Marcel Déat

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3 LETTRES DE MARCEL DEAT A PAUL RASSINIER

La bonne conservation générale des archives de Paul Rassinier laisse supposer que ces trois lettres – avec celles auxquelles elles répondent dont on ignore si elles ont été conservées et où – constituent la totalité de la correspondance entre les deux hommes.

Évidemment le nom de Déat sent le souffre et certains ne manqueront pas d’empiler analyses et hypothèses pour accentuer l’importance de cette brève et distante relation entre Paul Rassinier et le futur dirigeant du très collaborationniste Rassemblement National Populaire. Il importe donc de préciser d’emblée que la dernière réponse de Déat est datée du 28 novembre 1940, soit deux mois avant la création de son parti et 15 jours avant sa brève arrestation suite à la disgrâce de Laval.

Déat n’était, certes, déjà plus un personnage très fréquentable… et rétrospectivement encore beaucoup moins qu’il n’eût été possible de le concevoir à l’époque ! De nombreux socialistes demeurèrent pourtant dans son orbite bien après novembre 1940, certains d’ailleurs sans trop se déshonorer.

Si on lit bien la dernière réponse de Déat, il s’agit d’une fin de non-recevoir. Paul Rassinier lui a-t-il proposer ses services en tant que journaliste pour l’Œuvre ? Est-ce pour lui-même que Rassinier intervient auprès de Déat ? On peut en douter, puisque, contrairement à Ludovic Zoretti, il n’a pas été révoqué. Veut-il plaider pour un tiers ? Ce n’est pas impossible, mais on sait qu’il était surtout à cette époque à la recherche d’un éditeur pour un ouvrage jamais publié qui devait s’intituler « Perspective cavalière ou le point de vue de l’intéressé ». Les travaux préparatoires à une publication de ce texte ayant été conservés, on sait qu’il fut rédigé par Paul Rassinier durant sa période de mobilisation et d’éloignement forcé de Belfort (septembre 1939 – septembre 1940).

L’étude devait comporter un chapitre sur Péguy dont les idées se retrouvent dans l’article paru en 1942 dans le Rouge et le Bleu, journal de Charles Spinasse. Il est donc probable que, faute d’éditeur, Rassinier se soit résolu à faire passer son travail en feuilleton ou en articles dans une presse encore relativement « amie ».

Les dates et contenus des deux premières réponses de Déat (25 juillet 1939 et 21 mars 1940) donnent de la consistance à l’hypothèse formulée ci-dessus. En 1939, en effet, Rassinier, qui cherche à confronter le point de vue qu’il expose dans son livre sur les origines de la guerre, va prendre contact successivement avec Paul Faure (lettre du 1er octobre 1939) et Léon Blum (brouillon d’une lettre du 5 octobre 1939, suite à une série d’articles du dirigeant socialiste dans Paris-Soir).

Ces deux lettres, visiblement écrites avec un sentiment d’urgence, vue sa situation de mobilisé , ont trait au rôle de l’Angleterre et à l’importance des questions économiques dans le déclenchement de la guerre, sujet de plusieurs chapitres de son livre alors en cours de rédaction. Les positions de Déat dès 1939, en particulier sur l’Angleterre, mais aussi son pacifisme résolument anti-communiste, n’ont pu qu’intéresser Rassinier.

Première lettre (manuscrite), 25 juillet 1939 :

Chambre des Députés
Marcel Déat
Ancien ministre de l’Air
Député de la Charente
Palais Bourbon

Cher camarade,

Je vous remercie cordialement de votre lettre. Si je ne m’émeus guère des attaques et des menaces, et si les félicitations ne me sont pas nécessaires, il m’est infiniment agréable de me sentir en communion d’idées avec des militants comme vous.

Je ne connaissais pas votre « Territoire ». J’ai parcouru avec plaisir les numéros que vous m’avez envoyés. Ils sont singulièrement alertes et vivants.

J’aurais mauvaise grâce à porter à mon tour un jugement sur ce qui se passe dans votre parti qui fut le mien. Mais je me réjouis d’être actuellement en accord total – sans que nous ayons pris le moindre contact, avec quelques représentants notoires de la tendance dite munichoise. Et je crois comme vous que cette persistante tension à quoi on nous soumet finira par imposer des regroupements et des redressements.

En attendant, continuons, et piétinons les plates-bandes !

Avec mes sentiments les meilleurs :

Signé : illisible.

 

Deuxième lettre, 21 mars 1940:
Chambre des députés
Marcel Déat
Ancien Ministre
Député de la Charente

(à M. Rassinier)

Cher Camarade,

Je suis très content d’avoir de vos nouvelles. Les choses ne se sont pas passées comme vous croyez au début de la guerre, mais il m’est difficile de vous conter cela par lettre. Si vous passiez un jour par Paris, j’aurais plaisir à vous voir.

Pour le reste je crois que nous sommes sans effort en plein accord. Seulement on fait ce qu’on peut, et on écrit ce qu’on peut…

Bien cordialement :

Signé : illisible

 

Troisième lettre, 28 novembre 1940 :
(à M. Rassinier)

Cher Ami,

Je reçois votre lettre du 24 Novembre et je ne suis malheureusement pas étonné de ce que vous m’apprenez. Tous les jours nos meilleurs amis sont frappés…. J’ai pourtant l’impression que cela ne va pas durer.

Notre Ami Zoretti m’a posé la même question que vous puisque lui aussi est révoqué. Hélas il n’y a rien à faire à Paris en ce moment, à l’Œuvre la nécessité où nous sommes de paraître sur 4 pages fait [que] la copie s’accumule au marbre et que nous n’avons pas encore pu faire appel aux collaborateurs auprès desquels nous avons des engagements précis à remplir.

Bien cordialement.

Marcel Déat
Signé : illisible

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