DDH05&081950

INDEX

Deux articles de Défense de l’Homme, Le Revenu National et Aux frontières de la Désespérance.

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Le revenu national

“Chacun en a sa part et tous l’ont en entier”

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par Paul Rassinier

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Ce texte intitulé ” Le revenu national,”Chacun en a sa part et tous l’ont en entier” “, a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 20, mai 1950.

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Les statisticiens ne sont pas d’accord sur le montant du revenu national évalué en papier. pour l’année 1948, la Société d’études et de documentation économiques industrielles et sociales le chiffre très exactement à 5.980 milliards. Pour 1949, elle n’a encore rien dit, mais les calculs approximatifs de la Commission du bilan national accusent 7.500 milliards. Pour 1950, rien encore n’a été publié. Il parait cependant raisonnable de retenir le chiffre de 7.000 milliards obtenu en tenant compte d’une moyenne des deux précédents à laquelle on ajouterait l’augmentation de 15% qui ressort, dans la production, de la comparaison entre le premier et le second semestre de 1948.

Quand on parle de revenu national, on englobe sous le vocable les revenus propres au travail, ceux des exploitations qui ne sont pas en société, ceux des capitaux mobiliers ou immobiliers et enfin les bénéfices non distribués des sociétés.

Il n’entre pas dans mon propos de faire la part qui revient à chacune de ces catégories: elle n’a d’importance que sous le rapport de la distribution, et, à ce titre, elle ne peut faire l’objet que d’une étude particulière qui viendra en son temps.

Ce que je voudrais dire d’abord, c’est qu’en 1938, le revenu national tournait autour de 360 milliards et que, par conséquent, dans la monnaie papier, il se trouve, en 1950, approximativement multiplié par vingt.

Si on le compare au prix de la vie, on remarque qu’il en a été de même de celui-ci: l’indice qui porte sur les 34 articles syndicaux est 19,22 très exactement pour le mois de mars.

Si on le compare au montant des budgets, on obtient les chiffres suivants au chapitre des dépenses: 118 milliards pour 1938 et 2.300 milliards pour 1950. Là encore, c’est le coefficient 20 qui s’applique, — 19,64 exactement.

Les statistiques qui concernent les salaires sont si divergentes qu’il n’est guère possible de les prendre comme terme de comparaison, mais il n’est pas imprudent de retenir le coefficient 15 — et encore — en précisant qu’on fait la part belle à l’adversaire, car il est vraisemblablement inférieur à ce chiffre.

Si, maintenant, on en vient à la masse des billets en circulation, on obtient: pour 1938, 100 milliards environ et pour 1950, 1.300 milliards en gros. Ici, c’est le coefficient 13 seulement qui joue.

En 1938, les rapports qui existaient entre le revenu national, le prix de la vie, les dépenses budgétaires, le pouvoir d’achat des salaires et la masse des billets en circulation caractérisaient déjà un déséquilibre certain. Les chiffres qu’on vient de lire montrent clairement que ce déséquilibre s’est encore aggravé. Le lecteur en déduira sans peine:

  1. Que si le revenu national a été multiplié par 20 et les salaires seulement par 15 (?), le profit capitaliste s’est augmenté de la différence;

2. Que si, avec des salaires au coefficient 15 (?) on est obligé d’acheter des produits qui sont passés au coefficient 19,22, le pouvoir d’achat s’est diminué de la différence;
3 . Que la circulation monétaire seulement 13 fois plus grande est d’environ 1/3, plus insuffisante encore qu’en 1938 pour permettre l’absorption de la production nationale.

Dans le premier cas, c’est pour cette raison qu’un entrepreneur de travaux publics, pleurant la misère et jurant qu’il ne peut pas augmenter ses ouvriers, peut néanmoins consacrer 40 millions à l’aménagement d’un appartement à Auteuil.

Dans le second, c’est pour cela qu'”ils” ont fait la guerre, qu’on “les” a jetés contre l’ennemi du moment sous un quelconque prétexte idéologique, etc. C’est de cette façon qu’on fait payer les frais de la casse à ceux qui n’en sont pas morts, tout en leur permettant d’apprécier, à la tranche de pain qui se rétrécit en peau de chagrin au long des ans, le prix d’une liberté toujours aussi discutable, sinon plus.

Et dans le troisième, il faut bien que l’exploitation du travail des hommes s’assortisse des menus avantages de la spéculation.

Au fond des choses

Si on veut pousser l’investigation, il faut prendre en considération un autre chiffre: la masse globale des salaires et traitements qui tourne autour de 3.000 milliards.

La première observation qui s’impose à son sujet ressort de la comparaison avec ce qu’elle était en 1938: 180 milliards. Coefficient: 18. Mais il faut tenir compte que pour obtenir ce coefficient, on fait entrer dans la masse des salaires et traitements distribués, tout ce qui est retenu au titre de la Sécurité Sociale, ce qui est de nature à la diminuer sensiblement si on ne veut tenir compte que du pouvoir d’achat effectif.

La seconde met en présence deux chiffres: revenu national, 7.000 milliards; revenu distribué, 3.000 milliards, soit à peine la moitié. On est en droit de se demander où passe le reste ou tout au moins de faire le départ entre le nombre de ceux qui bénéficient de 4.000 milliards et ceux qui ne disposent que de 3.000 milliards. Dans un régime bien conçu, il y aurait les 4/7 de la population d’un côté et 3/7 de l’autre. Or, il en va tout autrement. Sur les 42 millions d’habitants que compte approximativement la France, il y a 12 millions de salariés qui représentent 23 millions de personnes environ. En face, il y a 16 millions de paysans qui disposent d’environ 2.000 milliards. Et les 2.000 milliards qui restent sont gardés par les 2 à 3 millions de personnes qui font le complément à 42 millions [note 1: Tous ces chiffres ne sont qu’approximatifs, mais les retouches qu’on peut leur apporter ne sont que très légères.]

Ces chiffres donnent la mesure de l’inégalité dans la répartition du revenu national, lequel, si on le divisait par le nombre des habitants, donnerait 175.000 francs par tête, annuellement, soit 700.000 francs environ pour toute famille de quatre personnes.

Nous sommes loin de compte.

Et c’est sous cet angle, bien plus encore que sous celui de l’inégalité impliquée par la hiérarchie sociale, qu’ils posent la question du régime, de l’exercice du pouvoir et de l’État.

Le salaire

La notion de salaire a beaucoup évolué au cours de ces dernières années. D’individuel, le salaire est devenu social et il comprend deux parts: une part individuelle et immédiate qui est versée au salarié et une part différée qui est versée à la collectivité, c’est-à-dire remise dans le circuit et qui n’est distribuée qu’éventuellement sous la forme de soins médicaux et pharmaceutiques ou de pension de retraite. Dans toutes les statistiques, c’est le salaire social qui entre en ligne de compte. Les syndicats eussent voulu que la part différée fut attribuée en sus, ce qui est normal; les patrons se battent actuellement pour qu’elle reste comptée dans le pouvoir d’achat, ce qui l’est moins.

Dans l’état de la question, le patron retient à l’ouvrier une cotisation ouvrière de 6%, et il en fait masse avec sa cotisation patronale de 10%; il doit y ajouter sa cotisation aux allocation familiales de 16%, sa cotisation aux accidents du travail de 3% en moyenne, et enfin son versement forfaitaire de 5% au titre de la taxe proportionnelle. Il envoie périodiquement le tout aux administrations intéressées.

A l’occasion des discussions ministérielles sur les salaires anormalement bas, il a été précisé que: 75.000 salariés gagnent moins de 10.000 francs par mois; 120.000 salariés gagnent de 10.000 à 11.000 francs; 20.000 salariés gagnent de 11.000 à 12.000 francs; 600.000 salariés gagnent de 12.000 à 13.000 francs; 800.000 salariés gagnent de 13.000 à 14.000 francs, 1.000.000 salariés gagnent de 14.000 à 15.000 francs, toutes indemnités et tous prélèvements inclus. Encore n’a-t-on pas tenu compte de deux millions de personnes appartenant aux fonctionnaires, à la S.N.C.F., à l’agriculture (ouvriers agricoles), au personnel domestique, etc., qui entrent dans la dernière catégorie. Tout ceci fait que, sur 12 millions de salariés, il y en avait près de la moitié dont le salaire global était inférieur à 15.000 francs par mois!

On voit que, si on entre dans le détail, le revenu national est partagé de telle sorte qu’un tiers de la France au moins vit dans la misère pour qu’un quinzième puisse se vautrer dans le luxe le plus insultant. Et ceci ne veut pas dire que ceux qui vivent entre les deux vivent normalement!

La part du travail

Dans une discussion qui portait sur les prix de revient, un député qui, par extraordinaire, s’était documenté aux sources, a pu dire que: “Dans le prix de vente légal d’un mètre de tissu, soit 1.300 francs, il y a: pour la matière première peignée, 386 francs, soit 29,8%; pour les autres frais de fabrication, 106 fr. 99, soit 8,2%; pour les impôts et taxes, 130 fr. 90, soit 10%; pour l’entreprise, y compris les frais de représentants, 91 fr. 18, soit 7%; pour le grossiste, 212 fr. 23, soit 16,3%; pour le détaillant, 267 fr. 65, soit 20,6%; pour les salaires, appointements et charges sociales, 104 fr. 50, soit 8%. “

Autrement dit, s’il est permis de généraliser et d’étendre le raisonnement à toute la branche textile, dans tout ce qui se vend, le salaire de l’ouvrier entre pour 8%, charges sociales comprises.

En face de cette évidence, on peut dire, comme l’a fait le ministre de la Production Industrielle, en répondant à l’orateur, que: ” Les prix comportent nécessairement un certain nombre de parts: la part du capital, qui doit être telle que les capitaux investis puissent se reconstituer, la part de l’Etat ou impôts, dont nous savons qu’elle est actuellement excessive, mais légitime dans son principe, la part de l’entrepreneur ou profit, qui rémunère son travail personnel d’une part, et d’autre part son initiative, son entregent et les risques qu’il court, et enfin la part du travail, dont la légitimité et la nécessité n’ont pas à être justifiées. “

Mais le régime qui aboutit à de telles anomalies n’en est pas moins condamné moralement et, s’il ne l’est pas dans les faits, on le doit à la magnanimité, à l’inconscience ou à la coupable résignation de ses victimes.

Ces articles publiés par Paul Rassinier dans la revue Défense de l’Homme sont repris d’un site Internet censuré par la plupart des fournisseurs d’accès.

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Aux frontières de la désespérance

par Paul Rassinier

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Ce texte , intitulé “Aux frontières de la désespérance” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 23, août 1950.

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Si les hauteurs de la sérénité présentent des avantages certains, elles n’en sont pas, pour autant, totalement dépourvues d’un grave inconvénient: la position est difficile à tenir. C’est un problème d’équilibre et le moindre vent… Par exemple, quand l’épicier du coin vous dit en confidence que ses stocks se sont épuisés en trois jours, quand, n’ayant pas minutieusement surveillé le niveau de l’huile dans la bouteille votre ménagère est obligée d’explorer une ville entière pour vous faire manger une salade et quand la radio annonce, pour vous consoler, qu’il s’est vendu trois fois et demie plus de sucre en juillet qu’en juin, tout est remis en cause. Alors, il peut paraître puéril et vain d’aligner, fût-ce pour des lecteurs qu’on sait avisés, des raisonnements serrés sur les fluctuations du prix de l’or, comme c’était mon intention. On m’excusera donc si, cédant à une faiblesse d’un autre genre, je sacrifie délibérément mes thèmes habituels aux fantaisies de l’actualité.

Plus encore que l’évolution elle-même de la situation internationale, les réactions de l’opinion sont affligeantes. En 1914, la voix de Jaurès a dominé les bruits de bottes et le cliquetis des armes pendant toute la période de montée des périls et jusqu’au coup de revolver du Croissant. En 1939, certaines voix de moindre amplitude mais auquel le recul du passé confère déjà une indiscutable grandeur, quand bien même les portes des prisons sont toujours fermées sur certaines d’entre elles, se sont élevées entre les belligérants et ont tenté de s’interposer. En dépit qu’on en ait, le tract “Paix immédiate” que l’histoire enregistrera en le portant au crédit de ces temps misérables, a constitué un progrès sur 1914. Quoi qu’il en soit d’ailleurs, dans l’un et l’autre cas, l’opinion également inquiète s’est trouvée protégée contre les excès de la résignation absolue par quelques espoirs de salut, aussi fragiles qu’ils aient été. S’il n’a servi de rien, le bon sens au moins avait gardé ses droits dans quelques esprits et l’honneur en fut sauf. En 1950, rien. Les échos des appels de Garry Davis, affaiblis par la distance, s’estompent dans le souvenir ou se diluent dans le désarroi général. Le monde, certes, est cependant infesté de partisans de la Paix. Dans les sphères intellectuelles, politiques et diplomatiques, ils font beaucoup de bruit. Mais, les uns ne conçoivent la Paix que par le triomphe des Américains et les autres que pas celui des Russes.

A l’étage en dessous, entre les deux clans qui veulent faire le bonheur des Peuples, chacun à sa manière, il y a les bonnes bouilles dont on ne sollicite pas l’avis et qui ne le donnent pas parce qu’elles ont conscience de leur impuissance. Qui pensent qu’il n’y a pas de triomphe sans guerre. Qui se savent destinées à être enrégimentées dans l’un ou l’autre camp, les plus avertis avec la prescience que l’opération se fera plutôt au hasard des circonstances qu’au gré des convictions. Qui ont beaucoup plus de confiance dans leur instinct que dans les discours des hommes d’État ou des Commandeurs des croyants de l’un et l’autre clan et qui, pensant limiter les dégâts en se protégeant au moins contre la faim, font à la fois des stocks dans la mesure de leurs moyens financiers et la preuve qu’elles ont perdu le sens de l’illusoire.

il y a aussi les pacifistes intégraux. Coincés entre le sac et le ressac de la vague meurtrière, ils sont submergés. On les entend à peine et on ne les comprend pas du tout. Voyez Garry Davis, déjà nommé. Voyez Lecoin dans l’ombre duquel nous essayons d’endiguer le flot et qui, en septembre 1949, consacra un numéro entier de cette revue à la commémoration de la déclaration de guerre et aux exigences de la cause de la Paix. En d’autres temps, je l’ai dit ailleurs, cette manifestation journalistique aurait atteint aux proportions d’un événement politique: elle ne dépassa pourtant pas celles d’un acte méritoire.

Ainsi donc, au lieu de chercher le remède au mal, une humanité en folie à tous les échelons de la hiérarchie sociale, l’accepte, lui prépare le terrain et s’installe avant la lettre dans ses conséquences.

Comment a-t-on pu en arriver là?

La réponse à cette question, si elle doit prendre texte de l’affaire de Corée la dépasse aussi incontestablement que singulièrement. Loin de prétendre l’apporter dans ses termes définitifs, mon propos vise plus modestement à en rassembler les premiers éléments, lesquels se trouvent, à mon sens, dans un certain nombre de carences. Il y a trop de chose qu’on n’avait déjà pas dites avec assez de force avant cette guerre, qu’on n’a plus dites depuis, soit qu’on les ait oubliées ou négligées, soit que, cédant à je ne sais quel chantage, on n’ait pas osé en mettre la substance en débat. Il y a trop de vérités révélées pour intellectuels à gros ventres auxquelles, désarçonné par la tornade, nous avons laissé prendre pied dans l’opinion: la patrie avant tout, la mort qui vaut mieux que la servitude, la possibilité d’une coexistence pacifique des régimes totalitaires de l’Est et des démocraties bourgeoises de l’Ouest, etc. Et, dans les faits eux-mêmes, notre profession de foi traditionnelle a trouvé trop de justifications éclatantes que nous avons eu une sorte de pudeur à ne pas exploiter bruyamment: l’enchaînement tragique des guerres dont chacune appelle la suivante, la nouvelle répartition des zones d’influence et celle des richesses mondiales qui lui sert de base, l’abaissement du niveau intellectuel des élites, etc.

Satan a conduit le bal sans concurrent.

Résultat: si la période actuelle peut être caractérisée par un triomphe, c’est bien par celui du découragement et de la méfiance dans la plus extraordinaire confusion des esprits.

Il n’y a plus d’échelle des valeurs: ce qu’il reste de quelques-unes est au pied.

Personne ne croit plus à rien, chacun se replie sur soi-même, il n’y a plus de forces vives disponibles pour aucune idée généreuse.

Nous n’avons pas joué sur beaucoup de tableaux, mais nous avons perdu sur tous: il serait vain de se le dissimuler.

Rien de pire ne peut arriver dans le domaine moral et, tant qu’à faire, foin de scrupules, des petites lâchetés et de tous les complexes: il faut courageusement partir à la redécouverte des vérités simples dans le fatras des dogmes éboulés.

L’affaire de Corée

L’expérience prouve que l’opinion publique est incapable de s’élever au-dessus des contingences et de penser la guerre en soi. Il ne lui tombe pas sous les sens que la structure d’un régime qui suppose la rivalité des classes à l’intérieur des nations et la rivalités des États sur le plan mondial est une cause permanente de guerre. Par contre, elle est très sensible à la matérialité des faits de guerre, même des plus insignifiants. En 1946, lors de l’échec de la conférence de Moscou, elle commença de s’inquiéter. Avec l’affaire de Berlin, elle donna les premiers signes de l’affolement: des gens vous rencontraient qui vous disaient avec assurance que la guerre était pour la fin de l’année. Avec l’affaire de Corée, l’affolement fut total et tout le monde fit des stocks, en prévision du déclenchement imminent des hostilités et de la mêlée générale.

Il faut reconnaître que le nouvel échiquier diplomatique, s’il n’est pas tellement plus compliqué que l’ancien, est tout de même beaucoup plus vaste. Il n’était pas facile de réaliser que le blocus de Berlin n’était qu’une manœuvre stratégique de diversion destinée à occuper toutes les forces américaines du moment, pendant que Mao Tsé Tung procédait à la conquête de la Chine. Il ne l’est pas davantage d’assimiler pleinement une situation dans laquelle, après la Corée, il reste encore Formose, l’Indochine, les Indes néerlandaises et les Indes tout court, l’Irak, la Turquie, la Grèce, la Yougoslavie et l’Allemagne coupée en deux, qui sont autant de points névralgiques gros d’incidents sur la route qui conduit à la prochaine guerre. A quel endroit le feu sera-t-il irrémédiablement mis aux poudres, on ne le sait pas. Mais on peut affirmer d’ores et déjà que ce ne sera pas en Corée.

Certes, on peut aussi épiloguer sur l’issue du conflit actuel, supputer les chances de victoire ou de défaite des forces américaines engagées, mais cela ne sert de rien. si les armées de Mac Arthur sont rejetées à la mer, il y aura en plus un problème de prestige à résoudre. Si elles redressent la situation, l’effort de guerre des États-Unis ne sera pas ralenti pour autant, ni celui des Nations de la communauté atlantique ni celui de la Russie. Dans les deux cas, le danger restera suspendu au-dessus de nos têtes et l’affaire de Corée n’aura fait que le préciser.

Il faut autre chose qu’un résultat militaire pour faire disparaître un danger de guerre, on vient de le prouver à plusieurs reprises avec l’Allemagne.

La guerre est-elle fatale?

Pour les Chinois, la question est résolue: il semble bien que la guerre soit devenue chez eux un état naturel auquel la victoire de Mao Tsé Tung n’a pas plus mis fin aujourd’hui que jadis, celles de Tchang Kai Check ou de Sun Yat Sen.

Pour les Coréens, elle l’est aussi: ils sont en guerre et ceux qui leur ont fait des discours pour leur démontrer que l’événement ne pourrait pas se produire ont bonne mine.

Pour les Indochinois de même.

Pour les Indes néerlandaises…

Pour les Européens qui ne pensent généralement pas qu’il y a la guerre quand ils la font dans leurs colonies, poser la question est devenu un jeu de l’esprit. La guerre de 1870 a entraîné celle de 1914, laquelle a entraîné celle de 1939, laquelle à son tour… Malgré cela, les philosophes de toutes les écoles sont restés sur leurs positions.

Il y a d’abord les théoriciens. Cette variété pullule. On aurait pu croire que Jaurès avait aussi définitivement que péremptoirement dissipé tous les doutes et coupé court à toute discussion avec sa célèbre envolée: ” Le régime capitaliste porte en lui la guerre comme la nuée qui passe porte l’orage… “

Erreur: il s’est trouvé quelqu’un pour établir que la nuée ne porte pas toujours l’orage et que Jaurès n’avait pas voulu dire que la guerre était fatale en régime capitaliste. Celui-là ne savait pas que la nuée qui passe crève toujours quelque part. Il avait des lettres de noblesse [note 1: Il s’appelait Léon Blum et Bracke lui emboîta le pas.] et on l’a cru. Sans penser qu’il ressemblait un peu aux vignerons du Mâconnais, lesquels ne sont pas loin d’être persuadés qu’il n’y a pas eu d’orage quand leurs canons et leurs fusées ont réussi à détourner la grêle sur leurs voisins du Beaujolais.

Il y a aussi quelques esprits pratiques. Ceux-là en réfèrent à l’expérience et démontrent que, dans l’histoire du capitalisme, les guerres évitées sont aussi nombreuses que les autres sinon plus. Le raisonnement le plus brillant et le plus séduisant que j’aie entendu dans cet ordre d’idées, fait état de l’affaire Méhémet Ali, en 1840, de l’affaire Schnoebelé, en 1887 et de l’occupation de Rhénanie par Hitler, le 7 mars 1936. Dans chacun de ces cas, la guerre que les chancelleries jugeaient inévitable entre la France et l’Allemagne, n’a effectivement pas eu lieu. Mais, dans le premier, on ne réussit à retarder l’échéance que jusqu’en 1870, dans le second jusqu’en 1914 et, dans le troisième, jusqu’en 1939. Pour rester dans les limites de la propriété des termes, il s’agit donc de guerres retardées et non de guerres évitées. Encore y a-t-il lieu de préciser que, dans les deux premiers cas, les entreprises colonialistes du XIX. siècle jouèrent le rôle de paragrêle et que la guerre se produisit sous la forme exutoire de la conquête de l’Afrique. Dans le troisième, il n’y avait pas de paragrêle et l’échéance ne put être retardée que de trois années au terme desquelles il fallut choisir entre la guerre à l’Est et la guerre à l’Ouest. On crut bien faire en choisissant la seconde, en vertu de quoi on s’aperçoit aujourd’hui qu’en fait on a choisi les deux…

Il résulte de tout ceci qu’en théorie comme en pratique, il en est de la guerre comme de l’orage: en régime capitaliste, on n’évite la première dans un endroit qu’en la faisant dans un autre de la même façon qu’on évite le second qu’en le détournant sur le voisin.

Autrement dit, elle est fatale et il ne semble pas que Jaurès ait voulu dire autre chose malgré les échappatoires qu’on lui prête gratuitement le dessein d’avoir voulu réserver.

Comment en serait-il autrement, d’ailleurs?

On fait généralement de la guerre et de la pais un problème de mépris, ou de respect des traités conclus sur le terrain diplomatique. Or tous ces traités sont issus de guerres, et signés sous le couteau. Toutes les clauses en sont artificielles et, à la longue, se révèlent les unes après les autres, inacceptables pour l’une des parties en cause, si ce n’est pour les deux. Il en sera ainsi tant que ceux qui ont mission de les rédiger s’obstineront à ne pas fonder le droit politique sur le droit économique.

En 1919, le traité de Versailles n’était autre chose qu’une tentative d’étouffement économique de l’Allemagne. On ne peut plus le nier: les vainqueurs s’étaient adjugés la disposition des quatre cinquièmes et demi des richesses du globe et ne les voulaient échanger que sous certaines et impensables conditions. On sait ce qui en est résulté.

Aujourd’hui, les accords de Yalta et de Postdam mettent de nouveau à la disposition des démocraties bourgeoises, c’est-à-dire d’un peu moins de la moitié de la population du globe, les quatre cinquièmes à peu près des richesses disponibles, tandis que le cinquième restant est affecté aux États totalitaires, c’est-à-dire à l’autre moitié. On ne saurait soutenir que cette répartition est équitable. Et il faut être totalement dénué de sens pour parler de co-existence pacifique des deux blocs dans de telles conditions: la moitié frustrée ne cessera de monter à l’assaut de la moitié grassement nantie et si cette dernière s’obstine à garder ses avantages, immanquablement nous aurons la guerre.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets: dans une situation économique semblable, la Russie de Staline a les mêmes réactions que l’Allemagne de Hitler.

La politique des démocraties bourgeoises consiste à essayer de l’intimider. La force non plus n’a jamais évité une guerre. On pourra réussir à encercler la Russie et à s’assurer sur elle une supériorité certaine en matière d’armements. Même cela n’y fera rien. En vertu de ce principe qui nous vient du fond des âges et qui veut que, pas plus qu’un individu, un peuple n’accepte de mourir sans combattre. David n’a pas hésité à se battre contre Goliath et, dans les arènes antiques, les bestiaires dont les trois quarts ne survivaient pas aux combats auxquels ils étaient condamnés, tentaient néanmoins leur chance contre les fauves.

Je n’ai voulu mettre en évidence que la principale des raisons qui s’insurgeaient contre les possibilités de co-existence pacifique des deux régimes en présence: toutes les autres en découlent.

Les antimunichois, leur victoire et sa rançon

Les Munichois ont été vaincus devant l’opinion française en 1939. On n’a pas fini d’épiloguer sur les raisons de cette défaite. L’histoire enregistrera que c’est le parti socialiste qui a fait pencher la balance en faveur des antimunichois. Sans doute, elle s’en étonnera: dans un parti dont l’un des articles essentiels de la doctrine est précisément le pacifisme, il n’est pas commun de voir se dégager une majorité pour reprendre des thèmes dont le développement semblait jusqu’alors réservé aux écervelés du patriotisme et aux professionnels du chauvinisme. Il l’est d’autant moins qu’en l’occurrence, les leaders du parti qui avaient prôné jusqu’au désarmement unilatéral de la France ont décidé qu’il fallait déclarer la guerre à Hitler pour le contraindre au respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en Europe centrale et septentrionale. Cette attitude dans laquelle la solution de continuité est éclatante, ne peut manquer d’être sévèrement jugée ou, pour le moins, d’être taxée d’incohérence. Mais, en dépit qu’avec le recul du temps on se demande déjà ce qui se serait passé si la tendance Paul Faure avait triomphé et en particulier si la diplomatie internationale ne se serait pas trouvée infléchie dans un autre sens, il n’était pas dans mes intentions d’entrer dans ces détails précis.

Dans les Munichois, il y avait au moins deux clans: les pacifistes intégraux qui ne voyaient que la guerre en soi et les politiciens qui raisonnaient en fonction de l’opportunité. Les premiers pensaient qu'” aucun des maux qu’on prétend éviter par la guerre n’est aussi grand que la guerre elle-même ” et que, pour éviter celle dont il était question, il fallait de toute urgence et quoi qu’il pût en coûter, procéder à une nouvelle répartition des richesses du globe entre les États et à de profondes réformes de structure à l’intérieur de chacun d’eux. Les politiciens n’étaient pas obnubilés par les questions de principes, il faut le reconnaître. Ils pensaient tout simplement qu’il fallait détourner le fléau parce que le pays n’était pas prêt, parce que la position idéologique qu’on leur proposait n’était pas pratique, parce qu’enfin, la guerre contre l’Allemagne ne pouvait profiter qu’au bolchevisme dont ils se méfiaient, malgré le pacte franco-soviétique.

Qui oserait soutenir aujourd’hui que les deux clans de Munichois n’ont pas eu raison chacun à sa manière?

D’une part la guerre de 1939 n’a rien solutionné ni sur le plan politique, ni sur le plan économique. On peut même dire que les problèmes qui étaient posés ne sont que déplacés avec cette différence qu’ils créent, cinq ans après, une situation plus grave qu’elle ne l’était huit jours avant. De l’autre, sur le plan pratique, il faut bien convenir qu’on s’est battu pour arracher à l’Allemagne hitlérienne un tas de petites nations artificielles qu’on a, par la suite, abandonnées à la Russie des Soviets, ce qui, du point de vue du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne se justifie que par cette fâcheuse propension qu’a la France de se battre périodiquement “pour le Roi de Prusse”. Enfin, parce qu’on s’est battu contre l’Allemagne, on se trouve aujourd’hui dans l’obligation de se battre contre une Russie dont on a, au préalable, éprouvé le besoin de faire un ennemi redoutable, à la fois par son dynamisme politique et par sa puissance militaire.

Les pacifistes intégraux pensaient qu’on pouvait éviter la guerre à la fois à l’Est et à l’Ouest. Je conçois que, dans une France où l’enseignement traditionnel ne prédispose pas l’homme à s’affranchir de l’ambiance, leur profession de foi puisse paraître discutable aux yeux du plus grand nombre. Mais il y a une chose au moins qui ne l’est pas et qu’il faut prendre en considération en dépit même de son peu de parenté avec quelque idéal de justice ou de fraternité que ce soit: le point de vue du Munichois moyen. On peut en effet soutenir avec quelque apparence de raison que si l’on avait laissé l’Allemagne hitlérienne se tourner vers la Russie comme tout l’y poussait les deux régimes se seraient mutuellement anéantis dans une guerre qui n’aurait pas coûté plus cher que l’autre à l’humanité, mais qui apparaîtrait aujourd’hui comme un moindre mal, en ce sens qu’elle nous dispenserait de celle qui vient ou que, du moins, elle nous laisserait plus de temps pour la circonvenir sous une autre forme.

De toutes façons, la Croix des Antimunichois est déjà de ne pas s’être rendu compte qu’ils prenaient le contre-pied de l’histoire, qu’en attirant la foudre sur l’Europe Occidentale d’abord, ils ouvraient une ère de cataclysmes en chaîne sur le monde entier et que, pour avoir refusé d’envisager la révision du Traité de Versailles dans un Munich raisonnable, ils ont dû consentir au bolchevisme tous ces Munich déraisonnables par quoi se caractérise essentiellement cette après-guerre. En bref, d’avoir choisi entre la peste et le choléra, de s’être eux-mêmes condamnés à d’intenables positions de politique extérieure et intérieure à l’égard du communisme depuis 1945 et de ne pouvoir se déjuger sans accepter de rentrer dans le néant sous les huées.

Tout cela — et j’ai longuement réfléchi avant de porter cette accusation infamante — pour échapper aux élections législatives de 1940 et au verdict d’un peuple qui les eût immanquablement désavoués, ainsi que l’accueil fait à Daladier, revenant de Munich, par la population parisienne en délire, permet de le supposer.

Malheureusement, le vin est maintenant tiré.

Et il devrait normalement y avoir des élections législatives en 1951…

Devant la guerre

Bien qu’ayant tenté de les baliser au début de cet article, je ne sais pas les voies exactes qu’empruntera la camarde pour venir jusqu’à nous. Pas davantage, je ne sais le temps qu’elle mettra.

Il y a un élément qui peut incliner à un certain optimisme — décidément, les mots n’ont plus de sens! — quant à la date: le front sur lequel on se battra fera sensiblement le tour de l’Europe et de l’Asie, c’est-à-dire qu’il sera de l’ordre de 20.000 à 25.000 km. D’ici que le dispositif soit en place de part et d’autre, il peut encore s’écouler du temps. Encore y a-t-il lieu de préciser qu’une fois que les hommes ont créé les conditions de la guerre, le déclenchement des hostilités ne dépend plus, ni de leur volonté, ni de l’état de préparation dans lequel ils se croient. Il suffit que l’un des deux adversaires en présence juge e moment opportun, ou qu’il y soit poussé par des raisons de politique intérieure. Généralement, c’est le plus sot, le plus faible et le moins sûr de son bon droit. On l’a vu en 1939, quand la France et l’Angleterre ont déclaré la guerre à l’Allemagne… A elles seules, ces considérations réservent déjà pas mal de possibilités d’emprunt de voies de raccourcis.

Il en est d’autres.

Je crois avoir établi que, pas plus que contre l’Allemagne en 1939, on ne peut en 1950 contre la Russie, envisager de sauver la paix si on ne crée, au préalable, les conditions de l’équité dans la répartition des richesses à l’échelle internationale et aux divers échelons nationaux. Manifestement, les Nations du groupe Atlantique ne se sont pas engagées dans cette voie. L’intervention américaine en Corée et les événements diplomatiques qui ont suivi, prouvent qu’elles ont choisi de résister au communisme et de défendre par les armes, à la fois les prérogatives des États nantis sur le plan mondial et celles des classes privilégiées dans chaque État. Donc, nous aurons la guerre, car il y a peu de chances de voir s’opérer un retournement politique, aucune pression dans ce sens n’étant susceptible d’intervenir avec quelque chance de succès, en provenance d’un mouvement pacifiste disloqué et affaibli. Ce retournement peut se produire de lui-même, l’ère des miracles peut s’ouvrir à nouveau? Je veux bien, mais…

Ainsi arrivons-nous aux aspects propres du conflit.

La communauté atlantique est peut-être en avance sur la Russie dans le domaine de la bombe atomique, dont il est douteux qu’on l’utilise d’entrée de jeu. Mais, dans celui des armements proprement dits, les événements de Corée le prouvent encore, elle est singulièrement en retard. En vertu de quoi les discussions qui ont présentement lieu dans l’enceinte toute neuve du Palais de Strasbourg ne tournent plus autour de la constitution des États-Unis d’Europe, dans un but noble, mais sont centrées sur les moyens de rattraper ce retard. Alors, moi je vous le dis, aussi abominables que puissent me paraître les conséquences d’une réussite possible des entreprises du bolchevisme, je n’ai plus envie de lui résister. Perce que l’effort qui m’est demandé, outre qu’il est aléatoire quant au résultat, est trop grand et trop coûteux. L’accepter, c’est accepter l’arrêt de la reconstruction, un minimum vital dérisoire, la compromission des libertés essentielles de l’individu — il n’y a pas de préparation à la guerre sans restriction des libertés — et, en fin de circuit, le conflit, la destruction et la mort. Si on veut lutter contre le communisme, il y a d’autres moyens: qu’on double les salaires en France et, du jour au lendemain, il n’y aura plus ni communistes, ni syndiqués C.G.T., qu’on fasse à la Russie sa part des richesses du globe et le régime stalinien s’écroulera.

Condamné à mort par la résistance communiste sous l’occupation et n’ayant échappé à ses mitraillettes que parce que les Allemands m’ont déporté à temps, destiné à la corde ou à la balle dans la nuque en cas d’invasion russe, je n’en pense pas moins que la guerre est un mal pire que le bolchevisme.

Quand j’apprends qu’on a jeté un canon à la mer, je ne suis pas choqué par le geste lui-même, lequel me paraît relever d’une réaction éminemment saine dans l’absolu. Je regrette seulement qu’il soit accompli par des gens qui acceptent l’éventualité de la guerre en sens inverse, qui sont prêts à y participer directement ou indirectement et qui n’ont d’autre but que d’affaiblir les ennemis de leurs amis. Ce phénomène ne peut d’ailleurs se produire qu’en raison de la démission des pacifistes dans le domaine de l’action.

J’entends bien les avertissements et les accusations. D’une part, on me prévient que je vais être envahi et, de l’autre, on me regarde avec mépris parce que ” j’aime mieux la servitude que la mort “.

Il se peut que je sois envahi.

D’abord, je le serai de toute manière, car il se passera vraisemblablement en Europe occidentale ce qui se passe actuellement en Corée du Sud, et cela quoi qu’on fasse, ce qui m’incline à dire aux Français que, s’ils sont un jour mobilisés, ce sera contre les Américains et non contre les Russes. Ensuite, si je dois l’être, je préfère que ce soit avec le minimum de casse. Jusqu’en 1914, la thèse de la non-résistance à un agresseur éventuel avait une très grande faveur dans les milieux progressistes de l’époque: il est fort dommage qu’elle soit quasi perdue de vue aujourd’hui…. Enfin, je prie de considérer que je ne puis en aucun cas être tenu pour responsable de ce qui arrive: je suis seulement dans la situation de quelqu’un à qui on présente la coupe et qui préfère boire la lie à petits coups.

Pour ce qui est du choix entre la servitude et la mort, on m’a déjà fait le coup. Si cette objection avait quelque valeur, il faudrait conseiller le suicide collectif aux peuples coloniaux et à tous les prolétariats du monde, lesquels n’ont jamais connu d’autre état que la servitude. La notion de servitude elle-même n’est pas dépourvue d’un certain caractère de relativité dans le temps, sinon dans l’espace. Qu’on se souvienne du dernier vers de l’Enéide: ” Et la Grèce vaincue, a vaincu son farouche vainqueur… ” que le bon sens populaire traduit aujourd’hui en affirmant que de la servitude on peut sortir, tandis que de la mort, on ne revient pas.

J’ai vécu près de deux années en Allemagne, dans un camp de concentration, c’est-à-dire dans la pire des servitudes: je ne me suis pas suicidé. J’en connais d’autres dont certains avaient acquis un grand nom dans la défense et l’illustration du slogan: ils ont fait comme moi. J’ai même observé que les plus disposés à vivre à plat ventre sous la férule des chaouchs, la plupart du temps au prix des plus inimaginables forfaitures, étaient souvent ceux qui, quelques années auparavant, clamaient à tous les échos, qu’ils aimaient mieux ” mourir debout que vivre à genoux “.

La double condition

J’aurais bien voulu terminer cet article sur une note un pu plus claire. En vain, je me suis interrogé.

Je veux bien qu’on ne jette pas le manche après la cognée: il ne faut jamais jeter le manche après la cognée…

Peut-être, après tout, n’y a-t-il pas lieu de se laisser aller au désespoir total?

Peut-être y a-t-il encore une chance de salut?

S’il en est ainsi, c’est à une double condition: que nous nous attachions d’abord à remporter sur les mots meurtriers de la philosophie du malheur, la victoire qui conditionne l’autre, et que nous ne soyons pas gagné de vitesse par les événements.

 

Ces articles publiés par Paul Rassinier dans la revue Défense de l’Homme sont repris d’un site Internet censuré par la plupart des fournisseurs d’accès.

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