PROPAGANDE

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La Voie de la Paix n°58, janvier 1957, p.1 et 2

SUR LES ROUTES DE LA PROPAGANDE

Par Paul Rassinier

Sur le thème du Parlement aux mains des Banques assorti des considérations connexes qui relèvent des événements d’Algérie, de Suez et de Hongrie, je viens de faire, dans le Sud et le Sud-Ouest de la France, une série de douze conférences qui m’a mis en contact direct avec ceux auxquels s’adresse notre propagande écrite.

A vrai dire, je n’espérais pas beaucoup de cette tournée et surtout pas déplacer des auditoires. Sur ce point, je suis fixé : depuis dix ans, les campagnes électorales mises à part, où que ce soit, dans quelque circonstance que ce soit, il n’est jamais arrivé à l’auditeur assidu que je suis d’assister à une réunion de plus de 300 à 400 personnes. Et quel que soit l’orateur ou le parti : Duclos ou Frachon, Guy Mollet ou Commin, Mendès-France ou Bidault. Seul Poujade réussit à faire exception pendant un certain temps : maintenant c’est fini, son heure, à lui aussi, est passée.

Je ne pouvais espérer faire mieux que les autres : j’avais même des raisons sérieuses de redouter moins, – beaucoup moins !

Et bien non ! Dans la douzaine de villes où je suis passé, – sauf à Marseille – j’ai parlé devant des auditoires d’importance égale, à ceci près que ceux qui s’étaient dérangés n’étaient pas les mêmes. Pour les autres comme pour nous, donc, la grande masse ne se déplace plus. Et si nous étions aussi solidement organisés qu’eux, nous représenterions dans l’opinion une force plus grande parce que nous sommes plus dynamiques, plus au contact des réalités et qu’à l’encontre d’eux, nous sommes dans la tradition de l’humanisme.

Je l’ai bien vu à Narbonne et à Carcassonne où mes confrères de la presse locale, de Midi libre et de l’Indépendant du Midi m’ont fait un accueil chaleureux : le lendemain de la réunion, au café où je prenais le petit déjeuner avant d’aller prendre le train et sur le quai même de la gare, des gens qui n’y avaient pas assisté la commentaient favorablement, journal en main…

A Toulon et à Toulouse, j’ai eu deux agréables surprises : des jeunes !

A Toulon, ces jeunes, à l’instigation du groupe anarchiste des Amis de la Voie de la Paix, des Amis de l’École Émancipée et de la Nouvelle Gauche, avaient rassemblé 150 à 200 moins de quarante ans, dans une salle obligeamment prêtée par le Pasteur de l’Église réformée. Dans cet auditoire, l’inquiétude de l’avenir dominait, – l’inquiétude et l’indignation à l’égard des aînés. J’ai bien senti qu’on attendait de moi une solution immédiate à l’angoissant problème de la Paix. J’ai sûrement déçu en exprimant que c’était un travail de longue haleine et que, dans la voie que j’indiquais – d’ailleurs approuvée par tout le monde – nous étions sur la brèche depuis plus de trente ans…

A Toulouse, les Étudiants de la Faculté des Lettres et de la Faculté de Droit étaient venus en corps. Public inhabituel pour les organisateurs. A l’issue de la réunion qui avait lieu dans le grand amphithéâtre de l’ancienne Faculté des Sciences, descendant de la tribune, je les ai tous retrouvés autour de moi, au pied des gradins, comme autrefois il nous arrivait d’entourer notre professeur à l’issue d’un cours particulièrement intéressant. Il m’eût fallu faire une seconde conférence sur Proudhon et le Fédéralisme. J’en ai esquissé les grandes lignes dans un assaut de questions. Et j’ai promis de revenir.

A Bordeaux, j’ai trouvé aussi, quoiqu’en bien moins grand nombre, quelques étudiants tout aussi curieux et assidus. Par contre, à Montpellier, qui est aussi une ville de Faculté, ils ne s’étaient pas dérangés : on m’a dit que l’esprit clérical le plus attardé y dominait. La réunion n’en a pas été moins réussie : les 150 personnes (anarchistes, laïques, abondancistes, pacifistes) qui ne se déplacent que pour entendre des voix non conformistes.

Je ne dirai rien d’Angoulême où le public était identique à la fois quant au nombre et à la composition.

Ni de Marseille, où le groupe anarchiste plongé dans les problèmes doctrinaires du début du siècle, vit à l’écart des problèmes du moment et des préoccupations des hommes de 1956. Il avait organisé seul la réunion et, de surcroît, elle avait lieu un dimanche matin : 97 personnes. Les abondancistes, cependant, étaient venus en notable proportion.

Je ne dirai rien non plus de Nice où j’ai fait la conférence inaugurale de la tournée. Le groupe Élysée Reclus et les Amis de la Voie de la Paix avaient bien fait les choses. La radio de Nice et de Monte-Carlo les avaient bien aidés. La salle était pleine, le public particulièrement accessible. Une contradiction d’un socialiste molletiste – ici, la section socialiste est molletiste à deux courageux adhérents près : quand le secrétaire fédéral revient d’un conseil national, il fait son compte-rendu devant 11 adhérents ! – sombra dans le ridicule.

Si j’ai cru devoir rendre publiques ces quelques observations, c’est pour donner aux militants du pacifisme, à la fois l’exacte mesure des résultats de leurs efforts et de ceux qu’il leur reste à faire. Il ne faut pas se leurrer : le seul public que nous puissions atteindre est le public non-conformiste et c’est seulement si nous réussissons à le convaincre que nous pourrons, avec son aide, aller à la grande masse.

Or, cela me paraît du domaine des choses possibles et d’autant plus que j’ai senti partout un désir d’action commune entre pacifistes intégraux, abondancistes, anarchistes (de Contre-Courant, de Défense de l’Homme et du Monde Libertaire) et Amis de l’Ecole Emancipée.

Si, comme à Toulon et à Toulouse, nous arrivons à dégeler la jeunesse, pour peu que nous fassions preuve d’aptitude à l’organisation matérielle d’un mouvement, il ne fait pas de doute que nous réussirons.

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