LA JUIVE

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Article non-signé de la revue Le Territoire, n°38, février 1938, p. 20, dont les rédacteurs quasi-exclusifs étaient, étroitement associés, René Naegelen et Paul Rassinier. Les attendus de la sanction constituent-ils la première preuve irréfutable de «  L’incroyable rencontre des esprits » théorisée bien plus tard par Raul Hilberg?

LA JUIVE

L’agence Radio a communiqué récemment à la presse le fait suivant :

Le maire d’une petite ville allemande avait récemment été l’objet de violentes attaques de la part du Stürmer, l’organe de M. Julius Streicher, pour avoir vendu une vache à un marchand de bestiaux juif. Le ministre de l’Intérieur du Reich a fait sienne la thèse de l’organe antisémite et il a relevé le coupable de ses fonctions.

Cette mesure disciplinaire est appuyée notamment sur les attendus suivants :

« Il est du devoir d’un fonctionnaire du troisième Reich de n’entretenir aucune relation d’affaires, même dans sa vie privée, avec des gens de la race juive. Une telle interdiction n’a, il est vrai, jamais été faite par écrit, mais il ne subsiste pourtant aucun doute que tout fonctionnaire doit savoir qu’il n’a pas à entrer en relations d’affaires avec des juifs. »

Le Berliner Boersen Zeitung estime que cette loi raciste, non écrite si ce n’est dans le cœur de tout bon fonctionnaire nazi, doit être appliquée avec une particulière rigueur lorsqu’il s’agit de marchands de bestiaux.

Cette nouvelle a inspiré à M. Pierre Audiat ce spirituel entrefilet (Paris-Midi du 30 octobre) intitulé « La Juive » :

La presse nous a fait connaître l’histoire de ce maire allemand qui a été relevé de ses fonctions pour avoir vendu une de ses vaches à un marchand de bestiaux juif. Mais elle ne nous a pas dit que le maire avait écrit au chancelier lui-même une lettre où il tente de se justifier. Les arguments invoqués par le maire révoqué ne laissent pas d’être impressionnants. Je pense qu’il est équitable de mettre la lettre du fonctionnaire germanique [sic] :

« Mein Führer und mein Gott, (Mon Fuhrer et mon Dieu)

« Comme le suppliant antique je me jette à vos pieds et j’embrasse vos genoux. Je suis accusé par mes ennemis d’un crime abominable, et si je l’avais commis la révocation dont je suis frappé serait une peine à mes yeux bien trop légère. Mais je vous le jure, mein Führer, sur le crâne dans lequel boivent les guerriers du Paradis germanique, je suis innocent. Bien plus, je crois, en vendant ma vache au maquignon juif, avoir suivi vos traces glorieuses – dans la mesure où un petit chien de manchon peut suivre un lion magnifique.

Car mes infâmes adversaires vous ont caché un fait essentiel qui change tout au tout le caractère de mon acte : la vache que j’ai vendue au juif était juive. Oui, mein Führer, telle est la vérité que vos experts pourront confirmer.

Je ne m’en étais pas aperçu tout d’abord, mais à des indices hélas ! certains je ne tardai pas à me convaincre que cette brebis ou plutôt cette vache galeuse s’était glissée parmi mes bonnes vaches aryennes. Quand je présentais votre sainte effigie à mon troupeau, les autres l’encensaient de la tête, mais celle-ci se mettait à mugir avec colère. Elle ne frayait point avec les porcs, elle retenait son lait et le jour du sabbat, elle refusait de se lever.

Qu’auriez-vous fait, mein Führer ? Ce que j’ai fait. J’ai expulsé cette impure, de l’ai déportée chez le maquignon juif et comme les marks, quelle que soit leur origine, sont bien allemands, en échange de cette vache indigne j’ai reçu cent marks-aryens. Ils sont à vous, mein Führer. Daignez les accepter en hommage ».

(Sans commentaire)

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