DDH-33 et 34 – 1951

INDEX

 

Deux articles :

Petite chronique de la médiocrité

par Paul Rassinier

***************

 

Ce texte de Paul Rassinier a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 33, juin 1951, p.16-18.

**********************************

 

Revenu national, salaires et profits.

Tout le monde est d’accord pour reconnaître que le revenu national, part d’environ 4.500 milliards en 1946 est progressivement arrivé à 7.500 milliards en 1950. Pour les années antérieures à 1946, on n’a que des chiffres imprécis et, pour 1951, s’il en a été publié, ils ne sont pas encore venus à ma connaissance.

Il faut, c’est bien certain, tenir compte du correctif qui peut intervenir dans les évaluations du fait de la dépréciation monétaire. Il n’est cependant pas discutable qu’à cet accroissement en milliards de francs correspond un accroissement en valeur absolue.

Voici maintenant, comparés à 1938, les changements qui sont intervenus dans la répartition de ces milliards et, pour que le raisonnement ne soit pas spécieux, en pourcentages:

 Années  Salaires  Profits  Rentes diverses
 1938…  45%  29%

 26%

 1946…  42%  35%

 23%

 1947…  42%  40%

 18%

 1948…  36%  50,5%

 13,5%

 1949…  34%  51,5%

 14,5%

 

Ainsi donc, tandis que la part des salaires est allée sans cesse en diminuant, celle des profits n’a cessé d’augmenter. (Je ne dis rien de celle des rentes.)

Ceci est vrai à un tel point que les bénéfices avoués de 450 sociétés capitalistes sont passés de 16 milliards de francs en 1947 à 34 milliards — plus du double — en 1948. Et que, rien que pour Citroën, un examen attentif des bilans donne les chiffres suivants:

 1947  135 millions
 1948  290 millions
 1949  396 millions
 1950 558 millions

Mais qui ne nous avait pas dit — syndicats de toutes nuances en tête! — que la part du travail augmenterait parallèlement à l’accroissement de la production?

 

Une politique indigente.

En 1949, la France a produit 40 millions d’hectolitres de vin – 54 millions en comptant la production de l’Algérie. Et, malgré les exportations et l’intervention de l’alambic, à la fin de 1950, il restait près de 7 millions d’hectolitres qui n’avaient pu trouver preneur.

En 1950, la récolte totale pour la France et l’Algérie est passée à 75 millions. si on y ajoute le stock de l’année précédente, nous disposions, au début de l’hiver dernier, de 82 millions d’hectolitres de vin.

Le problème de l’écoulement de tout ce vin s’est donc posé dans des termes assez délicats. Pensez donc, cela faisait près de 2 hectolitres par personne et par an, y compris les enfants au biberon!

Un économiste distingué — et optimiste — a donc prévu ceci:

 Consommation-boisson:  55 millions d’hectolitres 1/2 (130 l /personne/an?);
 Usages industriels:  5 millions 1/2 d’hectolitres;
 Exportation:   1 million 1/2 d’hectolitres
 Stocks bloqués:  8 millions 1/2 d’hectolitres
 Total:  71 millions d’hectolitres.

Et il restait déjà 11 millions d’hectolitres dont on pouvait assurer au départ qu’ils ne trouveraient pas preneur.

Dans la pratique, sur les 55 millions 1/2 prévus pour la boisson au rythme de 4 millions 1/2 d’hectolitres par mois, au 30 avril dernier, soit après 7 mois d’application du plan d’écoulement, on enregistrait une consommation de 20 millions d’hectolitres, ce qui laissait prévoir un embouteillage supplémentaire de 19 millions d’hectolitres à la fin de l’exercice.

En octobre prochain, la France allait se trouver à la tête de 30 millions d’hectolitres de vin dont personne ne voudrait.

Un matin, le ministre de l’Agriculture en personne a sauvé la situation: le 28 avril dernier, il a décrété que… 2 millions d’hectolitres de vin seraient transformés en alcool.

Posons la question: qu’est-ce qu’on fera des 28 autres millions d’hectolitres?

Parce que, tout de même, il serait puéril de s’étonner que personne n’ait pensé que, si beaucoup de Français ne consommaient pas les quantités de vin prévues pour eux par le “plan d’écoulement”, c’était peut-être parce qu’ils n’en avaient pas les moyens.

On peut se demander où passe la différence entre le prix à la production (descendu dans certains cas jusqu’à 25 francs le litre) et le prix à la consommation (70 fr le litre couramment)…

 

Petit poisson deviendra grand.

Tous les journaux du 8 mai ont reproduit l’entrefilet suivant:

 

Douarnenez, 7 mai. - 150 tonnes de maquereaux ont été rejetées à la mer dans la journée d'hier, à Douarnenez. Cette opération porte à 415 tonnes le poids total de poissons jusqu'ici rendus à l'eau.
La situation dans le port menace d'empirer, puisque 21 bateaux sont annoncés pour demain avec d'importants apports.

 

Jacques Duboin, reprenant l’information, conclut: l’idiot du village est aujourd’hui l’oracle du monde.

On ne saurait mieux dire.

Car enfin, pour les patrons pêcheurs, rejeter le poisson à la mer ou le distribuer gratuitement, l’opération était la même. Et il ne manque pas d’économiquement faibles qui ne mangent pas de poissons parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en acheter. Je connais un bureau de bienfaisance qui eût fait ses choux gras dans l’affaire…

Seulement le cours du poisson se serait effondré. Et c’est cela qu’à tout prix, il fallait éviter.

 

Le pain des rêves.

Ceci se passe à l’échelle du monde…

En avril dernier, les Américains se sont aperçus que 28 millions de tonnes de blé embouteillaient dangereusement leurs silos.

Justement, dans les Bidonvilles américains, des dizaines et des dizaines de milliers de personnes, mal logées, mal vêtues et sans travail manquaient de biscuits.

Pas question de leur distribuer ce blé, ce qui aurait provoqué un effondrement des cours.

Pas question non plus et pour la même raison de le diriger gratuitement sur un autre secteur de la consommation du pays, ni sur les poules, ni sur les cochons, car que faire de la viande ou des oeufs qui en seraient résultés?

Pas question, enfin de l’envoyer aux pays du plan Marshall qui ne savent déjà que faire du leur ni comment résoudre le problème.

La géographie du monde ayant été minutieusement étudiée, l’Inde pouvait être envisagée comme preneur éventuel: une famine y régnait précisément par manque de blé.

Le gouvernement hindou s’est donc porté preneur. Las!

Le pandit Nehru n’est pas très chaud pour la politique américaine en Asie. Alors, on lui promit 2 millions de tonnes de blé s’il voulait bien modifier quelque peu son point de vue sur les événements de Corée…

Naturellement, le pandit Nehru s’est tourné vers l’U.R.S.S.

Et les économistes américains continuent à se demander comment il peut bien se faire que le communisme maintienne ses positions dans le monde!

Aux dernières nouvelles, on ne sait pas encore ce que sont devenues ces 28 millions de tonnes de blé. Un jour, on apprendra qu’on les a purement et simplement détruites…

 

De la hausse à la guerre.

La guerre de Corée a été une affaire à un point qu’on ne saurait dire.

Les milieux de la finance dont l’expérience en cette matière se situe un peu au-dessus de celle des milieux politiques et particulièrement des milieux politiques progressistes ne s’y sont pas trompés: ils l’ont envisagé comme le premier incident d’ordre militaire du grand conflit qui se prépare.

Et ils ont commencé à constituer des stocks pour les écouler au bon moment. Tout comme les ménagères de mon quartier, mais avec des moyens légèrement supérieurs, ce qui leur permettait de ne pas se limiter à quelques kilos de sucre ou de café et à quelques litres d’huile. Ce qu’ils ont rafflé, ce sont les matières premières… On a donc enregistré des hausses qui ont atteint jusqu’à 200%.

La guerre ne venant pas, tout comme les ménagères de mon quartier encore, ils ont cessé de faire des stocks. Le malheur, c’est que, pour satisfaire à la demande accrue, on avait accéléré la production dans tous les domaines.

Et voici la mévente.

Sur les cours enregistrés en février et en mars – maximum atteint par la cote – on enregistre des baisses de l’ordre de 40% (caoutchouc), 25% (laine), 27% (étain), 20% (cuirs, coton), etc.

Sur les prix de gros, bien entendu, parce que sur les prix de détail, il y a l’Etat qui est là et qui intervient comme ” élément régulateur” à ce qu’il dit.

Seulement, si la guerre tarde à venir, on se demande ce qui va se passer.

Pour empêcher le vin de baisser, on le distille ou on le stocke, c’est-à-dire qu’on le fait payer deux fois au consommateur qui ne boit pas. Pour la même raison, on détruit le blé et on rejette le poisson à la mer.

Ils sont fous.

Pourquoi voudriez-vous qu’ils hésitent devant la guerre quand ils n’auront plus d’autre solution?

Pourquoi, dites-moi?

Puisque nous continuons à hésiter devant la Paix!

////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

**************

Le prix de la vie

par Paul Rassinier

***************

 

Ce texte de Paul Rassinier a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 34, juillet 1951, p.2-3.

**********************************

En 1938, il y avait un décalage de l’ordre de 16% entre le coefficient d’augmentation des salaires et celui du prix de la vie, par rapport à 1914. En faveur du prix de la vie, bien entendu, et tout l’effort des syndicats tendait à rattraper ce décalage. La guerre est venue qu’ils n’y étaient point arrivés.

A la libération, en 1945, on se mit à calculer les coefficients d’augmentation des salaires et des prix par rapport à 1938 et le décalage fut définitivement perdu pour la classe ouvrière.

En prenant la base 100 pour 1938, en 1949, le prix de la vie était arrivé au coefficient 1715 (juillet) et les salaires au coefficient 1300 environ (salaire social, cotisations à la S.S. comprises). En juillet 1950, ces coefficients étaient respectivement 1825 et 1450.

Or, voici que, maintenant, on fait passer à l’as — il n’y a pas d’autre expression qui dise mieux ce que je veux dire — ce nouveau décalage par rapport à 1938.

Le moyen était simple et il suffisait d’y penser: dorénavant les indices seront calculés en prenant la base 100 pour 1949.

Et il n’est plus question de récupérer les 400 points d’écarts perdus depuis 1945. Du moins, les diverses organisations syndicales placées devant le fait accompli emboîtent le pas et ne raisonnent plus que sur les nouvelles bases qui leur sont proposées par les nouveaux indices.

Naturellement, le décalage entre les salaires et les prix ne fait que croître et embellir: en mai 1951, l’indice de la statistique générale pour les 34 denrées de première nécessité était passé à 129,4 (pour 100 en 1949) et avait donc subi une augmentation de l’ordre de 27%. Mais, en dépit qu’on se garde de le publier, l’indice des salaires n’arrivait péniblement qu’aux environs de 114. (Depuis 1949, les augmentations successives de salaires se traduisent par une moyenne de 12 à 15%.)

Dans quelques années, quand le décalage sera de nouveau trop criant, on effacera tout et on recommencera sur une nouvelle base de 100 de part et d’autre.

Et pourquoi voulez-vous que les organisations syndicales y voient une nouvelle fois autre chose que du feu?

 

Soyons précis

Des informations qui sont parues dans les journaux pendant la campagne électorale, et en effectuant patiemment tous les recoupements nécessaires, on peut tirer le tableau suivant qui chiffre très exactement les augmentations de prix intervenues entre juin 1950 et juin 1951:

1950

 1951

 Hausse (1)

 Le kilomètre de chemin de fer.

 3

 4

 33%

 Ticket de métro………………….

 22

 25

 14%

 Le m3 de gaz………………………

 16,70

 24,20

 45%

 Le kg. de pain…………………….

 35

 40

 11%

 Le kg. de bifteck………………….

 476

 850

 80%

 Le litre de lait…………………….

 32

 38

 19%

 Le kg. de beurre………………….

 507

 612

 20%

 Le camembert…………………..

 78

 120

 54%

 Le litre d’huile…………………….

 295

 365

 24%

 Le kg. de sucre…………………….

 105

 108

 5%

 Le kg. de café…………………….

 725

 765

 5%

 Le kg. de chocolat……………….

 350

 435

 24%

 Pommes de terre nouvelles….

 34

 49

 43%

 Le kg. de pâtes……………………

 156

 168

 7%

Le kg. de poisson……………….

 150

 200

 33%

 Le kg. de savon………………….

 134

 227

 70%

[note 1: Les pourcentages sont arrondis.]

 

Dans le même temps les salaires ont été augmentés de 8%.

Est-il besoin de commenter?

 

Drôle de drame

L’information m’est parvenue trop tard pour que j’en fasse état dans mon article du dernier numéro qui traitait de ce sujet.

En Amérique, un grand magasin, poussé par ses difficultés de trésorerie, décida de baisser tous ses articles de 15% en moyenne.

Les voisins ont protesté contre cette concurrence déloyale et cela va de soi.

L’Etat aussi. Cela va également de soi mais le consommateur moyen ne comprend pas très bien qu’un Etat, qui clame dans tous ses journaux que sa politique est une politique de baisse des prix, se mette à protester quand un simple citoyen veut mettre en pratique les théories qu’on lui propose.

C’est pourtant simple: en Amérique aussi la politique de préparation à la guerre fait augmenter les impôts indirects dans une proportion plus forte que les impôts directs.

Or, les impôts indirects étant en l’occurrence calculés sur le chiffre d’affaires, l’Etat ne saurait tolérer qu’on diminue ses ressources en diminuant le chiffre d’affaires.

Cet exemple intervient à point nommé pour démontrer que l’Etat est condamné à une politique de hausse du coût de la vie.

 

La guerre ou la paix?

Au moment où j’écris, on ne connaît pas encore les résultats des pourparlers en cours au sujet de l’affaire de Corée: il est très possible qu’ils aboutissent à un armistice et à la cessation des hostilités.

Les gens sensés diront que, pendant un an, on s’est battu pour rien, puisqu’aucune solution autre que le statu-quo ante ne paraît possible. Sous cet angle, ils auront raison.

Mais il ne faut pas oublier que, pendant ce temps, les Russes ont consolidé leurs positions stratégiques et diplomatiques en occident.

Précisément, voici que de nouveaux éléments de conflit se révèlent en occident et notamment en Iran. Dans quel sens évolueront-ils? On ne le sait pas pour l’immédiat et ceci pourrait dépendre en grande partie des réactions de l’opinion publique. L’empressement des Russes à traiter soudain doit-il être interprété comme un souci de se libérer à l’Est d’une affaire qui leur apparaît sans issue profitable pour être pieux à même de tirer le meilleur parti d’un conflit qui renaît à l’ouest et dont on peut compter qu’ils ne se feront pas faute de l’envenimer à souhait? C’est probable et c’est pourquoi les pacifistes ne doivent pas cesser de se montrer vigilants.

Quelle que soit l’issue des pourparlers de Corée, le danger de Guerre subsiste s’il est moins immédiat.

Cette conclusion ne semblant pas discutable sur le plan psychologique, il reste le plan économique et social.

L’arrêt des hostilités en Corée signifie la disparition d’un secteur de la consommation mais en aucun cas l’arrêt de la production, particulièrement de la production de guerre.

Or, si on ne consomme pas la production de guerre, on l’accumulera et il y a des limites à l’accumulation capitaliste. Le jour où les entrepôts de matériel de guerre seront aussi pleins à craquer que les entrepôts destinés à recevoir les produits de consommation courante, il n’y aura plus d’autre issue que la guerre… ou la Révolution. Malheureusement, étant donné l’état des forces révolutionnaires dans le monde, la guerre conserve plus de chances que la Révolution. Encore, qu’à mon sens, il soit préférable d’essayer d’éviter l’une et l’autre en traitant à froid de ces questions dès maintenant pour être dispensés de les résoudre à chaud, c’est-à-dire par la violence à échéance plus ou moins lointaine…

Sur le plan social, il reste enfin ceci, que la course aux armements qui continuera avec ou sans paix en Corée, aura pour inconvénient immédiat d’empêcher le prix de la vie de baisser.

M. Baumgartner, gouverneur général de la Banque de France, vient de rendre public un rapport dans lequel il dit que “l’accroissement des dépenses militaires dans le monde provoque la hausse des matières premières sur les marchés internationaux et compromet dans tous les pays l’équilibre fragile des prix intérieurs.”

Il s’y connaît

On peut lui faire confiance.

Mais quand donc les diverses organisations syndicales consentiront-elles à se défendre sur le terrain où on les provoque au combat?

++++++++++++++++++++++++

Dans ce même numéro de Défense de l’Homme, de juillet 1951, on pouvait lire ce placard, p. 14, signé de Louis Lecoin, qui en était le principal inspirateur:

 

Rassemblement des pacifistes

 

J’ai quitté Paris au moment où certains camarades, dont mes amis Emile Bauchet et Paul Rassinier, se réunissaient pour jeter les bases d’un rassemblement de tous les pacifistes.

Ils ne perdirent pas leur temps, bien au contraire.

D’un commun accord, ils ont décidé de tenir pour les 22-23-24 septembre [1951] des “journées d’études des moyens d’action contre la guerre” auxquelles seront convoqués tous les groupements se réclamant du pacifisme en vue de créer un vaste front humain contre la guerre.

Ces journées obtiendront, nous en sommes sûrs, un très grand succès car tous les vrais pacifistes de ce pays s’y intéresseront et y participeront au moins par voie de délégation.

Il en résultera, nous l’espérons très vivement, ce rassemblement indispensable qu’ici, à “Défense de l’Homme”, nous préconisons depuis nos premiers numéros.

Et, par la suite, lorsque la paix sera particulièrement en péril, les véritables pacifistes ne se trouveront plus désunis et ils posséderont, avec ce FRONT HUMAIN, des moyens d’agir. – L.L. [Louis Lecoin]

Advertisements