3e Guerre mondiale I

INDEX
Exclu de la S.F.I.O. dès 1951 et mis à l’écart de la Fédération Anarchiste vers 1962, Paul Rassinier publiera son dernier article dans La Voie de la Paix daté d’octobre 1964, le mois même de son retrait forcé de l’Union Pacifiste.

Son ami Bauchet qui fut pourtant le fondateur de la Voie de la Paix s’y voit interdire jusqu’aux comptes rendus des publications de Rassinier…

Ce dernier n’a donc plus aucune tribune à sa disposition dans son milieu politique d’origine lorsqu’il se met à publier sous son nom dans la presse d’extrême droite.

En décembre 1966 et janvier 1967 il donne deux articles sur l’éventualité d’une troisième guerre mondiale déclenchée au Moyen-Orient à la revue de Noël Jacquemard « Le Charivari ».

Soucieux sur un tel sujet de ne pas être trahi, il insiste pour pouvoir contrôler le bon respect de son texte. Dans une réponse datée du 19 décembre 1966, Claude Jacquemard (fils de Noël) convient avec Rassinier de la possibilité pour lui d’aller « dans le courant de cette semaine au marbre relire [l’] article. »

Ces deux articles constituent sans doute l’ébauche d’un livre qu’il voulait consacrer à la possibilité d’une troisième guerre mondiale. Au moment où l’attention se tourne durablement vers l’engagement américain au Vietnam, Rassinier désigne clairement le Moyen-Orient, le pétrole et le conflit Israélo-Arabe comme un terrain d’affrontement où deux facteurs manquants au Vietnam peuvent conduire à la fois à une extension et à une radicalisation des conflits :

– La lutte pour les ressources énergétiques entre grandes puissances antagonistes.

– L’apparente impossibilité de parvenir à un compromis.

Le chapeau de la rédaction mis en tête du second texte donne une bonne idée de l’écart de point de vue entre celle-ci et l’auteur de l’article.

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Le Charivari mensuel, décembre 1966 Nouvelle série, numéro 13, pp32-33,

Peut-on connaître une troisième guerre mondiale ?
Il est généralement admis que la guerre du Viet-nam comporte un risque sérieux de dégénérer en guerre mondiale. Esprit de contradiction ? Suis-je un hurluberlu ou un inconscient ? Toujours est-il que je n’y ai jamais cru.

Pour étrange que soit cette conviction dans laquelle je suis, que cette guerre restera un conflit sino-américain, elle se fonde sur le fait qu’on ne voit pas très bien l’Angleterre (qu’elle soit travailliste ou conservatrice), l’Allemagne (qu’elle soit chrétienne sociale ou que la C.D.U. y soit un jour contrainte de passer la main à un social-démocrate) la France du général de Gaulle (ou même, éventuellement, de Mitterand-Mollet) aller se battre, là-bas, aux côtés des Américains. Pauvres Américains : si tant est qu’ils sont en train de défendre la liberté du monde contre le bolchevisme chinois ou russe ou les deux associés, ils sont destinés, pour longtemps encore, à la défendre seuls. Il n’y a, en effet, pas d’apparence que, quels que soient les résultats des élections à venir, la conjonction politique dans le monde libre évolue avant longtemps, dans le sens qu’ils souhaitent.

Ma conviction se fonde encore sur un autre fait, peut-être moins apparent parce qu’il touche au fond du problème de la guerre et de la paix dans les temps modernes : une guerre, une vraie, n’éclate jamais que lorsqu’il n’y a plus aucune possibilité de compromis entre les belligérants éventuels. Clausewitz nous le disait déjà au sujet des guerres qui, au regard de celles d’aujourd’hui, n’étaient que des conflits nationaux, – de petites escarmouches. C’est encore plus vrai des guerres mondiales. Or, entre la Chine et les États-Unis, il y a encore d’immenses possibilités de compromis, ne serait-ce que parce que les économies des deux pays sont complémentaires et seules à l’être dans cette région du globe. Qui ne sent, par exemple, que si les États-Unis se déclaraient partisans de l’admission de la Chine à l’O.N.U. la discussion prendrait tout de suite un autre tour ? Il y a aussi la disparition de Mao-Tsé-Toung qui pourrait aplanir bien des difficultés. Il y a bien d’autres choses encore. Il faut se dire que le bolchevisme chinois n’est pas solidement installé au pouvoir (la réaction des gardes rouges paraît être une prise de conscience du fait), que la Chine est un pays sous-développé où le communisme n’est pas pour demain, qu’elle ne sait comment sortir de ses difficultés (l’échec de l’expérience des communes l’a prouvé), qu’elle a besoin d’une aide extérieure pour procurer un peu de bien-être à ses immenses populations et que les États-Unis sont seuls susceptibles de lui apporter cette aide. À mon avis, le différend sino-soviétique est né de l’impossibilité dans laquelle se trouve l’U.R.S.S. d’apporter à la Chine l’aide dont elle a besoin.

Tôt ou tard donc interviendra un compromis entre la Chine et les États-Unis. Jusque-là, on se battra au Viet-nam. On se battra ? C’est une façon de parler parce que, visiblement, les États-Unis ne mettent pas en œuvre, dans cette guerre, tous les moyens dont ils disposent. Probablement, d’ailleurs, pour réserver des possibilités de compromis. Et c’est un des facteurs qui influent, aux États-Unis mêmes, sur la popularité du président Johnson : l’opinion publique ne lui reproche pas, en effet, de faire la guerre au Viet-nam, mais de la mal faire, persuadée qu’elle est que, s’il y mettait le paquet, il y a longtemps que le compte serait réglé. Et il y a toutes apparences que ce soit vrai.

Je ne tiens aucun compte de l’argument du bouclier atomique qui, selon beaucoup de gens, retient les deux camps de déclencher une guerre mondiale : quand il n’y aura plus de compromis possible, ce n’est pas la peur de la destruction de l’humanité qui arrêtera les belligérants. Quand il n’y a plus de compromis possible, cela signifie que l’un des deux est condamné à mort et, dans une circonstance de ce genre, que peut bien lui faire d’entraîner avec lui dans la mort l’humanité entière ? On l’a bien vu en 1939.

Et je reviens à ma conclusion du départ : tant qu’il y aura des possibilités de compromis, aucun risque.

Le jeu d’Israël

Si donc on évoque la possibilité d’un troisième conflit mondial – éventualité qui n’est pas exclue, loin de là – ce n’est pas à propos de la guerre du Viet-nam qu’il faut l’évoquer, mais à propos d’un problème qui serait soudain proposé aux hommes et qui ne comporterait aucune possibilité de compromis.

Je n’en vois qu’un dans un avenir prévisible : le pétrole.

Le jour où, par exemple, viendront en discussion les affaires du Moyen orient, ce sera grave parce que c’est là qu’on se battra pour le pétrole, actuellement pomme de discorde entre l’Union soviétique, d’une part, les États-Unis et l’Europe occidentale de l’autre.

Je m’explique.

L’Europe occidentale n’a pratiquement pas de pétrole qui est, dans l’état actuel des choses, la source d’énergie par excellence de toute économie : moins chère, plus pratique, plus rentable que le charbon. Elle s’en procure en deux endroits : au Moyen-Orient et au Sahara. Les deux sources sont actuellement aux mains des Arabes dont l’économie n’en a pas l’utilisation. Ils l’exportent donc en Europe occidentale et aux U.S.A. Pour le moment. Mais rien ne dit que le monde arabe ne basculera pas du côté de la Russie. On n’a, en tout cas, que trop de raisons de le redouter.

Les États-Unis ont du pétrole. Ils n’en ont pas assez pour assurer les besoins de leur économie en énergie. Chaque année, ils en importent, l’une dans l’autre, 125 à 175 millions de tonnes. Et ce complément, c’est au Moyen-Orient qu’ils le trouvent.

Pour les États-Unis comme pour l’Europe occidentale il est de première importance que le pétrole du monde arabe reste à leur disposition.

La plus menacée des deux sources de ce monde arabe est, incontestablement, celle du Moyen-Orient : limitrophe du monde soviétique, donc à portée de sa main, déchiré par les différends qui opposent les Arabes entre eux, d’une part, à l’État d’Israël de l’autre, etc.

Tant que le pétrole sera aux mains des Arabes qui l’exportent contre royalties, les Russes ne diront rien parce qu’ils pourront s’en procurer aux mêmes conditions que les États qu’ils disent capitalistes. Ce n’est pas qu’ils en aient tellement besoin : leur économie n’est que peu équipée pour fonctionner au pétrole et fonctionne encore à 90% au charbon. S’ils en achètent au Moyen-Orient, c’est pour l’exporter : en Autriche et en Allemagne, par exemple.

On peut donc être assuré qu’ils n’accepteront jamais qu’il passe entièrement sous contrôle américain ou anglais (la France n’en parlons pas, elle s’est laissée chasser du Moyen-Orient).

Les Américains le savent. Aussi cherchent-ils à en prendre le contrôle par personne interposée.

Quelle personne interposée ? L’État d’Israël naturellement.

Le jour où le pétrole du Moyen-Orient serait sous contrôle de l’État d’Israël, les Américains seraient assurés qu’il serait entièrement et pour toujours à leur disposition. Et c’est ce qui explique que, bien qu’ils prétendent maintenir là-bas les forces armées israéliennes et arabes en état d’équilibre, l’aide qu’ils apportent à l’État d’Israël est beaucoup plus importante que celle qu’ils accordent aux Arabes : ils favorisent, en quelque sorte, la politique du Lebensraum qui était celle de Hitler et qui est actuellement, celle de l’État d’Israël.

C’est ce qui explique encore que les États arabes considèrent l’État d’Israël comme le moyen employé par les États « colonialistes » pour recoloniser le Moyen-Orient.

C’est ce qui explique enfin l’hostilité de l’Union soviétique à l’État d’Israël.

Le jour où le pétrole du Moyen-Orient sera sur le point de passer des mains des Arabes à celles des Américains et des Anglais par la personne interposée de l’État d’Israël, il n’y aura plus de compromis possible parce que ce sera une question de vie ou de mort pour l’économie soviétique, ou pour l’économie américaine, clé de voûte de l’économie du monde libre.

Alors, bouclier atomique ou pas, ce sera la guerre – une guerre mondiale parce que le monde entier y sera impliqué.

Le lecteur a compris, je pense, que l’analyse de la politique conjointement menée au Moyen-Orient par les États-Unis, l’Angleterre, l’État d’Israël et la France en arrière plan (ne pas oublier l’affaire de Suez) est en opposition irréductible avec celle qu’y mène l’Union soviétique et qu’elle mérite une étude plus complète que ce survol sommaire.

Ce sera l’objet d’un prochain article.

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