DDH-35et36-1951

INDEX

Deux articles :

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Commentaires sans importance sur le petit jeu de “qui perd gagne”

par Paul Rassinier

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Ce texte de Paul Rassinier a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 35, août 1951, p.4-9.

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Si on en croit la statistique publiée par le Ministre de l’Intérieur, le bilan des élections se traduit par le tableau suivant:


Inscrits………. 24.973.000
Votants……….18.982.000 =76%
_________
Abstentions…. 5.991.000 =24%

 

L’auteur du communiqué a cru devoir préciser que les abstentionnistes représentaient 21,6% du corps électoral, et la remarque qui s’impose en premier lieu, c’est qu’il faut toujours vérifier les statistiques: faites le calcul. Si on admet — et aucun consommateur, aucun service officiel, ni même la Préfecture de police n’y contredit — que 500.000 personnes négligent consciemment de se faire inscrire sur les listes électorales, on peut avancer que le pourcentage des abstentions est de l’ordre de 26%.

Il faut donc convenir qu’en France, le suffrage universel a été pris au sérieux et ceci est particulièrement frappant comme conclusion d’un scrutin à propos duquel tout le monde s’attendait — à juste titre — à ce qu’il fût caractérisé par un nombre impressionnant d’abstentionnistes. en réalité, il n’y a eu qu’un accroissement à peine sensible de 2% dans la désaffection pour les urnes et on peut considérer que le France a voté comme à l’accoutumée.

Le mode de scrutin lui-même n’a, pour ainsi dire, découragé personne. On se gausse généralement du cérémonial en usage de l’autre côté du rideau de fer et du succès qu’il obtient. Il n’y a pas de quoi: j’imagine assez facilement que les réactions de l’opinion relèvent, là-bas, du même phénomène d’engouement collectif et que le caractère quasi obligatoire du vote n’intervient que pour une part très faible dans les résultats. et je ne suis nullement étonné si, de part et d’autre de ce rideau de fer, les tenants du pouvoir poussent les mêmes cris de victoire: dans l’un et l’autre cas, le suffrage universel n’est plus utilisé par eux que pour faire sanctionner leur politique par l’opinion et ils ont recours aux moyens les plus adéquats. Mais, ici et là-bas, il ne s’agit que d’un semblant de justification.

La démocratie repose, paraît-il, sur le droit d’une majorité d’imposer sa volonté à une minorité. Il n’entre pas dans mon propos de discuter ce moyen de gouvernement très contestable, et en particulier, dans la mesure où il fait litière des droits de l’individu, qu’il appartienne à la majorité ou à la minorité: cette revue n’existe que comme un vivant reproche à cet état de fait et, depuis près de trois années, tous les articles qui y ont été publiés n’ont visé qu’à en démontrer directement ou indirectement l’inanité. Ce que je veux dire, c’est seulement qu’à partir du moment où il est admis que la majorité a un pouvoir dictatorial, le moins qu’on soit en droit d’exiger serait que cette majorité fût correctement déterminée. Or, à ce second stade encore, nous sommes loin du compte.

En Russie et dans les pays totalitaires, les élections se déroulent selon le rite de la candidature unique désignée par le pouvoir: l’électeur n’a le droit que de dire oui ou non et, s’il dit non, il est automatiquement prouvé de son moyen d’existence ou envoyé en camp de concentration. Là est le secret de l’unanimité.

En France, après avoir essayé de divers modes de scrutin qui transformaient plus ou moins en majorité au second degré la minorité du premier, et après les avoir usés jusqu’à la corde, on en est arrivé aux apparentements, autre moyen d’obtenir le même résultat. Ce système est ingénieux dans la mesure où il s’inspire de la technique du billard et permet surtout à ceux pour lesquels on ne vote pas d’être élus par la bande.

Dans l’un et l’autre cas, on ne cherche pas à dégager une majorité d’opinion, mais seulement un moyen de conserver le pouvoir et de gouverner avec le minimum d’aléas. Pratiquement, le système russe est plus autoritaire que le système français ou italien et même anglais, qui permet à 11 millions d’électeurs de commander à 13 millions, mais, moralement, tous deux sont de même antidémocratique inspiration. Il faut, par ailleurs, être tenu pour assuré que les différences qui existent entre l’un et l’autre sur le plan de la subtilité s’évanouiraient si les difficultés dans lesquelles les deux pays se débattent sur le plan économique et social en arrivaient au même degré de gravité: dans le passé et, malgré l’immunité qui s’attache à la fonction, la démocratie française n’a jamais hésité à mettre en prison les députés qui s’opposaient à la politique du moment de son gouvernement et, qu’un coup dur survienne, on verra avec quelle dextérité, quelle rapidité et quelle facilité y retourneraient les protestataires les plus dangereux sur le plan de l’efficacité de leur action. Ce n’est même pas trop s’avancer que dire que si les difficultés économiques étaient aussi sérieuses en France qu’en Russie, on y voterait de la même façon ou pas du tout. Sous le régime de la démocratie purement formelle – ceci n’est plus à démontrer – la volonté du peuple ne peut être admise à s’exprimer que dans le cadre des nécessités auxquelles le pouvoir doit se plier pour se survivre, et non dans celui de l’égalité et de la justice absolues.

Je passe sur cette circonstance aggravante que constitue la confusion savamment entretenue dans laquelle se déroulent généralement les opérations, et qui fait que neuf sur dix au moins des électeurs qui se prononcent sont dans l’impossibilité totale de le faire en connaissance de cause.

Et je note, pour mémoire, que le grand avantage de ce genre de sport est de détourner – très habilement, il faut le reconnaître – l’opinion de moyens plus appropriés et beaucoup plus rentables, d’expression de sa volonté.

Sur tous les tableaux, le pouvoir gagne.

 

Chiffres à l’appui

Ces considérations ne sont entrées en ligne de compte ni avant, ni pendant la campagne électorale. Il n’y a pas lieu de le reprocher aux candidats des partis d’autorité ou conservateurs qui les ont toujours présentes à l’esprit et leur dénient toute valeur: c’est dans l’ordre. Mais on peut en prendre texte pour mesurer le chemin parcouru depuis le début du siècle par les représentants, soi-disant qualifiés, des diverses écoles socialistes (communistes compris) et de se faire une idée du niveau intellectuel excessivement bas auquel, de chute en chute, ils sont finalement tombés. Car, les socialistes de la Belle époque, s’ils acceptaient le combat sur le terrain électoral, c’était uniquement en fonction des possibilités de propagande qui leur étaient offertes et ils ne se faisaient pas faute de les utiliser pour dénoncer le mensonge de l’Etat bourgeois et du parlementarisme. Les problèmes de majorité au deuxième degré qui sont le seul souci de leurs héritiers n’entrait pas dans le champ de leurs préoccupations et si, par exception, ils étaient amenés à les envisager, ils ne le faisaient jamais que par référence aux impératifs de la justice et de l’équité, et non, comme aujourd’hui, dans le dessein de jouer les utilités à l’avant scène du régime. en conséquence de quoi, ils inspiraient confiance et ne cessaient de progresser. Autres temps, autres moeurs. Autres résultats, aussi.

La campagne électorale terminée, il ne fut pas davantage question de situer le sujet sur son véritable terrain. Il ne pouvait, d’ailleurs, plus en être question: l’actualité entraînait à d’autres discussions, toujours en marge du problème.

Les premières se déroulèrent naturellement autour des résultats. Et, non moins naturellement, les interprétations les plus fantaisistes ont été mises en circulation.

Une unanimité, cependant, s’est dégagée sur le plan des commentaires: du parti socialiste à l’extrême droite, tout le monde s’est félicité de ce qu’il a été convenu d’appeler l’échec communiste. Il est exact que le Parti communiste a perdu quelque 450.000 voix par rapport à 1946 soit approximativement 8% de ses suffrages. Que ceci soit considéré comme un succès par le Parti socialiste qui a perdu 667.000 voix (soit 20% de son audience), et le M.R.P. qui en a perdu 2.250.000 (soit 54%) ne manque pas de saveur. En réalité, le Parti communiste n’a perdu que les voix qui se sont portées sur des listes communistes dissidentes, et ce serait se leurrer dangereusement que de croire que son influence sur l’opinion a diminué sensiblement.

L’unanimité s’est rétrécie pour apprécier les résultats obtenus par le gaullisme. Certes, et le général a dû lui-même en convenir, son succès se situe bien en deçà de ses espérances. Il n’en reste pas moins que la défunte 3e ne réussit à le sous-estimer qu’au prix d’une jonglerie malhabile avec les chiffres, et en différenciant arbitrairement les indépendants et les gaullistes de stricte obédience. Ensemble, ces deux dernières formations ont réussi la performance suivante:

Gaullistes………. .4.134.000 voix

Indépendants…… 2.496.000 voix

____________

Total………………. 6.630.000

Or, en 1946, elles n’avaient obtenu, sous la même bannière, que 3.136.000 voix, ce qui veut dire qu’elles ont plus que doublé leurs effectifs électoraux. J’entends bien qu’elles sont aujourd’hui séparées par des querelles mineures: on ne mesurera l’ampleur du glissement à droite opéré avec le concours actif de la 3e force – par le truchement des apparentements! – que le jour où elles se retrouveront unies comme aux plus beaux jours de la réaction, contre les forces de progrès.

Enfin, il reste cette casserole attachée à la queue de la 4e République par la 3e force, qu’on a pas fini d’entendre résonner sur les tréteaux et qui peut se traduire alternativement dans chacune des deux constatations suivantes, selon le point de vue auquel on se place:

— Avec 14% des suffrages, le Parti socialiste obtient 105 députés et, avec un pourcentage presque double, le Parti communiste n’en obtient que 104, tandis qu’avec 22%, le R.P.F. arrive péniblement à 118 (ou 123?);

— Avec 49% des suffrages, c’est-à-dire presque la moitié du corps électoral, gaullistes et communistes n’obtiennent que 33% des élus.

On peut feindre d’espérer que gaullistes et communistes n’essaieront pas de tirer parti de l’injustice qui leur a été faite et qui est criante ou que, s’ils l’essaient, leurs protestations resteront sans écho. On peut tout espérer: “tout est permis quand on rêve”, dit un air connu.

De quelque côté donc qu’on examine le problème sur les propres données de ceux qui l’ont posé, s’il fallait comprendre que la majorité de la précédente assemblée s’était proposé:

— 1· de se faire réélire;

— 2· de faire échec au R.P.F.;

— 3· de réduire l’influence communiste, il faut bien convenir que l’échec est total, car la dite majorité se trouve amputée d’un bon tiers de son effectif parlementaire, la victoire du R.P.F. ne sera plus contestable dans quelques mois quand les indépendants l’auront rejoint, et, pour ce qui est du Parti communiste, je professe qu’il ne suffit pas de réduire artificiellement l’effectif parlementaire d’un parti pour réduire à proportion son influence dans l’opinion

Etant entendu que ce qui est vrai du Parti communiste l’est aussi du gaullisme.

Et, qu’inversement, les partis qui ont gonflé leurs effectifs parlementaires par le truquage en proportion de leur chute d’influence dans l’opinion n’ont pas, pour autant, accru leur puissance d’attraction.

 

Sur la ligne de départ

La rentrée parlementaire s’est effectuée au beau milieu de ces interprétations fantaisistes des résultats. Elle n’y a mis le point final que pour les orienter sur des problèmes de place dans l’hémicycle ou de majorités construites en dehors de tous rapports avec les réalités sociales. Les communistes n’ont pas pris conscience que, tout de même, depuis la libération, c’est la première fois qu’ils n’enregistrent pas des gains et que, s’ils ont à peu près maintenu leurs effectifs, ils n’en devraient pas moins considérer qu’ils sont en perte de vitesse. Les socialistes, obnubilés par ce fait qui leur suffit pour chanter victoire, en oublient leur chute radicale et manquent assez de perspicacité pour s’apercevoir que si le raz de marée qui a déplacé 40% des électeurs vers la droite et l’extrême droite n’est pas évident, on le doit seulement au mode de scrutin. Les radicaux, en adoration devant la bedaine du vieil Herriot, se trouvent plongés dans une euphorie qui les rend insensibles au danger que représentent les tentations réactionnaires de l’autre Edouard. Seuls, les réactionnaires camouflés en indépendants et les gaullistes semblent avoir conscience du succès que constituent pour eux les résultats du scrutin du 17 juin. Et, de Gaulle plus particulièrement qui, n’ayant pas su tirer profit de la loi électorale, semble maintenant bien décidé à ne pas prolonger sur le plan parlementaire ses maladresses de la campagne électorale.

C’est le comportement du Parti socialiste qui nous est le plus pénible: dans le même temps que son secrétaire général Guy Mollet proclamait que “la victoire républicaine (sic) du 17 juin serait sans lendemains si…”, une de ses potiches, Paul Boncour, déclarait que “l’Etat, dans l’impossibilité de fournir l’instruction à tous les enfants d’âge scolaire, doit avoir recours à l’enseignement privé”, c’est-à-dire préparait les voies à l’enterrement de l’Ecole laïque.

Cette histoire de l’Ecole laïque intervient comme un exemple type des impasses auxquelles peuvent conduire les illusions parlementaires qui prolifèrent sur les erreurs d’interprétation des résultats électoraux et l’inconscience politique. Pendant des années, le M.R.P. a masqué derrière un gauchisme social purement verbal son désir de faire de l’école confessionnelle une institution d’État. Sur le plan gouvernemental, tous ses efforts ont tendu à diminuer les crédits dont l’école laïque avait un besoin d’autant plus impérieux que sa politique de la natalité se faisait plus systématique et, sur celui de la propagande, à annihiler la volonté laïque du Parti socialiste. Ignorant les actes, le Parti socialiste a cru aux paroles et donné dans le panneau. Le résultat est acquis aujourd’hui: les moyens de l’École laïque sont nettement en dessous des besoins de la population scolaire. Et, le M.R.P. trouve encore un socialiste de marque pour tenter de faire avaliser les conclusions de la politique du M.R.P. sur le plan des faits.

C’est autour de l’école laïque et en fonction d’elle que se poseront les premiers problèmes de majorité dans l’actuelle assemblée nationale. Il n’est pas exclu que le M.R.P. réussisse à nous doter d’une école qui se fixera pour tâche de créer des générations de résignés à la domination du capitalisme: le parti socialiste qui n’a pas décelé la perfidie de la tactique du M.R.P., est bien capable de consentir ce nouveau sacrifice à la possibilité de constituer une majorité qui n’hésiterait pas à le mettre hors la loi s’il revenait aux traditions, quitte à continuer de se demander pour quelles raisons il en est arrivé à perdre, depuis la libération, 1.797.000 suffrages, parmi lesquels il faut faire figurer la totalité des militants qui étaient son aile marchante.

Si j’en crois les débats qui ont eu lieu à son récent congrès de la Mutualité, la direction de ce parti a été l’objet d’une hostilité telle, de la part des militants de la base qui lui restent, qu’assez rapidement, le problème de la participation socialiste au gouvernement pourrait être résolu par la négative. Après une période plus ou moins longue de soutien accordée à une majorité qui tiendra les gaullistes à l’écart, l’opposition deviendra une nécessité, à une troisième majorité qui les englobera.

Ce processus sera d’un développement d’autant plus facile que, le sort de l’École laïque étant réglé, l’ordre du jour des débats parlementaires ne comportera, comme à l’accoutumée, que des questions de procédure constitutionnelle ou électorale et se gardera, comme de la peste, des réformes indispensables dans la structure économique du régime.

Encore que, d’ici là, on ne puisse préjuger de l’évolution de la situation extérieure et poser en principe que la S.F.I.O. ne la trouvera pas d’une gravité telle qu’elle imposerait sa participation au gouvernement aux côtés… des gaullistes!

 

Au fond des choses

Ces remarques empreintes d’un peu de pessimisme – comme on connaît les saints on les adore et il ne sert à rien de se dissimuler les difficultés qui sont à surmonter dans le lent et patient effort de redressement politique auquel nous nous employons à notre manière – ne constituent, c’est bien certain, que des éléments superficiels d’appréciation. Elles ne visaient qu’à suivre l’adversaire sur son propre terrain et à mettre en évidence l’incohérence et la puérilité de ses propres références. En aucun cas, elles ne peuvent dispenser d’un examen approfondi de la question.

Sous cet angle, la chambre de 1951 semble bien destinée au même sort que celle de 1936: les événements que nous allons vivre sont du même ordre de gravité et du même ordre sera son impuissance à les résoudre. Même si les hommes qui la composent étaient de la meilleure facture et, par conséquent, animés des meilleurs sentiments, rien ne pourrait empêcher qu’il en soit ainsi. C’est un problème d’institution: notre système représentatif — et j’imagine que c’est cela que Lecoin voulait mettre en évidence dans son éditorial du dernier numéro — s’il a correspondu à quelque chose au moment de la Révolution de 1789 et même de celle de 1848, ne correspond plus à rien en 1951. En particulier, il est sans rapport avec le degré d’évolution auquel sont arrivées toutes le formes de l’activité sociale dans tous les domaines. Et, sur cette vie sociale, il n’a plus aucune prise.

Ce besoin de modernisation de la démocratie a été ressenti un peu par tout le monde et plus ou moins sincèrement au lendemain de la libération: à un système représentatif émanation exclusive des classes sociales qui se trouvent sur le circuit des richesses, il fut question d’en substituer un autre qui serait l’émanation, non plus des manipulateurs, mais des créateurs des richesses, c’est-à-dire des gens occupés à un travail rentable. La déclaration des droits de l’homme ayant prévu l’accession au pouvoir du citoyen, rien n’était plus dans son esprit et dans sa lettre que cette tentative en vue de promouvoir le travailleur… L’entreprise a échoué et on conviendra un jour que c’est peut-être parce qu’elle n’a été menée ni avec beaucoup d’allant, ni avec beaucoup de conviction, cela étant les conséquences de ceci. Nous sommes dons dotés de quatre assemblées dont aucune n’est la représentation exacte de la volonté populaire, et dont la composition n’a aucune commune mesure avec le but qu’elles sont censées poursuivre. Deux d’entre elles, l’Assemblée de l’Union française et le Conseil économique, ne sont même pas recrutées par voie d’élection et ne sont utilisées par les partis que pour caser leurs toquards. La troisième, le Conseil de la République, recrutée au suffrage restreint — et à quel innommable mode de scrutin! — n’a aucun pouvoir. Quant à la quatrième, l’Assemblée Nationale, ce qui précède me dispense de donner les raisons pour lesquelles elle n’est qu’une excoriation de la vie publique. Ces assemblées peuvent être considérées comme des salons où l’on cause, l’éloquence y pourrait fleurir n’était la qualité très discutable des gens qui ont la faveur insigne de les fréquenter, mais, en attendre autre chose que des figures d’une mauvaise rhétorique sur des sujets sans autre importance que celle que la publicité leur confère, serait pousser un peu loin le goût du ridicule. Car nous sommes arrivés à un moment de l’histoire où l’élection qui est la condition de la démocratie perd toute sa valeur de principe si on ne cherche pas à la concilier avec la spécialisation qui est la condition du progrès.

Or, par définition, le système actuellement employé qui oblige les neuf dixième des électeurs à se prononcer sur des hommes et des programmes dont ils ne peuvent avoir la moindre connaissance, facilite peut-être le triomphe de l’hurluberlu ou du va-de-la gueule, à coup sûr pas celui du spécialiste. Par voie de conséquence, pas un député n’a la moindre connaissance des sujets sur lesquels il est appelé à se prononcer et dont son métier est de traiter couramment. Habituellement, chacun de ces messieurs supplée à la qualification par des bombements de torse, des rengorgements et des formules définitives qui ne résistent pas à l’examen: tant que cela durera…

Il y aurait cependant peu à faire pour allier harmonieusement la spécialisation et l’élection et les faire tendre à un but commun. Tout vient de ce que les problèmes de la vie sociale sont envisagés dans le cadre trop grand de la nation et résolus à l’insu de l’opinion: les socialistes d’autrefois parlaient de la décentralisation, de l’autonomie municipale et du fédéralisme. Et les syndicalistes exposaient leurs idées sur la gestion des entreprises par ceux qui les font vivre dans le cadre de cette structure administrative dans laquelle les moindre aspects de la vie sociale tomberaient sous le sens de tous les individus. Aujourd’hui, Fourrier, Proudhon, Bakounine, James Guillaume qui inspiraient les uns et les autres sont singulièrement oubliés. Et les communards, et Fernand Pelloutier aussi!

Hélas!

Nous sommes au siècle de la vitesse: en vingt jours d’une campagne électorale menée à l’esbrouffe, on veut faire comprendre ce qui se passe à New-York, à Moscou, en Corée ou en Australie à des gens auxquels on cache soigneusement les raisons pour lesquelles leur patron qu’ils coudoient peut continuer à les exploiter et qu’on se garde tout aussi soigneusement d’intéresser aux décisions de leur conseil municipal.

A moins d’être de la plus insigne mauvaise foi, on ne saurait soutenir que cela est sérieux.

Les résultats sont là.

Et je ne vois d’autre façon de les empêcher d’empirer que dans la mesure où on voudra bien commencer par le commencement et habituer les individus à résoudre eux-mêmes les problèmes qui se posent quotidiennement à eux dans leur sphère.

Le reste viendra tout seul.

Et, il ne sera plus besoin de députés.

Après tout, n’est-ce pas Léon Blum lui-même qui dans A l’échelle humaine convenait qu'”il n’est pas de démocratie que parlementaire ” ?

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Petite contribution à l’histoire d’un grand drame

par Paul Rassinier

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Ce texte de Paul Rassinier a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 36, septembre 1951, p.25-27.

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La Chine est un vaste pays de 465 millions d’habitants qui ne s’accroissent, chaque année, que de 2 millions, grâce à une effroyable mortalité infantile qui intervient comme un élément modérateur providentiel. Cette masse énorme vivait, et vit encore, dans une misère dont aucun Européen ne peut avoir la moindre idée.

Cependant, on évalue la capacité de production de ses gisements de charbon à quelque 260 milliards de tonnes. Encore ne faut-il tenir aucun compte des optimistes qui ne craignent pas d’avancer un chiffre tournant autour de 10.000 milliards !

Le bassin minier le plus important se trouve dans la province de Chansi et il embrasse un superficie de 22.000 km2, soit quatre fois celle du bassin de la Ruhr : son contenu est évalué à 128 milliards de tonnes. Mais, presque toutes les autres provinces contiennent de la houille et, notamment, le Chantoung.

Pour le fer, en revanche, la Chine est relativement pauvre. Ses réserves sont évaluées à 2 milliards de tonnes seulement, soit le cinquième des réserves certaines des Etats-Unis.

Pour le pétrole, ressources assez mal connues. On suppose qu’il s’en trouve dans de nombreuses régions, et surtout en Mongolie. Jusqu’à ce jour, on sait que les Russes exploitent des puits dans le Sin-Kiang et que la production totale de la Chine, en une année, est l’équivalent de celle des Etats-Unis en une heure et demie…

Mais, pour la production de la force hydraulique, étant donné l’immense débit de ses cours d’eau, les possibilités de la Chine sont pratiquement illimitées.

Voilà donc 465 millions de personnes qui vivent sur un trésor inexploité. Toutes ces richesses n’étant pas libérées par le travail des hommes, comme on dit en économie politique, ne sont pas des richesses.

Tout le drame de la Chine vient de là.

 

Le problème de la libération des richesses

Pour exploiter ce sous-sol si extraordinairement riche, la Chine avait besoin d’être équipée et, pour être équipée, de l’aide des nations industriellement plus avancées. Dans la mesure où celles-ci y consentirent, ce ne fut jamais qu’à la condition ou bien d’exploiter elles-mêmes ou bien de contrôler à la fois l’équipement et la production qui en résulterait.

La première manière répugnait à la fois à l’opinion chinoise traditionaliste et hostile, par principe, à tout ce qui venait de l’étranger. Il faut dire, aussi, que les Chinois avaient sous les yeux l’exemple du Sud-Est Asiatique où “les Blancs” avaient développé de magnifiques plantations d’Hévéas dont ils tiraient tous les bénéfices sans jamais songer, ni à payer correctement la main-d’oeuvre, ni à construire la moindre cabane pour l’abriter…

La seconde manière eût été plus acceptable. Mais, les Américains et les Anglais qui l’essayèrent prirent toujours soin de contrôler les crédits qu’ils accordèrent, de telle sorte que leurs investissements fussent dirigés sur des secteurs de l’économie chinoise qui ne risquaient pas d’en faire une concurrente sérieuse sur les marchés où ils entendaient rester les maîtres. Ainsi s’explique, par exemple, qu’un gisement comme celui de Fushun, en Mandchourie, qui est à ciel ouvert, par conséquent facilement exploitable, qui a 140 mètres d’épaisseur, dit-on, ne produise que 10 millions de tonnes par an : il ne fallait concurrencer ni l’Amérique, ni l’Angleterre sur les marchés du charbon. Le même raisonnement s’applique à l’Etat rudimentaire des installations pétrolifères.

A ce jour, les Américains ont perdu 5 milliards de dollars et les Anglais près de cinq cent millions de livres sterling que Tchang Kai Chek a utilisés à faire vivre un immense sérail de profiteurs.

Et la Chine est restée au stade de notre moyen âge.

Le jour où les Américains et les Anglais se sont aperçus que la misère engendrait des courants révolutionnaires, pas un instant, ils n’ont pensé que la raison en était leur politique de crédit dirigé et, principalement, vers la camarilla militaire. A ce moment, ils ont “lâché” Tchang et… les Russes sont entrés en scène avec 300 millions de dollars promis à son concurrent Mao Tsé Tung, chef du mouvement révolutionnaire.

Or, géographiquement et intellectuellement, la Chine était plus proche de la Russie que de l’Amérique ou de l’Angleterre. Et l’intelligentsia chinoise était beaucoup plus sensible aux résultats obtenus par le bolchévisme en Russie, que, par exemple, aux inaccessibles “grille – n’importe quoi” électriques qui sont les éléments du bonheur familial américain. Le courant révolutionnaire, représenté par Mao, se révéla aussi très habile à mettre en évidence aux yeux de l’intelligentsia chinoise que, de 1928 à la veille de la guerre, la Russie avait augmenté de moitié sa production de charbon, triplé celle du pétrole, quintuplé celle de l’acier et décuplé celle du courant électrique, tout en promettant, par les mêmes moyens, les mêmes résultats à la Chine. a tout cela, Américains et Anglais ne pouvaient opposer que la faillite lamentable de Tchang-Kaï-Check.

Ainsi fut assuré le succès de Mao.

 

La soupape de sécurité

Il est probable que les choses eussent pu prendre un tout autre cours. En matière d’industrialisation, ce qui précède le démontre assez : Américains et Anglais ont eu tort de vouloir faire de la Chine un marché qui consomme et ne produit pas. La chose, qui ne fut jamais concevable, l’est moins encore aujourd’hui que jamais. Du moins pouvaient-ils, s’ils en avaient décidé ainsi, en faire un marché qui achète des produits agricoles, et y développer l’agriculture. Cette solution, encore, eût été bâtarde, mais pour un temps plus ou moins bref, au terme duquel, il eût fallu en trouver une autre, elle eût soustrait cette importante fraction de l’Asie à l’influence bolchéviste.

La Chine se prêtait admirablement à une expérience de ce genre si on en croit, par exemple, le grand écrivain qu’est Pearl Buck :

 

“La Chine a, ou peut avoir, une production agricole abondante. Elle a, dans l’ensemble, le sol le plus riche du monde. Pendant quarante siècles, ce sol a été travaillé et entretenu. Il y a des ressources considérables en légumes, viande, fruit, poissons, pâtisseries, etc.

 

“Les famines que les Chinois ont à subir ne proviennent pas de véritables disettes, mais de fléaux tels que les inondations, la sécheresse et la guerre. Le réseau des communications est si mauvais qu’il est impossible de faire venir du ravitaillement assez rapidement d’une autre région, ou assez facilement pour qu’on puisse remédier à la disette locale, et ceci explique l’exode des populations d’une région à une autre pendant les famines. Dans la dernière famine où j’ai participé à l’organisation des secours, il a été moins coûteux de faire venir du blé par bateau des Etats-Unis à travers tout l’Océan Pacifique, que de le transporter à dos d’âne ou à dos d’homme d’une autre province distante de 500 kilomètres où l’on disposait d’importants excédents de denrées comestibles.

“La Chine a besoin de routes.”

Anglais et Américains pouvaient développer le réseau routier de la Chine et y créer un réseau ferroviaire tout en disciplinant l’hydrographie du pays, ce qui eût absorbé une main-d’œuvre considérable et, probablement, placé la Chine en tête des nations agricoles du monde.

Mais voilà : ces messieurs qui voulaient écouler leur production industrielle sur le marché chinois, y voulaient aussi écouler leur production agricole — au moins en ce qui concerne les Américains.

Et, cette solution, qui n’était que d’attente, fut à son tour écartée.

En vertu de quoi, il faut se battre en Corée !

Mais, se demande le Français (même moyen) jusques à quand cette politique du cataclysme ?

Car l’Inde arrive à l’ordre du jour avec l’Iran, L’Égypte et tout le Moyen-Orient…

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