Aveu

Contribution à l’Histoire de la Déportation

On observe le foraminifère, on ne peut que constater le polycistinée.

Victor Hugo, Philosophie.

Nains juchés sur les épaules de géants, petits Poucets porteurs d’un infime galet sur la voie idéale de la connaissance universitaire, nous souhaiterions enrichir d’un document inédit – lesté, comme il est d’usage, de sa pesante glose introductive – la réflexion initiée par Nadine Fresco dans son séminal opus, Fabrication d’un antisémite : « Comment qu’ c’est qu’eul’ racisme y vient-il aux gens ? »

On sait que le concept d’autorévision (1) fut découvert par l’éminente historienne au cœur même de la démarche négationniste de Paul Rassinier. Nous voudrions révéler ici cette autorévision in statu nascendi.

*

Ceci est de l’eau toute seule, chose horrible.

Victor Hugo, Op. Cit.

Le 25 juin 1945, Paul Rassinier se trouve hospitalisé à Hirson, près de la frontière belge. Comment y est-t-il arrivé ? Les dernières pages de son Passage de la Ligne ne font pas le lien entre l’état somnambulique dans lequel il est évacué de Dora et son arrivée quelques semaines plus tard, à Belfort.

On apprend par le texte de sa lettre qu’il a pu confier à d’innocents messagers – Mr et Mme Troncin, de Montbéliard dont rien n’indique qu’il soit parvenu à faire des émules -, une version, de son propre aveu, largement falsificatrice de sa situation : « Je leur avais conseillé de te raconter une histoire. ». Voilà. C’est écrit.

Et ce n’est rien moins que sa propre épouse qu’il tente ainsi d’induire en erreur en minimisant – déjà ! – sa propre extermination aux mains des barbares Nazis. Le moins qu’on puisse dire est qu’il ne cherche pas à dissimuler ses intentions !

Mais il y a plus : ne pourrait-on déceler une certaine obsession du détail technique dans ces précisions inutiles (pneus, accumulateurs, garagiste, essence…) ? Il faudra cependant attendre ses disciples pour voir ce souci du détail porté au niveau d’un système d’investigation.

« J’ai trois fois rien… », « …diverses babioles peu graves… » ose-t-il affirmer dans une reconstruction aussi prématurée que délirante de l’univers concentrationnaire. « Mais je m’en tire à bon compte et, si tu as vu le portrait qui a été fait de moi, tu as pu constater que j’ai une mine florissante. »

Pour un peu, il se donnerait le beau rôle…

On ne se corrige pas.

Note : (1) Auquel Paul Rassinier aurait certainement préféré celui d’autodérision.

N.B. On clique, on agrandit.

lettre Hirson001

lettre Hirson002

lettre Hirson003

Afin de digérer cette pénible lecture, nous vous suggérons l’écoute d’un entretien de l’ancien co-déporté de Paul Rassinier à Dora – et qu’il ne manque pas d’égratigner dans son livre, « Planète Dora » -, l’exemplaire Yves Béon, au Mémorial américain de l’Holocauste : « I’m happy to be there ! »

http://collections.ushmm.org/search/catalog/irn48034

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