Le Moindre Mal

INDEX

Le Semeur, 8e et dernier numéro du 11 juin 1932, p. 1

En Allemagne

« Le Moindre Mal »

J’ai sous les yeux une série de numéros du Populaire, organe central du Parti socialiste français et des extraits des journaux social-démocrates allemands.

Je les confronte avec les faits. Voici d’abord O.Rosenfeld, qui écrit, avant les élections présidentielles de mai dernier que « pour barrer la route à la réaction », personnifiée à ses yeux par Hitler seulement, les travailleurs allemands n’ont à leur disposition qu’un seul moyen : voter pour Hindenburg.

Sa thèse est appuyée par de virulentes déclarations de ses frères en religion d’Outre-Rhin où il est question de « Hindenburg, nom rayonnant de la gloire de Tannenberg », du « gardien fidèle de la constitution de Weimar », etc, etc…

Voici maintenant Léon Blum qui, dans un article leader paru dans le Populaire au lendemain des élections présidentielles, se réjouit de la « brillante victoire républicaine qui se traduisit en Allemagne par le succès de Hindenburg et l’échec de Hitler ».

Voici encore Rosenfeld…

Voici Germinal, voici la Tribune de Montbéliard… … Et voici des faits.

*

Aujourd’hui, la question de la restauration monarchique et du retour des Hohenzollern est posée pour l’Allemagne.

En fait, Hitler est au pouvoir en Prusse.

Diverses élections partielles ont accusé un accroissement de son influence dans toute l’Allemagne.

Demain, il sera, effectivement et sans fard, maître de l’Allemagne et le fascisme fera peser sur les masses laborieuses et les petites gens une odieuse dictature.

Déjà le Reichstag a été dissout et le Landtag de Prusse envoyé aux champs.

Le pouvoir est aux mains de la camarilla militaire de l’ancien espion von Papen et de von Schleicher.

On dit que des élections législatives auront lieu le 31 juillet prochain, mais, une série d’actes anticonstitutionnels, notamment la procédure de dissolution du Reichstag et le congédiement du Landtag, ayant été commis, on se demande, vraiment si elles auront lieu et si d’ici là toutes les mesures n’auront pas été prises pour faciliter la proclamation ouverte de la dictature fasciste.

Et qui a fait cela ?

Hindenburg, tout simplement.

Hindenburg dont on dit aujourd’hui que vers la mi-octobre, il prétextera son état de santé pour se retirer de la vie publique et laisser la place à un Régent d’empire qui ne serait autre que… l’ex-kromprinz !

Hindenburg, « le grand républicain » de la social-démocratie allemande, de Léon Blum et de Rosenfeld !

*

Hindenburg faisait donc le lit de Hitler.

Hindenburg travaillait pour la maison de Hohenzollern à laquelle il devait toute sa gloire militaire, raison pour laquelle, au fond de lui-même, il lui était resté fidèle.

La preuve en est faite maintenant.

Et, lorsqu’il y a deux mois à peine, les communistes allemands et français proclamaient ces vérités évidentes, lorsqu’ils prétendaient que le seul moyen de barrer la route à la réaction, c’était de voter à la fois contre Hindenburg et contre Hitler, de réaliser le front unique des ouvriers socialistes et communistes sur un seul candidat, il se trouvait le Worvaerts à Berlin, Léon Blum à Paris et Rucklin dans notre région pour parler de nos conceptions imbéciles et prôner la politique soi-disant du « moindre-mal ».

Hindenburg ne valait pas mieux qu’Hitler et les événements qui se sont déroulés en Allemagne la semaine dernière le proclament hautement.

Il n’y avait pas à choisir entre les deux, car l’un était la peste et l’autre le choléra : il fallait les abattre tous les deux.

Je voudrais que ceci serve de leçon aux ouvriers socialistes français dont les chefs font à leur dépens une expérience analogue.

Herriot n’est pas plus le « moindre-mal » en France qu’Hindenburg ne l’était en Allemagne.

Puissent les événements ne pas nous donner raison trop tôt – car Herriot tient le manche, il ne faut pas l’oublier ! – et trouver les ouvriers socialistes à nos côtés quand il faudra leur faire face.

Paul RASSINIER

Advertisements