Territoire et pivertistes

INDEX
Le texte ci-dessous, signé P.R., extrait du journal de Naegelen, le Territoire n° 32 d’août 1937 aux pages 18 et 19, malgré sa forme en poupées gigognes et outre les habituelles piques de potache contre les radicaux Edmond Miellet et Roger Laburthe, éclaire le positionnement complexe de Paul Rassinier, en particulier à l’égard de la tendance « pivertiste » de la S.F.IO. dont on pourrait pourtant le croire assez proche.

Pour illustrer la différence ponctuelle de point de vue avec cette extrême gauche du parti voici, extraite de l’organe pivertiste les Cahiers Rouges en décembre 1937, une brève critiquant dans le cadre d’une “Tribune de vigilance démocratique”, l’attitude de Paul Rassinier au Conseil National de la S.F.I.O. du 7 novembre 1937 à Paris :

Cahiers Rouges, N°6 (décembre 1937) p.16

<< À Belfort. (Tous les mandats à la motion Séverac.)

« Rien n’explique et ne justifie l’attitude de Rassinier au CNC. La Fédération n’a réuni aucun congrès (elle ne l’a même pas jugé utile après la chute du cabinet Blum, pour examiner les décisions à prendre pour le C.N. »)

Cuénat (Belfort) >>

Malgré des différences d’appréciations sur cette question précise de la livraison d’armes aux républicains espagnols, le soutien affiché à la ligne majoritaire de la S.F.I.O. et à son chef de file reste acquis. Il faudra attendre 1938, puis l’immédiat avant-guerre et ce qui sera perçu comme une trahison de la part des « bellicistes » au sein de la S.F.I.O. pour que Paul Rassinier, dont le pacifisme ne varie pas, rejoigne des positions plus radicalement critiques à l’égard de Léon Blum et de ses proches, exprimées en particulier dans la lettre à Paul Faure de 1939.

 

Le Territoire

Marceau Pivert et Caillaux vus par…

 

Nous relevons dans La Frontière du mardi 13 juillet le très intéressant jugement suivant :

« J’ai lu ceci dans un grand journal :

Nous refusons de capituler. Nous voulons combattre.

Oui, nous avons toujours préconisé l’intervention de l’action directe de classe, car c’est le seul moteur des événements… »

……………………………………………………………………………………………………………………………………………

Nous tenterons l’impossible quant à nous, pour que la lutte de classes soit le chemin de la victoire : il n’y en a pas d’autres…

……………………………………………………………………………………………………………………………………………

Lutter contre Hitler sous la direction de notre état-major, par la guerre, ou lutter contre Hitler en détruisant CHEZ NOUS le pouvoir économique et politique de ses alliés naturels : les oligarchies capitalistes. Notre choix est fait ! »

« Je ne ferai point au signataire de cette prose effervescente, vitriolique, l’honneur de le nommer. Je sais depuis longtemps que la médiocrité de son jugement n’a d’égale que la vanité de sa personne.

« Il n’est d’ailleurs question ni de lui ni même de cette folie, l’action directe de classe, la lutte de classes que, comme tant d’autres, il exalte avec sans doute moins d’espérances que de gratitude puisqu’il doit au seul fait de l’exalter une notoriété que ne lui auraient jamais permise les obscurités de son cerveau et les indigences de son caractère. »

Tout le monde a compris qu’il s’agissait de Marceau Pivert, leader de l’extrême gauche du Parti socialiste.

Quant à l’auteur du jugement lui-même, il n’est pas besoin de préciser que c’est M. Soi-même Laburthe, l’éminent rédacteur en chef de La Frontière dont nous apprécions depuis tantôt deux ans la haute intelligence, le jugement clair et sûr, l’extrême modestie, le ferme et noble caractère, le cerveau riche comme le style.

Ici, de notoriété publique, nous ne sommes point Pivertistes.

Nous n’aurons pas le front de prétendre que le système de Marceau Pivert est moins obscur que certain sonnet de M. Soi-Même-Laburthe, que nous avons publié dans un de nos numéros de l’an dernier.

Dieu merci non !

Mais tout de même, on nous permettra de faire humblement remarquer au très intelligent, très sûr, très ferme, très clair, etc…, rédacteur en chef de La Frontière que Marceau Pivert est membre du Front Populaire et que ma foi, il en parle en des termes qui, s’ils n’ont aucun caractère de gravité étant donné leur auteur, ne sont pas non plus de nature à faire paraître plus solide que jamais l’union du dit Front Populaire.

Nous penserons quand même, tout de go, qu’on peut n’être pas Pivertiste et rester correct, discuter des idées sans en arriver aux injures comme c’est le cas et comme ce l’était déjà quand le citoyen Laburthe à peine installé à son poste ne voyait pas d’autre moyen de faire des éclats que de s’attaquer à nous de la même façon dont il use aujourd’hui à l’endroit de Marceau Pivert.

Et puis, après tout, quelles que soient ses qualités intellectuelles qui sont seules mises en cause, Marceau Pivert est peut-être aussi compétent en matière de socialisme que M. Soi-même-Laburthe en matière d’agriculture !

*

Nous aurions sûrement passé sous silence cette nouvelle incartade de M. Laburthe si, étant arrivé à de si lumineuses conclusions à l’endroit de Marceau Pivert, il n’avait jugé à propos, pour rétablir l’équilibre, de faire une discrète allusion à l’attitude de M. Caillaux, et si le contraste ne nous avait pas frappé.

Goûtez et comparez plutôt :

« Un autre exemple :

«  Dans le discours qu’il a prononcé le 19 juin à la tribune du Sénat, M. Joseph Caillaux a « commis » ces « hénaurmes » déclarations :

« Mais les avoirs de ceux qui sont les véritables déserteurs, de ceux qui ne se sont pas conformés à leur devoir, qui ont caché à l’étranger telles ou telles sommes, telles ou telles valeurs, telles ou telles devises, comment les ferez-vous rentrer ? J’attends une réponse, mais elle ne viendra pas.

« Nous ne pouvons pas empêcher les capitaux, infiniment ingénieux, d’échapper, par mille moyens plus ingénieux encore, à la préhension du fisc, car ce serait le fisc qui mettrait la main sur eux. »

«  Donc, si l’on comprend bien et si M. Caillaux ne se trompe point, les capitaux sont libres de déserter le devoir national.

« Et le pays doit se résigner à cette désertion qu’il ne peut empêcher ni punir.

« Sophisme singulièrement redoutable. »

Ce qui nous console, c’est qu’on peut faire à M. Caillaux, « l’honneur de le nommer » : il vient de mettre en échec le gouvernement que le suffrage universel a désigné en mai 36 pour défendre la démocratie en péril…

Une année durant il a mis son autorité personnelle au service des trusts et semé des pelures d’oranges dans les pas de Léon Blum !

Il commet bien «  d’hénaurmes déclarations », mais il ne fait que « se tromper », lui.

Tandis que Marceau Pivert chez qui on peut tout récuser, tout mettre en doute, sauf la bonne foi, dont toutes les conclusions si erronées qu’elles puissent être n’ont malgré tout jamais eu d’autre dessein que celui d’abattre les trusts et d’affermir l’autorité du précédent gouvernement, n’est qu’un imbécile, un pauvre crétin, etc… (voir plus haut).

On s’en doutait bien un peu : l’enthousiasme avec lequel Laburthe s’est jadis rangé aux côté des Miellet ne pouvait que faire présager cela…

Avons-nous besoin d’ajouter que nous en avions pris d’avance notre parti,

Et que, tout en pensant que l’idéologie de Marceau Pivert est aussi dangereuse que les manœuvres de M. Caillaux, nous avons, nous, de l’estime pour le premier qui est un honnête homme et un militant de bonne foi, tandis que pour le second qui a maintes fois fait la preuve qu’il n’était qu’un aventurier corrompu, nous ne pouvons guère avoir plus que du mépris et du dégoût !

P.R.

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