Le Jugement de l’Histoire

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Le jugement de l’histoire

par Paul Rassinier

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Ce texte de Paul Rassinier a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 36, septembre 1951, p.14-15.

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Les historiens de l’avenir, quand ils se pencheront sur la guerre de 1939-45, se partageront en deux clans: les diplomates et les sentimentaux.

Les premiers se référeront à l’Histoire pure. Ils tireront argument des grandes migrations humaines, de cet attrait que, pour des raisons multiples, les pays ensoleillés et doux exercent sur l’Europe des frimas. Les éléments ne leur manqueront pas pour établir un parallèle saisissant entre la subversion de l’Empire Romain aux V’ et VI’ siècles et les deux grandes guerres de la première moitié du XX’: ils l’établiront dans le temps, même si une troisième ne vient pas corroborer encore, d’ici peu, leur manière de voir… Le thème de leurs digressions sera la poussée germano-slave sur l’Occident.

Ils ne manqueront pas de conclure que des politiques avisées eussent dissocié le mouvement, essayé de dresser les Germains contre les Slaves, et que les deux forces, se détruisant mutuellement dans une guerre qui les eût opposées, l’Europe occidentale échappait pour un temps appréciable au sombre destin qui la menace.

Les seconds en appelleront à l’économie politique et entreront dans le détail. Ils soutiendront que la guerre de 1939-45 était facilement évitable.

Ils remonteront à la république de Weimar et au traité de Versailles. Ils auront beau jeu de montrer que l’Allemagne écrasée par tout le poids de la guerre, qui retombait sur elle, sous la forme d’une impensable forme de millions à verser au titre des réparations, enserrée dans des limites trop étroites pour une population à la fois trop dense et trop nombreuse, économiquement paralysée dans son effort et dans ses échanges, n’ayant pas réussi à faire entendre raison aux Alliés et ne sachant plus à quel saint se vouer, s’est finalement jetée dans les bras de Hitler. Même, ils iront plus loin: Hitler étant au pouvoir, ils feront le départ entre certaines de ses revendications qui pouvaient être considérées comme justes, se plaçant sur le terrain strictement national, et les autres.

Les deux clans se trouveront d’accord pour condamner unanimement ce qui s’est passé et pour tresser des couronnes aux Munichois d’alors, si décriés depuis. Aucun des deux ne retiendra ce dont on a essayé de faire un dogme, à savoir la responsabilité unilatérale de l’Allemagne. Les diplomates parlant au nom de lois générales, d’une sorte de fatalité ou de déterminisme historique ignoreront totalement les notions de culpabilité ou d’innocence. Quant aux sentimentaux, répartissant équitablement les responsabilités sur toutes les parties en cause, ils les renverront dos à dos, ce qui revient à dire qu’élevant le débat à la hauteur d’un problème de régime, ils innocenteront tous le monde. Par quoi on voit alors qu’une troisième unanimité se réalisera dans la réprobation de la politique d’après-guerre, laquelle repose entièrement sur la responsabilité unique de l’Allemagne.

Sans doute est-il encore trop tôt pour entrer dans le détail de cette politique. Non pas que personne ne soit habilité à le faire ou que les documents fassent défaut. Au contraire, mais dix années de partialité dirigée successivement en deux sens opposés, et de mensonges ingénieusement assortis, ont déshabitué l’opinion des raisonnements objectifs dans le langage de la sérénité.

L’élite se tait découragée. Les documents dorment indifférents. On injurie ceux qui tentent de dire la vérité. Il n’y a pas si longtemps qu’on peut écrire sans crainte d’être suspecté, que le fameux “C’est ma guerre, lancé d’un ton triomphant par l’Impératrice Eugénie à Emile Ollivier, un soir de juillet 1870, est l’aveu d’une culpabilité aussi grande, sinon plus, que le faux, dit de la dépêche d’Ems, ou la candidature des Hohenzollern au trône d’Espagne. Et je ne suis pas sûr que, malgré les travaux de Mathias Morhardt et les mémoires de Caillaux, il soit déjà sans danger de prétendre que la politique outrancièrement revancharde de Poincaré, fut aussi déterminante dans la guerre de 1914-18 que les visées expansionnistes de l’Allemagne. Il n’est donc pas exagéré d’avouer que la sagesse commanderait plutôt un silence prudent à propos de la guerre de 1939-45, et, à plus forte raison, de la politique qui découle de son issue miraculeuse.

Sans aucune intention de tenir une gageure, qu’il me soit permis de dire que, si on veut limiter les dégâts, il est indispensable de réintégrer l’Allemagne dans le sein des nations, de lui tendre la main sans rancune et sans arrière-pensée, comme dans un match de boxe, le vainqueur au vaincu… L’heure de l’Europe a sonné disent tous les politiciens, d’un extrême à l’autre de l’horizon politique. Mais, qu’est-ce qu’une Europe, sans les immenses ressources et les non moins immenses possibilités industrielles de l’Allemagne? Les prendre en tribut, comme jadis les rois assyriens pratiquaient avec les Chaldéens? La méthode est d’un autre âge et consacrerait un retour de 40 siècles en arrière. Sans préjudice de ce fait historique que la Chaldée, éternelle vaincue, tout comme la Grèce et avant la lettre, conquit finalement son farouche vainqueur…

Nous sommes au siècle de la discipline consentie et, pour ma part, j’aime mieux voir l’Allemagne associée au grand effort des hommes vers le progrès, et mettant d’elle-même son travail, son génie et ses richesses à la disposition de la communauté internationale, qu’illusoirement asservie à des groupements d’intérêts rivaux qui tentent vainement de se partager ses dépouilles par le procédé de la rapine. C’est une question de sentiment et d’humanité. C’est aussi la solution pratique d’un problème quasi éternel: la violence appelle la violence, la guerre appelle la guerre, et l’asservissement la rébellion… L’Allemagne, d’ailleurs, qui, pour la première fois depuis Napoléon, a subi la guerre sur son propre sol, qui subit actuellement, à Berlin par exemple, une des plus cruelles occupations que l’Histoire ait enregistrées, ne demande pas mieux. La république de Weimar, déjà, ne demandait pas mieux et c’est pour avoir méconnu ses indiscutables sentiments de bonne volonté que les Alliés ont dû faire la guerre à Hitler. Qu’ils continuent à les méconnaître et ils devront faire la Russie dont un jour, il faudra bien aussi envisager l’intégration à l’Europe.

Je le répète: la leçon est trop fraîche pour porter déjà ses fruits. Mais avec le retour à des conditions sinon normales – puisqu’elles laissent pendant le problème du régime – du moins habituelles de vie, le nombre des gens sérieux grandit. Il n’est pas interdit de penser qu’un jour ils seront assez nombreux, non pas pour imposer, d’emblée et avant le verdict, le jugement de l’Histoire, mais pour étouffer la voix de ceux qui ont fait de la haine une profession de foi et de l’imbécillité chauvine son milieu ambiant.

Ce jour-là, un grand pas sera fait sur le chemin qui conduit à l’entente universelle des pays et des peuples.

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A noter, à la suite de cet article, l’articulet suivant, non signé:

 

De la Résistance à…

 

 

“Le passif le plus lourd de la Résistance est d’ordre moral. Le mouvement de Résistance active n’attira pas à lui que des individus courageux et épris de liberté, mais, en même temps beaucoup de “fortes têtes”. Il leur permit de donner libre cours à leurs vices et d’exercer leurs vengeances sous couvert de patriotisme, apportant ainsi une justification nouvelle de cette remarque du Dr Johnson que le patriotisme est la dernière sauvegarde des canailles.

LIDDEL HART (Défense de l’Europe)

 

 

Encore qu’on puisse dire que le passif de la collaboration est de même nature, pour n’avoir pas décelé cela, ceux qui nous promettaient de nous conduire “de la Résistance à la Révolution” nous ont tout simplement conduits “de la Résistance à la Réaction.”

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