Défense d’Albert Paraz

INDEX

« Qui sont les déportés ? » Jean Ebstein-Langevin

Défense d’Albert Paraz rédigée par Jean Ebstein à l’intention des juges du Tribunal de Bourg-en-Bresse dans le cadre du procès du « Mensonge d’Ulysse ». Paris, le 19 février 1951

 

Jean Ebstein

 

34 rue de Londres

Paris (9)

 

(Engagé volontaire 39/45, évadé de France, F.F.L.,

Fondateur du Comité Français pour la Défense

des Droits de l’Homme, la Réparation et l’Amnistie)

Messieurs Albert Paraz et Paul Rassinier,

Tribunal Correctionnel

BOURG en BRESSE

Messieurs,

Un sénateur ami, le premier, m’a cité « Le Mensonge d’Ulysse » :

« Un ouvrage à lire et à faire circuler, me dit-il. En remettant les choses en place, il limitera l’exploitation politique de la déportation et de la résistance….. La préface de Paraz est outrageuse, sympathique ; un beau morceau de polémiste. J’imagine que toute cette catégorie de pontifes qui ont fait de la résistance, un placement, va se sentir visée ».

Il ajouta :

« Sans doute y a-t-il eu des chambres à gaz. Mais j’avoue qu’après avoir été déporté dans six camps en Allemagne, je n’ai appris leur existence…. qu’une fois rentré. …. »

Cet éminent parlementaire fut l’un des premiers français déportés pour faits de résistance. Sa robuste constitution de « prolétaire » l’a sauvé.

À l’époque où je fondai, afin de lutter contre les excès de l’épuration, le Comité Français pour la Défense des Droits de l’Homme, il en accepta la présidence et M. Michelet devint l’un des quatre vice-Présidents.

J’ajouterai que cet ami présida une fédération de déportés et qu’il m’a dit vouloir très spontanément mettre son témoignage à votre disposition. Tout résistant aurait d’ailleurs consenti à témoigner pour vous à condition de savoir lire et d’avoir en partage, si peu que ce soit, le sens de l’humour.

Le libellé de votre assignation devrait être édité. Il excite le rire. C’est du meilleur Courteline. Il a sa place dans le « Gendarme est sans pitié ». Devant un tribunal français – puisque les choses en sont là – et mis à part ses effets comiques, cette assignation n’en apparaît pas moins comme une intolérable atteinte à la liberté d’opinion, d’expression, de polémique pour lesquelles nous avons combattu.

Elle se présente en outre, en la forme, comme émanant d’une sorte de consortium spécialisé, représentant la résistance « associée et unie ». Nous ne sommes pas partie civile ! D’autres associations de déportés ou de résistants de droite, du centre, de gauche ou d’extrême gauche ne le sont pas davantage. Personne n’a le droit de prétendre incarner, en vertu de quelque pouvoir abusif, la résistance, sans l’accord préalable et exprès de chaque résistant intéressé.

Des amis avec lesquels des hasards récents m’ont mis en contact, un Braman, ancien Président de Tribunal en zone d’occupation, ancien Président de la Commission de Triage des Criminels de Guerre, condamné lui-même à mort par une cour martiale allemande, un Moulinier, dit « casse-coup », compagnon de la libération, bien d’autres et moi-même aurions voulu exposer notre point de vue à la barre. Un quiproquo dans la dénonciation des noms, nous en empêche. Nos lettres, à défaut de notre présence, contribueront à éclairer la religion des juges.

*

La préface de Paraz est qualifiée de « texte injurieux et diffamatoire constituant une véritable apologie des crimes hitlériens ».

Il ne manque que le moyen terme du syllogisme. C’est un procédé dont on use et dont on a abusé également dans une formule sœur : « vous ne pensez pas comme moi. Vous êtes un fasciste ! »

L’analogie est frappante. Sans cette analogie, il est strictement impossible de concevoir comment un auteur, parfaitement admis à critiquer les abus, voire le principe de la résistance, devient en exprimant une pensée, un apologiste des crimes de M. Hitler. Au reste, dans ses œuvres, dans le « Gala… », dans « Valsez,.. » ou ailleurs, Paraz n’a cessé de prendre la position de l’homme libre – et violent – contre le système nazi et tous les systèmes totalitaires.

Quand on a eu le courage, l’impudence, l’imprudence d’écrire comme lui et sous l’occupation, c’est-à-dire à une époque où bien des résistants ignoraient encore leur vocation rétroactive, d’écrire dans un texte soumis à la censure allemande :

« Les boches sont des c..s »,

on a mille fois le droit d’écrire dans un pays libéré :

« La résistance nous emm… ». Sans être masochistes, beaucoup de résistants partagent aujourd’hui l’opinion de Carette en voyant comment ses utilisateurs trahissent la résistance au jour le jour.

Entre ces derniers et le Dr Heller de la Propagandastaffel, reçu par Mauriac, qui est tolérant ?

*

Mais ce procès dépasse le cadre du ridicule où les adversaires de MM Rassinier et Paraz prétendent l’envelopper. Il pose d’importantes questions.

Une opinion est personnelle, est subjective. L’opinion de Paraz reflète ses réactions intimes. Son droit le plus strict. Il déclare dans un style diversement apprécié que « les déportés l’infectent…. et Rassinier avec ». Aussitôt trois associations qui ne représentent, dans la limite de leurs statuts et règlements intérieurs, que le nombre strict de leurs cotisants en règle avec 1951, se jugent elles-mêmes infectées. Elles prennent des avocats, se constituent partie civile, traînent un éditeur et deux écrivains, dont un des leurs, devant trois magistrats et, sous prétexte de venger un honneur outragé, réclament de quoi renflouer une trésorerie, que l’on dit déficiente. Les un franc symboliques sont devenus trois millions !

Toute cette mascarade parce qu’un quidam ne pense pas comme elles, sans avoir jamais contraint personne à penser comme lui.

*

S’est-on préoccupé de savoir si Paraz, attaquant le comportement de certains déportés ou de certains résistants, s’en prend par le même fait à toute déportation et à toute la résistance ? Cette question en amène une autre, préjudicielle : comment se ventile, en effet, la petite masse d’associés que regroupent la FNDIR et tous les autres mouvements conçus sur le type de l’amicale régimentaire politisée ?

En d’autres termes : QUI SONT LES DEPORTES ?

On distingue généralement les déportés raciaux, les déportés politiques (communistes à la presque totalité), les déportés de droit commun et les déportés-résistants.

Dans la pratique, les catégories sont moins tranchées. La chronique scandaleuse, les comptes-rendus d’audiences le prouvent. Tel déporté, dit politique, est condamné à son retour en France pour avoir dénoncé ses camarades à l’occupant. Tel autre, pour avoir commis sous le couvert de la résistance, avant qu’il ne fut déporté, d’odieux crimes qui en enfantèrent d’autres, dans son propre camp, parfois contre ses propres codétenus, ou à sa libération. Tel autre – la démarcation est plus difficile – se fait la main sur un isolé de la Wehrmacht pour l’exécution duquel 50 otages sont fusillés et fait suivre cet acte, que d’aucuns disent courageux, par le pillage de fermes paisibles et la rançon de quelque notaire de province, passé d’abord à la question.

Ces cas sont d’espèce et nous les eussions passés sous silence, si les associations ne continuaient à les revendiquer, pour ne point briser l’unité mythique de la résistance, ou, à tout le moins, pour ne pas limiter leur recrutement aux seuls résistants véritables, qui sont peu. Quoiqu’il en soit, il existe un lien entre toutes les familles de déportés, le lien de la souffrance. En dehors de toute obligation légale il faut respecter ceux qui souffrent et ceux qui ont souffert – sans que ce respect comporte attribution d’un brevet de patriote – de même que l’on se découvre devant un corbillard, de même que l’on présente les armes à l’espion ou au poète que l’on fait fusiller.

En dénombrant les déportés par leurs catégories, nous voulons marquer que la déportation se confond rarement avec la résistance. Les prisonniers n’ont pas forcément la croix de guerre.

Les déportés raciaux, qui occupent une place importante dans les groupements et dans la littérature de la déportation n’ont été qu’exceptionnellement résistants et ne sauraient, pour la plupart, « parler » au nom de la résistance. Leur arrestation a été fonction de leur origine, non de leurs actes. Il y a eu contre eux génocide, c’est-à-dire perpétration d’un crime défini par les lois nationale et internationale.

Se sont-ils battus ? Certains. D’autres, en état de porter les armes, ont refusé, en dépit de sollicitations, de s’enrôler dans les maquis ou de rejoindre, par l’Espagne, la Manche ou l’Italie, les armées de la France au combat. Ils aspiraient à cette quiétude «  des 42 millions de français qui n’ont jamais travaillé pour la Gestapo » ou dans le « clandestin », et ils spéculaient sur l’anonymat.

Ils ont préféré au risque calculé de la guerre, celui, seulement éventuel, de l’incarcération.

Les déportés communistes ont été – comme peut le confirmer M. Michelet – les soldats de l’étranger à un moment où la conjoncture plaçait nos armées côte à côte. Tout en respectant leurs souffrances, il est permis de constater que ces victimes soviétiques de l’univers concentrationnaire ont reçu la monnaie de leur pièce. Les méthodes qu’ils emploient à une échelle encore plus colossale, leur ont ont été appliquées. Nos propres tribunaux ont eu à en constater et depuis longtemps l’ONU se trouve saisie du problème des camps de la mort en Russie.

Les souteneurs, voleurs, trafiquants, assassins, spécialistes du marché noir avec l’occupant… forment la masse importante des déportés qui, n’ayant pas été arrêtés par notre police, ont été traînés dans les camps du fait du prince, en l’espèce, du nazi. En dépit de nos propres conditions pénitentiaires – le signataire vient de l’emporter en Justice contre les tortionnaires d’une maison d’arrêt française et la croix rouge internationale va plaider sur les vols et sévices dont ont été victimes, chez nous, des prisonniers allemands – il n’y a plus en 1951 de mesure commune entre DACHAU et le plus redoutable de nos bagnes. Les déportés de droit commun sont à plaindre pour avoir subi un châtiment hors de proportion.

Il reste donc les résistants, des hommes qui furent à la fois des déportés et des résistants. Ils ont été les premiers, avec Henri Barré, Edmond Michelet, Jacques d’Estrée, Odette Moreau, le Professeur Richet… à soutenir la création de mon ex-Comité pour la Défense des Droits de l’Homme et l’amnistie, donnant leurs noms à la commission exécutive ou au patronage. Pas plus que je n’engage en rien mon ex-Comité, je n’ai aucun droit d’engager ici leur autorité. Beaucoup sont de mon avis sur ce procès et me l’ont fait savoir. Les autres auraient été les seuls à avoir le droit de prendre une position morale – et en aucun cas, judiciaire – contre l’excellent auteur qu’est Paraz et que l’ombre de BERNANOS, ennemi du résistantialisme hypocrite et pudibond, continue dans ce prétoire à cautionner.

Si la F.N.D.I.R. avait vu le jour en 1794, Chénier aurait été guillotiné deux fois.

Mais faute d’avoir opéré parmi les déportés les discriminations nécessaires, la FNDIR n’a aucune autorité pour parler au nom des seuls résistants.

Bien mieux, dans la mesure précise où cette association et tous autres comités d’action de la résistance entretiennent volontairement la confusion entre résistants vrais et faux, ils apparaissent comme les complices du soi-disant délit qu’ils reprochent à Paraz, en lui ayant fourni les instruments nécessaires pour le commettre. Soyons optimistes. Si les déportés-résistants constituent le dixième de la masse des déportés, Paraz aura eu tort pour un, ces mouvements pour neuf. S’il y avait eu diffamation, la diffamation leur eût incombé dans la proportion dite.

S’il n’y a pas diffamation, leur responsabilité est également engagée. En effet, sur le plan de la morale et de la nation, ces mouvements ont cautionné d’un même sceau des éléments valables et des éléments douteux. Par passivité, par numérophagie, fausse pudeur, timidité coupable, par goût de l’exploitation, ne prenant pas officiellement position contre le résistantialisme et ses crimes, ils se sont, à bien des yeux, confondus avec lui.

*

Mais Paraz distingue. Il opère les différentiations que ses adversaires se sont gardés d’établir. L’assignation est un faux. Elle cite en dehors de l’esprit et du contexte.

Mensonge d’Ulysse, page 12… « Vous allez me dire : le monde entier est d’accord avec vous et sait depuis longtemps la différence entre la vraie résistance et le résistantialisme.. »

page 13.. « Les vrais résistants auraient dû se dresser pour exiger que les hideux assassins d’Août, septembre, octobre 1944 cessent de nous faire la loi ».

page 13.. toujours.. « les gens qui n’aiment pas lécher les bottes et réclamer des décorations, il y en a bien entendu dans la résistance, la VRAIE (en italique), mais si l’on s’avise de toucher le moins du monde à quelque chef de bande, chauffeur, violeur, étrangleur pris la main dans le sac et dénoncé par vingt témoins depuis cinq ans, on voit se dresser l’unanimité du COMAC, du CNE, du CNR qui se sent visée.. ».

Ce procès en est la preuve.

Le fait que Rassinier, déporté, ex-député à la Constituante, accepte la préface de Paraz, avec une largeur de vues qui l’honore, montrant le chemin de la fraternité française, le fait qu’un Barré, déporté, qu’un Moulinier, Compagnon de la Libération, qu’un Braman, condamné à mort, offrent spontanément le témoignage que des milliers d’autres, interrogés, apporteraient aussi, voilà l’enseignement qui ressort du débat. Un fait, un enseignement, une preuve.

Une preuve qu’il existe encore des hommes sans préjugés pour lesquels la liberté de l’opinion n’est pas celle de l’opinion conforme.

« Les déportés nous infectent » écrit Paraz. Est-ce que le Général BLANC, chef d’Etat Major, fait un procès au « Libertaire » parce qu’il écrit « Mort aux Vaches » ou « La Caloote » a-t-elle jamais été poursuivie par le Clergé ?

Il y a un style. Il y a une rhétorique.

Si l’on déclare, par exemple : « Les Français mangent trop et travaillent trop peu » (il s’agit d’une démonstration et non d’une opinion), nul ne pourra supposer que l’auteur de la phrase ait voulu nier l’existence dans le pays d’ascètes et de travailleurs. Un syndicat de travailleurs de force ou l’association des émules du docteur Berthelet ne se sentiront ni visés, ni diffamés.

Paraz, qui a fait sa rhétorique, peut imprimer « les résistants nous em.. » sans avoir besoin de préciser en annexe à l’intelligence ou à l’attention de la FNDIR : « exceptions non comprises ! »

Quelqu’un a bien dit : « les Français font trop de politique » sans que les abstentionnistes songeassent à l’attaquer.

*

L’assignation porte également sur des points apparemment précis. Lesquels ?

Paraz écrit : « Il n’y a aucune raison pour que les déportés aient plus le droit de se mettre en avant que les anciens combattants… » et, par boutade, « … les cocus de guerre, les maris de tondues, etc. »

Nous approuvons cette phrase de la façon la plus catégorique pour une raison qui nous sépare d’autres résistants : les résistants du type utilitaire. En effet, notre résistance a été un volontariat, acte gratuit qui exigeait que l’illégal, la guerre terminée, rentrât dans le rang comme y était rentré un combattant de 1914-1918, et au même titre.

Nous vivons un régime de castes et de décorations différentielles. Au lieu de se cantonner dans leurs rôle d’amicales régimentaires, les associations nouvelles, donnant, quant il le faut, un sérieux coup de pouce aux données de l’Histoire, n’ont d’autre ambition que de créer, d’obtenir ou de défendre des super-privilèges que la notion du devoir accompli ne justifie pas. Il n’y a aucune commune mesure entre la résistance et la féodalité.

En Suisse, la constitution interdit les décorations. En France, le déserteur, le déserteur-ministre-médaillé-de-la-résistance, le cocu de guerre, le mari de tondue, l’ancien combattant, le déporté dispose d’une seule voix, la même aux élections. C’est ce qu’en d’autres termes, Paraz, très démocratique, a voulu dire. Nul ne saurait lui reprocher de préférer la constitution suisse à la FNDIR.

Paraz écrit :

À Nuremberg « on aurait dû pendre tout le monde dix fois et le Tribunal avec ». En quoi, il est infiniment plus modéré, moins partial que Bardèche, acquitté récemment, lui, pour avoir voulu pendre le Tribunal tout seul.

Son opinion rejoint celle du Times et de la presse anglaise – dont l’introduction est autorisée en France -, celle de la plus grande partie de la presse américaine, celle d’une partie importante de la presse française et celle du Général Eisenhower. Elle rejoint celle de Victor Gollanez, éditeur anglais, israélite, socialiste-libéral qui dénonce dans « Our Threatened Values », ouvrage recommandé à tous les totalitaires ex-déportés ou non, les atteintes portées par Nuremberg aux principes qui forment la substance de notre civilisation : justice, non-rétroactivité des lois et suppression du droit de mort du vainqueur sur le vaincu.

Comment le Tribunal de Nuremberg pouvait-il valablement siéger, s’est-on demandé en Angleterre ou ailleurs, alors que, parmi les juges commis pour condamner les atrocités et les bagnes nazis, se trouvaient les bourreaux de Katyn et les concentrationnaires que dénoncent dans un même procès à Paris, le R.P. Riquet, David Rousset et le général communiste espagnol « El Campesino » ?

En France, a paru en 1948, sous la plume de M. Manuel de Diéguez : « La Barbarie commence seulement… » Voici sur Nuremberg, des citations que personne à la FNDIR et associés ne saurait réfuter :

« Nuremberg, 20 novembre

… Le juge américain Jackson a déposé une motion demandant qu’Alfred Krupp soit jugé comme criminel de guerre à la place de son père… (cité par ” COMBAT », (de la résistance à la révolution) » ”)

« Nuremberg, 22 novembre

… Le Dr Thomas proteste contre l’interdiction faite aux avocats de parler avec leurs clients (cité par ”COMBAT”)

« Nuremberg, 24 novembre

… L’avocat de Frank se précipite au pupitre. Il scande ses mots. La lampe rouge s’allume devant le procureur. Cela signifie que l’avocat doit se taire… (Combat)

« Nuremberg, 24 novembre

… L’avocat dit qu’il n’a vu aucun des documents. Il lui est impossible de faire une défense équitable. Il exige une copie des documents en langue allemande, sinon ses collègues et lui vont quitter le Tribunal. … Le ministère américain est ennuyé ; il avoue naïvement que tout n’est pas prêt, mais le sera bientôt… (Combat)

« Nuremberg, 25 février

… La discussion roule sur la date à laquelle on doit faire remonter les charges contre l’ancien ministre des affaires étrangères du Reich : 1929, 1932, 1939… (Combat)

« Nuremberg, 1er mars

… Les avocats de la défense demandent la comparution de témoins à décharge. Comme les jours précédents, le Tribunal refuse, discute ou dit qu’il se bornera à des interrogatoires écrits… (Combat)

« Nuremberg, 13 mars

… La défense intervient : « Le Maréchal Kesserling a-t-il eu connaissance de violations du droit international par les Alliés et comment a-t-il réagi ? Le Tribunal surpris se retire pour délibérer. Il revient et déclare la question irrecevable… (Combat)

« Nuremberg, 23 Mars

… On entend ensuite lecture, par la défense, d’atrocités qu’auraient commises les Russes sur les prisonniers de guerre allemands, ce qui soulève les protestations du procureur Rudenko. Le procureur Jackson s’associe à ces protestations. ” Ce ne sont pas les quatre puissances qui sont jugées ici ”… (Combat)

« Nuremberg, 6 juillet

… Le Président dit à l’avocat de Hess : « Allez refaire votre plaidoirie, Monsieur l’avocat…. » (Combat)

*

Une contre-vérité : Paraz ne nie à aucun moment l’existence des chambres à gaz. L’auteur du « Lac des Songes » se contente de confirmer que celles-ci n’ont pas fonctionné à DACHAU.

*

L’assignation bat enfin ses propres records en faisant grief de la phrase suivante : « Moi, féodal, j’enverrai mes serfs tirer les motocyclistes et descendre les avions qui m’empêchent de faire mon auguste sieste ».

Prétendre devant un Tribunal français que l’auteur avoue ainsi « CYNIQUEMENT » qu’il a l’intention d’armer des tueurs pour sa D.C.A. personnelle, afin que soit préservé un repos auquel le contraignent 120 % d’invalidité contractées en service, voilà qui fait justice du procès dans son ensemble. Nous avons parlé plus haut d’une atrophie du sens de l’humour. Le mot imbécillité conviendrait mieux.

Mais sans doute les associations de déportés ont-elles qualité pour se constituer partie civile contre tout Français pris à menacer la T.S.F. de son voisin, à assassiner son percepteur à l’apéritif ou même, puisant dans le fonds commun de la polémique nationale, à fusiller les membres du Parlement dans un aimable « neuf à onze » de père de famille.

*

Il reste un point.

Fidèle à son habitude de reproduire comme en un journal, lettres et conversations, Paraz cite, sans nulle intention de nuire, quelques paroles concernant M. Michelet. Paroles prononcées, dans un dialogue de sanatorium, par un ancien camarade de déportation du Ministre. On dit tant de choses ! Combien de mots sans importances avons nous entendus sur des Michelet, des Mutter, des André Marie, un Maréchal Pétain, et tout homme public que sa position livre par une tradition sans doute fâcheuse, mais constante, aux assauts de l’opinion ? Qui y prête attention ? Allons plus loin. Dans les cas où il s’est agi d’accusations fondées et des plus graves contre un « personnage », celui-ci s’est maintenu et consolidé. Le scandale du vin n’empêche la ré-élection de personne. À plus forte raison, la reproduction d’un bruit « en l’air » dans un ouvrage peu tiré, mal distribué que ce procès seul a réussi à moitié à faire connaître.

M. Michelet est au-dessus de ces attaques qui n’en sont, et eût volontiers renoncé à toute cette procédure s’il n’avait été acculé, m’a-t-on dit, par les ultras de son mouvement.

L’ancien Ministre sait mieux que personne, en effet, qu’une décision de Justice favorable ne mettrait fin à aucune rumeur et ne déplacerait pas une seule voix dans sa circonscription. Bien mieux, quel que soit le verdict en ce qui concerne sa propre instance, les rumeurs sur lui ne trouveront leur fin qu’au moment – peu souhaité par nous – où il sera politiquement inexistant ou usé.

Combien de collègues de M. Michelet, moins illustres, seraient ravis de cette inoffensive publicité et en rajouteraient encore, du pire, pourvu qu’ils arrivassent à faire imprimer leur nom.

M. Michelet ne veut pas la mort du poète.

Nous avons lu dans les journaux, un moment, qu’il se désistait. Une satisfaction de principe, un rectificatif, sans doute, lui suffiront.

*

La plainte du ministre et l’assignation des syndicats de déportés n’ont aucune commune mesure. Pourquoi cette dernière parodie, pourquoi ce défi puéril à la liberté d’écrire ?

Serait-ce pour maintenir, en dépit de tout, une légende qui bascule ?

Certaines parties prenantes font en effet aujourd’hui des efforts complices – et désespérés – pour conserver intacte, une exclusivité que l’Histoire dénie. Un petit groupe de privilégiés refuse de prendre conscience de la réalité ou de s’incliner devant le mérite. L’instinct de conservation matérielle le conduit à plaider dans un « baroud » sans honneur. Ce procès est un dernier sursaut en faveur de positions acquises en porte-à-faux ou mal acquises. En marge de la résistance, se retrouve, cramponné à ses derniers instants, le mensonge résistantialiste et ses profits illicites.

Mais l’Histoire se venge de l’imposture et le mensonge est devenu celui des faillis. Ce n’est pas un paradoxe qui poussa récemment de Gaulle, contempteur des armistices, à appeler en ses conseils, au côté de M. Michelet, un Léon Noël qui les signa les deux.

Il est trop tard pour mal faire.

Le procès intenté à MM. Rassinier et Paraz est une erreur de date.

Signé : Jean Ebstein

double à M. Paraz

”       à Me Berthon

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