Petit Crapouillot

INDEX

Le Petit Crapouillot, février 1951

A PROPOS DU « MENSONGE D’ULYSSE »

Dans une de mes dernières chroniques, j’ai rendu compte du Mensonge d’Ulysse, le livre où l’ancien déporté en Allemagne Paul Rassinier s’est efforcé de faire une critique objective des ouvrages publiés à ce jour sur la déportation et de « débourrer les crânes » à ce sujet. La sincérité et le non-conformisme de Rassinier lui valent aujourd’hui d’être poursuivi à la fois par :

M. Michelet qui lui réclame 3 millions de dommages-intérêts pour diffamation ;
La fédération des déportés résistants ;
La fédération des familles de déportés ;

Qui lui réclament chacune un petit million…

Paul Rassinier, tout éberlué de cette averse de papiers bleus, m’adresse cette pertinente protestation :

« On m’accuse de je ne sais quels noirs desseins : les uns d’antisémitisme, les autres de fascisme, d’autres encore de partisan du système concentrationnaire allemand, d’apologiste de la trahison et de responsable de la collaboration avec l’occupant, etc… Or, je ne suis rien de tout cela, hormis un pauvre bougre en bagarre depuis sa naissance avec la répression sous toute ses formes. En publiant Le Mensonge d’Ulysse j’ai voulu montrer trois choses :

1° Que si on n’avait pas fait exagérément confiance aux déportés témoins, beaucoup de condamnations dont la révision s’impose, n’auraient pas été prononcées pour les venger ;

2° Que si tous les David Rousset n’avaient pas dit tant de bien des communistes dans leurs ouvrages, ils seraient dispensés d’aller aujourd’hui en dire tant de mal à la barre des tribunaux et que la politique aussi bien intérieure sur le plan de la répression, qu’extérieure à l’égard de l’Allemagne eût pu prendre une tout autre orientation ;

3° Qu’entre le législateur qui réglemente la répression des délits et la victime qui subit la peine, il y a des gens qui sont chargés de l’application de la dite peine, lesquels sont souvent des transfuges sous toutes les latitudes.

Pour faire cette triple démonstration, je me suis uniquement servi des textes même des témoins que j’ai juxtaposés. Alain Sergent vient de se livrer au même travail dans le chapitre VIII de son Anarchiste de la belle époque, Alexandre Jacob et d’aboutir aux mêmes conclusions. Albert Londres en avait fait autant avec Dante n’avait rien vu et il n’avait soulevé que des mouvements de sympathie dans les milieux non-conformistes… Est-il dit que maintenant, il y a un témoignage officiel sur les événements historiques et qu’il est interdit de s’élever contre lui, sous peine d’aller s’en expliquer au fond d’un prétoire et d’être condamné par « les Juges de la Saison » ?

L’assignation de Michelet, encore, s’explique puisqu’il est directement mis en cause et assez maladroitement, j’en conviens. Mais les autres mettent en cause des principes dont ils requièrent la condamnation par un tribunal. En d’autres temps on pourrait espérer une révolte de la conscience humaine dans ce pays où l’on s’est tant battu – moi y compris et vous plus notoirement encore – pour la liberté.

« … Je sens très bien que ces procès qu’on me fait dépassent ma personne et qu’à travers moi, c’est le non-conformisme qu’on veut condamner. Ce que je vous demande c’est simplement si vous, qui l’avez tant défendu et tant pratiqué, vous ne pensez pas que nous allons vers des temps où il sera dangereusement menacé et qu’il y a quelque chose encore à tenter pour renverser la vapeur, Ne serait-ce que pour sauver l’honneur… »

Tout à fait d’accord avec Paul Rassinier, que je trouve tout de même un peu naïf, après avoir lancé une bombe de ce calibre, d’être étonné par ses immédiates répercussions…

J(ean).G(altier).-B(oisssière).

 

Le Petit Crapouillot, décembre 1951

PROCÈS POLITIQUE

« Le Mensonge d’Ulysse » de Rassinier, ancien député et ancien déporté, qui fut analysé par le Petit Crapouillot dans son numéro de décembre 1950, avait été poursuivi par les associations de déportés. À Bourg-en-Bresse les plaignants avaient été déboutés et condamnés aux dépens.

L’affaire étant revenue en appel à Lyon – et alors que le procureur général avait requis la confirmation pure et simple du premier jugement – Rassinier l’auteur et Albert Paraz le préfacier se sont vus condamnés à 15 jours de prison avec sursis, 100.000 francs d’amende et 800.000 francs de dommages et intérêts !

De plus, il est ordonné que l’ouvrage soit saisi et détruit… à la manière nazi (1).

Nous pensons que la Cour de Cassation ne manquera pas de rectifier cet incroyable jugement.

Note (1) Nous disposons de quelques exemplaires de l’édition originale sur japon au prix d’édition de 2.100 francs. Qu’on se le dise, mais rapidement et discrètement.

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