Multitude vile

INDEX

La Voie de la Paix n° 57, décembre 1956, p.1 et 2

« Tandis que des humains la multitude vile… » *

par Paul Rassinier Dans cette ville de 250.000 habitants, deux meetings étaient prévus qui avaient pris pour thème les événements d’Algérie, Égypte et de Hongrie. L’un se proposait de faire plébisciter l’action du gouvernement français en Égypte, l’autre celle du gouvernement soviétique en Hongrie. La boulangère m’avait expliqué qu’ayant reçu seulement 300 litres de mazout, au lieu des 1 800 habituels, elle ne ferait plus de pain qu’un jour sur six. Autour de moi, une demi douzaine de clients, hommes et femmes qui entendaient ses explications avaient partagé son indignation et parlé d’aller mettre le feu au Parlement. Le matin même, à la Préfecture où j’étais allé chercher une attribution de mazout pour chauffage domestique, je m’étais trouvé dans une longue file où l’on n’était pas tendre pour « les incapables du gouvernement » et où, atterrés par ce qui se passait en Hongrie, on redoutait la guerre. Au retour, dans l’autobus, le mécontentement était général et on parlait d’une révolution nécessaire. La veille, trois professeurs et cinq ou six militants plus ou moins ouvriers de diverses organisations plus ou moins politiques et culturelles, étaient venus me confier leurs inquiétudes et qu’ils étaient convaincus à la fois de la nécessité et de la possibilité d’une action à contre-courant.

Convaincu moi-même de cette nécessité, avant de conclure à cette possibilité, j’avais voulu voir.

Je me suis donc rendu aux deux meetings.

Au premier, 350 à 400 personnes enthousiasmées ont chaleureusement applaudi à l’action du gouvernement Guy Mollet en Égypte. Au second, le comportement des chars soviétiques en Hongrie a été acclamé, par 350 à 400 personnes aussi, d’une façon plus que chaleureuse : délirante.

La ville compte, je le répète, 250 000 habitants.

J’ajoute que, ni à l’un ni à l’autre des deux meetings, je n’ai rencontré, ni la boulangère, ni les trois professeurs, ni les mécontents de la file d’attente devant la Préfecture, ni ceux de l’autobus. Les cinq ou six militants étaient aux deux : nous sommes revenus ensemble, nous perdant en considérations amères.

J’ai revu ma boulangère, ses clients, les habitués de l’autobus, mes trois professeurs et je me suis retrouvé dans d’autres files d’attente : ils sont de plus en plus mécontents et de plus en plus indignés.

– Tout cela finira mal, disent-ils. Sur un ton qui dit clairement qu’ils ont peur de s’en mêler.

La conclusion de tout ceci force l’évidence : dans une ville de 250 000 habitants, il est toujours facile de trouver 350 à 400 fanatiques de n’importe quelle cause. Le malheur est seulement que, les autres ne disant rien, ces fanatiques puissent passer pour représentants de l’opinion.

Les autres, c’est la masse informe et veule, qui ne parle qu’en fonction de la gravité des événements qui est à Dieu ou à César selon les circonstances, c’est-à-dire au premier qui travaillera plus fort que les autres.

J’ai vu cela en 1939 et en 1940 et je l’ai revu en 1945.

En 1939, ils voulaient tous en finir avec Hitler et, le 10 juillet 1940, ils étaient tous derrière Pétain. En 1945, obéissant à leur logique impeccable, ils étaient non moins naturellement tous derrière de Gaulle. Pour l’Indochine, ils ont applaudi Queuille, Bidault, Laniel, Pleven et… Mendès-France. Ils viennent d’applaudir Guy Mollet qui, pour mettre fin à une guerre, nous en a mis une autre, plus désastreuse encore, sur les bras. Vous pouvez leur faire confiance : demain ils le cloueront au pilori.

Ils ont beaucoup d’excuses, certes, et ils les trouvent dans le comportement de l’élite de la Nation dont les réactions ne sont pas essentiellement différentes de celles de la populace : Claudel et Mauriac, chantant tour à tour le los de Pétain et de de Gaulle, Sartre, Martin-Chauffier, David Rousset, etc. chantant celui des communistes puis les vouant aux gémonies sont à ce titre d’impérissables illustrations.

Tout ceci pour dire que les opinions des hommes sont commandées par leurs besoins, souvent les plus petits, qu’il s’agisse de la littérature alimentaire, du militantisme à la poursuite d’une place de cantonnier ou de l’apathie commandée par le seul souci des petites commodités de la vie quotidienne.

Et que nos belles théories, nos rêves humanitaires, notre soif de justice, nos principes intangibles et solidement étayés, nos prises de positions d’une généreuse cohérence, ne sont que des hommages posthumes à la pauvre et éternelle Cassandre.

Qu’il y ait un jour une réaction est indiscutable : elle sera commandée par le ventre, la tête n’y sera pour rien.

On n’en peut prévoir ni le sens, ni l’ampleur, ni les conséquences. Guerre ou révolution ?

Les deux peut-être concomitamment ou alternativement.

Ne nous faisons pas d’illusions sur l’efficacité de notre action : nous travaillons pour la postérité.

Et ce n’est déjà pas si mal !

NOTE : * Rassinier cite de mémoire Baudelaire qui écrivait: « Pendant que des mortels… » !

La Voie de la Paix n° 57, décembre 1956, p.2

Une tournée de Conférences de Paul Rassinier

8 décembre Toulon

9       ”          Marseille

11     ”          Carcassonne

12     ”          Narbonne

13     ”          Toulouse

14      ”          Agen

15      ”          Angoulême

16      ”          Ruelle

17      ”          Bordeaux

18      ”          Montauban

Sujet

Le Parlement

aux mains des Banques

N.B. – Notre ami traitera ce sujet dans ses rapports avec les événements d’Algérie, Égypte et de Hongrie. Pour l’heure et le lieu, consulter les Affiches.

Advertisements