE et le Travailleur dans le numéro 192 de la Révolution Prolétarienne du 16 février 1935.

La controverse se poursuivit dans le numéro 196 du 10 avril 1935.

Les correspondances conservées par Monatte suite à ces articles (et archivées au CEDIAS) sont reproduites ici.

De plus : «  Le Travailleur dans ses deux premiers numéros (c’est-à-dire avant que Rassinier et Jacob, exclus du PC, ne joignent la FCI du Doubs pour créer la FCIE) n’était pas un hebdomadaire comme le prétend Nadine Fresco page 243, mais une feuille mensuelle, sans grands moyens, comme il apparaît à la une du n° 3: “«Le Travailleur» hebdomadaire” “Le Travailleur n’avait certes pas cette ambition, confessons-le. Lancé il y a quelques semaines par la Fédération communiste indépendante du Doubs, il ne voulait être qu’un modeste journal mensuel, bi-mensuel peut-être, mais pas avant octobre.(…) ” La formule hebdomadaire, les ressources publicitaires constituant le fonds de roulement, bref, tout le prestige d’un titre capable de susciter l’intérêt de “parisiens” comme Souvarine proviendront de ce que Rassinier (avec Jacob puis seul) apporte du Semeur, de son énergie et de son travail que reconnaissent jusqu’à ses “ennemis” du CCD. » (Extrait d’une étude sur la fabrication par Nadine Fresco d’un Rassinier antisémite.)

 

***

 

CORRESPONDANCES SOUVARINE-RASSINIER – 1932

Les lettres telles qu’archivées ont été numérotées par Rassinier. Pour celles ne comportant pas de date ou une date incomplète, lorsque le contexte en l’état de nos recherches ne permettait pas de garantir leur position, nous avons suivi l’ordre de classement du dossier. Sauf indication contraire, les passages souligné le sont le main de Souvarine.

Le récit par Paul Rassinier dans le numéro du 16 février 1935 de la Révolution Prolétarienne résumant son expérience du Travailleur, de la Fédération Communiste Indépendante de l’Est et des relations avec le Cercle Communiste Démocratique de Boris Souvarine indique comme début des relations épistolaires avec ce dernier la fin du mois de juillet ou le début du mois d’août 1932 (c’est-à-dire avant la réponse de Lucien Hérard le 13 août citée page 49 de l’article de la R.P.).

Sur papier à en tête de la Critique Sociale

*

Daté : Lundi soir

Mon cher Rassinier,

Les camarades insistent pour que je mette ma signature à côté des leurs dans le journal. C’est seulement la question Jacob qui m’a retenu jusqu’à présent. Le dernier n° justifie mes appréhensions. Charles m’affirme que cela ne tire pas à conséquence pour l’avenir et que vous lui avez confirmé votre engagement verbal de ne plus écrire sous le nom de Jacob. C’est tout ce que je souhaitais.

Comprenez que c’est l’intérêt de notre mouvement de ne pas nous exposer à une affaire désagréable. En province, vous n’êtes pas informés comme nous à Paris et nous sentons mieux que vous ce qu’il faut éviter.

Ci-joint un très court article signé, pas encombrant.

A vous

B.S.

*

[Non daté]

1. Je ne suis pas d’avis de tirer 3.000, car ce texte aura déjà été diffusé à 30.000 ex.

2. Je propose de changer de titre, car le mot « communisme » dans le titre suffirait à rebuter les lecteurs socialistes. On pourrait mettre, par exemple : « Notre position ».

3. Attention au mastic, p. 14. J’ai rétabli le texte, p. 15.

4. N’y a-t-il pas moyen d’obtenir, sur 24 p., le format déjà adopté par nous ?

5. Nous avons maintenant un cartouche, qui pourrait nous servir de « marque de fabrique ». (V. ci-contre). Je propose de l’utiliser (c’est un galvano).

6. Ci-joint épreuves corrigées. Prière de me les renvoyer pour révision, avec les nouvelles épreuves en pages. La préface suivra.

Donc, selon moi, un tirage de 2.000 suffirait.

La prochaine fois, réponse aux autres questions. Jeudi, nous aurons réunion du Cercle et une décision sera prise (quantité et prix).

B.S.

*

10 novembre

Mon cher Rassinier,

Il n’y a plus de collections complètes de la C[ritique]. S[ociale]. Mais je te ferai envoyer tous les n°s disponibles, et deux du dernier.

C’est Ducret qui m’a demandé pourquoi il ne voyait plus les signatures de plusieurs d’entre nous dans le canard et si nous le « boycottons » (sic).

J’ai répondu que les articles ne passent pas quand on les envoie, à ma connaissance, en me fondant sur ce que j’entends dans le brouhaha du Cercle (et aussi, en partie, sur ma propre expérience). Comme on ne peut pas passer sa vie en correspondance, en échanges d’explications interminables et disproportionnées aux sujets, on laisse tomber, on attend, et voilà tout. Puis, il survient un accroc, un empêchement, et les écarts s’allongent. Et puis, on a parfois l’impression qu’il y a trop de copie, que les Parisiens tiennent trop de place, qu’il faut laisser s’exprimer les militants régionaux, etc.

Je crois aussi que le retard dans l’envoi de la copie tient à une raison analogue : on attend le n° pour voir ce qu’il contient, avant de se mettre à écrire ; le samedi, pas de n° ; le dimanche, rien ; le lundi, parfois le soir, on l’a enfin… Si l’on se met tout de suite à pondre (et ce n’est pas toujours possible), la lettre peut ne partir que le mardi et n’arriver que le mercredi. Tout s’enchaîne ainsi.

Moi, j’ai été malade et couché une dizaine de jours. Mais surtout, j’ai un tel travail que l’on devrait me dispenser de toute collaboration jusqu’à la fin de mon bouquin. Il est temps aussi que la jeune génération fasse la relève…

Enfin, à la fin du mois, Petitgand ira j’espère donner un coup de main sur place, à Belfort.

Bien à toi

B.S.

[la phrase qui suit, ajoutée après la signature est soulignée en marge, probablement par P.R.]

Il faudra être archi-prudent dans les rapports avec Rabaud, bien entendu.

*

*

Le 25 nov[embre, 1932 très certainement, des élections communales et législatives ayant eu lieu en octobre et novembre cette année-là en Belgique. Elle ferait donc suite au meeting de Valentigney du 20 novembre où se rendit Souvarine. Pourtant l’a positionnée en tête du dossier. ]

Cher camarade,

C’est entendu pour l’article s/ les élections belges, à envoyer lundi, mais c’est Laurat qui le fera car il connaît le sujet mieux que moi, ayant vécu longtemps en Belgique.

Le Cercle a décidé de souscrire 20 abonn[emen]ts de soutien, en plus des 15 précédents, et de prendre 50 n°s par semaine, à diffuser par nos soins.

Je ne suis pas du tout apte à parler dans un grand meeting : je n’en ai pas les moyens physiques. Tout au plus puis-je faire des causeries documentaires ou doctrinales devant une assemblée restreinte. Au-dessus d’un certain diapason, je deviens aphone… Il ne faut donc pas me mettre à contribution dans ce domaine. En outre, comme je l’ai dit aux camarades du Doubs, je suis complètement indisponible jusqu’à la fin de mon ouvrage en cours de rédaction. Que les camarades de Belfort s’en consolent en pensant qu’il y a plus urgent à l’heure actuelle qu’un travail de masses : le travail en profondeur, la reconstitution de noyaux de militants sérieux, la formation de cadres pour un mouvement futur.

Vous aurez de la copie lundi matin. J’ai dit à tous les camarades de faire court, conformément à tes desiderata.

Fraternellement

B. Sou[varine]

*

Samedi [date inconnue. La question des italiques qui fait l’objet d’un rappel en P.S. dans la lettre suivante suggère une position possible au samedi 10 décembre 1932.]

Mon cher Rassinier,

Je vois d’après le n° reçu aujourd’hui que vous avez trop de copie. Je vous envoie donc un seul court article, pour vous laisser liquider votre marbre.

Il vous reste de quoi entretenir la chronique de l’URSS. Sans compter la lettre de Moscou.

Il semble que votre nouvelle imprimerie n’ait pas d’italiques. C’est désastreux. La dorique est un caractère archi-périmé. Vous devriez obtenir l’achat d’italiques ; les fondeurs font de longs crédits aux imprimeurs et la dépense ne serait pas élevée.

La disparition de bon nombre de guillemets dans la « guerre imminente » rend l’article, surtout la fin, presque incompréhensible. On ne sait plus ce qui est citation et ce qui est commentaire.

Cordialement

B.S.

[ajout marginal] Je ne comprends pas pourquoi le Manifeste n’a pas passé en tête. D’une façon générale, il n’y a pas assez d’appels aux lecteurs pour les abonnements, souscriptions, constitutions de groupes, etc.

*

15 déc[embre]. 32

Mon cher Rassinier,

Les lettres s’entrecroisent et ne répondent pas les unes aux autres. Il faudrait, en tous cas, en accuser réception, fût-ce tardivement.

Nous sommes en rapports avec le groupe Bénichou-Labin. J’écris par ce courrier à G. Davoust dont ci-inclus la lettre, et le tiendrai au courant des suites. Ryckoort est un excellent camarade de l’ex PC belge, cheminot. Simone Kahn se plaint de n’avoir pas reçu le « Trav. » depuis qu’elle s’est abonnée.

Pourquoi te fais-tu du mauvais sang pour un article s/ la question des dettes ? Il n’est pas question de concurrencer le « Petit Parisien » ? Un hebdomadaire ne peut prétendre à commenter la dernière heure. Et puis, ce n’est pas ce genre de problèmes qui nous importe le plus. Avant tout, il faut passer ce qui dessine notre physionomie propre, parmi les autres courants ou groupes à prétentions révolutionnaires.

Cordialement

B.S.

As-tu demandé à l’impr. De se procurer de l’italique ?

*

18 déc[embre]. 32

Mon cher Rassinier,

Tu ne me comprends pas du tout. Il est inutile de répondre à toutes les lettres. Mais quand tu écris, accuse réception. C’est pourtant simple, et clair.

De même, personne ne te parle de faire un journal « doctrinal ». Où as-tu pris cela ? Toutes mes notes sont d’information, dans notre sens doctrinal, avec notre grain de sel doctrinal. Mais il s’agit de choses essentielles pour nous. Les dettes, on peut en parler ; mais pas pour reproduire plusieurs jours après toute la presse quotidienne un long document sans intérêt. Ce n’est pas pour cela que les camarades feront des sacrifices.

Enfin, si le journal est illisible ou les textes défigurés par les coquilles et les coupures, comme le dernier n°, personne ne le lira plus ni ne le soutiendra.

Pour ma part, je renoncerai à écrire si c’est pour ne rien comprendre ensuite à mes articles imprimés. Encore un exemple comme celui du « Pacte de non-agression » et je serai définitivement découragé.

Tu as trop de travail et tu en trouves un supplémentaire avec cette affaire des dettes ? Je comprend de moins en moins. Les copains rouspètent à l’unanimité et ils ont raison. On ne s’abonne pas au « Travailleur » pour lire du Malvy ou du Vincent Auriol.

On nous a chargés, Charles et moi, d’écrire aux principaux militants responsables une lettre très explicite à ce propos. Tu l’auras un de ces jours.

J’espère que tu liquideras ce coup-ci la copie en panne. Je n’étais pas d’avis de passer en « Chronique de l’URSS » la lettre de Moscou ; la Chronique devrait se composer de courts entrefilets. Mais je n’insiste pas. On ne peut pas discuter sans fin par correspondance. Je croyais te faciliter la tâche et tu la compliques.

Charles a dû te renvoyer les lettres communiquées.

A toi,

B.S.

[Ajout marginal] Body, en effet, fait le mort depuis six mois. J’espérais que le « Travailleur » le réveillerait.

*

15 févr[ier]. 33

Mon cher Rassinier,

Ci-joint ma copie pour le n° spécial.

La librairie Rivière enverra d’autre part un cliché pour la « Crit.Soc. »

Si le petit article : « Collaboration », doit repasser, prière de supprimer : « En », qu’on avait ajouté par erreur dans le titre.

Fraternellement

B.S.

P.S. – Il y aura certainement une énorme quantité de « retours » (disparus, chang[emen]ts d’adresse, etc.).

Il faudrait nous renvoyer les bandes, en paquet.

*

Ci-joint deux listes de noms : la plus courte, – à inscrire aux services pour faire connaître notre mouv[emen]t à l’étranger ; la plus longue, pour l’envoi du journal pendant un mois ou deux (abonnés possibles ou probables).

B.S.

*

23-2-33

Mon cher Rassinier,

Il est inutile d’épiloguer. Ne connaissant pas suffisamment le contenu du n°, je ne puis me prononcer sur le choix à faire. Mais à première vue, j’ai l’impression que c’est le « Manifeste » qu’il faut sacrifier, s’il fait double emploi avec Renard ou Ducret. Quant au texte sur le Cercle, il me paraît indispensable de le passer car, qu’on le veuille ou non, en France on se tourne toujours vers la capitale et sur les quelque 20.000 destinataires exceptionnels de ce n°, ceux qui se réveilleront écriront à Paris, mais non pas à Belfort. En règle générale, le critère pour opérer un tri dans la copie trop abondante est le suivant : retenir tout ce qui nous différencie des autres groupes ou tendances, tout ce qui nous caractérise et dessine notre physionomie politique, – ajourner le reste et s’en servir dans les n°s suivants.

Souzy m’a fait part de sa désapprobation au sujet de la non-insertion d’un article sur [Gu ?]. Je lui répondrai en lui donnant nos bonnes raisons. Il est peu ou mal informé, comme beaucoup de provinciaux qui n’ont pas la possibilité de se tenir au courant. Ce genre de questions doit être tiré au clair quand nous avons un contact. Mais on ne peut correspondre indéfiniment là-dessus car nous sommes tous passablement occupés de choses essentielles.

Je signale une erreur à éviter l’entrefilet du « Trav. » concernant Léon Blum. Si celui-ci a droit à une retraite après x années de service au Conseil d’Etat, pourquoi la refuserait-il ? Si c’est le montant de la retraite qui est en cause, ce n’est pas une question Léon Blum et ne faut pas faire chorus avec la presse réactionnaire qui trouve le principe excellent quand ce n’est pas Léon Blum qui en profite. Gardons-nous de la démagogie.

Cordialement

B.S.

[Ajout marginal]

Prière d’envoyer tout de même, à Rosen et à moi, quelques n°s de l’édition régionale.

Et si possible, à moi, 5 n°s contenant l’article Staline-Famine.

*

24-2-33

Mon cher Rassinier,

Nous avions la même intention de tirer notre document commun en brochure, mais nous ignorions si vous pouviez utiliser le plomb du journal, si la composition est en lino ou en mono, etc. De toute façon, il faudrait faire une petite brochure in-32, comme le modèle ci-joint, car on peut la mettre dans une enveloppe de format courant et c’est un avantage inappréciable. En utilisant la composition telle qu’elle sera, on aurait évidemment de grandes marges, mais comme la composition ne coûterait rien, on pourrait se permettre de gâcher un peu de papier. Cependant, s’il faut faire 32 pages, tout le calcul est à recommencer. Je ne suis pas si sûr de la nécessité de reproduire le manifeste car c’est un document de circonstance, alors que l’autre sera valable pendant des années. J’écrirai la préface, s’il y a lieu. En tout état de cause, nous prendrions au moins 1.000 ex. (pour le groupe de Paris).

Fraternellement

B.S.

L’espéranto commence à prendre une place abusive dans le canard ! Ne pourrait-on le mettre à la portion congrue ?

*

6 mars [1933]

Mon cher Rassinier,

Nous pensions écouler nos 1000 n°s le jeudi soir, au meeting de Wagram. Une dizaine de nos camarades étaient convoqués à cet effet. Du lundi au jeudi, des coups de téléphone innombrables ont été gaspillés en vain, on est allé chaque jour à la Librairie du Travail en pure perte. J’abrège. Le jeudi soir, dix camarades sont devant la salle Wagram : pas de journaux. Je ne fais pas le compte de tout l’argent inutilement dépensé, du temps perdu, etc. alors que nous n’avons ni temps, ni argent à perdre.

La morale de cette histoire, c’est qu’il ne faut pas entreprendre de n° spécial quand on ne s’est pas assuré qu’il y a du papier à l’imprimerie. Il était même inutile de faire cette expérience pour en venir à cette conclusion.

Le retard de 6 jours annule pratiquement l’intérêt du n°. Dans l’intervalle, les événements d’Allemagne ont primé tout le reste et il n’y a rien sur l’Allemagne dans ce n° (comme dans le n° suivant, d’ailleurs).

La publication de la « résolution » en tête de notre document est une lourde faute. Outre qu’on ne fait pas passer un post-scriptum en tête d’une lettre sans lui donner un caractère insolite, souligné encore en ce cas par la différence de corps dans la composition, qu’est-ce que tout cela peut bien signifier ?

Le groupe Labin est le seul qui puisse conférer avec nous. Il a six membres, pas un de plus.

Nous avons avec eux tous les contacts nécessaires.

Nous ne négligeons rien pou favoriser un rapprochement. J’ai même suggéré l’envoi de Labin à Belfort, en cas d’entente entre nos trois groupes. Mais donner une telle importance à la vaine invitation de conférence qui nous a été faite, et que le cercle a considérée comme vaine dès l’origine, cela ne sert qu’à encourager le groupe Labin dans ses erreurs et à prendre acte publiquement d’avance de l’échec d’une tentative à laquelle nous semblons nous prêter, et sur laquelle nous paraissons avoir des illusions (que le Cercle n’a pas, n’a jamais eues, n’aura jamais). Au total, c’est compliquer notre tâche à l’infini et nous engager dans un labyrinthe de politique vulgaire dont nous, au Cercle, ne voulons à aucun prix. Dès la plus prochaine occasion, il faudra dissiper à cet égard toute équivoque. Je verrai d’ailleurs Labin ce soir.

A propos de la brochure, nous ne sommes pas d’accord. Le manifeste s’adresse ne premier lieu aux travailleurs de Franche-Comté. C’est essentiellement un document de caractère régional. La manchette : « Pour le communisme rénové » a été proposée par moi, mais je ne crois pas que la brochure ait la même destination que le journal. Enfin, il semble que le Cercle soit constamment suspect à Belfort de visées impérialistes sur la Féd. de l’Est. Cela seul suffirait à nous commander l’abstention. Faites la brochure à votre façon pour la région, si vous le trouvez utile. Le Cercle, jeudi dernier, a renoncé à donner suite au projet pour ce qui le concerne.

Maintenant, il faut à notre avis essayer de se rattrapper sur l’Allemagne et travailler avant tout à harmoniser les opinions du Cercle et de la Fédération, qui sont loin d’être à l’unisson.

Fraternellement

B.S.

*

24 avril 33

Mon cher Rassinier,

Je suis obligé de quitter Paris pour quelques mois, afin de me consacrer entièrement à un travail depuis trop longtemps inachevé. Par suite, il me faut interrompre la collaboration régulière au « Travailleur ». Je ferai toujours mon possible pour vous envoyer de la copie mais, à l’heure actuelle, je dois renoncer à toute activité soutenue en surcroît de mon travail principal.

J’ai demandé à Ducret et à Araxe de ravitailler la Chronique de l’URSS. Rosen restera en communication avec moi et je pourrai toujours donner un coup de main en cas de nécessité absolue. Par ailleurs, il n’est pas mauvais que les plus jeunes membres du Cercle soient mis davantage à contribution et que les plus anciens leur laissent un peu la bride sur le cou. Ce sont déjà d’excellents militants, instruits, sérieux, expérimentés, en qui on peut avoir toute confiance. Les camarades de l’Est le savent certainement, après plusieurs mois de collaboration.

Pour cette semaine, j’ai tenu à envoyer de la copie sur le procès des ingénieurs, puisque nous avions déjà donné deux ou trois notes à ce sujet. On peut sans inconvénient la publier à part, et laisser la « Chronique de l’URSS » proprement dite à Cl. Araxe.

Bien cordialement

B. Souvarine

*

Neuilly, 10 déc[embre]. 33

Mon cher Rassinier,

Je répondrai à Lager, c’est entendu, quelque pénible que soit la corvée. Mais je fais observer qu’aucun de nous ne se permet d’envoyer des articles d’une telle longueur.

Suffit-il d’écrire n’importe quoi pour bénéficier d’un tel privilège ? En outre, pour proférer une stupidité, c’est assez d’une ligne, mais pour la réfuter, il faut parfois une page. Si je réponds en proportion, nous allons aux articles kilométriques dont il s’agit précisément d’éviter la répétition. Je ne pourrai donc que réfuter quelques phrases prélevées à titre d’exemple.

Pour que la copie arrive le lundi matin à Belfort, il faut pouvoir la poster ici le samedi avant huit heures du soir. Or, en règle générale, c’est impossible. Les camarades peuvent écrire surtout le samedi soir et le dimanche. Comme aucun de nous n’habite dans les parages de la Gare de l’Est, il n’est pas question d’expédier au train du dimanche soir, sauf bien entendu événements exceptionnels. Je ferai cependant la tentative cette fois : ma femme ira mettre mes deux enveloppes à la gare, ce qui représente une perte de temps de 2h.30 – 3 heures environ. Si la copie n’arrive pas à temps pour passer dans le n° de mercredi prochain, ce sera la dernière expérience.

(A ce propos, personne n’avait reçu le journal hier samedi ; il va de soi qu’on ne peut pas écrire sans savoir ce qui a été utilisé dans le n° du jour.

Aujourd’hui encore, je n’ai rien reçu).

Je n’envoie d’ailleurs que des bouche-trous assez courts, faciles à insérer. Je ne suis pas d’avis de pontifier à tout propos et, quand on n’a pas le temps de rédiger des commentaires en règle, mieux vaut improviser de brefs entrefilets que de passer les faits sous silence. Prière de ne pas les priver de leurs titres et de les passer tels quels, sans les noyer dans des rubriques déjà établies.

Cordialement

B.S.

[Les passages soulignés le sont de la main de Paul Rassinier. Le dernier paragraphe de la lettre est partiellement entouré en marge et dans l’intervalle supérieur. La lettre est abondamment commentée dans les marges et sous le texte. Voici le détail des commentaires :

En marge de la partie soulignée du premier paragraphe : « insinuation malveillante »

En partie supérieure de la deuxième page, relié à la phrase où Souvarine affirme n’avoir pas encore reçu le dernier numéro du Travailleur : « le mensonge.. et sans importance !.. »

En marge du dernier paragraphe de la lettre : « Il voudrait que je lui demande du papier. Et cette phrase revient chaque fois et je ne lui demande presque jamais rien… ! »

Après le texte de Souvarine : « Dans cette lettre Souvarine me parle des articles « kilométriques » dont j’ai parlé précisément dans le journal qu’il prétend ne pas avoir reçu… Pourquoi mentir comme cela ?… Mentir, mentir… »

*

Vendredi [L’accident de chemin de fer pourrait bien être celui de Lagny-Pomponne du 23 décembre 1933 ce qui positionnerait la rédaction de cette lettre le vendredi 29 décembre, ou au plus tard le 5 janvier 1934. La « réponse à Lager » jointe par Souvarine confirme cette hypothèse.]

Mon cher Rassinier,

Voici la fin de la réponse à Lager.

Pas reçu le dernier n°. Je suppose que la catastrophe de ch. de fer a dû provoquer pas mal de perturbations postables.

D’accord pour laisser tomber le Paz et sa grossière diversion personnelles. Mais à ta disposition, le cas échéant, pour l’exécuter dans la rubrique « Correspondance ». En attendant, il a son compte, comme sa lettre en témoigne.

A toi

B.S.

[Les deux passages soulignés le sont de la main de Paul Rassinier qui commente en marge, pour le premier : « J’ai proposé cette solution… », et pour le deuxième : « Mais sous quelle forme et sous la responsabilité de qui? »]

*

10 sept[em]bre [L’évocation d’articles de Prader font situer la rédaction de cette lettre en 1933]

Mon cher Rassinier,

Nous avons appuyé à fond les observations, communiquées par Rabaut, au sujet des invraisemblables tartines de Prader. A chaque nouveau collaborateur, nous risquons évidemment de tels accidents. Mais il s’agit bien d’un accident, pas d’une nouvelle conception du journal. J’écris d’autre part à Prader pour le mettre en garde, et le conseiller un peu. Considérons le fâcheux numéro comme un n° de vacances, et voilà tout.

J’ai pondu aussi, il est vrai, 2 colonnes, mais cela m’arrive rarement, et cela ne m’empêche pas d’envoyer surtout des entrefilets de 30 à 50 lignes. En outre, mes 2 col. étaient lisibles tandis que les 5 col. de Prader ne l’étaient guère.

Cordialement

B.S.

[Ajout marginal] Pas reçu le dernier « Travailleur ».

Georges Bataille n’a pas reçu le précédent.

 

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